Ermite franciscaine laïque consacrée par voeux public

mère et grand mère,

ma consécration est pour les prêtres du monde.

© + Sr Denise Ermite

Série 3

À propos d'un canon du nouveau Code 603
La vie solitaire en symbiose avec une communauté (1
)

Collectanea Cisterciensia 50 ( 1988) 279-287
Adalbert Vogüé, osb

Abbaye de La Pierre-qui-Vivre- F-89830 Saint Léger Vauban

Intro
Une des innovations les plus remarquées du nouveau Code de droit Canonique est la reconnaissance ce la vie érémitique ou anachorétique, vécue sous l conduite de l’évêque diocésain (canon, 603). Cette forme solitaire de vie consacrée se présente comme parallèle à celle qu’on mène dans les instituts religieux et sans aucun rapport juridique avec eux-ci. Pareille indépendances à l’égard des communautés religieuses existantes n’est pas une nouveauté dans l’Église, tant s’en faut. En la sanctionnant, le code ne fait que renouer de façon officielle avec une tradition immémoriale et pratiquement ininterrompue.

Mais à côté de l’érémitisme ainsi défini, l’histoire monastique connaît une autre sort e d’anachorèse ; la vie solitaire menée par des religieux appartenant à une communauté, auprès de celle-ci ou du moins en relation avec elle. C’est sur ce phénomène que la présente note vaudrait attirer l’attention, en esquissant l’abord ses racines historiques, puis les modalités sous lesquelles il revit aujourd’hui.

Aux origines
Dans sa très importante notice sur les moines d’Égypte, qui renferme la première description connue du cénobistisme chrétien, saint Jérôme note qu’il existe là-bas, en plus des communautés décrites, des anachorètes vivant en plein désert ( Ep.22.34-36) Ces moines «sortent des coenobia», sans emporter d’autre nourriture que le pain et le sel. Comparé la l’alimentation ces cénobites, qui comprend en outre des légumes verts et secs assaisonnés d’huile, ce régime est nettement plus sévère. Iles et de même, évidemment, pour le silence. Aux yeux de Jérôme, l’anachorèse est donc la forme suprême du renoncement monastique, au-delà de l’existence déjà austères des cénobites. Mais le trait le plus important, gommé par Augustin dans sa paraphrase du morceau (de mor. Eccl., I, 66-67), est le rapport d’origine qui rattache les anachorètes au coenobium. Pour Jérôme comme pour son informateur très probablement, le diacre Praesidius de Plaisance, revenue d’Égypte en Italie en ce printemps de 384, nul n’affronte les combats redoutables de la solitude sans s’y être préparer par la vie commune.

«Emportant» avec eux, au départ, le pain du coenobium, les anachorètes continuent-ils d’être ravitaillés par de ce dernier ? Jérôme ne le dit pas, mais vingt ans plus tard un autre observateur l’affirme en toute clarté. L’aquitian Postumianus, dont Sulplice Sévère recueille le témoignage (Dial, I, 10,II) a vu dans la vallée du Nil de grands monastères de cent moines et plus, d’où sortent, avec l’autorisation de l’abbé, des ermites qui restent sous sa garde et bénéficient de son aide. Un cas est donnée en exemple : le moine s’est installé à 6 milles ( (km) de son coenobium. L’abbé lui fait porter son pain par des enfants et, à la suite d’une série d’incidents, lui rend visite. Comme chez Jérôme, cette vie solitaire est tenue par les cénobites eux-mêmes pour une sorte de sommet, prestigieux et désirable.

Revenons à Jérôme. Dans une homélie difficile à dater (vers 401-410 ?), l’abbé de Bethléem parle d’ermites vivant non loin du monastère, à une dixième de milles par exemple (15km). Leur exode semble s’être fait motu proprio. L’un d’eux, justement, est venu à la syntaxe commune ce jour-là. Et Jérôme l’en félicite. Qu’on ne voie pas là une preuve de faiblesse, comme si cet homme ne pouvait supporter la solitude. Non, c’est un acte louable d’humilité que de revenir parfois en communauté, pour apprendre de ses frères aussi bien que pour leur donner l’exemple. Certains jeunes ermites ne daignent pas le faire. Avec raison, leur «Pères» vont les chercher et les ramènent de force, pour guérir leur orgueil (De oboedientia). Moins claire et moins idéale que les précédentes, cette image en garde toutefois plusieurs traits. Comme les monastères d’Égypte, ceux de Palestine semble avoir une frange d’ermites qui ressent en contact avec leur communauté d’origine, sous la responsabilité de l’abbé.

L’attitude critique de Jérôme, devenu supérieur de communauté à l’égard des moines solitaires se retrouvent dans deux de ses dernières lettres ( Ep.125,9 et 130,17 : cf. In Mich.7,7.) Mais la première, qui date de 411, reproduit, avec une précision intéressante, la schème esquissé près de trente ans plus tôt : sont à encourager les vrais combattants solitaires, ceux qui on subi un long entraînement dans un monastère et faite leurs preuves dans la vie commune, en pratiquant l’humilité, la maîtrise de leur appétits, la pauvreté et les autres vertus. Une préparation cénobitique est don requise, et elle doit être longue.

Dans la décennie suivante, la même doctrine est prêchée à mainte reprise par Cassien, avec quelques accents nouveaux. Selon ce porte-parole du monarchisme, égyptien, nul ne doit embrasser la vie solitaire sa s’être «très longtemps» formé au coenobium, de manière à en sortir parfaitement pur (Inst, 5, 36 ; cf, 5,4,1). En effet, l’exode en doit pas avoir pour cause le manque de vertu et l’impatience du joug communautaire, mais «le désir d’un progrès plus sublime et de la contemplation divine» (Conl. 18,6,1-2 : cf. 18,4,2). Les faux ermites sont ceux dont le passage au coenobium a été bref » ( Conl, 18,8,1-2 ) , Encore qu’on ait vu de jeunes cénobites parvenir rapidement à une sorte de perfection qui les habitait à l’anachorèse (Con,. 3,1,2-3).

Cependant ces notations ne nous disent pas ce qui nous intéresse le plus : les anachorètes gardent-ils quelques rapports avec les communautés dont ils sont issus? A cette question, l’histoire de Jean de Diolcos offre un commençant de réponse, mais qui manque encore de clarté Cénobite pendant trente ans, puis ermite pendant vingt ans, ce moine a fini par rentrer au coenobium ( Conl. 19, 2-6), Voilà donc un anachorète qui semble renouer avec sa communauté d’origine, si tant est qu’il ait jamais perdu tout contact avec elle mais Cassien ne dit pas expressément que le coenobium où rentre Jean est celui-là même dont il est sortie. Le grand moine a seulement repris la vie cénobitique, sans spécification de lieu, l’important aux yeux de Cassien, étant plutôt de marquer les motifs de cette démarche surprenante ; inconvénients d’une solitude désormais trop fréquentée, profits plus modestes mais plus sûrs de la vie en communauté.

L’œuvre de Cassien ne nous laisse, toute fois, sur notre faim, dans un passage au moins, on trouve en toute netteté la symbiose dont nous retraçons l’histoire. Ce morceau est d’autant plus intéressant qu’il concerne pour la première fois des faits situés en Occident. Permis les quatre abbés des Îles de l‘Hyères aux-quels leur collègue de Marseille dédie ses dernières Conférences l’un a fondé et dirige simplement un coenobium, mais les trois autres ont sous leur juridiction des ermites sortis de leur monastère et vivant près de celui-ci (con. 18, Pref. 2) Bien mieux, ils ont eux-même «provoqué» ces vocations sublimes, que Cassien espère promouvoir à son tour en leur fournissant un enseignement appropriée.

À la différence des anachorètes de Diolcos, qui avaient à leur tête un supérieur particulier, le prêtre Piamon (Conl, 18,1, 2) , ceux des îles de d’Hyères semblent donc relever d’abbés cénobitiques, à la manière des ermites égyptiens de Sulpice Sévère ou des solitaires palestiniens de Jérôme. Cette fois, la configuration des lieux impose même une relation bien plus étroite qu’elle ne l’était en Orient. Sur ces petites îles méditerranéennes, l’anachorète ne peut s’en éloigner à dix ou quinze kilomètre du coenobium. Non seulement il doit vivre à proximité de celui-ci, mais il en dépende sans doute pour ses besoins de ses rapports avec le continent.

Le même situation se retrouve au même moment ( 427-48), sur l’îlot déjà célèbre de Lérins. Marqué aux origines par un option cénobitique décidée, voire exclusive, ce groupement monastique semble avoir développé depuis eu un rameau érémitique, deux documents contemporains, la Seconde Règle des Pères (&30) et le De laude eremi d’Eucher (& 42 ). . parlent pareillement de «cellules» avoisinante le monastère. Presque simultanés, les deux textes ont toutefois des visées fort différents. La Règle interdit aux habitants de cellules, aussi bien qu’aux mondes résidants au monastère, de donner leur soutien aux cénobites frappés de sanctions. Eucher, lui, célèbre avec ferveur«ces saints vieillards qui, avec leurs cellules séparées, ont introduit en Gaule les pères d’Égypte». Le législateur et le panégyriste n’ont pas les mêmes yeux. Le réalisme de l’un tempère l’enthousiasme de l’autre. En tout cas, dans cette espace minuscule, on voit de nouveau se dessiner un type d’anachorèse étroitement associé au cénobitisme.

À la fin du siècle ( 461-491), un canon du concile de Vannes indique un lien plus strict encore. Dans ces régions de l’Ouest, les évêques interdisent aux mondes de «quitter la communauté pour habiter de cellules solitaires», à moins que l’abbé ne l’accorde à des sujets «éprouvés», qui ont en quelque sorte achevé leur temps de service (can. 7). Le concile spécifie que les habitants de cellules séparées doivent rester, «à l’intérieur de la clôture du monastère» et «sous le pouvoir de l’abbé». Cette fois, la contiguïté est elle qu’on ne sait s’il faut encore parler d’anachorèse. Portant des autres notes caractéristiques des témoignages précédents subsistent : probation prolongée, séparation de la communauté et habitat distinct, autorité de l’abbé tant au départ que dans la suite.

Ce décret de Vannes sera repris tel quel en 506 par le grand concile d’Agde ( can. 38), qui lui assurera une vaste diffusion, bientôt étendue à l’Espagne (Tarragone, 516, can. II, Lérida, 523. Can. 3), tandis que l’Église latine institutionnalise ainsi le couple cellules-monastère, la législation de Justinien entre dans la même voie. En 535, l’empereur impose aux cénobites de le dortoir commun mais autorise les «anachorètes» ou «hésychastes» à mener séparément leur vie de «contemplation et perfection», considérée comme «meilleur» que la vie en communauté (Nou. 5,3). Quatre ans plus tard, une autre loi parle de la «vie de renoncement de d’hésychia», menée solitairement «au monastère» avec l’aide «d’un ou deux serviteurs» (Nou.133, Praef ). Enfin en 546 une dernière Nouvelle précise, dans des termes qui rappellent le canon de Vannes, qu’on ne passe ainsi à l’hésychasme qu’un «avec l’autorisation de l’abbé… après une longue existence au monastère», et que les cellules particulières restent «à l’intérieur» de celui-ci (Nou.123,36).

Occident et Orient s’accordent donc, au VIe siècle, à conjuguer étroitement cénobitisme et vie solitaire. De «désert» proprement dit il n’est plus question, mais l’anachorèse en clôture est une forme de vie reconnue, qui garde un grand prestige.

Dès cette époque aussi apparaît spécification de même genre de vie : la réclusion. Chose curieuse, les grands noms qui la pratiquent sont souvent des abées : après Léonien de Vienne, connue par la Vie des Pères du Jura ( &128), ce sont Hospitius de Nîmes, Eparchius d’Angoulème, Salvius d’Albin, mentionnés par Grégoire de Tours, peut-être aussi un correspondant de Grégoire le Grand, Secundus de Trente. Cependant, en Gaule comme en Italie, on trouve aussi des reclus parmi les simples religieux, hommes ou femmes. Qu’il suffise de nommer Armentarius d’Agaune (Vie des Pères du Jura ) et deux héros de Grégoire de Tours : la moniales Disciola de Poitiers ( HF6,29_

Dès 533, leur nombre est assez notable pour que le concile d’Orléans en fasse mention (Con.13). Au siècle suivant, le septième concile Tolède (546), tout en réprouvant les reclus vicieux, reconnaît qu’il en est d’édifiants et réserve ce genre de vie à ceux qui ont été formés au coenobium (can.5), ne 692, la duré de cette formation sera fixée à
trois ans par le concile de Constantinople, avec un an supplémentaire de probation (can. 41).

Ces décrets conciliaires du VII siècle nous ramènent au vieux principe de Cassien : pas de vie solitaire sans éducation préalable dans la vie commune. C’est sous l’influence avouée du même auteur qu’un compatriote et contemporain de Benoît Cassidore, aménage à Vivarium, au-dessus du monastère cénobitique, la solitude du Mont Castellum, où pourront se retirer les anachorètes. De veilles murailles l’entourent, qui «imitent le désert». Mais cette vie «plus sublime» n’est que pour les cénobites «exercés et tout à fait éprouvés» ( Inst, 1,29,3). Dans cette fondation de Cassiodore, l’érémitisme retrouve une certaine latitude par rapporte au coenobium, mais le «désert» offert aux moines est attenant à leur monastère et lui appartient, de sorte que les anachorètes restent uni à leurs frères cénobites.

Arrêtons-nous ici. Ce n’est pas que les ermites dépendant de monastères fassent défaut dans les siècles suivants : qu’on se rappelle Aimé à Agaune, Theau à Solignac, Riquier à Centula, Cuthbert à Farne et tant d’autres. Au IX e siècles, un certain Grimlaic rédigera même un longue «Règle des solitaires» pour reclus vivant, seul ou à plusieurs, au flanc d’une église conventuelle. Mais l’essentiel pour nous est d’avoir situé saint Benoît et sa Règle dans le courant de la tradition et le contexte du monachisme contemporain.

Sans parler de la Palestine, avec ses reclus associés à des monastères, comme Barsanuphe et Jean de Gaza, et ses coenobia annexés à des laures ( Cyrille de Scythopolis), l’occident lui-même est alors trop peupler de solitaires, adjoints ou non à des communautés, pour que le chapitre premier de la Règle du maître et de la Règle bénédictine puisse être considéré comme un simple souvenir littéraire. Ce résumé de la Conférence 18 de Cassien avait certainement, pour ses auteurs et ses lecteurs, des résonances vitales, issues de rencontres personnels ou d’informations récentes. S’il nous dit pas où l'anachorète, longuement aguerris sans «l’armée fraternelle», vont mener leur combat singulier contre le diable, un des cadres concrets auxquels on devait songer spontanément en lisant le texte était le voisinage et le soutien d’un ocenobium.

Benoît lui-même n’en avait-il pas fait l’expérience ? La grotte de Subiaco où il passa trois ans seul, ignoré des hommes, était qu’à quelques dizaines de mètres d’un monastère, d’où lui venait clandestinement son pain de chaque jour, ou une forme originale, due à la volonté de rester caché, c’était là une fois de plus l’association d’un ermite avec une communauté, pour le plus grand bien de l’un et de l’autre.

Aujourd'hui
Le Moyen Age a connu maint jumelage des deux vies, dont certains, comme Camaldoli et Montserrat, sont parvenus jusqu’a nous. Cependant ce sont moins ces formules encore existences que les textes primitifs mentionnées plus-haut qui inspirent les essaies de renouveau actuel. De part et d’autres de l’Atlantique, chez les bénédictins comme chez les cisterciens, on trouve des ermites vivant à proximité de leur monastère de profession avec le soutien de celui-ci. D‘autres mènent la vie solitaire à distance, mais reste canoniquement et pratiquement attachés à leur communauté. Sans exclure ces derniers, nos occuperons plus particulièrement des premiers.

Dans leurs législations récents, fruit de l’aggiornamento, post conciliaire, plusieurs ordres monastiques ménagent expressément une place à la vie solitaire. C’est ainsi que les nouvelles Constituions de la Congrégations Bénédictines de Subiaco (1981) autorisent les moines à mener le vie érémitique «avec l’accord et sous la direction de leur propre abbé, qui dans chaque cas entendra le conseil des frères» ( &19).

Une première question cruciale est celle de l’origine de ces vocations et de leur discernement ; à quelles conditions peut-on tenir pour légitime pareil retrait de la vie commune?

Comment s’accorde-t-il avec le engagements de la profession ?

Quand il était abbé-primat de l’Ordre bénédictin, Dom Rembert Weaskalnd a écrit que, dans la majorité des cas, il s’agissait, à son avis, de désertion (escapism). Quel que soit la valeur de ce jugement, il pose une question sérieuse à la conscience des intéressés. Peuvent-ils se rendre le témoignage d’être restés pleinement moines en devenant solitaire ?

N’ont-ils pas cédé, comme on leur dit parfois, au simple désire d’être tranquilles ?

Ces interrogations ne sont pas à écarter à la légère. Peut-être même est-il bon qu’elles restent perpétuellement présentes, comme une invitation à l’humilité et un avertissement stimulant. Au reste, maint ermite devra sans doute reconnaître que des pulsions très humaines, pour ne pas dire impures, ont eu et gardent leur part dans sa sécession. On peut se sentir pousser vers la solitude par de attraits professionnels comme le goût de l’étude, par de déficiences psychologiques permanentes (difficultés de communication), par des répulsions ou gênes occasionnelles (allergies à certaines évolutions communautaires) , etc.

Sans se dissimuler que de tes facteurs on pu contribuer à l’éloigner de la vie conventuelle, l’ermite sait aussi, toutefois, qu’il a toujours ressenti une attirance simple, saine, profonde pour le silence et l’oraison, son besoin de solitude ayant pour motif premier et dernier le désir d’être avec Dieu. La présence prolongée, paisible, continuelle de cette pensée, à travers des années de vie commune, l’assure, autant qu’il est possible humainement, de sa qualité spirituelle. La résonance que trouvent en lui les dires et les exemples des ermites du passé, connus et recommandés par saint Benoît, l’incite à chercher de ce côté l’accomplissement de ses vœux et l’achèvement de sa profession monastique.

En plus de ces dispositions de base, les critères de vocation peuvent être cherchées de deux cotés. Dans le passé, une longue et fidèle persévérance dans la vie commune, sinon sans défaut, du moins sans accident grave. Dans le présent, un alliage d’observances sérieuses, plus exigeants même que celles du coenobium, et d’attitudes positives à l’égard des ses frères de la communauté, estimés et aimés comme ils le méritent. Paradoxalement, le solitaire authentique sait qu’il n’a jamais si bien compris, admis, respecté son prochain que depuis qu’il en est séparer. Le fait de la vrai solitude est la paix avec les hommes comme avec Dieu.

Après plusieurs décennies de vie commune, l’ermite continue tout naturellement d’observer ce qu’il a si longtemps pratiqué. À la communauté qui l’a formé, il doit tout, et il lui en est reconnaissant. Si la part relationnelle de la vie cénobitique lui est close, les grandes observances monastiques restent son lot. L’indépendance lui donne même la possibilité de les pratiquer plus sérieusement.

L’expérimentation en ce domaine est sans doute le service le plus tangible que l’ermite puisse rendre à la vie communautaire, Les contraintes de celle-ci rendent l’invocation difficile ou même impossible, en communauté, il faut d’ordinaire se contente d’une routine collective qui tend à se dégrader plutôt que se perfectionner. La grâce de l’érémitisme, en revanche, est la liberté de progresser. L’ermite peu se prouver à lui-même et démontrer aux autres que des observances réputées impossible, telles que le jeûne, sont en fait parfaitement praticable aujourd’hui. Par là, il ouvre la voie à la récupération de certaines valeurs monastique, capitales pour le cénobitisme lui-même, ceux qui mènent la vie solitaire peuvent aider leurs frères de la vie commune à se rapprocher de la Règle de saint Benoît, norme fondamentale des uns et des autres.

Cette faculté d’expérimenter a bénéfice de tous, l’ermite en jouit sur plusieurs points-clés : ascèse de la nourriture et du sommeil, silence et méditation, séparation du monde et renoncement à l’information. De façon plus générale et profonde, sa vie devait indiquer la tendance foncière du monarchisme à simplifier l’existence matérielle et à rendre perpétuelle la prière. A une époque de vie sociale intense, où la communauté chrétienne est tentée de se rependre elle-même pour fin, l’érémitisme peut rappeler utilement qu’en ce monde et dans l’autre il n’y a pas d’autre but que Dieu.

En parlant d’existence simplifiée, nous pensons à l’usage que le moine solitaire fait des services de la communauté. De ce côté il trouve une aide inappréciable, qui le décharge de presque tous les soucis matériels. Ravitaillement et cuisine, lingerie et lavoir, vestiaire et infirmerie, bibliothèque, courrier, il est bon qu’en usant de tant de facilités il fasse preuve d’une certaine tempérance. Celui-ci lui convient d’autant plus qu’il ne peut rendre lui-même que très peu de service. Il est donc naturel qu’un solitaire ne prenne au garde-manger ou à la lingerie, par exemple, que la moitié environ de ce qu’en reçoivent, chaque jour ou semaine, les membres de la communauté, Puisqu’il a quelque raison de se considérer comme un parasite, la discrétion que lui sein à ce titre renforce opportunément son propos de simplification.

Dans l’Antiquité, ermites et reclus attaché à un coenobium étaient ravitaillés par les soins de celui-ci, sans avoir besoin de sortir de leur cellule. De nos jour, l’ermite fait lui-même ses «courses» au monastère. Si ces visites interrompent sa solitude, elles lui évitent de dépendre d’un intermédiaire et allègent le poids qu’il représente pour ses frères.

Comme les cénobites, l’ermite doit travailler, et si possible gagner sa vie. En ce domaine comme en celui de la pauvreté, il participe à économie générale du monastère, auquel il remet le fruit de son travail ; ce dernier doit être, son rentable financièrement, du moins reconnue comme utile, qu’il s’agisse d’un tâche manuelle ou intellectuelle.

A cet égard et à beaucoup d’autres, la symbiose avec une communauté facilite grandement la vie solitaire. Pour certains hommes peu pratique, elle constitue même la seul chance qu’ils aient de pouvoir mener une telle vie. Aux avantages matériels s’ajoutent des bienfaits moraux. Quand on a faut vœu de stabilité, il es très conformant de pouvoir rester fidèle à la lettre, non moins que de garder un lien concret avec une communauté et des frères aimés. L’obéissance voué la progression n’est pas non plus absente, le contrôle du supérieur continuant de s’exercer. Et si espacés soient-ils, de rapports avec les frères fournissent encore des occasion d’humilité, de patience et de charité.

Bien entendu, cette situation si favorable et aussi ses limites et ses inconvénients. On peut lui reprocher, d‘abord, de procurer à l’ermite les avantage de la solitude dans ses servitudes. N’est-ce pas trop de facilité ? Particulièrement appropriés nous l’avons dit à des hommes peu doués pour la vie pratique, et elle met en évidence leur infirmité et les entretient dans une salutaire humilié.

Un autre inconvénient est l’assurance de sécurité. Dépendant du bon vouloir de son supérieur, le solitaire est dépourvu, dans son statut même d’ermite, de l’assurance que donnent des garanties juridiques. Moralement, en outre, sa condition de satellite lui fait parfois ressentir plus qu’il ne faut l’attraction du centre communautaire. La tentation existe, par moments, de ne voir en soi-même qu’un cénobite déficient, infidèle, analogue à certains membres excentrique de la communauté.

Ce sentiment pénible sera surmonté d’autant mieux que le supérieur saura faite preuve, d’ouverture et de confiance, en cherchant moins à maintenir l’ermite dans l’orbite communautaire qu’à favoriser l’épanouissement de sa vocation propre. En définitive, le grâce d’un pareil situation réside précisément dans ce qui est fait la fragilité. A défaut de clauses juridiques, tout y est affaire de compréhension mutuelle et de charité, tact et souplesse sont nécessaires de part et d’autres.

L’ermite doit rester discret, respecter l’ordre communautaire, accepter certaines contraintes. De leur côté, le supérieur et les frères ont à comprendre et à respecter les exigences d’une vie différente de la leur, notamment en matière de logement, d’environnement, d’occupation.

Avec la grâce de Dieu, les deux rôles peuvent être retenus de façon heureuse et fructueuse, a longueur d’années et de décennies, l’expérience le montre. Aux cénobites de dire comment ils ressentent la présence et l’absente de leurs frères ermites. Ceux-ci, à la manière du grand Évagre, pourraient sans doute dire unanimement : «Solitaire est celui que, sans jamais se dérober à une visite ou à une rencontre, entend résonner au fond de lui-même, après chacune d’elles, cette parole, expression d’une vérité inexprimable : o beata solitudo».

Adalbert de Vogüe .osb.

Droit canon 603 pour les ermites

Références selon du droit canonique art. 603,

La Fraternité des Ermites 2005
Hommes ou Femmes Consacrés, avec vœux privés ou publics
( le mot voeux peut être remplacer par engagement ou promesse)
En corformité avec ( canon 603.1+ 603.2 du droit canonique latin romain)

1. La définition
2.La nature de la vie érémitique
3.La reconnaissance canonique
4.De la vie érémitique
La définition

La vie érémitique ou anachorétique

La vie érémitique est une vie menée au désert, elle est également appelée anachorétque, parce qu'elle est vécue dans la solitude; elle désigne ainsi une vie très retirée du monde, menée par un moine seul, un solitaire.

Le canon 603, qui traite de la vie érémitique, doit être considéré comme un fait nouveau, dont on ne peut que se réjouir. Les ermites seuls et solitaires n'ont jamais reçu dans l'Église, de loi propre qui définisse leur état de vie. Une loi se donne pour un groupe de personnes, non pour des personnes individuelles.

Cette position ne fut pas celle de la Commission. Heureusement! Vivant seuls, les ermites forment en Églises une classe de personnes et sont aujourd'hui toujours plus nombreux. Ils portent un témoignage important: le témoignage de leur prière et de leur contemplation, celui de la pénitence, du silence et de la solitude.

En considérant la vie érémitique, le Code y voit, ce qu'elle fut, l'origine et le modèle de la vie religieuse consacrée. La vie cénobitique a comme orignes, des ermites qui se groupèrent pour obtenir une direction régulière d'un maître spirituel, d'un Père -Abbas-reconnu pour son expérience.

Ces moines sont devenue cénobites; plus tard, à partir des monastères, s'instaurent les Couvents de frères qui se dévoueront aux œuvres de charité, à la prédications et aux ministères sacerdotaux. Les Ordres mendiant remplaceront ainsi les moines au même titre que les nombreux instituts religieux de fondation plus récente qui ont permis à la vie monastique de retrouver sa première ferveur dans le silence et la solitude et de vivre une vie régulière inter saepta monasterii», entre les limites du monastère, comme dit le Concile (PC no 9a).

La vie érémitique est donc à l'origine de la vie religieuse communautaire, même apostolique. Le fait est à souligner aujourd'hui ou l'on constate, dans les instituts religieux d'hommes comme de femmes, une diminution, si on une perte réelle, des Valeurs essentielles que sont le silence, la solitude, la prière, l'austérité de vie, les pénitences habituelles à ce genre de vie, tous éléments qui sont propres à leur charisme de fondation.

Le canon 603 contient deux paragraphes:

Le premier établit les valeurs spirituelles de la vie érémitique;

Le deuxième pose les exigences canoniques prévues pour qu'un(e) ermite soit reconnue tel par le droit de l'Église.

Ce premier paragraphe reste très important pour sa valeur doctrinale qui concerne toute la vie consacrée et comme nous le disions, plus particulièrement la vie consacré religieuse.

La nature de la vie érémitique

La vie érémitique est de soi solitaire, elle ne constitue pas un institut de vie consacrée; elle est et reste une institution vénérable qui est à l'origine de la vie monastique et religieuse dans l'Église. Tout chrétien appelé par Dieu à ce genre de vie peut se faire ermite, à condition qu'Il puisse discerner la volonté divine sur sa vie et y soit aidé par des personnes compétentes.

Le Concile Vatican 11 a fait discrètement allusion à ce genre de vie et cela à la demande expresse d'un Père conciliaire In Aula. Le Concile Vatican 11 ne pouvait ignorer cette demande, discrètement exprimé dans la Constition «Lumen gentium», no. 43a et dans le décret "Perfectae carutatis", no.1b. Il est étrange qu'on n'y ait pas fait expressivement allusion dans le décret "Ad gentes", no. 13d, d'autant plus que ce genre de vie n'est pas inconnu dans les religions non chrétiennes. Peut-être peut on voir implicitment une allusion à ce genre de vie et de l'adapter aux traditions authentiquement religieuses des peuples qu'Ils évangélisent (AG no.40b).

Le code énumère sobrement les éléments essentiels de la vie érémitique: ce sont :

1-un retrait plus strict du monde,

2-le silence de solitude,

3-la prière et la pénitence assidues,

4-la consécration de vie à Dieu,

5-vie vouée à la louange divine et au salut du monde.

Il nous faut analyser chacun de ces éléments.

1-un retrait plus strict du monde.

Ce retraite est dit plus strict que celui de la vie monastique et de toute vie religieuse. Il est même plus strict que celui de la Chartreuses, qui vit une telle vie anachorétique en même monastère. Non sans raison, les chartreux dénomment aujourd'hui de préférence leur vie comme semblable à la vie érémitique. C'est toute la sagesse cartusienne que d'unir les éléments de la vie au désert à la stabilité monastique et à une vie fraternelle qui assure, en communion et cohabitation, le silence de solitude exigé par leur charisme. Saint Bruno se retira comme ermite au désert de Chartreuse et si on dit son Ordre «monastique», il faut l'entendre dans son sens plénier d'Ordre érémitique.

Beaucoup d'ermites suivent cependant une voie propre, plus personnelle, qui les même à un retrait plus complet du monde qui va jusqu'à être pratiquement total en certaines situations. Le Code parlant d'un retrait "plus strict" suggère une comparaison avec la vie monastique: les moines, aujourd'hui, jouissent en effet dans leurs abbayes et monastères d'un retrait du monde moins strict, moins absolu.

2-Le silence de solitude:

L 'expression est cartusienne. Elle a été reprise dans le canon 603; elle dit plus que silence de solitude, elle unit ces valeurs. A vrai dire, le silence de solitude n'est pas le silence externe de la solitude, du désert. Il est plus; ils est ce silence que suppose la solitude de Dieu qui est plénitude de vie et d'amour; il signifie l'effort d'une vie qui tend à cette union à Dieu, qui rend solitaire en Dieu celui qui se fait silencieux dans cette solitude divine. Ce silence de solitude exige d'autre part le silence du lieu, de l'entourage, du site, tout comme la solitude favorise et maintient ce silence en éloignant ce qui peut le troubler, tous ceux qui ne suivent pas cette voie de vie solitaire. Pour vivre une vie érémitique sérieuse, il faut rechercher et exiger cette solitude du lieu et de la vie, ou un silence réel et profond est possible et peut être maintenu et approfondi, loin des habitations urbaines au bord de la mer, sur une île, en montagne ou en forêt.

3a-La prière assidue:

Le Code parle de prière, terme général qui recouvre autant la prière mentale que vocale; il ne s'applique pas à expliquer la "scala Dei", cette échelle qui mène à Dieu à partir de la lecture des Écritures, Lectio Divina, qui fait l'objet de la méditation, comme "rumination"; cette rumination de la Parole, qui permet un approfondissement de la vérité révelée, nourrit la prière qui peu à peu se simplifie en attention du cœur et devient contemplation dans l'adhésion à Dieu, l'abandon à sa volonté, et permet d'être tout à Dieu seul, comme attitude propre de cette vie qui est recherche continuelle de Dieu.

Prière assidue, dans ce contexte, signifie une prière qui revient un état de vie selon la grâce reçue. Cette assiduité de l'oraison est, en effet, diverse selon la vocation personnelle. Les clercs resteront obligés à la récitation de l'Office divin; les autres ne suivent pas cette voie; certains sont attirés par une prière plus simple qui, de jour en jour, se fait plus intense en se simplifiant et prend des formes litaniques d'invocations brèves, répétées de manière rythmée et adapté à un silence qui se fait plus profond comme adhésion toujours plus forte à Dieu.

3b-La pénitence assidue:

Comme la prière, la pénitence se fait attentive, habituelle. Le Code y voit un trait spécifique de la vie érémitique; qui dit pénitence dit conversion, attention à Dieu. C'est tout d'abord, pour l'ermite, la solitude du lieu, le silence de la vie, la stabilité dans ce monde de vie. Déterminant cette exigence, le code assure le sérieux de la vie solitaire. Les ermites n'ont pas toujours observé cette constance, certains, gyrovagues furent toujours en quête d'une meilleure solitude, d'un conseiller plus compétent, d'une situation plus tranquille! L'austérité de la vie provient toujours d'une prière qui se veut plus continuelle, plus fidèle, plus attentive à Dieu. De plus, la prière prolongée, plus fructueuse pour l'Église, connaît des tentations et vexations diaboliques que la tradition des Pères du désert ont signalé comme propres à cet état de vie et qui supposent un combat à tout; il le fait à un titre nouveau, celui de sa vocation, il le fait pour l'honneur de Dieu, l'édification ou la construction de l'Église, le salut du monde.

Ce qui rejoint les finalités définies au canon 603. SS1. Il recherche ainsi la perfection de la charité dans le service du royaume de Dieu; toute sa vie lui est vouée, et devient ainsi en Église un signe lumineux qui annonce dès ici-bas la gloire céleste. A un titre majeur, l'ermite réalise sa vocation de vie consacrée et cela de façon publique, approuvée par l'Église et évidence pour tous ceux qui le voient vivre en silence de solitude.

4-la consécration de vie à Dieu,

Un lien sacré confirme l'observance des trois conseils.

Ce lien peut être un vœu ou tout autre lien sacré, c'est-à-dire une promesse renforcée ou non par un serment.
Il peut se faire également par déclaration publique, à la manière du "propositum sanctum" des vierges consacrées dont parle le canon 604, ss1. Notons une fois de plus qu'une promesse ne se fait pas directement à Dieu de qui en ferait un vœu mais qu'elle se fait "porter Deum", à cause de Dieu qui appelle et donne grâce de vocation, fidélité et constance. Le "protositum sanctum" peut être, comme déclaration publique, un vrai lien sacré. Il se fait devant Dieu et devant l'Église et exprime une volonté ferme de suivre de plus près le Christ et de l'imiter plus fidèlement dans la vie solitaire. Il fera de plus référence à la loi de vie dont par le Code et qui, approuvée par l'évêque responsable, entrera dans plus de détails.

Cette formule de profession érémitique pourra se concevoir de la façon suivante:

À la louange de la Très Sainte Trinité et pour le salut du monde, en réponse à l'appel de Dieu, je me consacre à Lui tout entier dans le silence de solitude et le retrait complet du monde.

Afin de vivre fidèlement cette consécration à Dieu, je Lui promets (je me propose) de vivre en pauvreté, chasteté et obéissance évangéliques une vie d'oraison et de charité universelle.

Le tout selon ce qui est exprimé dans ma loi de vie

:
J'en fais profession entre les mains de...
Évêque de ce diocèse de…le…du mois de... De l'an de grâce 19… en l'Église de ….... à …....
Que Dieu veuille accepter mon offrande et me donner la grâce d'y rester fidèle jusqu'à la mort.Si on ne fait pas vœu, on peut dire "je promets devant Dieu et ses saints"; si on fait un saint propos, on dire "je me propose".Quelle forme d'obligation préférer? Le "sanctum propositum" a l'avantage d'être une réponse à Dieu sans cependant avoir les obligations propres au vœu, obligations qui sont souvent objet de doute ou d'inquiétude, d'autant plus que le vœu comporte, en plus de la matière à observer, une obligation supplémentaire en raison de la vertu de religion. On préférera le "saint propos" à unesimple promesse; on ne voit d'ailleurs pas de raison de confirmer cette promesse par un serment qui entraîne lui aussi des obligation de religion.

4-la consécration de vie à Dieu,

La nature de la vie

La loi de vie prend pour l'ermite une importance majeure du fait qu'elle situe et règle sa vie et ses obligations diverses. Elle sera rédigée par l'ermite et doit être approuvée par l'évêque qui reçoit sa profession de vie érémitique. L' Évêque s'entourera de conseillers capables de juger la valeur de cette loi de vie; il fera appel, si posible, à un ermite ayant une longue expérience de vie solitaire. Il serait en effet imprudent d'agir seul en cette matière et un dialogue avec l'ermite qui demande son approbation est nécessité évidente.

Que déterminer dans la loi de vie?

Cette loi est un programme de vie "ratio vivendi" dit le Code; en plus des éléments spirituels déjà rappelés, ce programme établira la stabilité dans l'ermitage, au lieu choisi comme plus apte à ce genre de vie; il faut en effet éviter toute instabilité. Plusieurs ermites, furent gyrovagues, indisciplinés, paresseux, jusqu'à faire scandale. D'ou une certaine réserve de l'Église pour ce genre de vie, malgré sa valeur spirituelle et son témoignage importants.

La loi de vie déterminera comment l'ermite compte pourvoir à son entretien, par le travail, s'il en est capable, ou par tout autre moyen, comme le sont les intentions de messe et de prière.

Le travail sera de préférence manuel; il permettra une détente nécessaire, tout en favorisant l'union à Dieu dans la prière continuelle. Certains travaux de peinture, de céramique, de sculpture (objets religieux, icônes, statues, rosaires ou autre objets de culte) peuvent faciliter la prière.

Plus difficiles sont les travaux de traduction, de transcription, car sont évidement à rejeter tous textes non religieux ou trop critiques ou polémiques.

Quant aux conseils évangéliques, une détermination prudente de leur matière, adaptée à la vie érémitique, est importante pour la paix de l'âme et le progrès dans les voies de Dieu. S'il y a vœu, il est nécessaire d'en préciser clairement les obligations qu'il convient d'ailleurs de restreindre au minimum. Toute l'ampleur du conseil ne peut être matière de vœu. Ce qui n'empêche pas de donner aux conseils évangéliques toutes les dimensions qu'ils comportent dans les divers aspects ce la vie érémitique.

Il faudra faire la distinction entre normes fondamentales et applications concrètes qui, avec l'expérience, modifiées, soit avec l'accord de l'évêque, soit avec l'autorisation par l'évêque.

La chasteté n'est pas seulement chasteté du corps mais aussi du cœur et de l'esprit, chasteté de l'amour unique du Seigneur et des autres en Lui. La clôture de l'ermite sera une protection à établir le silence devra être protégé contre tout moyen de communication pouvant le troubler. La chasteté sera une continuelle union à Dieu; elle sera soutenue par l'oraison et la pénitence comme expression d'un amour unique et toujours croissant.

La pauvreté est avant tout l'abandon de tout pour être à Dieu seul, elle est vécue avec le Christ qui a tout reçu du Père et lui a tout remis, pour faire sa volonté jusqu'à la mort dur la croix et la résurrection en gloire.

Cette pauvreté s'exprime et se maintient par l'oraison qui devient un "Amen" au Père du Christ Jésus et se prie dans la force de l'Esprit. Ceci établi, on déterminera la façon concrète de vivre la pauvreté évangélique en renoçant à toute propriété ou au moins à tout usage libre de biens personnels; ces biens, acquis ou prévus héréditairement, peuvent recevoir leur destination finale par testament; leur usage et la disposition d'éventuel revenue seront déterminés par la loi de vie, on ne permettra pas à un ermite d'en user pour faire l'aumône; cela risquerait de troubler sa solitude et de lui faire perdre le silence et la paix.

Quant à l'obéissance, elle aussi est avant tout obéissance à Dieu dans toute la vie, dans l'oraison, la pénitence, la solitude et le silence. Cette obéissance se réalise en résistant aux tentations propres à cette vie solitaire de prière et d'austérité et en gardant, en augmentant si possible, la solitude externe et le silence que ne doivent pas troubler les contacts avec la famille, les amis, les connaissances et les personnes qui éventuellement demanderaient conseils et direction spirituelle. Une correspondance abondante risquerait de détruire le silence demandé par Dieu.

La loi de vie prévoira certaines interventions de l'évêque qui peut, pour le bien de l'ermite et le sérieux de sa vocation, lui imposer certains préceptes, au nom de l'obéissance, en vertu du vœu ou de tout autre lien sacré. Il interviendra en matière grave comme le sont la stabilité, la solitude, le silence, l'austérité de vie, la régularité de la vie de prière, et tout excès en matière de communications avec l'extérieur. Ceci sous peine de se voir refuser l'approbation canonique de sa vie érémitique le droit de séjour dans le diocèse.

Quant à l'oraison, un certain rythme de prière peut être prévu dans la vie de l'ermite. A ce sujet une grande souplesse est exigée.

La liturgie des heures obligatoire pour les clercs, peut en effet régler l'horaire du jour et de la nuit; l'ermite peut s'obliger à réciter ou à chanter tout ou une partie de l'office divin.

Certains clercs préfèreront parfois s'en tenir à la récitation des heures importantes; Laudes et vêpres, en y ajoutant complies, ceci pour favoriser une prière plus simple, plus contemplative. Un autre élément peut rythmer cette vie solitaire: ce sont les temps destinés la méditation, la récitation du rosaire, à celle de certaines litanies, à des heures fixes. Tout cela, prévu avec sagesse et prudence, ne peut être un carcan mais doit devenir, dans l'application seule et régulière à la fois, une structure de vie qui puisse soutenir l'essentiel: vivre pour Dieu seul dans la plénitude de son silence éternel et de sa solitude d'amour.

Si l'on compare le canon 603 à celui du projet, deux points sont à noter:

Le premier paragraphe reprend la doctrine énoncée au canon 94 du projet et souligne ainsi sa valeur doctrinale;

le deuxième paragraphe a restreint la possibilité de reconnaissance canonique aujourd'hui réservée à l'évêque diocésain; il nous faut dire la raison de cette restriction.

Enfin il nous faudra parler des "laures" d'ermites, de leur utilité, de leurs difficultés et de leur viabilité.

La nature de la vie érémitique

Dans le projet de 1977, on prévoyait une reconnaissance publique de l'ermite en Église, si la profession de vie érémitique se faisait entre les mains d'un supérieur religieux, supérieur de monastère - abbé ou prieur -ou entre les mains d'un responsable d'un Tiers -Ordre. Ce qui ne manquait ni de sagesse ni de discrétion. Un abbé, vu son expérience, peut être de bon conseil; un supérieur d'un ordre religieux peut avoir dans sa tradition des éléments d'érémitisme non négligeables; songeons à la tradition franciscaine et à l'expérience personnelle de saint François.

Aujourd'hui, le droit de reconnaître publiquement un ermite est réservé par le Code à l'évêque ou vit l'ermite et c'est entre ses mains que celui-ci doit faire profession des conseils évangéliques selon sa loi de vie, approuvée préalablement par l'évêque qui le reçoit dans son diocèse.

Cette profession de vie érémitique, si elle supposait les trois vœux, rapprochait l'ermite du religieux; mais contrairement au projet de 1977, l'ermite peut aussi se lier par d'autres liens que les vœux, à savoir par promesse, renforcée ou non d'un serment, par un " propositum", déclaration semblable à celle que font les vierges consacrées, ou toute autre forme d'engagement valable.

Ces liens sont sacrés du fait qu'ils répondent à une vocation divine et sont reconnus comme tels par l'Église.

Les déterminations apportées par le Code au sujet de la vie érémitique reconnue publiquement par l'Église sont donc plus exigeantes que celles que prévoyait le code de 1977. Que penser de ces déterminations plus concrètes? Chaque évêque n'est certes pas toujours au courant des exigences particulières d'un tel genre de vie; il peut lui être difficile en ce cas de discerner le sérieux d'une telle vocation. Comme nous le disions, un abbé pourrait recevoir l'ermite, même comme oblat de son monastère, sans qu'il vive pour autant sur le territoire de l'abbaye.

Une chose est certaine : la qualité d'une vie érémitique ne dépend pas de sa reconnaissance juridique, qui d'ailleurs ne lui assure pas nécessairement la meilleure direction spirituelle.

La loi de vie de l'ermite est importante; celui-ci doit la rédiger et la soumettre au jugement de l'évêque qui doit l'approuver.

Cette approbation peut être donnée sous certaines réserves ;


1- elle peut être temporaire; elle peut poser au sujet du sérieux de la vie érémétique des conditions qui entraîneraient le retrait de l'approbation donnée.

2- si la loi de vie n'était pas observée ou même le renvoi du territoire imposé par l'évêque, en cas d'infidélité grave ou de scandale.

3-La détermination de la spiritualité que veut suivre l'ermite peut être utile. Il peut se mettre à l'école des Pères de l'Église, de saint Bruno, de saint François d'Assise, de la tradition cistercienne.

4-La loi de vie déterminera également comment soumettre certains écrits de l'ermite à la censure épiscopale et comment en permettre l'édition, tout en gardant la discrétion nécessaire et même l'anonymat. Il faut éviter que ces écrits ne suscitent des consultations nombreuses ou une correspondance qui troubleraient le silence de l'ermite et pourraient détruire sa vie solitaire.

LAURES OU COLONIE ERMITES

Reste à examiner une dernière question: celles des laures. Une laure est un lieu ou vivent ensemble plusieurs ermites. Certains essais récents ont en effet réuni des ermites sous la direction d'un ermite expérimenté qu'ils se sont choisi comme maître spirituel.

Le Code est prudent à ce sujet. Il ne parle pas de laures. En effet, ces ermites restent rarement en un même lieu, même s'il est solitaire et très étendu. Les engagements qui les lient tous à un "ancien"sont souvent nuls ou très lâches. Ils ne sont d'ailleurs pas essentiels à une vrai vie érémitique. Aussi est-il difficile d'établir une laure et plus difficile encore de lui donner le statut d'une association privée ou de l'approuver et de l'ériger comme association publique. Le plus souvent, la laure sera connue comme union fraternelle; son existence dépendra de la volonté des ermites qui s'y sont réunis.

En tant que vie solitaire, vraiment érémitique, mieux fixée et plus stabilisée, il existe encore aujourd'hui des ordres comme celui des Camaldules et celui des Chartreux, qui, tout en assurant une solitude exigence ne prévoient pas un isolement complet ; ils assurent une plus grande stabilité, une séparation du monde rigoureuse, un silence de solitude profond tout en ayant des éléments de vie commune comme la participation à une partie de l'office divin, et la célébration de l'Eucharistie. Ces ordres vivent une vraie vie solitaire; ils sont appelés plus justement ordres "érémitiques" qu'ordres "monastiques". Le terme "monastique" recouvre aujourd'hui trop de formes de vie différentes, aussi, par souci de vérité ceux qui veulent retenir l'antique solitude comme élément essentiel de leur vie, l'évitent.

Conclusion

On peut se réjouir de ce que le Code fasse mention de la vie érémitique, car elle n'est pas, comme le projet de 1977 le disait, un préliminaire aux divers types de vie consacrée.La vie érémitique a pris place parmi les normes communes, comme vie consacrée individuelle, non institutionnalisée.

Ayant fait mention des ermites comme des vierges consacrées, cette partie du Code aurait pu prendre comme titre : "de la vie consacrée" ou même, "de la vie consacrée à Dieu pour le salut du monde".

En tout cas le canon 603 répond aux exigences de la vie ecclésiale actuelle. Grâce aux dons de l'Esprit, le nombre des ermites est tel qu'une législation adaptée ne pouvait taire leur existence, ni ignorer leur statut canonique. De plus, l'Église se doit de reconnaître en cette forme de vie l'origine de toute vie consacrée, même séculière. Ainsi, rappelée discrètement par le Concile Vatican 11, elle est aujourd'hui clairement proposée et canoniquement constituée dans la vie de l'Église.(voir la partie deux à la page suivante merci)

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