Note
Préliminaire |
Rédigé
primitivement pour servir de vademecum aux ermites
groupés de 1964 à 1969 dans l’Île
de Vancouver (Colombie Britannique. Canada) l’opuscule
qu’on va lire avait besoin d’une refonte assez
complète, autant pour s’adapter `a des situations
différents et diverses que pour bénéficier
des expériences faites par l’auteur et par eux
des chercheurs de Dieu, avec lesquels il est en relation.
On a donc fait de la troisième partie. Société
de solitaires, un simple appendice, et on l’a complétée
par des observations destinées à en nuancer
la portée. Quand au corps même de l’ouvrage,
il a été revu et largement modifié, dans
un souci de fidélité plus grande encore l’esprit
de l’ Évangile et aux leçons de l’expérience.
La
renaissance de l’érémitisme dans l’église
latine, et au sein même du protestantisme constitue,
dans le domaine religieux, un des phénomènes
les plus remarquables de l’époque où nous
vivions. Moins spectaculaire que le renouveau charismatique,
elle peut néanmoins être mise en parallèle
avec lui, et être regardée comme un signe au
moins aussi valable de la présence de Esprit et de
son action, comme une invitation qu’il semble nous adresser
à mettre Dieu, aucun être de nos préoccupations`a
chercher par-dessus tout la justice du Royaume.
Traduire
tant bien que mal dans les mots cette action de l’Esprit
qui poussa jamais Jésus au désert (Mc1,12),
rappeler la manière dont la tradition monastique et
l’évangile lui-même nous ont appris à
lui obéir, c’est tout le dessein de ces pages.
Si elles pouvaient aider les ermites ceux qui le sont de fait
et ceux qui ont le désir de le devenir à répondre
à l’appel qu’ils ont entendue, elles auraient
attention leur but, et il ne leur resterait plus qu’a
retomber dans l’oubli pour faire place à la pure
réalité d’une vie toute remplie de Dieu.
«Sors
de ton pays, quitte ta parenté et la maison de ton
père, et va dans le pays que je te montrerai.»
(Gn 12)
Cet
appel adressé jamais par Dieu à Abraham prend
pour certains la forme d’un appel à la solitude.
C’est au plus profond du désert, ‘’ad
intériora deserti ‘’ que Moise rencontre
Dieu et reçoit de lui la révélation au
Nom ineffable (ex 3, 1-14). C’est au désert qu’Élie
perçoit la douceur de Dieu, son inaltérable
patience et sa miséricorde (1R,19,4-12). C’est
au désert encore que Jean Baptiste vit jusqu’au
jour de sa manifestation à Israël (Lc, 1, 80).
Jésus lui-même, enfin , lorsqu’il veut
prier, se retire au désert ou sur la montagne, loin
des foules (Mt4, 1-11 par ; Mc. 1, 35 par`Lc5,16,12; 9,18,28;
Jn 6, 15).
L’attrait
pour la solitude revêt our ceux qui s'y sont apelés
la forme méprieuse d’une Volonté qui s’impose
à ex: c'est, au sens propre du terme, un vocation.
Or, qui peu trésiter à sa volonté ? (
m 9.19).
Un
tel appel, toutefois, ne se révèle authentique
divin que si celui qui croit l’avoir entendu devient
crament ce qu’il doit être : uniquement, purement,
pleinement ermite, n’ayant d’autres propres que
d’habiter seul avec lui-même pour vivre à
Dieu seul, ne cherchant pas de contact avec les hommes et
ne se préoccupant des choses de ce monde qui passe
que pour leur référence à l’éternité
et pour embrasser tous les hommes dans l’ardeur d’un
immense amour. La sainte Église et l’humanité
tout entière, les pauvres, les persécutés,
les malades, tous ceux qui souffrent, les pêcheurs,
les âmes en train de se perdre, celles qui ne connaissent
pas Dieu, ni Jésus-Christ, il sait en représenter
constamment les besoins à Dieu, il souffre de leur
souffrance, il pleure de leurs larmes ; mais il ne cherche
à les atteindre directement, parce que tel n’est
pas le dessein de Dieu sur lui.
L’ermite
exerce au plus haut point l’apostolat du témoignage,
celui qui consiste à rappeler aux hommes, sans rien
leur dire, par la seule leçon de son existence, la
primauté du spirituel est la grandeur du Dieu trois
fois saint. Il exerce aussi l’apostolat de la prière.
Mais sa vie n’est pas en ordre principal dirigée
vers l’apostolat. Elle est vie avec Dieu, vie pour Dieu,
vie dans la paix de Dieu. L’ermite cherche à
faire de son Créateur le centre de sa pensée
et de son amour. Il est celui que Dieu se réserve pour
être sur la terre une parte des prémices du siècles
à venir.
Il
va de soi, cependant, que, comme il l’a appelé
au désert, le Seigneur pourrait lui demander de retourner
parmi les hommes. Mais ce n’est à qu’un
simple éventualité, non le but ou une suite
nécessaire de sa vocation. L’ermite doit rester
disponible, prêt à entendre un appel possible,
prêt à sortir de sa solitude s’il le faut
; il n’a pas à s’en préoccuper,
encore moins à s’y préparer consciemment
et délibérément.
La
vie solitaire est faite de renoncement ; de renoncement du
monde, au péché, à soi-même ; c’est
là son aspect négatif ; de recherche exclusive
de Dieu ; et c’est son aspect positif. L’une est
fonction de l’autre : on ne renonce que pour mieux trouver
Dieu, et la recherche de Dieu est seule capable de donner
son vrai sens au renoncement. Si l’on ne fuyait le monde
que par misanthropie, par égoïsme, par
amour de sa tranquillité de ses aises, on n’aurait
pas que les apparences d’une ermite. La fuite du péché,
elle, s’impose de manière absolue. Mais il y
a une façon de mépriser le monde ou le corps
qui n’est pas saine, qui n’a pas chrétienne.
Le monde racheté par Jésus-Christ demande tout
notre amour ; et c’est avec respect qu’il faut
traiter un corps purifiée par le baptême, nourri
de l’eucharistie, sanctifié par la présence
de la Trinité Sainte, et destiné à briller
d’une gloire divine dans l’éternité.
Nous
ne fuyons le monde que parce qu’il est, pour son malheur,
immergé dans le mal (2 Jn5,19) ; nous cherchons à
porter constamment dans notre corps l’État de
mort de Jésus (2 Co.4,10), par ce que, ce corps, il
nous fait le soumette entièrement à l’Esprit
; ce qui revient en définitive à lui restituer
sa véritable nature, son parfait équilibre.
Nous fuyons le monde, non par ressentiment à l’égard
des hommes ou mépris des choses créées
par Dieu, mais parce que les hommes et les choses sont envahis
par le péché, l’erreur, l’ignorance,
parce que le mondes est plein de charmes trompeurs et que,
connaissant notre faiblesse nous craignons la contagion du
mal et la fascination des choses vaines (Sg 4, 12). Nous,
nous efforçons de mâter notre corps (1Co9,27),
non pour détruire en lui quoi que ce soit de ce que
Dieu y a mis de beau et de bon, mais au contraire pour le
rendre à la plénitude de sa bonté et
de sa beauté, dans une soumission totale aux lois inscrites
dans la nature aux lois de la création.
Tout
cela, seul l’Amour infini peut le réaliser en
nous, dans la lumière de sa sagesse et de sa bonté.
L’ermite est celui qui attend tout de Dieu. Il ne va
au désert que pour se placer plus directement dans
le rayonnement du foyer divin.
|
La
mort au monde et à soi-même
La
séparation du monde et la stabilité
|
| Si
«la
séparation du monde,
à elle seule, fait le moine » (Don Guéranger),
c’est elle, à plus forte raison, qui fait l’ermite.
Elle va si loin pour lui qu’elle le coupe de la société
des hommes ‘’fussent-ils ses émules dans la
recherche de Dieu, et qu’elle le fait vivre habituellement
avec Dieu seul, n’ayant de contact avec les autres que ceux
qu’imposent la nécessitée ou la charité
.’’
La
nécessité :
Les besoins du corps en nourriture, vêtements et chauffage,
les soins en cas de maladie, le travail rémunéré
; les besoin de l’âme ; réception des sacrements,
demande d’avis ou de conseil, de permission s’il
y a lieu ; les devoirs strict d’ordre civil et religieux.
La
charité : L’accueil empressé
des visiteurs qui se pensent, une aide à apporter dans
le voisinage en cas de maladie, d’accident ou de sinistre,
et, si l’on est prêtre, un ministère réduit
et, en principe, purement occasionnel
Le
seul à seul avec Dieu opère par
sa continuité même et par le silence qu’il
implique. C’est un état que sa grâce propre
; et celui-ci est liée à persévérance,
à la stabilité. L’ermite doit s’accoutumer
à rester chez lui le plus possible . ‘’Dans
le silence et l’espérance sera votre force ‘’
(Is 30, 15 Vulgate) : dans le silence de la cellule, dans cette
espérance bienheureuse dont parle saint Paul (Tt2.13),
celle de la douce attente du Seigneur, celle de ce jour où
Dieu sera tout en tous (1 Co. 15, 28). Là se trouve pour
nous les secrets de la force, et c’est cette attitude
fondamentale que fera de nous de vrais ermites. |
Le
célibat embrassé pour le royaume des cieux |
| Il
va de soi que l’ermite renonce au mariage. Il pourra même,
s’il le veut, s’y engager par vœu, à condition
qu’il s’y sente porté par une impulsion intérieure
dont il y a lieu de croire quelle vient de Dieu, et après
qu’un temps d’essai suffisamment et prolongé
aura confirmé cet appel. Le célibat est conseillé
à celui qui veut être tout à Dieu : ‘’
Celui qui n’est pas marié se soucie de ce qui concerne
le Seigneur ; il cherche a lui plaire. Celui qui est marié,
au contraire, se préoccupe des choses de ce mode ; il cherche
à plaire à sa femme, et le voilà partagé
; .. ( 1 Cor.7.32-34). C’est
là, sans doute, un charisme, un don particulier ;mais
il est lié, par la force des choses, à cette motion
de l’Esprit qui pusse aujourd’hui au désert
tant d’hommes et de femmes. Renoncer à mariage,
c’est se rendre volontairement solitaire, ‘ monachos
‘, si bien que l’érémitismes peut
justement être considéré comme l’aboutissement
logique sinon nécessaire, au célibat embrassé
pour Dieu. L’ermite est celui qui pousse jusqu’à
ses conséquences extrêmes cette forme de renoncement.
Plus qu’un simple pratique afflictive, la continence volontaire
est la condition mieux voudrait dire : la conséquence,
d’un plus grand amour, d’un amour trop vaste a pour
accepter de s’enfermer dans le cercle étroit d’une
famille, il y aurait danger à s’arrête outre
mesure au refus qu’elle oppose à des pulsions qui
sont parmi les plus fortes et qui, de soi, n’ont rien
que de bon et de naturel ; si nous n’acceptons pas de
satisfaire la nature de ce cité, ce parce que le Christ
Jésus nous demande et nous facilite de don total de notre
cœur et de tout nous -mêmes ; ce n’es pas par
mysoginie ou par une peur sotte, irraisonnées, du sexe,
encore moins par croissantes soucis de la vie familial ou pour
fuir ses responsabilités. Et si la paix des sens est
hautement désirable, il faut bien nous persuader que
ce n’est pas pour des efforts de répression ou
de refoulent qu’on l’obtient, mais par la
grâce d’un cœur dilaté par la pure charité
de Dieu et vivant habituellement, dan l’épanouissement
d’un joie toute spirituelle. Vivire sans femme,
vivre sans mari, celle n’a des sens et n’est un
enrichissement que pour ceux qui ont substitué au mirage
fallacieux de ce monde changeant la contemplation des choses
éternelles. A ceux-là la grâce est données
de progresser dans l’homme intérieur. Le Christ
habite en leur cœur par la foi. Ils sont comme enracinés
et fondés dans la charité. Ils pressentent quelque
chose, avec les saints, de la largeur, de la longueur, de la
sublimité et de la profondeur du mystère de Dieu.
Ils connaissent la charité du Christ, cette charité
qui pourtant passe tout conception ; et Dieu les remplit de
sa propre plénitude ( cf. Ep 3. 16-19 ) . La grandeur
même et l’intensité de cet amour les placent
dans la condition de ces fils et de ces filles de la résurrection
dont parle Jésus en saint Luc ( 230 35-36) et qui, anticipant
en cela sur l’éternité, ne prennent ni femme
ni mari.
Une
telle consécration de l’être à Dieu
ne nous interdit pas d’avoir avec les nôtres des
relations normales et suivies, de leur témoigner une
affection avec une totale simplicité et de leur venir
en aide si besoin est. Elle ne s’oppose pas non
plus, elle appelle plutôt, de grandes et profondes amitiés
; amitiés dans lesquelles la complémentarité
des sexes peut jouer un rôle important. La juste prudence
qu’il faut garder en pareille matière ne doit jamais
dégénérer en une crainte, en un raidissement,
qui ne sauraient être que dommageables à l’épanouissement
total de notre être,.Si notre cœur est plein de Dieu,
il s’épanchera tout naturellement en une bienveillance
attentive à l’égard de tous ceux qui que
nous rencontrons ; il ne craindra pas de témoigner une
affectueuse tendresse a ceux ou à celle qui avec qui
nous liera une communauté d’idéal dans la
recherche de Dieu.
|
Pauvreté
et Travail |
| Jésus
a demandé à ceux qui voulaient le suivre de se défaire
de leurs biens. Lui-même a choisi de se faire pauvre de
riche qu’il était, afin de nous enrichir de sa pauvreté
(2 Co. 8.9) Et c’est bien sa pauvreté ; à
lui que nous voulons pratiquer : une pauvreté selon l’esprit,
pauvreté bien réelle, mais acceptée, voulue,
aimée, embrassée avec joie, avec empressement, parce
qu’aucune richesse de ce monde n’est comparable à
celle qui nous convoitons et que notre genre de vie nous met à
même d’acquérir si nous ouvrons à elle.
Une pauvreté vraie, sincère, authentique, nous est
d’autant plus nécessaire que nous vivons au milieu
d’un monde moins disposé à la comprendre et
où tout semble se conjuguer pour pousser les hommes à
se créer des besoins factices et à revendique toujours
plus d’aises, de facilité et de confort.
Il ne s’agit pas cependant de nous réduire
à un état de ou de nécessité extrême
:
Jésus
lui-même ne l’a pas fait, ce que nous voulons, c’est
ce que saint Paul a appelé «la piété
contente du nécessaire» (I Tm. 6,6) : une grande
simplicité de vie, réduisant ses besoins au minimum
dans l’habitation, la nourriture, le vêtement rejetant,
donc, tout superflue. Monter, en somme, par son propre exemple,
que la sage se contente de peut et qu’i l n’est
pas nécessaire de posséder beaucoup pour être
heureux . Ne pas chercher notre plus la facilité pour
elle-même, se garder d’en faire de faire un prétexte
pour se procurer tout ce qu’il a y a plus «pratique».
Éviter, enfin, d’accumuler sans raison des réserves
d’argent en banque qui ailleurs et se contenter de ce
qu’impose une prévoyance raisonnable, soucieuse
de ne pas tomber à la charge d’autrui. Écarter,
en un mot, tout ce qui pourrait nous faire passer pour riches,
et tenir à ne pas l’être en effet, car nous
voulons être du nombre de ceux qui renoncent à
tout sur la terre pour tout acquérir dans le ciel (1)
S’il est moine ou religieux, l’ermite aura à
cœur de se faire contrôler par sa Supérieur
dans ce domaine de la pauvreté. Il lui faudra en conséquence
tenir un compte exact de ses recettes et de ses dépenses
et, dans les cas importants, demander les permissions nécessaires,
selon ce qui aura été prévue au départ.
La
pauvreté entraîne la nécessité de
gagner son pain.
Sans aller jusqu’à refuser les dons offerts spontanément,
l’ermite cherchera de préférence à
se procurer par son travail les ressources nécessaire
à sa subsistance. S’il le peut, il travaillera
de ses mains, se conformait par là à une tradition
très ferme héritée de saint Paul Il se
souviendra de ces paroles de l’Apôtre : ‘’
Nous vous engageons, frères, à faire encore des
progrès, en mettant votre honneur à vivre calmes,
à vous occuper chacun de ses affaires, à travailler
de vos mains, comment nous vous l’avons ordonné.
Ainsi vous mènerez une vie honorable aux yeux de ceux
du dehors et vous n’aurez besoin de personne ‘’
(I Th. 4, 10-12). ‘’ Nous vous avons donné
cette règle : si quelqu’un ne veut pas travailler,
qu’il ne mange pas non plus. Or nous entendons dire qu’il
en est parmi vous qui vivent dans l’oisiveté, ne
travaillant pas du tout, mais se mêlant de tout. Ceux-là,
nous les invitons et engageons dans le Seigneur Jésus-Christ
à travailler tranquillement et à manger le pain
qu’ils auront eux-même gagné. ( 2 Th3,10-12.Cf.Ac.18,3;
20.33-35; Ep.4,28). Notre quiétude n’est pas oisiveté,
et l’inaction pourrait avoir pour nous de fâcheuses
conséquences. Le travail est facteur d’équilibre
: il contribue à une croissance de l’être
qui doit restent pleinement humaine et ne saurait sans dommage
ignorer les réalités terrestres.
L’ermite
aura naturellement à faire face de multiples petits travaux
d’ordre ménager : cuisine, vaisselle, raccommodages,
nettoyages, petite réparations, culture de quelques légumes
etc. Il ne se dérobera pas à ces humbles tâches
; il aura, au contraire, le goût de l’ordre, de
la propreté, du travail bien fait.
Le mépris des soins du corps, la négligence
dans le vêtement, n’ont pas passer pour vertu,
à certaines époques et dans certains milieux,
que parce qu’ils constituaient une réaction, d’ailleurs
mal entendue, contre un civilisation de décadence, dans
la quelle le culte du corps et de la toilette avait pris une
place excessive, à une époque justement soucieuse
de l’hygiène comme la nôtre, ils seraient
un non-sens, et mériteraient d’être blâmés.
|
L'ascèse
corporelle |
| ‘’
Tout athlète, dit saint Paul, se prive de tout : mais eux,
c’est pour obtenir une couronne périssable, nous,
une impérissable. Et c’est bien ainsi que je cours,
moi, et non pas à l’aventure, c’est ainsi que
je fais du pugilat, sans frapper dans le vide. Je frappe fort
mon corps, au contraire, et je le traîne en esclavage, de
peur qu’après avoir servi de héraut pour les
autres, je ne sois moi-même disqualifiée . ( ! Co.
9,25-27)
Nous
aussi, nous souhaitons d’être des athlètes
du Christ ; et, comme ceux du monde, nous ne doutons pas de
la nécessité de nous soumettre à un sérieux
entraînement pour obtenir une «forme»
parfaite et nous y maintenir. Souvenons-nous toutefois que l’ascèse
chrétienne, comme d’ailleurs le culture physique
des athlètes, n’est pas autre chose qu’une
hygiène supérieure. On l’appel «mortification»
; mais, ce que, le met à mort, ce sont les tendances
vicieuses, les instincts déréglés, les
propensions malsaines ou les simples erreurs de comportements
(cf. Col3, 5). Elle ne rejette ni ne condamne rien de ce qui
est l’expression d’un véritable besoin, d’un
nécessité naturelle. Elle en se refuse donc pas
ce qu’exigent réellement la faim, la soif, le besoin
de sommeil et de détente, l’infirmité ou
la maladie. Elle se garde en cela de tout manichéisme
(2).
Ce qu’elle combat, c’est, la gourmandise, la délicatesse
excessive, la peur de l’effort. Elle coupe et retranche,
mais c’est afin de réparer les dommages causés
par le péché, de rétablir la nature, autant
que fait se peut, dans sa pureté originelle, et de la
préparer ainsi à la gloire que le retour du Christ
fera briller en elle (Rm.11-25; 1 Col,15, 35-37; Col 3.4)
Pour
conduire à ce but, l’ascèse traditionnelle
connaît trois grands moyens :
Le jeûne, l’abstinence
et les veillés nocturnes.
Parce
qu’ils sont traditionnels et remontent, croit-on, aux
Apôtres, ces moyens rendement une grâce qu’il
ne faut espérer trouver en aucune autre pratique inventée
postérieurement. De tout temps les ont répugné
à l’homme «charnel » et peut-être
sont-ils plus incompris que jamais à notre époque
éprise confort et accoutumée à satisfaire
aisément tous ses désirs. Ils gardent pourtant
toute leur valeur ; et il n’est que de les employer, avec
foi et amour, pour en percevoir bientôt l’efficacité.
Apaisement des passions (apateia), calme, sérénité,
égalité d’humeur, équilibre psychique,
vision objective des êtres : ces éléments
de vase de la sagesse, Dieu les donne à ceux qui savent
attendre, parfois, avant de satisfaire leur faim, renoncer habituellement
à l’usage de terrains aliments, interrompre leur
sommeil pour le louer et l’invoquer. Ces pratiques, tous
le fait, il importe de les embrasser spontanément, par
conviction personnelle ou du moins désir sincère
d’arriver à partager la foi de nos Pères
à leur sujet ; et il importe, dans les commencements
tout au moins, de se munir des conseils d’un homme expérimenté
ou de ceux des diététiciens il en est un bon nombre
aujourd’hui qui se trouvent d’accord en cette matière
avec l’ancienne tradition ascétique. Nous ne dirons
ici que quelques mots à propos de chacun des moyens en
cause. |
Jeûner |
C’est
«La palice» l’aurait dit s’abstenir de
nourriture durant un temps plus ou moins long. On ne jeûne
pas quand on se contente de manger moins que d’habitude,
de rester sur sa faim, au petite déjeuner ou au repas du
soir.
Jeûner, c’est rester
complément `a jeun pendant un temps notable :
Jusqu’au soir, disait l’ancienne tradition ; ou même
durant trente-six heures et davantage. Ce qui n’interdit
pas de prendre de l’eau et quelques autre
boisson légère si on éprouve le
besoin.
Il faut noter à ce sujet que l’estomac et les autres
organes de la digestion ont besoin de se reposer de temps en
temps. Ayons piété d’eux. Ne les obligeons
pas à travaille sans arrêt. Leur fatigue rejaillirait
sur tout l’organisme. D’où la règle
minium de santé qui consiste à ne pas
manger entre les repas, et à prendre ces repas à
heure fixe, en les espaçant suffisamment les
une des autres, trois repas par jours doivent
suffire à un adulte, hors le cas de convalescence après
une grave maladie. Et si l’on peut arrive à se
contenter de deux, ou même, de temps
en temps, d’un seul repas, ce sera tant mieux.
La réduction volontaire du nombre
des repas, la pratique périodique d’une jeûne
modéré mais sérieux, confèrent `a
la longue une indépendance remarquable à l’égard
de la nourriture. On apprend pas
là à donner au corps ce dont il a réellement
besoin et quand il en a besoin; on n’est plus l’esclave
d’une faim plus imaginaire que réelle, proche parent
de la gourmandise et cause, si on la satisfait, de nombreux
malaises.
«Bonne
est la prière qui s’accompagne de jeûne»,
disait l’ange Raphaël à Tobit et à
son fils (Tb. 12,8 ). Et notre Seigneur : «C’est
engeance (les démons) ne peut se chasser que par la prière
et le jeûne» ( Mt. 9. 29 ). Jésus a jeûné
longuement avant de commencer son ministère. Il a déclaré
que ses disciples jeûneraient quand l’Époux
aurait été enlevé (Mt. 9, 15). Ils jeûnent,
en effet, en attendant son retour, ce retour qui inaugurera
le festin des noces messianiques. |
L'abstinence |
| Au
sens restreint du terme, consisteà exclure de son alimentation
ce que les anciens appelait la «chair»,
mot qui, contrairement à une interprétation trop
répandue, désigne le poisson tout autant
que la viande. Il s’agit donc d’observer
une régime purement ou principalement végétarien.
Il le sera purement si, sans parler de la viande de du poisson,
on s’abstient de tout aliment d’origine animal : oeufs,
lait, beurre, formage, graisse animales, extrait de viande , etc.
: il le sera principalement si on ne s’interdit
pas d’user de tel ou tel de ses aliments.
Un
tel régime doit rester équilibrer, contenir assez
de protéines pour pouvoir à la perpétuelle
reconstruction de l’organisme. Il
se sera aisément si on place à sa basse du pain
de froment complet ou du blé sous une autre forme, du
riz également complet ( riz brun), et si l’on y
ajoute du fromage, des oeufs, et, avec modération, des
légumineuses ; haricots, pois, lentilles, graines de
soya etc. On trouve beaucoup de protéines dans les noix,
noisettes, cacahuètes et autres fruits oléagineux.
Quand aux fruits et les légumes, on les mangera de préférence
frais, produits dans le pays et en leur saison. Ils conservent,
mieux leurs vitamines s’ils sont consommées crus.
Autant que possible, l’huile et
les autres grasses végétales ne seront ni portées
à ébullition, ni même trop réchauffées
: mieux vaut les ajouter crues aux aliments déjà
cuits. Il faut en tout cas éviter les fritures,
qui sont de véritables poisons. D’une façon
générale, préférer une cuisson
lente à une cuisson trop rapide.
On
veillera à ne pas abuser du sel et des condiments irritants
pour l’intestin. Le sucre, de son côté, ne
doit être pris que modérément, et de préférence
sous forme de miel, de cassonade ou de candi.
On aura soin surtout de bien mâcher
la nourriture, surtout les féculents ( pain, riz, légumineuses,
etc. ) qui ont besoin d’être bien imprégnés
de salive pour être convenablement digérés.
Il
va de soi que l’ermite s’interdira la consommation
fréquente ou habituelle de boissons fortes et l’usage
du tabac. Il fera bien aussi de se passer de vin et de bière,
saut peut-être en certaines circonstances telles que la
maladie, la réception d’un hôte ou les fêtes
principales de l’Église. L’écriture,
il est vrai, n’a pas prohibé le vin, elle en a
même parfois fait l’éloge (Ps.104,15 ; Si
25, 27-28). Le Seigneur a peu être accusé par ses
ennemis d’en prendre trop volontiers (Mt II. 19) ; il
en a fourni miraculeusement aux invités des noces de
Cana, et il en a fait le sacrement de son sang répandu.
Mais saint Jean-Baptiste, fidèle en cela à la
loi du nazarét (Nb6, 3; Jg 13,4), s’en est passé
sa vie durant (Lc 1, 15 ; 7, 33) ; et ils ont suivi son
exemple, ceux qui comme lui se sont retirés au désert
et ont préfère aux plaisirs de la table la sobre
ivresse qui vient de l’esprit.
D’aucuns
s’étonneront peut-être de nous voir entrer
dans de pareils détails. Tous les maîtres de l’ascèse,
pourtant, à l’intérieur comment en dehors
du christianisme, ont reconnu l’importance d’une
alimentation simple et saine, pleinement adaptée à
une vie sédentaire, paisible, et adonnée principalement
aux choses de l’esprit. Notre corps et notre âme
ne font qu’un. Ils ne peuvent être dissociés
que dans l’abstrait et comme par un jeu de l’intelligence.
Ce qui nuit à l’un fait du tort à
l’autre. Ce qui maintient l’un en bonne santé
contribue à garder l’autre dans un état
de parfait équilibre. Pour vivre pleinement selon l’esprit,
dans la proximité de Dieu, dans la paix du ciel, pour
garder la lucidité du jugement, la pureté des
pensées et sentiments, il faut donner au corps une nourriture
qui en l’alourdisse pas (cf. Lc 21, 34 ) et n’encrasse
pas l’organisme, une nourriture qui n’excite pas
les passions, la nervosité, le besoin de changement et
l’agitation. Et c’est là ce qu’on
est en droit d’attendre du régime que nous venons
d’indiquer. |
Les
veillées nocturnes |
Les
veillées nocturnes sont la troisième forme d’ascèse
recommandée par la tradition.
Celle-ci
pouvait, en l’occurrence, s’appuyer sur certains
recommandations de notre Seigneur, en les interprétant,
à vrai dire, d’une façon qu’il est
permis de considérer comme trop littérale : «Veillez,
car vous ne savez pas quel jour viendra votre Maître»
(Mt. 24, 42). «Veillez et priez afin de ne pas entrer
en tentation» (Mt. 24, 412). Et «Veillez et priez
en tout temps» (Lc 21, 36). Et saint Paul, de sont côté,
a écrit : «Vous, frères, vous n’êtes
pas dans les ténèbres, pour que le jour, du Seigneur
vous surprenne comme un voleur. Tous, en effets, vous êtes
des fils de lumière, des fils du jour. Nous n’appartenons
pas à la nuit, aux ténèbres. Dès
lors, ne nous endormons pas, comme font les autres, mais restons
éveillé et sobres» (I Th 5, 4- ), Jésus
a, selon saint Luc, passé des nuits entières à
prier son Père (Lc6. 12).
Sans
aller jusque là, on fera bien de veiller dans la prière,
soit au début, soit à la fin de la nuit,
mais de préférence en son milieu, en interrompant
donc pour cela le sommeil, suivant cette parle du psaume
: «Je me lève à minuit, te rendant grâces
pour tes justes jugements» ( PS, 119, 62 ). Ce moment
est tout indiqué pour la célébration des
vigiles ou de l’office des lectures.
La
prière nocturne est particulièrement agréable
à Dieu ; elle est féconde en fruits de salut pour
celui qui s’y livre, pour l’église, pour
les pécheurs. Les démons la redoutent
plus que toute autre.
À
côté de ces trois grands moyens traditionnels,
une certaine austérité marquera nécessairement
le style de vie de l’ermite.
Il évitera tout ce qui sent l’amour de ses aises,
et du confort, la facilité cherché pour elle-même,
la satisfaction de la paresse, de la négligence, de la
mollesse, de la curiosité et la fantaisie, que ce soit
dans l’habitation, le mobilier, le vêtement, les
objets menacées, les instrument se travail ou les lectures.
Lit moelleux , fauteuils bibelots, chauffage immodéré,
télévision, journaux et revues d’actualité
reçus d’une façon habituelle, ne sont pas
leur place dans la cellule d’un ermite.
En tout cela, cependant, on se gardera de viser à accomplir
des performances, de cherche à surpasser les autres en
austérité. On se souviendra que «le royaume
de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson,
mais justice, paix et joie dans l’Esprit-Saint»
(Rm. 14, 17). Il y aurait danger à faire de ces choses
un sport, une sorte de jeu, ou pis encore, un sujet d’orgueil,
d’ailleurs assez vain, en oubliant leur vraie nature,
qui est celle de simples moyens mis au service de l’amour.
Nous voulons avoir le cœur libre pour le donner tout à
Dieu ; et ce pourquoi nous cherchons à soumettre entièrement
le corps à l’esprit. Ce que nous faisons pour cela
n’a pas d’autre raison d’être. Une
austérité qui ne serais pas humble, une austérité
qui se prendrai trop a sérieux, ne saurait nous faire
croître en amour ; elle créerait au contraire des
obstacles plus grands que ne le ferait une manière de
vivre tout ordinaire et semblable, à celle tout le monde.
Il y a donc une liberté du cœur qui doit s’exercer
à l’égard même de ces moyens traditionnels
de l’ascèse chrétienne : on les utilise
parce qu’on croit à leur valeur, qui est réelle
; mais on n’en fait pas une superstition , on n’en
devient pas l’esclave, on sait les laisser de côté
chaque fois qu’Ils deviennent un obstacle à l’épanouissement
de le profond, au règne de l’amour, du moment qui
le fidélité à un engament pris n’être
pas en ligne de compte.
|
L'obéissance |
Faut-il
parler d’obéissance à propos de la vie solitaire
?
Cette vertu ne suppose-t-elle pas la vie communautaire, la vie
en société, et n’en est-elle pas la conséquence
logique, une nécessité que cette vie implique
? Sans doute ; et elle n’a à première vue
que peu d’occasions de s’exercer dans la vie de
l’ermite. Aussi convent-il que celui-ci l’ai
longuement pratiqué avant de se retirer dans la solitude.
C’est ainsi seulement qu’il l’aura,
comme dit saint Thomas, «in praeparatione animi»
(Somme Théologique, IIa, IIae, qu’ 188, art, 8,ad
3m ). C’est-à-dire sous la forme d’un disponibilité
telle qu’il soit prêt à la mettre en œuvre
aisément, joyeusement, sans hésitation ni réticence,
chaque fois qu’elle lui est demandée, Une telle
disposition importe plus devant Dieu qu’une multitude
d’acte d’obéissance accomplis mollement,
sans conviction, pour éviter les ennuis ou les sanctions.
Mais
il est une autre forme d’obéissance qui s’impose
à l’ermite comme à tout chrétien
:
C’est
l’obéissance à Dieu, le souci pressant de
conformer tout sa vie à la volonté de son Seigneur.
Cette obéissance-là est le fruit direct de l’amour
et se confond presque avec lui. Elle a présumé
toute la vie et la mission de Jésus : «Je suis
descendu du ciel, a-t-il dit, pour faire non ma volonté,
mais la volonté de celui qui m’a envoyé»
(Jn 6, 38). Elle suppose une sensibilité particulière
aux mondes qui touches de l’Esprit, sensibilité
qui ne s’acquiert qu’au prix d’un grand renoncement
à sa volonté propre à son égoïsme,
à cette soif désordonné d’indépendance
qui est à l’origine de tout le mal en ce monde.
Cette
obéissance n’entrave en rien le juste développement
de la personnalité et le souci de penser par soi-même
et de vivre selon ses convictions. Elle écarte seulement
une confiance excessive en son propre jugement, une méconnaissance
des limites et des faiblesses de nos raisonnements. Aussi bien,
être docile à Dieu et à son Esprit, c’est
se fier à une Sagesse dont on sait qu’elle ne peut
ni nous tromper ni nos décevoirs, et qu’au contraire
elle nous guidera sûrement vers une réalisation
de nous-mêmes dont nous serions incapables autrement.
Ce
que nous croyons que Dieu nous inspire le faire demande cependant
à être contrôlé ; et c’est ici
qu’intervient la nécessité de recourir aux
avis et aux conseils d’un Père spirituel, surtout
dans les débuts. C’est à lui que l’ermite
soumettra sa règle de vie personnelle, à lui aussi
qu’il demandera, sinon une permission au sens strict du
terme ce qu’il devra faire s’il est lié par
un vœu, du moins un avis formel lorsqu’il aura à
prendre une décision de quelque importance.
Et
tout cela, le souci dominant devra être, répétons-le,
de suivre de près la volonté de Dieu. Le renoncement
qui nous est demandé n’a pas d’autres sens.
C’est un renoncement à l’orgueil, à
l’obstination dans les idées purement personnelles
et fausses, au caprice, à l’impressionnabilité
, en vue de marcher sans entrave dans la voie des disciples
et de parvenir à cet amour dont les intuitions et les
désirs ne feront plus qu’un avec la sagesse et
l’amour de notre seul Père véritable. |
La
vie selon l'Esprit dans le Christ Jésus |
| Saint
Antoine enseignait à ses visiteurs à ne rien préférer
à l’amour du Christ. Tel doit être aussi notre
mot d’ordre, notre objectif primordia, la pensée
qui dirigera toutes nos démarches, tout notre comportement.
«Tous
les avantages dont j’étais pourvu, a écrit
saint Paul, je les ai tenus pour un désavantage, à
cause du Christ . Bien plus, je tiens tout désormais
pour désavantageux au prix du gain suréminent
qu’est la connaissance du Christ mon Seigneur. Pour lui
j’ai accepté de tout perdre, je regarde tout comme
déchets, afin de gagner le Christ et d’être
trouvé en lui, n’ayant pas ma justice à
moi, celle qui vient de la loi, mais la justice par la foi du
Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi»
(Ph3,7-9).
Si
nous oubliions le Christ, si notre vie intérieure se
repliait sur elle-même, si elle ne tendait qu’à
une expérience du divin destinée à nous
satisfaire nous-mêmes, nous ne serions plus dignes du
nom de moines, ni même du nom de chrétiens.
Mais
cela n‘est pas : disciples du Christ, nous en voulons
connaître que Lui ; et notre propre personne, nos vertus
vraies ou supposés, nos mérites, les avatars de
notre vie intérieur, nous paraissent peu de chose et
peu dignes d’intégrer, à côté
de la personne et du mystère du Christ Jésus,
vrai Dieu et vrai homme, Fils bien-aimée du Père
et son Envoyé, en qui nous avons tous les trésors
de la sagesse et de la science (Col2,3), la rédemption,
la rémission des péchés (Col,1,14), car
il est devenu pour nous «sagesse, justice, sanctification
et rédemption» (1 col1,30), c’est Lui qui
nous a choisi, c’est son amour qui nous a appelés.
Notre vie ne doit plus être, désormais, qu’une
docilité , une disponibilité , une réponse.
Aussi se fondra-t-elle tout entière sur la foi, tandis
que l’espérance la tiendra tendue en avant, vers
le jour où le Christ, notre vie, se manifestera, et nous
avec Lui dans la gloire ( Col,3,4 ), et que la charité
de Dieu répandue dans nos cœurs par l’Esprit-Saint
(Rm 5,5) nos apprendra à ne plus vivre pour nous-mêmes,
mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour nous
(2 Co 5.15).
Cette
même charité respecte, certes, la hiérarchie
qu’établit la nature elle-même entre ceux
qui sont proches de nous et ceux qui en le sont pas. Elle nous
fait néanmoins aimer tous les hommes, sans distinction
de race, de nationalité, de catégorie sociale
ou de religion. Elle nous fait aimer jusqu’à nos
ennemis. Elle nous fait aimer les hommes de l’amour même
dont Dieu les aime, c’est-à-dire qu’elle
leur veut du bien, leur vrai bien, non celui qu’ils prétendant
trouver, trop souvent, la où il n’est pas. Elle
cherche à le leur procurer effectivement chaque fois
que l’occasion s’en présente, selon la mesure
de ses possibilités et la nécessité où
le prochain est réduit. Elle n’oublie pas cependant
que son premier devoir est de rester fidèle à
l’appel de Dieu, et que d’une façon habituelle,
le meilleur service que l’ermite puisse rendre à
l’Église et à l’humanité est
de demeurer dans sa cellule, vaquant à Dieu dans le silence
de la prière et l’humilité du renoncement. |
La
vie sacramentelle |
| ‘’
Moine est celui qui vit séparé de tous et uni à
tous ‘’ ( Evagre le Pontique, Sur la prière
124).
Séparé
de tous par sa vocation est pour être tout à Dieu,
l’ermite reste uni à l’Église par
le fait même qu’il est membre du Christ dans son
Corps mystique et désire ardemment croire en Lui (cf.
Rm.12,4-5-). En lui ou vivons, en lui mourrons, en lui nous
ne faisons qu’un avec tout ceux qui, comme nous, on tété
baptisés en Lui confirmés en Lui, et communient
dans la foi et en réalité à Son Corps et
à son Sang, «La coupe de bénédiction
que nos bénissons n’est-elle pas communion au corps
du Christ ? Puisqu’il n’y a qu’un pain, à
nous tous nous ne formons qu’un corps, car tous nous avons
part à ce pain unique ... (1 Co,10 16-17)
Ainsi
donc, l’Eucharistie maintient et resserre constamment
notre union à l’église en même temps
que notre uni au Sauveur de tous, car les deux choses n’en
font qu’une. Elle est le sacrement de l’unité,
le lien de la charité. L’Ermite prêtre
la célèbre, non pour la simple satisfaction
de sa piété personnelle, mais comme ministre de
l’Église et pour le salut de toute l’Église
: l’ermite non prêtre y participe aussi
souvent que possible, comme à un mystère d’union
et d’unité. L’un et l’autre se sentent
et se savent, par elle, du nombre de ces fils de Dieu dispersés
que la mort de Jésus a heureusement rassemblés
(Jean 11, 51-52). L’un et l’autre se savent et se
veulent, quand ils la célèbrent ou y participent,
solidaires de leurs frères et de leurs sœurs en
Jésus-Christ. Ils épousent leurs intérêts
et répandent pour eux leurs supplications devant le Maître
et Seigneur de toutes choses. Avec eux ils se savent transportés
en esprit, dès cette vie, et principalement par l’Eucharistie,
dans le royaume du Fils bien-aimés ( Col 1,13).
Chacun aura également le souci de se purifier aussi souvent
qu’il le jugera expédient de ses fautes, les récents
comme les anciennes, et demandant au prêtre de son choix
l’absolution sacramentelle. Contrition, componction, pénitence,
désir d’expier, de satisfaire et réparer
: ce sont là des composante indispensables de la crainte
de Dieu. Elles donnent à la vie de l’ermite une
gravité et un sérieux qui n’entament en
rien sa joie intime et la paix habituelle de son âme,
elle tournent souvent sa pensée vert le malheur des hommes
livrées a péché; elles l’invitent
à supplier fréquemment le Seigneur de les retirer
de la voie de la perdition et de leur rendre ou de leur donner
sa grâce.
L’onction
des malades sera pour l’ermite ce qu’elle doit être
: le Christ prenant en pitié nos infirmités
et les guérissant s’IL le veut. La pensée
de la mort dit cependant lui être habituelle et lui devenir
douce. «Pour moi, la vie, c’est le Christ, et mourir,
«c'est un gain» (ph1,21).
«Toujours
pleins d’assurance, et sachant bien que demeurer da ce
corps, c’est vivre en exil loin du Seigneur… nous
préférons quitter ce corps pour aller demeurer
auprès du Seigneur» (2 Cor. 5,6-8)
Quant au sacerdoce ou au diaconat, l’ermite qui
n’en est pas déjà revêtue ne désirera
généralement pas y accéder.
L’ancienne
tradition n’était pas favorable à cette
promotion. Elle y voyait un danger d’élèvement,
et la désirer lui semblait un manque d’humilité.
A cette considération, il faut ajouter que le sacerdoce
est un ministère ordonné de soi, à s’exercer
activement au service d’Église.
Là où ce service est déjà assuré,
l’ordination d’un nouveau sujet ne peut se justifier
qu’en raison de circonstance dont l’Évêque
est seul juge ou d’un appel divin sérieuse, et
reconnu comme tel. Elle exige, bien entendu,
l’observation de tous les conditions posées par
l’Église; ce qui, normalement, doit tirer l’ermite
hors de sa vocation propre pour de longues années.
E principe, donc l’ermite non prêtre
préférera reste dans l’État où
il se trouvait quand il a entendu l’appel de Dieu ( cf,1
Co.7,17) Il se rappellera qu’il participe déjà,
par le simple fait de son baptême, à un sacerdoce
royal ( 1 P.2. 9 : ap. 1,6; 5,10`20,6) qui fait de toute sa
vie «un sacrifice vivant, saint, agréable à
Dieu» un véritable «culte spirituel»
( Rm. 12, 1). Et que l’Eucharistie
est vraiment offerte par l’entière communauté
des croyants, bien que le prêtre seul soit qualifié
pour la présider let la consacrer en son nom.
|
La
parole de Dieu, lumière et vie |
«Heureux,
dit le Seigneur, ceux qui écoutent la parole de Dieu
et qui la gardent !» (Lc, 11,28), La vie solitaire flotterait
dans le vie, si Dieu ne la remplissait de sa présence.
Elle succomberait à l’inanition, s’il ne
la nourrissait de sa Parole, dans la prière, disaient
les saints Pères, nous parlons à Dieu ; mais c’est
dans l’Écriture que Dieu nous parle. Sous peine
de tomber dans le sentimentalisme ou dans les faiblesses et
les déviations d’une pensée tout humaine,
l’ermite fera la lecture de la Bible le principal aliment
de sa vie spirituelle. Plus que la satisfaction immédiate
de ses goûts et la confirmation d’idées préconçues,
il y cherchera la pensée de Dieu.« Vos pensées
ne sont pas mes pensées », dit le Seigneur (Is
55, 8).
Et
c’est pourquoi être les parties de la Bible qui
semble moins propres à nourrir l’âme en seront
pas négligées ; pour entrer dans la mentalité
biblique et s’en imprimer profondément, il faut
de toute nécessité connaître toute la Bible
et s’habituer à saisir les multiples liens qui
unissent entre elles toutes ses parties. C’est ainsi que
dans les livres les plus récents, dans ceux du Nouveau
Testament en particulier, les allusions aux textes plus anciens
sont partout répandue. Découvrir ces allusions
et en saisir la portes constitue sans nul doute la tâche
la plus importante de ce qui veut comprendre, ici, ce qu’il
lit, et en profiter pleinement. A cette fin, d’ailleurs,
l’effort humain peut et droit se conjuguer très
heureusement avec la docilité de la foi. De toute son
âme, avec toutes les ressources de son esprit et celles
qu’offre a croyant l’exégèse moderne,
le lecteur de la Bible cherchera à comprendre ; et
c’est de Dieu qu’il attendra la lumière,
celle qui pénétrera et guidera ses propres recherches.
Il
aura soin, bien entendu, de ne pas s’écarter de
l’enseignement de l’Église, «colonne
et supporte de la vérité» (1 Tm3,15 ). C’est,
répétons-le, la pensée de Dieu qu’il
faut chercher dans la Bible, on la nôtre ; et c’est
le même Esprit, seul bien informé des secrets de
Dieu (1 Cor.2. 11) qui éclaire l’Église
comme il a inspiré les auteurs sacrés.
Il y a dans la lecture de l’ Écriture, dans la
«lectio divina », comme l’appelle
saint Benoît, une grâce quasi sacramentelle. Comme
l’Eucharistie, comme la prière, comme la solitude
et le silence, comme les divers renoncements inscrits dans la
tradition apostolique, elle transforme insensiblement l’être
toute entier et le divinise progressivement, amenant peu à
peu l’ermite à l’état parfait de fils
de Dieu, faisant passer et grandir en lui la vie de l’Esprit,
A
côté de la Bible, on fera bien, surtout dans le
commencement, de lire les grands auteurs spirituels et les vies
des saints. On accordera cependant la préférence
aux livres qui ont consigné l’enseignement et l’expérience
de Pères des déserts d’orient : Apophtegmes,
Vie des saint Antoine, Histoire lausiaque, Histoire des moines
en Égypte de Rufin, Conférences de Cassien, Pré
spirituelle, de Jean Moschos, Échelle sainte et de saint
Jean Climaque, saisi qu’aux ouvrages modernes qui en ont
fait l’objet de leur étude et peuvent aider à
mieux les comprendre en les replaçant dans leur contexte
historique. |
La
prière continuelle |
| «La
fin que se propose le moine, a écrit Cassien, toute la
perfection de son cœur, réside dans la continuité
d’une prière ininterrompu» ( Coll, 9,2), Cassien
n’était en cela que l’écho de l’Évangile
: «Il leur dit une parabole sur le qu’il leur faillait
toujours prier dans jamais se lasser» ( Lc 18,1) , Et Saint
Paul : «Priez sans cesse» ( ! Th. 5,17).
Bossuet
a pour dire avec raison que le christianisme était la
religion de la prière. Il est tel parce qu’il est
la religion de la foi et de la grâce, parce qu’il
met à la première place l’ oeuvre de Dieu
et l’homme et que, le travail de l’homme lui-même,
il le regarde comme l’œuvre de Dieu agissant en l’homme
et par lui. Quand on a compris combien nous sommes dépendants
de Dieu, combien nous avons besoin de Lui, on ne peut plus casses
de prier.
Comme
faire, cependant, pour bien prier ? Que demander dans notre
prière ? A vrai dire, nous ne le savons pas (cf, Rm8.26
). Aussi le Seigneur a-t-il voulu nous l’enseigner (cf.Lc11.1)
: il nous a donné le Pater, il nous a donné les
Psaumes. Il nous a, surtout, donné son Esprit,
qui intercède pour nous, en nous, par des gémissements
ineffables ( Rm. loc. cIt ), cette prière sans paroles,
explIque saint Augustin, est celle des vertus théologales
mises en nos cœurs par ce même Esprit :
«Par la foi, l’espérance, la charité
nous prions sans cesse, dans la persévérance d’un
désir ininterrompu. »
D’où
il faut conclure que la prière ne saurait se réduire
aux limites étroites d’un «exercice»
isolé, fermé sur lui-même. ll doit être
l’expression et la respiration de toute vie. Elle n’est
pure, vraie, sincère, sans alliage, que si elle traduit
l’ardeur d’une âme avide d’être
toute à Dieu et ramenant toutes les pensées, tous
ses désirs, toutes ses activités à cette
fin unique. Aussi la vie érémitique, qui implique
ce don total, constitue-t-elle le lieu idéal de la prière
et le terrain où elle jaillit spontanément avec
le plus de pureté, de force, de continuité, de
simplicité.
Pour
bien prier, il faut une grande humilité. Un
cœur orgueilleux, épris de lui-même, ne sent
pas le besoin de Dieu. On ne prie bien que du jour où
l’on a compris qu’on n’est qu’un pécheur,
un homme comme les autres : un «propre à rien»,
disait un saint ermite, et qu’on ne se regarde plus comme
digne d’intéresser qui que ce soit. S’oublier
soi-même, en plus se compter que pour rien, ne plus voir
que Dieu, c’est déjà prier.
Si
la prière ne fleurit bien qu’au désert,
c’est qu’on y trouve mieux que partout ailleurs
la paix et le repos de l’âme. Il fait positivement
tendre à cette quiétude, à ce sait loisir,
si l’on veut arriver à prier sans cesse. La prière
un sommeil vigilant, un silence docile et attentif à
Dieu. «Dieu, disait sainte Marguerite-Marie, fera plus
vous par son amoureux silence, que par toutes les paroles que
vous pourriez lui prodiguer.»
Tout
ce qui est cause de trouble et d’agitation pour l’âme
: bavardages, lectures inutiles et curieuses,
laisser-aller de l’imagination, passions mal réprimées,
ressentiments, envie, colère , impatience, désir
d’être admiré ou aimé ; toute cela
fait obstacle à la prière. Paix, silence , douceur,
patience, humilité, charité : l’ermite demandera
instamment à Dieu de faire grandir dans son cœur
ces purs effets de son règne, afin que sa vocation trouve
dans une oraison continuelle son plein épanouissement.
On aurait tort cependant
de croire que la prière vocale, pratiquée dans
une juste mesure, ne s’accorde pas avec une oraison vraiment
intérieur. Nous en sommes pas de purs esprit ; notre
âme ne se sanctifie pas à part : il faut
que outre corps participe à notre prière, si nous
voulons que notre être tout entier soit sanctifié
par elle. Aussi la récitation ou le chant de
l’office divin, même si l’on n’est pas
tenue par la loi de l’Église, peut-il être,
à ce point de vue, d’une grand fruit. Mais il y
a plus. En s’unissant `a la prière de l’Église,
l’ermite communie à ses intentions à des
désirs, à sa foi, à son amour ; il participe
aux grâces que son Époux lui prodigue, aux soins
dont Il l’entoure (cf, Ep. 5. 25-32). Il pratique
une charité active, dès lors que sa pensée
et son intention se tournent, avec les siennes, vers l’hommage
dû au Dieu Créateur et Rédempteur et vers
les besoins de la communauté ecclésiale.
Pour arriver cependant à
pénétrer d’oraison toute sa vie,
l’ermite pourra recourir utilement à la méthode
prôner jadis par les anciens Pères et devenu familière
à nos frères orientaux : celle d’une
rasion jaculatoire, toujours la même,
indéfiniment répétée, Cassien avait
suggéré d’utiliser à cette fin le
premier vers de psaume 70 : «O Dieu, viens à mon
secours ! Seigneur, hâte-toi de m’aider ! »
(Coll, 10-10) Les Orientaux lui préfèrent ce qu’ils
appellent «La prière de Jésus» imploration
du sauveur dans une courte formule inspirée de l’Évangile
(Cf, mt, 16, 16 ; Lc 18, 13_ «Seigneur Jésus Fils
du Dieu vivant, aie pitié du pécheur que je suis»
; formule qu’il est d’ailleurs loisible d’abréger
davantage encore même de réduite à l’invocation
du nom de Jésus.
Il ne faudrait cependant pas croire qu’un tel procédé
procure automatiquement, à lui seul, l’union à
Dieu. C’est seulement un moment d’habituer nos facultés
à se tourner spontanément et constamment vers
le Rédempteur, dans un acte de foi indéfiniment
répété en la puissance de sa grâce,
dans un sentiment profond de repentir et d’abaissement.
Nous
avons du reste en Occident quelque chose d’analogue dans
la récitation du rosaire ou du chapelet.
Cette dernière dévotion fera à la Mère
de Dieu la part qui lui revient dans l’œuvre de notre
sanctification et dans la prière de toute l’Église.
«Seigneur,
disait l’apôtre Philippe, montre-nous le Père,
et cela nous suffit. Voilà si longtemps que je suis avec
vous, lui dit Jésus, et tu ne me connais pas Philippe
? Qui me voit, voit le Père » ( Jn. 14-89-). Le
désir de voir Dieu est le sommet de l’ amour. «
Mon âme, soupire le psalmiste, a soif de Dieu, du Dieu
de vie. Quand irai-voir la face de Dieu ? » ( Ps.42,3)
Or la face de Dieu se reflète sur celle du Chirsit, et
«Pous tous qui, le visage découvert, réfléchissons
comme en un miroir la gloire du Seigneur Jésus par un
regard lein de foi en sa divinité, nous sommes transformés
en cette même image, de plus en plus radieuse. En effet,
le Dieu qui a dit : Que du sein des ténèbres brille
la lumière, est aussi celui qui a brillé dans
nos cœurs, pour y faire resplendir la connaissance de la
gloire divine qui est sur la face du Christ » ( 2 Co3,18
: 4,6 ).
La pratique de l’oraison
peut fort bien et doit, notons-le, accompagner toutes nos occupations.
Tout
le monde n’est pas portée à se livrer à
de longues oraisons silencieuses, ni n’en est capable.
C’est là faire de grâce personnelle. Aussi
les anciens Pères conseillaient-ils de ne pas
prolonger a prix d’un effort de volonté ce
qu’Ils appelaient la prière pure, c’est-à-dire
l’oraison silencieuse, pratiquée dans une immobilité
total du corps et dans le repos des pensés. L’oraison,
dit par exemple saint Benoît, doit
être courte et pure, à moins que la grâce
divine n’invite intérieurement à la prolonger»
( Règle, c.20) Mais il conseillaient
d’unir prière et travail, pourvu que celui-ci ne
soit pas trop absorbant pour l’esprit. A plus
forte raison, la lecture, celle de la Bible surtout, peut-elle
accompagner légitimement la prière et la soutenir
efficacement. On aura pourtant le soucie de chercher
fréquemment, et de plus en plus, dans le «prière
pure», un contact intime avec cet Absolu que le
silence quasi total ; des facultés pour faire percevoir
au-dedans de soi, «Rentrer dans
la profondeur», a écrit saint Jean de la
Croix, se laisser couler jusque dans ce fond intime de notre
être où Dieu habite et d’où rayonne
sa vie en nous : C’est là le sommet et
l’essence même de l’oraison. On évitera
cependant d’y tendre avec trop d’empressement et
d’anxiété. Y
parvenir n’as pas l’affaire d’un jour, ni
même de quelques mois. De toute manière,
ce que Dieu attend de nous, ce sont moins des prestations purement
matérielles, des «exercices» rigoureusement
compartimentés et mesurés, que
le don d’un cœur habituellement tourné vers
lui et attendant tout de lui. L’oraison donne simplement
son expression la plus haute à cette attente du Seigneur. |
L'image
de Dieu restaurée |
| La
prise de possession de nos vies par Dieu, notre confirmation du
Christ Jésus, ou plutôt le Christ lui-même
vivant en nous l’espérance de la gloire future (cf.
Col. 1, 27). C’est `a cela que nos sommes appelés
et c’est ce que nous sommes venus chercher au désert
: un état qui d’ailleurs reste toujours inachevé,
un but qui n’est jamais atteint, car la perfection du chrétien
consiste à grandir toujours davantage et à courir
pour ainsi dire vers l’infinie ( Cf.Ph.3,12-14).
Les
passage suivants de l’Évangile et de saint Paul
nous en donneront cependant quelque idée :
«Heureux
les pauvres en esprit : le royaume des Cieux est à eux.»
«Heureux les doux : Ils auront la terre en héritage.»
«Heureux les affligés : Ils seront consolés.»
«Heureux les affamés, les assoiffés de la
justice : ils seront rassasiés.»
«Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde.»
«Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !»
«Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront
appelés fils de Dieu.»
«Heureux seront qui souffrent persécutions pour
la justice : le royaume de Cieux est à eux !» (Mt.
5, 3-10)
«Du
moment que vous êtes ressuscités avec le Christ,
recherchez les choses d’en-haut, là où se
trouve le Christ , assis à la droite du Dieu. Préoccupez-vous
des chose d’en-haut, non de celles de la terre. Car vous
êtes morts, et votre vie est désormais cachés
avec le Christ en Dieu. Quand le Christ paraîtra, lui
qui est votre vie, alors vous aussi vous paraîtrez avec
lui en pleine gloire» (Col. 3, 1-4)
«La
charité est longanime, la charité est serviable,
elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne
pas, ne se rengorge pas ; elle en fait rien d’inconvenant,
ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas,
ne tien pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de
l’injustice, mais met sa joie dans la vérité.
Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout.
La charité ne passera jamais» (1 Co 123.4-8)
«Le
fruit de l’Esprit est amour, joie, paix, longanimité,
serviabilité, bonté, confiance dans les autres,
douceur, maîtrise de soi… Si nous vivons par l’Esprit,
marchons aussi sous l’impulsion de l’Esprit.»
( Ga, 22, 22-25 ).
Aux
heures où nous sentirons notre courage faiblir, notre
ferveur s’attiédir, nos espoirs de progrès
près de s’écouler, relisons ces pages admirables
dans lesquelles la Sagesse divine a décrit l’œuvre
qu’elle entend réaliser on ceux qui répondent
`a son appel. Elles seront l’aliment de notre foi, le
gage de notre espérance, la joie de notre charité. |
Appendice
: Société de solitaires ou laure d'ermite |
| Selon
qu’il a été entendu entre nous dès
le début nous ne formons pas une communauté proprement
dire, mais une simple société de solitaires,
nous sommes et voulons rester véritablement ermites,
aussi ermites que si chacun de nous n’avait pas de voisins
menant le même genre de vie. Nous, nous sommes groupés,
cependant, comme il est dit dans notre statut, pour nous défendre
à la fois contre nous-mêmes, contre nos instabilités,
notre volonté propre et notre faiblesse, et contre le monde
indiscret et curieux. Nous voulons est espérons trouver
dans ce groupement plus de sécurité et de paix ;
nous comptions par ce moyen , on pas entamer ou diminuer en quoi
que ce soit la pureté de notre idéal, l’intégrité
de notre vocation, mais au contraire les sauvegarder plus sûrement
et les fortifier.
Il
importe donc, si nous voulons rester fidèles à
cette formule initiale, de nous ternir en garde contre la tendance
inné chez les Occidentaux à tout réglementer,
uniformiser, organiser et centraliser. Le système communautaire
ou cénobitique a certes ses avantages ; ils sont grands
et incontestables. Mais notre
vocation est autre. A vouloir consolider vie
solitaire et vie communautaire, nous risquerions de ne pratiquer
comme il faut ni l’une ni l’autre, et de ne plus
correspondre adéquatement aux desseins de Dieu. Si
l’érémitisme est une fonction nécessaire
dans le Corps mystique, nous devons tenir à la pratiquer
en toute vérité et sincérité. Dieu
attend de nous cette intransigeance.
Ce n’est pas là de l’individualisme, car
notre volonté d’être seuls ne procède
pas de l’égoïsme, du désir d’échapper
aux charges sociales, aux devoirs de la charité nous
sommes et devons rester prêts à faire face à
ces devoirs le jour où ils se présenteraient clairement
à nous. Mais aussi longtemps qu’ils n’existe
pas, nous ne les cherchons pas, estimant que la compagnie des
hommes nous distrait de notre occupation essentielles et nous
empêche de chercher Dieu purement.
Nous
n’avons d’autre lien entre nous que celui d’une
âme idéal. Groupés à l’intérieur
de la même propriété, nous restons libres
de mener notre vie érémitique selon notre attrait
personnel, sous le contrôle d’un être spirituelle
responsable du bon ordre et de la conduite de chacun. L’existence
des uns et des autres peut donc différer notablement
quant à l’horaire, les occupations, la manière
de prier, les pratiques s’ascèse, etc. Le désir
commun à tous d’être fidèles à
l’Évangile peut ainsi se traduite sous des formes
variées sans se trahir aucunement lui-même.
Le
simple bons sens, toutes fois, demande que les dépenses
réellement communes soient supportées par tous,
et que les commandes soient groupées chaque fois que
l’on peut éviter par là des sorties et courses
inutiles. Il est tout aussi évident que certaines décisions,
intéressant tous en chacun doivent être prise en
commun. Le bon ordre exige également le contrôle
d’une autorité celle de l’évêque
et celle du Père spirituel qui coupe court aux fantaisies
de l’individualisme et ferme la porte à tout ce
qui pourrait nous égarer loin de notre propos ou bien
troubler la paix de la laure et nuire à la solitude et
au silence de chacune. Enfin, la nécessité
où se trouverait éventuellement un de nos frères
ferait naître pour les autres le devoir de l’aider
en toute charité dans la mesure où ils le peuvent.«
Portes les fardeaux les uns des autres : ainsi vous accomplirez
la loi du Christ » ( Ga 6.2).
Notre
groupement, en un mot, n’a pas été voulu
pour lui-même, à cause du bien propre de la vie
communautaire. Il n’emprunte à celle-ci que ce
qui peut contribuer à renforcer et aider la solitude
individuelle, et laisse de côté toute ce qui risquerait
de la mitiger ou diminuer. On évitera donc la
prôner ou de suggérer quoi que ce soit qui tendrait
à introduire chez nous la vie communautaire.
Chacun vivre habituellement dans sa propre cellule comme s’il
était seul au monde avec Dieu ; et il respectera avec
un soin égal le silence et la solitude de ses frères.
C’est à ce prix
seulement que nous cueillerons les fruits de notre renoncement
et que nous offrions à Dieu le sacrifice d’un cœur
pur. |
Observations |
| Comme
il a été dit plus haut dans la Note préliminaire,
le texte qu’on vient le lire formait naguère la troisième
partie d’un petit manuel alors destiné à l’usage
privé. Il avait été rédigé
par la perspective d’une institution qui n’ont que
quelques années d’existence : celle des Ermites
de S. Jean-Baptistes, dont les habitations modestes s’étaient
groupées, en ordre dispersé, sur un terrain d’une
quarantaine d’hectares situé en pleine forêt,`a
quelques kilomètres de Courtenay, au diocèse
de Victoria, Canada.
Pourquoi
cette expérience ne se prolongea-t-elle pas au-delà
de cinq années à peine ?
Les raisons qu’on pourrait donner de ce demi-échec
sont sans doute subtiles et diverses elles ne sont pas des plus
aisées à préciser.
On doit reconnaître, en tout cas, que ceux d’entre
nous que la formule ne satisfaisait pas aspirèrent bientôt
à une solitude plus réelle et complète.
D’où un certain nombres de départs.
Puis ce fut, en mars 1969, la décision prise à
l’unanimité de nous séparer et d’aller
vivre chacun de son côté sa vocation propre, toute
en gardant entre nous les liens s’ailleurs assez lâches
et difficiles à préciser d’une « pio
unio ».
À
la lumière de cette expérience, il semble bien
que le groupement en colonie de plusieurs ermites leur nombre
maximum avait été fixé à
douze n’est avantageux que si l’esprit
qu’on a tenté de définir ci-dessus règne
sans conteste parmi eux, à défaut de quoi il est
inévitable que l’on retombe dans les défauts
et les faiblesses inhérents à toute vie communautaire,
défauts dont le moindre n’est pas de sacrifier
trop souvent la personne à l’institution.
Il
est incontestable, cependant, qu’une association de ce
genre peut-être d’un grand secours, soit par des
débutants, soit pour des hommes ou des femmes qui, par
suite de circonstances extérieures ou en raison d’un
handicap personnel d’ordre physique ou psychologique,
seraient incapables de se suffire à eux-même et
de vivre complètement seuls. Pour l’ermite,
au contraire, déjà exercé, pour celui que
rien d’empêche de suivre son attrait pour la solitude
intégrale, mieux vaut garder sa liberté, sa légitime
indépendance, et ne se rattacher à aucune autre
institution que la communauté chrétienne locale,
le diocèse, ou s’il est religieux, l’Ordre
ou la Congrégation à laquelle il appartient, selon
les modalités qu’autorise le droit actuel et dont
on peut prévoir qu’elles seront les plus exactement
définies paru le nouveau Code.
Cette
solitude plus complète n’est pas seulement, pour
l’ermite, dans la logique de sa vocation, jointe au silence
qu’elle implique aussi plus complètement, elle
doit normalement le rendre plus docile au souffle de l’Esprit,
plus libre de suivre sa voie personnelle sans pour autant céder
à la fantaisie, plus abandonnée, enfin, à
la providence du Père et comptant davantage sur lui pour
subvenir à tous ses besoins. |
Références
1)
C’est, selon S. Grégoire le Grand, ce qu’avait
fait S. Benoît.
(2) S.Paul a condamné s`événement ces «
meneurs» hypocrites ( qui) interdisent le mariage et l’usage
d’aliments que Dieu a créée pour être
pris avec action de grâce » ( I. Tm. 4, 2-3)
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Avec l'approbation ecclésiastique et celle des supérieurs
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Avec l'approbation ecclésiastique au Canada Don René
Larochelle o.s.b.
© Copy Cisterciensia, 1983
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