Un
religieux témoigne :
«Les
changements dans la vie de ma communauté furent provoquées
beaucoup moins par l’impulsion du concile que par les
événements de mai 1968. Dès l’été
69, le retour des frères étudiants donna au
mouvement de réforme, jusqu’alors très
calme, une ampleur et une accélération que me
troublèrent. Était-ce d’ailleurs une réforme
? Celle-ci, au sens traditionnel du terme, consistes en un
retour à la règle pure et forte des origines.
Pour parler vulgairement, ce sont les durs qui mangent les
mous, la ferveur qui emporte sur le laisser-aller, l’observance
stricte sur le relâchement.
Dans l’aggiornamento, au contraire, ce furent presque
toujours les mous, qui mangèrent les dures. L’énorme
chute de tension qui suivit le concile s’est souvent
traduite, dans la vie religieuse, par l’abandon ou l’adoucissement
des austérités, la diminution du silence et
des temps de prières, la disparition de l’habit
et des autres marques de consécration. »
«Même
ma communauté, tout en gardant une tenue honorable,
s’avérait plus fragile que je n'en sais, se laissant
quelques fois séduite par le courant moderniste et
sécularisateur diffusé avec méthode et
efficacité dans des commissions et des réunions
multiples. J’en trouvais les effets navrants et me sentais
étranger à toute cette fermentation, d’autant
que l’idée être d’une recherche fondamentale
et perpétuelle était en contradiction avec l’un
des fondements les plus fermes de ma vocation. Je n’étais
pas entré en religion pour inventer une règle,
mais pour recevoir et appliquer celle qui avait fait ses preuves.»
Beaucoup,
donc, pensent avec le cardinal Léger :
«L’Église
est en état de grave malaise : on parle trop. On écrit
trop. On n’a plus le temps de prier. Un pacte devrait
être conclu à tous les niveaux ecclésiastiques
: limiter des discours et les écrits. Mieux vaudrait
même les abolir, pour un an au moins. On verrait plus
clair ensuite ! »
|
Les
débuts |
Ils
sont rudes.
Le
choc psychologique est violent pour quelqu’un venant du
monde ou d’une communauté. «j’ai connu
la terreur, écrit une carmélite, On n’imagine
pas tout ce que l’on entend, la nuit, quand on est seule.
Au bout de quelques semaines, j’ai appris à vivre
avec cette terreur. Puis, peu à peu, elle s’est
estompée .»
Il
faut un caractère bien trempé pour tenir dans
des conditions d’inconfort, de froid, de dénuement
et, surtout, dans cette solitude du cœur où la calme
ne supplée pas au manque de chaleur humaine. On doit
alors se raccrocher à la prière, seule bouée
de sauvetage dans cette détresse que l’on peut
imaginer disent tous ceux qui l’on expérimentée
avant de l’avoir connue.
Après,
viennent les tentations plus subtiles, lorsqu’on a surmonté
les affres des commencements : la tristesse, la perte du goût
de la prière, l’attachement aux choses matérielle.
L’orgueil et la souffrance spirituelle aussi, qui amènent
certains après quelques mois de désert à
se lancer dans la direction spirituelle, à accueillir,
à voyager, à donner des conseils.
Ces
épreuves, ces périls sont toujours le lot de l’ermite
débutant. Ne les connaît-il pas qu’il faudrait
y voir un signe d’échec ou de fausse vocation.
Ne pour les surmonter, il faut l’aide d’un
guide expérimenté. Non pas celle du supérieur
hiérarchique qu’on peut-être que lointain,
mais d’un être spirituel
au sens fort du terme, qui soit pour l’ermite le témoin
de Dieu, le guide vers la vie parfaite. Ce sera
généralement un prêtre, non ermite, qui
acceptera de prendre en charge le cheminement du solitaire.
Celui-ci se confiera à lui en tout, lui obéira
en tout, conscient du fait qu’en ces matières le
plus mauvais des guides est l’intéressé
lui-même.
Père et fils spirituels se verront peu (une
ou deux fois par an), mais le second écrira fréquemment
et longuement a premier, lui racontant sa vie dans le détail,
lui soumettant touts les décisions à prière.
Sur les chemins de la mystique, il convient
d’abandonner sa volonté propre…
Bien
dirigé, la vie de l’ermite prendre peu à
peu son visage définitif, découvrant à
un moment ou à une autre que la présence de Dieu
n’est plus, au désert, ce qu’elle est en
communauté. «On s’y enfonce comme dans une
mer», écrit un solitaire anonyme…
|
Affronter
la solitude |
Il
faut maintenant affronter le long chemin de la solitude réelle,
sans recours. Ici, commence le combat de chaque minute. «Vivre
instant après instant, c’est tout quitter sans
cesse», dit un sœur ermite (1)
Tantôt,
ce serra le grand vide intérieur, les heures interminables
au long desquelles tout pèse, tout semble inutile,
où la prière même apparaît vaine,
où le solitaire ne peut se défendre de l’impression
de perdre son temps.
Tantôt,
la souffrance naîtra du trop-plein : la sensibilité
et l’imagination viendront apportée l’angoisse
dans les chapelets de secondes en que rien d’humain
en peut venir modifier.
Peut-être
aussi le Mauvais apparaîtra-t-il. Il ne faut pas sourire.
Si Satan est présent
à tous les coins de rue du monde, il surgit aussi et
peut-être de préférence dans la solitude.
C’est lorsqu’il était au désert
que Jésus en fut tenté et l’un des buts
des premiers Pères étaient d’affronter
victorieusement le démon sur son propre terrain ; la
plupart des ermites qui acceptent de parler de cela à
vrai dire, ils sont rares s’accordent à dire
qu’au départ il y a, incontestablement, rencontre
avec un monde qui se situe au-delà de l’expérience
sensible. Le nier serait, pour un
croyant, nier le spirituel même.
L’ermite
devra donc se garder d’être le jouet des illusions
du Mal, et ce sera une lutte quotidienne, toujours dure, quelquefois
tragique. «On redevient le dernier des chrétiens,
dit une religieuse, la solitude en lève toute illusion».
À
lire les ermites, à les écouter, on doute que
beaucoup au moins dans les premières années
puissent complètement faire leurs ces vers de saint
François de Sales :
En
peu, en paix et en loisir
Dieu me suffit et mon étude.
Si tu veux me faire plaisir
Laisse-moy dans
ma solitude ( attention le mot
moy est écrit comme cela
dans le texte.Merci)
En
fait, nul n’échappe à la rudesse du désert,
qui a tôt fait, dit don G.M.Oury, «de
reconduire à ses frontières celui qui s’y
est pas conduite par l’Esprit Saint ».
|
Les
armes de l'ermite |
Pour
tenir, l’ermite ne manque pas d’armes.
En
premier lieu, naturellement, la prière,
qui devient pour lui une respiration aussi naturel que celle
des poumons. Par elle, par sa présence jamais oubliée,
toutes les pensées , tous les désirs, tous les
activés sont ramenés au but unique. Toutes formes
de prières sont bonnes : /récitation
des offices, prières mentales, vocales, chants…,
tout l’arsenal chrétien de l’orant est
utilisé. Mais la prières se continue
aussi dans les milles petits gestes d’amour qui émaillent
une journée et que l’on nommait autrefois sacrifices
ou mortifications. Tous sont
d’accord pour constater que la prière, au désert,
doit être simple.
L’oraison classique, que la méditation
intellectuelle ne peuvent à elles seul supporter l’épreuves
des journées solitaires.
La
longue prière de l’ermite est une près
d’amour…, et «l’amour, dit une bénédictine,
peut se passer de paroles, de pensées ou de gestes,
pendant longtemps».
Plus
l’ermite s’enfonce dans son désert plus
il simplifie l’expression de sa prière, plus,
à la limite, il
se tait : «C’est
la contemplation, simple repos d’amour devant Dieu.»
Pour
simple et humble que soit cette prière, elle doit se
nourrir.
C’est
la Bible, longuement lue, relue, remâchée, selon
l’habitude monastique de la lectio
divina. Certains
ermites ne lisent plus qu’elle. Pour eux, la Parole
est vraiment nourriture. Indispensables aussi, les sacrements.
Mais cela ne va pas sans difficultés matérielles
au moins pour les ermites qui ne sont pas prêtres (2)
Beaucoup doivent marche longuement, descendre de leur montagne
pour assister à la messe. L’hiver, l’état
des sentiers ne le permet pas toujours et cela représente
dans tous les cas une rupture de la solitude. Les plus avancés
dans la contemplation disent avoir moins besoin de recevoir
fréquemment l’eucharistie ; cette idée
est admise traditionnellement chez les Orientaux.
En
Occident, l’usage de confier des hosties consacrées
aux ermites non prêtres, hommes ou femmes, s’est
étendu depuis quelques années et facilite les
choses.
Il n’en reste pas moins que les solitaires n’ayant
pas reçu le sacerdoce souffrent souvent de cet éloignement
de la «Présence Réelle». Ils y voient
une rançon du désert.
Le
sacrement de pénitence est un problème pour
tous, hommes et femmes, prêtre ou non.
Chacun
le résout comme il peut : curé d’une paroisse
pas trop éloignés, directeur spirituel, autre
ermite vivant dans le voisinages, etc.
Quand
à l’extrême onction,
elle est confiée à la
miséricorde de Dieu au cas où celui-ci déciderait
de rappeler à lui le solitaire dans son ermitage à
même et de façon soudaine. «La pensée
de la mort doit nous être habituelle et nous devenir
douce», disait le père Athanase, décédé
depuis.
Une
prière permanente s’accompagne obligatoirement
d’une ascèse rigoureuse.
On imagine mal l’ermite, entre
deux oraisons, fumant tranquillement sa pipe en regardant
la télévision ou en lisant un roman au fond
d’un fauteuil moelleux.
«Je
frappe fortement mon corps et le traîne en esclavage»
Tous les ermites (avec plus ou moins d’intensité
suivant l’âge et l’état de santé)
suivent ce conseil de saint Paul aux Corinthiens.
L’Ascèse
est une dimension indispensable à l’ermite au
même titre que la solitude et le silence.
Aussi
pratique-t-on dans les ermitages les vieilles recettes, un
peu oubliées ailleurs, de mal mortification chrétienne,
traditionnellement, l’ascète chrétien
pratique
le jeûne, l’abstinence et la veille.
L’ermite
jeûnera donc souvent, quelquefois plusieurs jours de
suite.
Et
ce jeûne ne
consistera pas à manger moins ou à rester sur
sa faim, mais
bien à s’abstenir totalement de nourriture.
L’abstinence
en fait une hygiène alimentaire très stricte.
Beaucoup
d’ermite, par exemple, ne se nourrissent que de légumes
et de fruits, bannissant les huile le graisse cuites, les
condiments, les boissons fortes, etc. Ces coutumes venues
des premiers siècles rencontrent parfois les règles
de la diététique moderne : les Pères
du désert recommandaient à leurs disciples de
manger à des heures fixes et de bien mâcher leur
nourriture («cela surprime
la gourmandise»).
Quand
à la veille, en début ou en fin de nuit
(et quelque fois au milieu), elle est de pratique constante
dans les ermitages comme dans les monastères.
Il
est bien d’autres moyens de dompter son corps.
Le
froid est un commode, soit que l’ermite comme c’est
le cas la plupart du temps dispose de moyens chauffage rudimentaires,
soit même qu’il refuse totalement. De même
le poids du temps, si on le charge suffisamment, est une protection
efficace conte la flânerie ou le repos.
L’ascèse
exige enfin que soient bannes les petites commandités
de la vie quotidienne : meubles et vêtements confortables,
appareils ménager perfectionnés, bibelots, télévisions,
journaux et revues.
Tout ce qui sent le confort,
les aises engourdit l’esprit et n’a pas a place
dans l’ermitage. Ce
goût de l’austérité ne doit pas
prendre une allure de performance ; on ne combat pas la faim,
la soif ou le sommeil, mais seulement la gourmandise, la paresse
et le refus de l’effort.
|
Les
soucis matériels |
Avec
l’installation au désert, commencent les difficultés
matérielles.
Il faut d’abord
trouver un ermitage et
qui en soit vraiment un assez isolé pour assurer le
silence et la solitude nécessaires…,
mais pas trop à cause de la sécurité
surtout pour les femmes.
Assez
pauvre aussi pour que le désert de se transforme pas
en villégiature.
Encore faut-il un
oratoire «digne du Seigneur» et la possibilité
d’y conserver les hosties consacrées.
Pour ceux ou celles qui reçoivent,
il faut prévoir un
espace analogue à la clôture monastique barrière
ou simple corde où jamais personne ne pénètre
que l’ermite.
Au
Saraha, le père de Foucauld avait établie une
ligne de cailloux.
Le
point d’eau
doit être assez voisin, de même
que le centre de ravitaillement,
afin d’évier de longues et pénibles courses,
pour les ermites non prêtres, le
trajet doit être suffisamment bref vers
une église ou une chapelle pour entendre la messe.
On
voit la complexité de la recherche. Le choix est d’ailleurs
faible et l’Ermite prend généralement
ce qu’il trouve dès que les conditions minimales
sont remplies (3) Aussitôt voit-on toutes sortes d’ermitages
:
1- du presbytère abandonné
2- une baraque de chantier
3- de la petite chapelle ancienne donnée par un évêque;
4- à la bergerie de haute montagne.
Certains ermites louent le plus souvent
symboliquement une petite maison dans le coin le plus retiré
du village. D’autres construisent ex-même ou se
contentent d’une baraque de bois, voire, dans les cas
extrême, d’une grotte. Il est même des résidences
plus inattendues : les combles
d’une cathédrale, et
le bruit cours qu’une solitaire vit depuis des années
dans le clocher d’un e église de Paris. Histoire
vraie ou légende ?
«
Note Webmaster Denise Christiaenssens o.e.f.erm.
ici au Canada il y a cette ermitage louer en face du parlement
Ottawa en haut de la cathédrale avec une grand passerelle
extérieur pour la promenade tout le long de la cathédral
qui appartient ou Père Dominicain, la personne qui
la loue pour des courtes période se trouve à
côté des carillons, donc il ne faut pas avoir
les oreilles sensible. »
Certains ermites achètent des
terrains et font construire…,ce qui n’est
guère prisé dans le milieu.
Sont-ils encore des ermites ou plus simplement des chrétiens
cherchant une retraite pieuse, mais douillette ?
L’ermitage, c’est l’investissement
de départ. Viennent ensuite les soucis de fonctionnement.
Pour
réduite que soit là par de l’argent, il
en faut un minimum et la plupart des solitaires connaissent
l’insécurité financière.
Charges sociales, maladies, accidents,
manque de travail, expropriation, vielles,.., autant de charges
que l’on en peut éviter et auxquelles il faut
faire face avec du numéraire
.
De tous les ermites que nous avons visités, aucune
de dispose d’un budget mensuel de plus de sept cents
francs (1980). Ceux à qui leurs travaux rapporte davantage
font don du surplus à leur monastère, à
l’évêque ou à des œuvres. Le
plus réduit de ces budgets se monte à deux cents
francs. La religieuse qui vie avec cette somme ne se nourrit
que de
légumes cuits sur un réchaud de camping,
elle habite une ancienne barque militaire
près d’un camp désaffecté.
Elle ne paie ni loyer ni impôts. Le
bois et l’eau lui sont
données, les livres prêtés, les vêtement
récupérés pour elle par des habitants
du village, elle s’éclaire avec des cierges
cassés donnés par le curé voisins..
Mais son ermitage est toujours fleuri
et d’une propreté de navire de guerre. On est
loin de toute misérabilisme. La simplicité de
vie même poussée très lion n’exiges
pas d’être dans un état de nécessité,
mais de rejeter tout superflus,
de ne pas se procurer de qu’il y a de mieux et de plus
pratique », de ne posséder aucune
réserve d’argent, sinon ce qu’une prévoyance
raisonnable impose pour ne as être charge d’autrui.
C’est monter que l’on peut-être
«heureux» en ne possédant rien.
Le
peu d’argent nécessaire, l’ermite se le
procure par le travail. Ce qui en vas pas sans difficultés
: il faut en trouver, il ne put pas lui consacrer trop de
temps, il faut veiller à a ne pas enlever ses ressources
à quelqu’un du voisinage, il faut enfin qu’il
ne suscite, chez l’ermite, ni agitation ni souci de
rentabilité.
Une
fois ces précautions prises, le choix est libre !
Travaux
intellectuels : livres, articles, traductions, corrections
d’imprimerie, cours par correspondance.
Travaux manuels : icônes, céramique,
foulards, ornements liturgiques, tricot, tapisserie, bougie,
pour les prêtres, peuvent s’ajouter les honoraires
de messe. (4)
Ce n’es pas toute que de produire, encore faut-il écouler
la production, une association, l’Aide aux cloîtres,
procure des travaux d’artisanat et assure la vente,,,
mais elle se limite aux moniales. Les hommes doivent se débrouiller
et vendre les objets qu’ils produisent par l’intermédiaire
de monastère ou de lieux touristiques voisin.
Lorsque
ceux-ci, pour une raison ou une autre, cessent de vendre,
les ressources de l’ermite se tarissent d’un
coupe et la situation peut devenir difficile surtout en ce
qu’elle oblige le solitaire à se transformer
en commis voyageur, rôle où il est mal
à l’aise.
Quelques-uns
travaillent comme ouvriers ou ouvrières à domicile,
fabriquant des couvertures , des robes, du linge de table
etc. C’est affreusement mal rémunéré,
surtout si on limite les heures quotidiennes d’ouvrage
pour ne pas empiéter sur la méditations, mais
il n’y pas de soucis commerciaux.
À la campagne quelques ermites se louent pour
les travaux saisonniers : cueillettes, vendanges,
ramassage de bois, ce qui leur permet de vivre une partie
de l’année. Une ermite, dans les Landes, fait
des ménages. Le produit du petit jardin qui entoure
souvent l’ermitage peu aussi rapporter quelques centaine
de francs par an.
Enfin
les dons, en antre et en argent, ne sont pas refusés
s,ils correspondent à un vrai besoin. Il faut
quelquefois une somme importante (relativement) pour réparer
un mur ou une toiture, pour payer la cotisation de la mutuelle.
«Je n’a jamais eu dit, une sœur qui vit une
pauvreté absolue, une dépense indispensable
à faire, sans que la Providence m’envoie une
rentrée le plus souvent un don, exactement calculé
pour faire face à cet obligation.»
|
Relations
avec le monde |
Par
la définition, l’ermite est coupé de la
société des hommes.
De tous les hommes, y compris de ceux qui, comme lui, cherchent
Dieu. Mais en France et au XX siècle, la nécessité
et la charité imposent des contacts, même au
plus solitaires. Soit par le besoins de l’âme
(sacrement du pardon, direction spirituelle, devoirs religieux),
soit pour les besoins du corps (nourriture, vêtements,
chauffage, maladie), les ermites se trouvent dans l’obligation
de rencontrer d’autres hommes ou de correspondre avec
eux. La charité, quand il s’agit d’accueillir
le visiter, même importun, ou lorsqu’ il faut
porter secours spirituel ou matériel à un voisin,
impose elle aussi quelques accrocs à la règle
de la solitude absolue.
En
fait, même si l’idéal reste de réduire
ces contacts a minimum et de demeurer la quasi-totalité
du temps dans l’ermitage, la pratique est très
différentes selon les cas, cela va de la solitude
la plus compète à une vie où les rencontres
des ermites déposant du téléphone ou
d’une voiture, et d’autres qui en voient au sens
strict du terme qu’une seul personne par an.
La
plupart observant une attitude de juste milieu, limitant
les sorties au maximum, mais ayant quelques contacts d’ordre
religieux, ou pour gagne leur vie, entretenant de brèves
correspondances avec quelques amis ou frères spirituels
peu nombreux.
Ceux-là
reçoivent les visiteurs qui se présentent
et acceptent de donner conseils et avis si on le leur demande,
mais avec sobriété. Beaucoup se réservent,
au cours de l’année, des périodes de «vrais
désert» qui peuvent durer plusieurs mois et pendant
lesquelles ils ne rencontrent aucun être humains. C’est
généralement durant l’hivers, où
l’ermitage est isolé par la neige, que l’ermite
organise ce «temps fort» de sa vie spirituelle.
Pour
le reste, le milieu rural, même dans les régions
peu accessibles et dépeuplées, ne permet guère
de passer inaperçu.
L’ermite
est connu du voisinage (5) et il ne peut se dérober
à des contacts, même s’il les veut rares.
Ils seront alors simples et cordiaux : d’instant, le
paysan respecte le solitaire et, aide si besoin est.
IL n’est pas rare que l’anachorète trouve
quelques œufs, des fruits, un peu de beurre ou une part
de gâteau, silencieusement déposes sur le pas
de la porte ou même un chou déposé par
une nuit glacées avec un billet : «Vous qui êtes
près de Dieu, priez pour moi, pécheurs.»
IL
arrive cependant que l’incompréhension s’installe
entre l’ermite et se voisins.
C’est généralement la faute du premier.
La construction d’un chalet apparemment luxueux scandalisera
de la part d’un homme ou d’une femme qui se consacre
à Dieu, ou encore le «solitaire» passera
son temps dans le village à bavarder et à entre
dans les maisons. Ou a contraire il ne saluera personne…
Ou il portera un costume extravagant. Ou enfin il n’aura
pas ouvert sa porte à un blessé en montagne.
Ces cas sont rares. Ainsi que le dit un bénédictin
qui compte trente-neuf ans de vie solitaire. «Si
votre cœur est plein de Dieu, il s’épanche
naturellement en une bienveillance attentive à l’égare
de ceux que vos rencontrez.»
Quant
à la famille, aux amis proches et chers, l’ermite
entretient avec eux des relations normales et suivies, plus
proches peut-être que celle du moine ou de la moniale
enserré dans sa communauté.
|
Église
et les ermites |
Bienveillance…
et vigilance, illustrent l’attitude de la hiérarchie
devant la poussée érémitique.
La
bienveillance éclate, «J’aime
ces hommes et ces femmes, dit Mgr Collin, le tuteur des ermites,
un franciscain qui fut longtemps évêque de Digne.
Leur vie dépouillée, qui va parfois jusqu’à
l’extrême limite de l’austérité,
leur travail, leur solitude, toute témoigne d’un
courage extraordinaire»
Appréciant
les qualités individuelles des solitaires l’Église
est consciente aussi de ce que leur témoignage pour
apporter dans une société qui ne croit plus
en sa propre façon de vivre. On qu’il faille
attendre d’un développement numérique
grandiose; le radicalisme du
désert est tel qu’il sera toujours le fait du
très petit nombre ; mais tout indique,
chez les chrétiens comme chez les incroyants, que l’on
soupire après des rythmes d’existences différents.
«Solitude et silence, écrit Pierre Emmanuel,
font désormais partie des nostalgies poétiques
dont on parle toujours sans vraiment vouloir y revenir.»
S’il
vrai que ces aspirations à d’autres horizons
sont encore bien confuses, l’Église ne peut les
négliger…
Cette
attitude favorable n’exclut pas la vigilance aussi bien
dans le discernement des aspects religieux et psychologiques
(maturité, caractère, équilibre
(6) que dans l’examen des conditions physiques ( bonne
santé. ) et matérielle de la vocation érémitique.
Le
logement et gagne-pain doivent être assurés,
soit que l’intéressé appartienne à
un ordre qui continuera de s’occuper de lui, soit qu’il
les trouve lui-même.
Dans
de très nombreux cas les évêque refusent
à des candidats ermites de s’installer dans leur
diocèse car qu’il en peuvent les prendre en charge
matériellement.
La
candidature acceptée, les responsables soumettent le
postulant à une période de formation. Même
le religieux ou la religieuse possédant l’expérience
indispensable de la vie en communauté doit recevoir
une initiation particulière.
La
vie solitaire obéit à des lois que l’ancienne
pratique a dégagée et que la tradition a transmises.
Il y a des techniques du désert :
Comment
organiser son temps, comment se nourrir, comment faire face
à telle difficulté psychologique. Cela
s’apprendra souvent pendant deux ou trois ans, avec
une ermite plus expérimenté auquel le supérieur
ecclésiastique confiera le novice avant de l’autoriser
à s’installer seul.
Alors
seulement l’ermite débutant pourra-t-il, muni
de la bénédiction de son supérieur, s’installer
ans son propre ermitage et vérifier sa vocation au
feu de l’expérience : tout prend une autre dimension
lorsqu’on affronte réellement, et seul, ce que
l’on ne connaît que par l’enseignement des
autres.
Au
plan général, se pose le problème du
statut des ermites.
Pour
l’Église, est ermite celui ou celle qui vit en
solitaire en pratique les trois vœux classiques des religieux
: pauvreté, chasteté et obéissance.
Pour
le reste, chaque anachorète est dans une situation
juridique particulière. Il dépend soit d’un
évêque, soit d’un supérieur religieux,
en réalité les liens que l’ermite noue
avec ceux-ci peuvent varier du tout au tout selon la conception
que le responsable a de l’érémitisme.
Certains d’entre eux seront
plus exigeants, que d’autres.
Tels évêques respecteront totalement
le désir de solitude, estimant que le meilleur service
que l’ermite puisse rendre à l’Église
et aux hommes et de demeurer dans sa cellule, vaquant à
Dieu.
D’autres lui demanderont au contraire
d’assumer, dans des proportions même minimes,
une tâche ecclésiale.
Dans
certain cas, le changement d’évêque
entraînera une changement de vie de l’ermite,
le nouveau venu souhaitant du solitaire un service apostolique
: desservir une petite paroisse, confesser, visiter les malades…,
ou tenir l’harmonium.
D’où
l’idée, étudié par l’épiscopat
français, de donner aux
ermites un statut canonique qui leur assurerait,
comme aux ordres et aux congrégations, une reconnaissance
officielle de l’Église. Ainsi seraient clarifiés
leurs rapports avec la hiérarchie et précisés
leurs propres engagements vis-à-vis de l’Église
: vœux, vie sacramentelle, moyens de ressourcement spirituel,
règlement de vie, moyens matériels, etc.
Déjà, au concile Vatican II,
Mgr. Remi De Roo, évêque de Vancouver, avait
demandé une reconnaissance «simple et très
souple» de la légitimité de la vie érémitique
au sein de l’Église. En 1967, le congrès
des abbés bénédictins décidait
qu’il fallait «encourager les vocations
à l’érémitisme…., mais après
un discernement sérieux». Certains
monastères étudient les dispositions à
prendre dans leurs constitutions pour ceux de leurs moines
qui désirent vivre en solitude. La question est donc
posée.
Mais
une construction juridique peut-elle régler les problèmes
psychologiques et spirituelles au sein de l’Église
? Car il en existe. Non pas entre la hiérarchie et
les ermites, non pas entre ceux-ci et le clergé séculier
ou les religieux apostolique, mais, comme il est naturel,
entre ceux-là même qui sont les plus proches
: les ermites et les moines ou moniales vivant en
communauté.
La
majorité des ermites français ont vécu
pour la plupart pendant de nombreuses années dans des
communautés religieuses. C’est de là qu’ils
sont passés au désert. Or, ils usent de formules
assez conventionnelles pour évoquer, dans leurs conversations
ou leurs écrits, les circonstances de leur départ.
Est-ce
réserve inconsciente ?
Est-ce
volonté de cacher ou de minimiser des tensions anciennes
ou actuelles dont ils souffrent ?
Si
le religieux communautaire par son existence conteste le monde,
le solitaire par son itinéraire conteste la communauté.
Certains religieux, dans leurs abbayes et couvents,
ne mâchent pas leurs mots lorsqu’ils parlent de
leurs frères devenus ermites. La brutalité
des arguments pourra choquer ceux qui ignorent tous des hommes
et des femmes qui demeure dans les cloîtres ou en sortent.
Pour éviter de mettre en accusation une décadence
contemporaine, on se souviendra au jugement de saint Augustin.
: «Comme je n’ai point trouver de meilleurs chrétiens
que ceux qui dans les monastères ont fait des progrès
dans le vertu, je n’ai ai point trouvé de plus
mauvais que ceux qui, dans les monastères, sont tombés
dans les dérèglements.
Le
premier reproche que le commentaire adresse au solitaire est
celui de désertion.
Même
si les vocations contemplatives demeurent relativement nombreuses,
un départ en solitude affaiblit la communauté.
Il n’est pas question d’assimiler le cas du frère
qui part au désert avec le cas des frères qui
retournent dans le monde, mais les départs des uns
et des autres nuisent au monastère, à son équilibre
spirituel, à la vie chorale, à la richesse des
échanges fraternels, à la prise en charge de
toutes les besognes matérielles. L’ermite n’oublie-il
pas un peut vite qu’il doit sa formation spirituelle
à une communauté ? Son départ n’hypothèque-il
pas la survie du monastère ?
Les trois vœux
de la vie religieuse (pauvreté, chasteté, obéissance)
sont vécus avec plus ou moins de ferveurs et de difficultés
dans les monastères. Il serait un peu caricatural
de prétendre que le vœu de pauvreté c’est
le paradis, le vœux de chasteté le purgatoire
et le vœux l’obéissance l’enfer du
religieux. Nombre de communautaires finissent partant
par penser que le vœu d’obéissance est le
plus éprouvant. Si, dans le monastère,
les religieux sont très dépendant de leur supérieur,
l’ermite qui s’éloigne d’une tel
cloître choisit alors la facilité.
A cette accusation, l’ermite
peut répondre que l’évangile insiste plus
sur la pauvreté que sur l’obéissance.
Il
joutera que, dans beaucoup de monastères, le supérieurs
ne joue plus qu’un rôle très limité
; il ne peut refuser les permissions quels religieux lui demander
sans provoquer de petits drames. Le supérieur est finalement
là pour avaliser par une bénédiction
les initiatives, voire les lubies, des uns et des autres.
Quitter
l’obéissance résiduel du monastère
permet au solitaire retrouver l’esprit d’obéissance
à Die et de leur pratiquer à partie de la règle
qu’il s’impose. Les règles de vie que l’ermite
choisit ne sont d’ailleurs pas très éloignées,
au moins a point de départ, des règles en vigueur
dans les monastères.
Qui
du communautaire ou du solitaire le mieux silence et solitude?
Quel silence peut-on trouver dans un monastère ?
On
cite volontiers ce mot d’un bénédiction
désabusé à propos du silence conventuel
; «ça permet de ne pas parler quand on n’en
a pas envie.» L’ermite prétendra qu’il
ne peut pas s’accommoder d’un silence effiloché.
D’après lui, seule la solitude radiale permet
de rompre avec le relâchement et de trouver un vrai
silence. Le communautaire rétorque alors que l’ermite
se fait des illusions. L’ermite attire très
vite beaucoup de curieux ou d’âmes en peine. Il
n’a pas de frère portier pour le protéger
des importuns. En un an, malgré tous ses défenses,
il lui faudra recevoir plus de visiteurs qu’en dix ans
de vie conventuelle.
Beaucoup
de religieux communautaires pensent que l’exceptionnel
attire l’anormal. N’y a-t-il pas parmi ceux qui
parlent de se faire ermites un grand nombre d’inquiets,
d’instables, de romantiques et d’excentriques.
A partir du moment où l’après concile
et l’après 1968 conjuguaient leurs effets, il
était inévitable, à la suite de quelques
rares et authentiques vocations d’ermites, de voir se
multipliés des candidatures douteuses à la solitude.
Si tant d’ermites dans leur autobiographies insistante
sur l’ancienneté de leur inclination pour l’érémitisme
n’est-ce pas le signe qu’ils veulent mettre leur
vocation à l’abri de soupçons, voire d’accusation
fréquemment fondées ?
Dans
la vie érémitique comme dans la vie monastique
(ou conjugale), le difficile n’est pas de commencer,
mais de durer.
Le
communautaire attende l’ermite au tournant du temps,
il ne peut s’empêcher de penser que beaucoup d’ermites
renonceront ou s’affadiront. L’ermite réponde
qu’il ne peut pas envisager la persévérance
comme le religieux conventuel, il n’est pas marié
avec une histoire à poursuive à travers un lieu
privilégié. Changer d’ermitage
n’est pas un aveu d’échec. Un déplacement
de lieu et d’observances peut être l’occasion
d’une nouvelle étape spirituelle.
Dans les monastère, au moins dans certains d’entre
eux, une partie des moines travaillent non pour équilibrer
leur vie contemplative, mais surtout simplement pour gagner
leur pain quotidien.
Les ermites ne sont-il pas des paresseux ?
Ne sont-ils pas tentés de vivre au crochet de quelques
amis ?
Les ermites ne risquent-ils pas de revenir frapper à
la porte de leur communauté d’origine le jour
où leur santé les obligera à solliciter
les soins constants d’autrui?
Est-il pensable
qu’un religieux puisse vivre longtemps sans liturgie
?
Passe du monde au couvent c’est dans la prière
passer du je au nous. L’ermite ne risque-t-il pas de
régresser du nous au je. Comment éviter d’aller
de la prière qui passe par les lèvres à
la prière qui ne passe plus que par les yeux ?
Les va-et-vient entre prière chorale, méditation
et oraison, ne vont-ils pas s’amenuiser ?
Les plus bienveillants des communautaires évitent de
suspecter les solitaires, mais ils ne peuvent s’empêcher
de penser que, pour éviter tous les travers et les
périls de l’érémitisme contemporain,
il faut renoncer à s’abandonner à la créativité.
Le véritable érémitisme n’a pas
à être inventé de nouveau.
Le candidat ermite n’a qu’ à se présenter
à la porte des chartreux, le seul ordre religieux qui
n’a jamais eu besoin d’être réformé.
Dans
ce débat entre communautaires et solitaires ces derniers
devraient avoir le dernier mot en se taisant.
Avec
le pierres qu’on lui lance, l’ermite peu construite
son ermitage de telle façon que l’Esprit y souffle
davantage. L’ermite a assez lu pour se souvenir de ce
que Mabilon écrivait le 17 novembre 1679 à dom
Martène, exilé à Evron à cause
de la publication de son ouvrage sur dom Claude Martin : «On
perd toujours quelque chose auprès de Dieu lorsqu’on
veut trop se justifier auprès des hommes.»
L’ampleur
des tensions entre communautaires et solitaires n’empêche
pas ces dernier d’être accueillis souvent très
fraternellement dans les abbayes où ils chercher un
appui périodique. En revanche, entre ermites, si l’on
ne se conteste pas, on tient à se fréquent le
moins possible.
Comment expliquer qu’un solitaire n’aime pas rencontrer
un autre solitaire ?
Cézanne ne pouvait souffrir ni Van
Gogh ni Gauguin. Il n’aimait pas Manet et déclarait
se méfier de sa facilité. Manet trouvait que
Cézanne faisait «de la peinture sale ».
Banales jalousies d’artistes? Ce n’est pas de
ce côté qu’on risque de trouver beaucoup
de lumière. Le peintre redoute que celui qui lui est
le plus proche l’influence davantage que tous les autres
peintres de la terre, qu’il infléchisse son dessin,
qu’il colore indûment sa palette, qu’il
change son rapport au motif. Après avoir conquis une
part de son être, le peintre doit ne plus chercher son
salut que dans la fidélité à ses voix.
L’amateur a besoin de comparer pour développer
se goûts. L’artiste a besoin de rejeter tout ce
qui lui est plus proche pour créer. Le solitaire, sans
se diluer, peut fréquenter un communautaire, même
si celui-ci ne l’aime pas ; il doit écarter les
autres solitaires qui, immanquablement, et sans le visiter,
hanteraient malgré tout sa solitude.
Il
y a des prêtres-ouvriers qui comme les ermites
ne cherchent pas à s’agréger à
des équipes de prêtres-ouvriers. Chez certains
prêtres-ouvriers, se fait jour le sentiment que leur
présence dans la multitude exige une rupture avec tout
ce qui n’est pas leur immersion personnelle dans une
usine et un quartier. On se tromperait en les prenant pour
des asociaux ou des marginaux.
L’analogie
ente l’ermite et le prêtre-ouvrier oblige à
réaliser que le catholicisme (et sans doute bien d’autres
formes de catholicisme ) appelle la diversité des formes
les plus opposées d’incarnation.
Chaque ermite est une
voix unique dans la communion des saints.
Ceux qui refusent que l’Esprit souffle comme il veut
font penser à Napoléon disant des trappistes
: «Ce sont des hommes admirables qui travaillent beaucoup
et consomment peu.» Une certaine sociologie de la religion
a bien du mal `a dépasser Napoléon…
Les disputes ente
communautaires
et
solitaires, l’éloignement jalousement maintenu
par chaque ermite à l’égard des autres
solitaires ne doivent pas donner le change sur une réalité
fondamentale : tous les ermites que nous avons rencontrés
sont des chrétiens modestes, ils ne cherchent pas des
disciples, ils ne croient a pas inventer la vie chrétienne
, ils s’avouent pécheurs, ils ne prétendante
pas juger l’Église de leur temps et encore moins
de la réformer. Ce sont des hommes qui se privent d’enfant
pour nous aider à mieux aimer les nôtres. Ce
sont des hommes et qui privent de la parole pour nous apprendre
à charger nos paroles de silence. Ce sont des hommes
qui se privent des banquets fraternel pour nous proposer de
mieux accueillir le Christ à notre table.
|
|