Références
Collectanea Cisteriensia 45 (1983) 81-108
Revue trimestrielle de spiritualité monastique : histoire
et doctrine, publiée par les Cisterciens de la stricte
observance.
Direction
Don. André Louf, P.Guerric Couilleau, P. André
Fracheboud, Sr. Colettre Friedlander, Gaetano Raciti, P. Maur
Standaert, P. Armand Veilleux.
Rédaction
Gabriel Ghislaine, Charles Dumont, moines de Scourmont, b-66483
Forges ( Belgique ).
Administration
Sr. Lutgar Ghesquiere , abbye N.D. de la Paix B-6460 Chimay
( Belgique )
Abonnements Le prix de base d'un abandonnement est 600 FB
(750 par intermédiaire ), =T.V.A. incliuse pour les
abonnés belges .
Pays
c.c.p. Bruxelle 000-0014641-91 Cisterciensia, Chimay
c.c.p. Nancy 234609 M G. Fortier Igny F51170 Fismees
Grande-Bretagne- Amérique Nord-Sud
The Abbey Caldey Isaland, off Tenby, Dyfed Sa70 7 Uh Great
Britain
St Joseph's Abbey, Spencer, Mass. 0562 U.S.A.
Tous les autres pays
Mandat Poste International à l'adresse :
« Cisterciensia », Abbaye N-D-de la Paix
B-6460 Chimay ( Belgique ).
Les chèques bancaires doivent être rédigés
en Francs Belges : 600FB+176Fb de frais bancaires , et encoyés
à la Banque de Bruxelles à La Lovière
pour le compte 371-0227201-93
Mentionnez toujours
« Collectanea Ciaterciensia », Votre numéro
d'ordre et l'année pourlaquelle vous souscrivez.
Les
opinions émises dans les articles n'engagent que leurs
auteurs.
Avec l'approbation ecclésiastique et celle des supérieurs
de l'Ordre
Avec l'approbation ecclésiastique au Canada Don René
Larochelle o.s.b.
© Copy Cisterciensia, 1983
Collectanea
Cisteriensia 45 (1983) 81-108
Revue trimestrielle de spiritualité monastique : histoire
et doctrine, publiée par les Cisterciens de la stricte
observance.
Direction
Don. André Louf, P.Guerric Couilleau, P. André
Fracheboud, Sr. Colettre Friedlander, Gaetano Raciti, P. Maur
Standaert, P. Armand Veilleux.
Rédaction
Gabriel Ghislaine, Charles Dumont, moines de Scourmont, b-66483
Forges ( Belgique ).
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Larochelle o.s.b.
© Copy Cisterciensia, 1983
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| Un
moine bénédictin, ermite depuis quelques années,
a tenté d’expliquer à son Père Abbé
ce qu’est la vie érémitique, ses ombres
et ses lumières, ses pesanteurs et ses grâces propres,
ses équivoques et son sens profond. Il s’agit ici
simplement d’un ensemble e notations et de réflexions
assez brèves, qui ont été regroupées
sous quatre titres principaux. D’autres ermites se sont
reconnus dans ces notes et en sont suggéré la
publication. Celle-ci devrait pouvoir aider mines et moniales
qu’attire et intéresse ou au contraire irrite et
inquiète la vie érémitique, à mieux
en cerner le « lieu» précis , à en
saisir l’intentionnalité profonde, qui, sous des
modalités légèrement différentes,
reste identique pour l’essentiel à celle de la
vie monastique de type communautaire. |
| |
| 1-
L'érémitisme solution de facilité
? |
Comparée
à la vie cénobitique, la vie érémitique
paraît présenter des agréments et
de facilités qui la rendent moins austère.
Notons,
tout d’abord l’indépendance presque
complète dont jouit l’ermite.
C’est
sans doute l’aspect le plus apprécié
de la vie solitaire. Elle offre une possibilité
incomparable pour aller le plus loin possible dans
la générosité et parvenir à
une authentique liberté spirituelle, dans la
ligne d’une personnalisation maximal et la vie
intérieur. Mais symétriquement, elle
présente l’alternative d’un affrontement
possible dans le laisser-aller, la fantaisie incontrôlée,
la médiocrité.
Autre
avantage notable :
L’ermite
ignore par définition le poids de la vie communautaire.
Il n’a personne à supporter, aucune concession
à faire aux désirs, aux goûts,
aux besoins d’autrui. Il est à l’abri
des affrontements et des heurts et sensibilité
inévitables dans la vie communautaire. Privé
des joies de celle-ci, il est également dispensé
d’en porter les peines.
Il
dispose, en outre, d’une plus grande latitude
pour affirmer sa personnalité. Dans une communauté
étroitement cloîtrée règne
une pression sociologique considérable, rarement
perçue d’ailleurs de façon claire.
Chaque détail de la vie est réglé
minutieusement pour tous ; façon de se vêtir,
de se nourrir, de poser les moindres gestes. De même,
au plan de idées, pèse presque nécessairement
un système d’opinion unique parfois lourd.
L’ermite règle par lui-même tous
les détails de sa vie quotidienne et ignore
les conflits d‘idées. Pour les personnalités
fragiles, hypersensibles qui ont peine à s’affirmer
dans le dialogue communautaire, ce type de vie paraît
favoriser un meilleur équilibre. Mais, en contre
partie, il faut signaler le risque évident
d’une développement unilatéral
de tendances négatives, de tic ou manies qui
silhouette le parfait vieux garçon.
Dans
la même ligne de la valorisation de la personnalité,
on peut remarquer aussi que l‘ermite, au monde
l’ermite rural, devient facilement un personnage,
un notable reçu avec respect et cordialité
partout où il veut bien s’arrêter.
Il échappe à la grisaille de l’anonymat
où est enfouie la quasi totalité des
moines, surtout dans les communautés importante.
D’autre part, les visiteurs éventuels
qui le consultent ou demandent ses prières,
lui manifeste et généralement estime,
sinon admiration discrète. Ces rapports valorisant
avec le voisinage constitue pour l’ermite un
encouragement utile, quoique cette voie du désert
soit normalement une voie d’humilité
et d’oublie de toute vanité.
La maîtrise d’un espace.
Personnalisé
constitue un autre privilège important. Un
cénobite n’est habituellement maître
que d’un espace très limité, celui
d’une cellule exiguë dans un immense couloir
fonctionnel, l’ermite, lui, dispose d’un
édifice complet, parfois réduite, parfois
assez vaste, avec souvent un jardin,et des bois. Il
a donc un grand espace qu’i va pouvoir gérer
à sa guise, une sorte de territoire de chasse,
un enclos écologique, si seront comme le prolongement
de son corps, un espace vital où il a imprimer
sa propre marque, où il va incarner son style
par une démarche réellement créatrice
où se projettera sa personnalité. Cet
espace vital à structure, cette demeure à
inhabitée, cet enracinement dans un lieu, sont
une grande richesse offerte à l’ermite,
mais le risque existe de s’enliser dans les
préoccupations d’une banal propriétaire
et de rendra vain le dépouillement qu’on
vient chercher au désert.
La
maîtrise du temps.
Est
un autre aspect majeur de la vie érémitique.
Certains adoptent un horaire précis qui a le
grand avantage de convenir exactement à leur
rythme personnel et à leur possibilités
propres en fait de travail, de repos, de prière.
Pour d’autres, le temps chronométré
compte très peu, dans certains ermitage, il
n’y a ni montre ni pendule.
Dans
la solitude complète, comme il n’y a
nulle nécessité de s’accorder
avec autrui, le travail, la prière, le repas,
le sommeil peuvent s’enchaîner très
librement, sans hâte aucune. Quand une activité
s’achève, l’autre peut débuter
et durer le temps qui lui est nécessaire. La
criante oppressante d’être en retard,
le souci du rendement à obtenir dans le travail,
n’ont plus de raison d’être. Chaque
activité vaut par elle-même, aucune n’empiète
sur l’autre, chaque geste à sa densité
propre dans le temps qui lui est nécessaire,
sans qu’il soit escamoté ou oblitérer
par l’urgence d’un autre geste.
La
hâte, qui est le fléau de la vie ordinaire
des hommes, et souvent de la vie religieuse, empêche
l’instant présent d’être
vécu comme absolu sans cesse le « scotomise»
par l’urgence d’un futur menaçant.
Cette artificialité du temps mécanisé
cède le pas à la souple maîtrise
d’un temps pleinement humanisé, respectant
les rythmes naturels, physiologique et psychiques
de l’homme qui a le grand privilège de
vivre en solitude eau contact immédiat de la
nature.
De
ce fait, un style de vie écologique devient
possible.
C’est
le privilège également for appréciable
et riche d’humanisme que ce retour au cadre
naturel permis par la vie solitaire. L’homme
y redécouvre ses racines biologiques et cosmique.
Pour l’agriculteur, ou au moins le jardiner
que souvent, il devient, le climat, le vient, la pluie,
le froid, la sécheresses prennent grand importance.
Ses activités se modèlent sur les saisons.
La durée du jour, lente montée du soleil
jusqu’au solstice de la Saint-Jean, puis a redescende
vers le creux de l ‘hiver, les phase de la lune
même, le font vire au rythme du cosmos dont
il découvre la présence envoûtante.
Le
travail de la terre, de la culture des légumes
des fleurs, la taille des arbres fruitiers, qui exigent
effort physique et réelle compétence,
sans compter leur dur métier de bûcheron
pour assure l’indispensable chauffage, le mettent
en contact direct avec les merveille de la vie. Apprenant
à tirer sa subsistance de sol, il exerce l’activité
primordiale, qui est à la base de toute humanisme.
Il retrouve les racines les plus profondes de son
humanité dans les rapport vitaux qu’elle
noue avec le sol nourricier.
De
même, beaucoup d’ermites ont une grande
familiarité avec les animaux, qu’ils
observent et apprivoisent volonté, retrouvant
la tradition des Pères du Désert, de
François d’Assise, de Séraphim
de Sarov, dans l’exercice, renouvelé
par la grâce, de la royauté d’Adam
sur le monde animal. Les rapports de violence et d’exploitation
forcenée de la nature font place à une
vraie réconciliée, en harmonie avec
la sagesse divine.
|
Difficultés
spécifiques |
| Par
d’autres aspect, la vie en solitude est nettement
plus rude que la vie communautaire.
Globalement,
ne peut dire que le renoncement au monde, la distance
prise par rapport aux valeurs et aux mondes de vie habituels
sont certainement plus poussés. Silence, solitude,
absente de toute distraction, pauvreté, prière,
sont vécue plus à profonde, et cela évidement
ne va pas sans un réel effort de générosité.
Tout d’abord, la solitude est-elle difficile à
vivre?
Pourquoi
certains elle agréable en elle-même, aisée
à a supporter, plus aisée que la vie communautaire
pour d’autres, au contraire, elle est coûteuse
et demande un effort de vigilance. Il est sur que les
besoin affectifs varient beaucoup d’un individu
à l’autre. Ce n’est pas seulement
une question de maturité, d’équilibre
psychologique ou d’âge, quoique ces trois
facteurs interviennent pour déterminer le goût
de la solitude et l’aptitude à y vivre.
D’un
point de vue très général et abstrait,
on peut affirmer que la solitude est une épreuve
pour la nature humaine. Comme toute créature
limitée, l’homme ne peut subsister au grâce
aux relations qu’il a avec le monde extérieur
et, en particulier, avec les autres hommes. L’amour
que nous porte autrui est une nécessité
vitale pour structurer notre personnalité et
nous faire exister en tant qu’homme. C’est
le regard d’autrui que nous fait surgit à
l’existent personnelle, et sans lui l’homme
défaille.
Dans l’affrontement de la solitude, ce besoins
d’importance presque métaphysique est puissamment
réprimé, ce qui entraîne facilement
détresse et angoisse. C’est pourquoi la
solitude ne saurait jamais être complète.
De fait, toutes les ermites on un réseau de relations,
assez développé parfois, qui maintient
par le courrier, ou de rares rencontres annuelles, une
vie affective réelle, chaleureuse, même
dans une solitude matériellement rigoureuse,
où l’ermite passe facilement une semaine
ou quinze jours sans apercevoir un visage ni échanger
une parole.
L’insécurité
est une autre donnée négative, ressentie
parfois avec force.
La
communauté cénobitique couvre tous les
besoins du moine. L’ermite doit résoudre
tous es problèmes lui-même, et tout d’abord,
la question financière, puis faire face à
tous les exigences de la vie courante : alimentation,
habillement, entretien d’une maison, réparations,
chauffage. L’assistance médicale peut représenter
de grandes difficultés : malade, que ferai-t-il
pour prévenir ou joindre un médecin ?
Dans le même ordre d’idées, on peut
noter que la sécurité contre la banditisme,
es fréquent aujourd’hui, n’est nullement
garantie.
Au
plan spirituel les équivoques sont multiples,
chacun des avantages mentionnés plus haut peut
facilement être perverti et devenir un grand obstacle
à la vie spirituelle : l’indépendance
devient caprice, « volonté propre»
au sens de saint Benoît; livre disposition d’une
espace développe le sentiment égoïste
d’être « bien chez soi» ; la
disponibilité du temps débouche facilement
sur la paresse, le laisser-aller ; l’absence de
contrainte sociale, favorise l’originalités
sans intérêt et l’amateurisme ; et
surtout la rupture du dialogue fraternel, le fait de
être jamais, ou rarement, sollicité par
les besoins d’autri, de n’avoir jamais à
« sortir de soi» pour supporter l’infirmité
du prochain ou consentir à ses désirs
légitimes, sont virtuellement générateurs
de repli sur soi, de refus pratique des exigences les
plus impérieuse de l’Évangile.
Plus
profonde et plus subtile est la question posée
par le « discernement ». L’ermite
est censément un moine parvenu à la maturité
spirituelle et donc capable de discerner le bien et
le mal pour les petites faits de la vie courante comme
dans les grandes options qui se présentent. La
liberté exercée dans un indépendance
presque complète est un don merveilleux, très
précieux, mais parfois aussi vertigineux. Comme
le notait Dostievski, la liberté est à
coupe sûr ce que les hommes redoutent le pus au
monde. Il est tellement plus facile, plus rassurant,
de faire comme les autres, d’agir avec le groupe,
de suivre un règlement tout fait d’avance,
ou des édifier à une autre, un chef ou
un père qui assumera à votre place la
responsabilité de votre acte. Ce vertige de la
liberté est parfois éprouvé jusqu’à
l’angoisse par l’homme qui est seul face
à son destin. C’est là un des aspects
les plus durs de la solitude complète.
Une
autre difficulté, liée à la précédente,
se présente alors : une fois le bien discerné,
il faut l’exécuter. Or, si l’un est
seul, il n’y a aucun appui, aucun contrôle
de l’autorité , aucun entraînement,
aucune pression venant de l’environnement fraternel
La
fidélité à ce qui est aperçu
comme devant être fait exige une vrai force d’
âme,«la force des anges » disant Jean
Climaque en parlant de la vie hésychaste.
Peut-être est-ce là le pont le plus rigoureux
de la vie solitaire : fidèle à ce qu’un
doit faire, devant Dieu seul, sans aucun soutien ni
contrôle humain.
Enfin,
il faut noter que le combat contre la fameuse «
acédie » particulièrement difficile
pour des raisons analogues. L’ acédie n’est
pas tellement à définir comme une tristesse
ou un « spleen » disposition d’âme
qu’ignorant entièrement certains caractères
optimistes et bons vivants , mais comme un relâchement
de la volonté qui, pour les mystérieuses
raisons, se découvrent impuissante, inapte à
faire quoi que ce soit incapable de respecter la règle
monastique, ne supportant plus le jeûne, n’arrivant
plus à vaincre la paresse pour les vigiles nocturnes,
pendant le goût du travail qui dégénère
en bricolage superficiel, ne contrôlant plus l’imagination
ou la torpeur au moment de prier, espérant un
peu de distraction de lecteurs superficielles ou de
visites, attenant d’un changement de lieu ou de
vie, un soulagement à son ennui.
L’acadie
est une redoutable expérience du vide, de l’impuissance
totale, du néant de la conditions humaine. Le
seul remède en est l‘humilité. Sans
doute est-ce le dernier mot de la vie érémitique
et le bien de sa grande difficulté : elle exige
avant tout l’humilité, et si l’on
ne l’a pas ( et qui l’a ? ), elle y conduit
par de dures expériences. |
II-
De l'érémitisme comme humanisme |
Moines,
et surtout ermites, sont volontiers présenté
comme les hommes de l’absolu, Ils n’ont
qu’un seul désir au cœur et y tendrent
de tout leur être. Pourtant ce cet absolu de
leur demeure inaccessible, aussi inaccessible, et
aussi lointain que pour le reste de la doute l’humaine
qui poursuit son pèlerinage en cette vie terrestre.
Pour eux comme pour tout homme, cet Absolu ne se révèle
qu’à travers certaines méditations,
qui définissent un genre de vie appartenant
entièrement à ce monde-ci qui n’ont
aucun titre particulier à se prétendre
évangéliques.
Ces
grandes valeurs de solitude, de silence, de contemplation,
de renoncement au monde, ne sont en rien spécifiquement
évangélique, ni particulièrement
médiatrice de la grâce de Dieu, ce sont
des gestes humains, des options, des valeurs qui,
organisées en systèmes, constituent
une éthique, un projet de vie, une sagesse,
dont la mise en œuvre s’inscrit dans le
cadre d’un humanisme de grande noblesse sans
doute, mais ambigu et milité, avec son équilibre
de joies et de peines, sa densité humaine propre,
ses objets particuliers. Le solitaire n’est
pas davantage « homme de Dieu » que tel
autre chrétien engagé différemment,
et le valeur du désert ne sont pas plus vectrices
de la grâce de Dieu qu’autres formes d’humanisme
et de présence au monde.
Tout
d’abord la solitude. Contrairement à
une opinion, ou plutôt un mode de sentir assez
général, l’état de vie
solitaire n’est pas nécessairement une
anomalie surprenant, due à une décision
héroïque ou à des contraintes psycho-sociales
insurmontables. Il correspond, au contraire, à
une exigence profond et même essentielle de
la nature humaine. La philosophie note qu’avant
d’être un existant relationnel ou social.
L’homme est d’abord un individu, «
une substance singularisée de nature rationnelle
», suivant la formule consacrée. D’où
cette idée qui a dominé l’humanisme
gréco-latin et notre humanisme classique, que
l’humanisation de l ‘individu est à
rechercher non dans le dialogue interpersonnel ou
la rencontre de l’autre, comme le soulignent
avec justesse aujourd’hui personnalisme et les
courant qui en dépendent, mais dans la solitude.
C’est
dans la solitude que se renforce, s’affine,
se conscientise au maximum la personne humaine dans
sa subjectivité inaliénable. On connaît
le mot de Sénèque : « A chaque
fois que je suis allé parmi les hommes, j’en
suis revenue un peu moins homme ». Telle est
la ligne de l’humanisme classique et les éloges
de la solitude ne se comptent pas chez les littérateurs,
les sages, les philosophes, sans excepter, bien sûr,
les innombrables chrétiens qui ont été
marquées par cet idéal. ( cf, Pascal
).
L’état
de vie solitaire est potentiellement riche d’immenses
virtualités d’approfondissement de la
personnalité, de présence à soi-même,
de conscience de soi, dans une démarche d’intériorisation
que permet de descendre jusqu’aux racines de
l’être humaine, dans ses dimensions métaphysiques
et cosmiques. Comme telle, la solitude est un chemin
d’Intériorité qui peut être
la source d’une réelle plénitude
humaine, d’une sagesse, d’une densité
d’existence tout à fait exceptionnelle.
Échappant par une décision radicale
à la multiplicité dispersante du monde
social, aux activités débordantes, aux
sollicitations des sens, le solitaire trace sa voie
vers l’unité, vers la réunification
de toute son être dans la communion à
la source de l’être et des êtres,
dans une visées de sagesse pleinement humaines
et comblant à ce niveau.
Il
est évident qu’une telle démarche
n’a rien de spécifiquement chrétien
; c’est simplement un geste d’homme en
quête d’un mieux-être qui n’a
par lui-même aucune référence
à Dieu, au don de l’Esprit : à
l’amour de Père qui caractérise
une vie proprement chrétienne.
De
façon plus superficielle, mais non négligeable,
cet humanisme de la solitude, par la raréfaction
des relations humaines qu’il suppose, a un double
bénéfice : d’un part, il permet
un approfondissement incomparable de celle qui, par
nécessité, continuer à subsister,
en développant chez l’ermite des capacités
de dialogue et d’écoute en profondeur,
qui sont grandement favorisées par le came,
par la libre disponibilité du temps, par la
liberté d’esprit qu’engendre le
dégagement de toute tâche urgente ou
responsabilité obsédante : d’autre
part, cette raréfaction facilite l’apaisement
de la sensibilité et des troubles divers d’ordre
affectif ( irritabilité, timidité, complexes
variés ) que provoquent des contacts humains
continuels souvent rudes, parfois frustrant et traumatisant,
du moins pour les individualités fragiles.
On
peut donc conclure que la solitude favorise nettement
l’équilibre de l’affectivité
et de la sensibilité , permettant ainsi à
l’homme de vivre davantage au centre de son
unité retrouvée. Car cela reste toujours
la grande visée de la solitude, même
si elle n’est pas explicitée et demeure
tout à fait inconsciente chez la plupart des
ermites : il s’agit de faire retour à
l’unité de retrouver ses sources profondes.
Philosophies et sagesses variés ( hindouisme,
bouddhisme, platonisme, stoïcisme, plotinisme,
etc ) offrent de multiples itinéraires vers
cette Unité primordiale, attente en général
au terme d’une long effort ascétique
de maîtrise de soi-même, de purification
du cœur et de l’ intelligence. Il est trop
évident que cette recherche de la «Paix»
, de la cohérence interne, de l’unité
en profondeur, peut dégénérer
en simple aspiration à la vie tranquille, loin
de toute responsabilité, de tout heurt social
pénible, et l’équivoque demeure
toujours quelque peu.
|
Le
silence |
Celui
du désert effraye. Il paraît inhumain à
tant de gens ! Alors que, au contraire, il est profondément
humain et humanisant.
Il
faut distinguer le silence qui est absence de bruit,
bruit de la civilisation et bruis sociaux, du silence
qui est absence de parole, rupture de communication
inter humaine. Pour les solitaires ruraux ou forestiers,
le premier est majeur. Il permet une profonde expérience
cosmique de commun avec la nature, dans laquelle l’homme
redécouvre une parenté, une connivence
profonde, avec toute ce qui vit, naît et meurt,
avec aussi tout ce qui existe dans l’éclat
massif de la matière minérale, dont
la présence obscure et puissante lui communique
l’influx créateur du monde et de ses
splendeurs.
Cette
vie, loin du bruit des hommes, dans le silence de
la nature, en symbiose étroite avec celle-ci,
ses rythmes, son chant, ses bruits aussi, ses beautés,
ses richesses, sa puissances, ses duretés et
ses envoûtements et, en fait, une vie extrêmement
pleine et dense, une vie réellement humanisante,
intimement accordée aux exigences intimes de
la personnalité humaine, une fois que celle-ci
a été purgée des monstrueuses
excroissances et déformations que lui a imposées
la vie moderne sur industrialisées et bétonnées.
Par le silence, l’homme est guidé vers
un humanisme intégral qui l’insère
harmonieusement dans la totalité cosmique de
la création.
Le
silence, d’autre part, est suppression d’échange
verbaux. A ceux qui sont accoutumés à
une vie sociale intense, il parait éprouvant,
à la limite presque insupportable. En fait,
c’est pour l’homme un chemin privilégié
vers la conquête de son humanité envers
un certain type de plénitude personnelle que
recherche instinctivement tous ceux qui se mettent
à l’écart , tous les « retraitants
», tous ceux qui se retirent dans leur «
intérieure» pour quelques motif que ce
soit.
L’absence
de paroles étrangères, en effet, permet
à l’homme de proférer sa propre
parole et de s’entendre lui-même, par
sa parole, autrui fait irruption dans son univers
intérieur et, d’une certaine manière,
le détruit, le saccage. Que de gens n’ont
aucune consistance personnelle, par ce qu’ils
sont continuellement détruis, saccagés
par la parole d’autrui qui leur impose idées,
rythmes et pressions multiples !
Dans
le silence, l’homme s’écoute lui-même,
il apprend à écouter ce chant qui monte
de ses propres profondeurs et où ses dit le
meilleur de ce qu’il est, la vérité
essentielle de son être. C’est seulement
lorsque cette parole aura été formée,
façonnée dans les profondeurs l’être
qu’elle pourra être échangée,
communiquée à autrui. Le dialogue est
second par rapport à cette longue gestation
de l’être dans le silence de la présence
à soi-même. Tous les artistes, les créateurs,
les composeurs, les orateurs même le savent
bien, qui ont besoin de longues périodes de
silence pour être vraiment eux-mêmes et
produire la parole essentielle qu’est une œuvre
offerte a public.
L’ermite
est celui qui a poussé le plus loin possible
le refus du bruit des paroles d’autrui pour
se mettre à l’écoute, de sa propre
parole, ce qu’il y a de plus authentique, de
plus riche en lui-même, cette voie du silence
est la voie plus authentique, en plus riche en lui-même.
Cette voie du silence est la voie de l’intériorité,
propre à de multiples sagesse, à de
multiples religions. Cette rupture avec le monde extérieur,
avec la parole humaine, donne à la conscience
la possibilité maximale de s’affirmer,
de se creuser , de se poser comme subjectivité
radicale dans une autonomie et liberté croissante
et, en même temps, de s’ouvrir à
l’Universel dans la saisie d’une communion
ontologique avec toute conscience.
Cette
écoute de soi-même, cette descente dans
l’intériorité auront évidemment
des points d’aboutissement différents
suivant le itinéraires indiqués par
les sages et les maîtres spirituels des diverses
religions ou cultures. Qu’il nous suffise de
signaler que le silence, loin d’être une
contrainte ou une discipline artificielle déshumanisante,
est au contraire une voie royale qu’empruntent
beaucoup d’hommes et quête de leur humanité.
Normalement,
la vie solitaire est une vie de grande pauvreté
matérielle. Ermites chrétiens ou solitaires
hindous, sages et mystiques de tous les religions
ont toujours vécu dans les plus grands sobriété,
dans un détachement total des biens matériels.
Que signifie cette distance volontairement pris par
rapport à toute forme de richesse par des hommes
dont la vie est consacrée à une recherche
spirituelle intense ?
À
première vue, entre en jeu a perception instinctive
d’une antinomie radicale entre les choses de
l’Esprit et celles de la matière ou du
corps, plus précisément d’une
incompatibilité profonde entre l’intérêt
portée à un certain ordre de réalités
( spirituelles) et celui porté aux réalités
de ce monde invisible : l’argent, la puissance
les honneurs. Il s’agit là d’une
attitude extrêmement générale,
d’une « perception de base », qui
fonde la nécessité d’une voix
rigoureux, radical. Dans la mesure où l’homme
investit le meilleur de ses forces dans un domaine
déterminé, il faut qu’il s’abstienne
de les disperser vers d’autres centres d’intérêt,
« Dieu ou Mammon », iL faut dossier la
sagesse ou la puissance, la philosophie ou l’argent,
l’esprit ou la chair, l’Intériorité
ou l’action. La pauvreté volontaire n’est
rien d’autre qu’une distance délibérément
prise par rapport à un certain ordre de valeurs,
au profit d’une autre valeur jugée essentielle
Le
choix de pauvreté s’état très
légitimement, par une sorte de logique interne,
à des genres de biens très vairés
; pauvreté matérielle, culturelle, affective,
sociale, etc, afin de favoriser la polarisations de
toutes le dynamisme psychique et spirituel sur un
Bien essentiel.
Lorsque ces choix de dépouillement se font
progressivement plus poussés car on ne s’installe
pas une fois pour toutes dans la pauvreté,
il conférèrent à l’homme
une sorte de maîtrise, de grandeur, d’où
l’orgueil ne pas nécessairement absent
: Diogène dans son tonneau juge Athènes.
Il n’a besoin que de son tonneau et de son écuelle,
dans sa liberté souveraine Il triomphe et se
situe très au-dessus des riches, des esclaves
de leurs biens. Il y a dans la pauvreté volontaire
une affirmation royal de la liberté de l’homme
pour rappeler aux contingences assez misérable
de la vie matérielle où sont englués
l’immense majorité des hommes.
Par
le choix de pauvreté, l’homme se libère
intérieurement et accède à une
sorte de grandeur celle des contestataires radieux,
mais le tout est de savoir en vue de quoi il se libère.
Es-ce pour le Royaume de Dieu ?
Cet état de renoncement volontaire à
toute forme de possession, de puissance, d’influence,
de sécurité, d’amitié même,
conduite l’homme à l’extrémité
de lui-même , dans une arrachement très
coûteux et douloureux, mais aussi dans la joie
profonde d’accéder à un mode d’existence
bien supérieur, parce que libre. Un tel effort
ascétique dépouillement est éminemment
ambigu ; du point de vue chrétien, il peut
facilement nourrir l’orgueil de la jouissance
de soi par soi-même, et, paradoxalement, déboucher
sur une possessivité renforcées, sur
une aliénation encore plus radicale de soi
par soi qui exclut tous libération par communion
authentique à l’Autre.
Il reste que le renoncement radical du désert
est un geste qui a sa densité humaine propre,
sa valeur de sagesse humaine qui va dans le sens d’une
authentique humanisation de l’homme.
|
Prière,
méditation, contemplation |
De
façon audacieuse et paradoxale, mais éclairante,
on peut montrer commet l’activité de méditation
et de contemplation qui est « l’exercice
» essentiel de l’ermite correspond, en fait
, à une structure fondamentale de l’agir
humaine, à une tentative reprise dans toutes
les cultures et toutes les civilisations pour actualiser
l’essence de l’homme, faire advenir son
possible en l’ouvrant à l’Infinie
de la connaissance. Le puissant dynamise de l’esprit
qui caractérise l’homme, en tant que moment
de l’univers en évolution historique, aspire
à se manifester la conscience de chaque individu
et le porte à se révéler comme
intériorité et subjectivité.
Peu
importe ici le schéma hégélien
les anciens auraient utilisé un schéma
platonicien il a seulement l’intérêt
de manifester l’élan essentiel de l’esprit
humain vers une prise de conscience de soi-même
dans la connaissance de la Vérité qui
s’opère au mieux dans la méditation
et l’effort contemplatif, quelque soient les
contenus et les méthodes de cet effort de l’esprit
pour surgir à lui-même.
La
contemplation de la Vérité, ou de ce
qu’on croit l’être, et la méditation
ou rumination de celle-ci, s’inscrivent dans
une démarche tout à fait essentiel et
constitutive de l’homme dans son humanité,
qui est, avant toutes choses, prise de conscience
de l’esprit par lui-même et connaissance
du vrai. Sur cette voie de l’humanisation de
l’homme par lui-même, l’ermite occupe
une place privilégiée.
|
Conclusion |
La
vie solitaire offre les valeurs d’un humanisme
très poussé. Car valeurs, aussi élevées
et essentiels qu’elles soient n’ouvrent
pas, par elles-mêmes, le chemin du Mystère
de Dieu, elles peuvent parfaitement rester close sur
ce monde-ci,. Seule la grâce de Dieu peut, en
les traversant, en les transfigurant de l’intérieur,
en faire des vecteurs de la vie divine.
L’ermite,
dans sa condition d’ermite, n’est pas
plus homme de l’Absolu qu’un de se frères
; un abîme demeure, que seule la Croix divino-humaine
du Christ permet de franchir. C’est «
à travers» un état de vie, à
travers des gestes, des disciplines ascétiques,
des expériences cosmiques ou métaphysiques,
« à travers » des médiations
ou des contemplations que la lumière de Dieu
nous atteint par grâce.
Comme
chacun de ses frères chrétiens, l’ermite
est engagé dans un système de valeurs,
dans un style de vie qui a ses loies et ses peines,
son équilibre humain spécifique, ses
objectifs propres, ses contraintes et ses libertés,
mais qui ne peut prétendre introduire nécessairement
au royaume de Dieu. N’est-ce pas la conclusion
qu’ Antoine tirait de sa visite au savetier
d’Alexandrie ?
|
III-
L'érémitisme dans l'Église |
L’Icône
et les icônes
Dans
cette grande foule rassemblé par l’Esprit
–Saint, qui vivifie le Corps du Christ à
travers le temps et l’espace, chacun des visages
transfigurés dans la lumière reflète
quelque chose de l’Unique Mystère du
Christ. Envoyé par le Père, le Verbe
Infini c’est incarné, est « descendu»
dans le monde de l’histoire, s’est rendu
présent au cœur des masses humaines, puis
descendant encore plus bas, jusqu’à la
mort et `a l’enfer, il est remonté vers
le Père dans la gloire de l’Ascension
, « emmenant avec lui une foule de captifs ».
L’Église,
Corps du Christ , ne cesse, dans son être même,
de reproduire cette aventure du Verbe de Dieu :elle
s’incarne dans le monde, elle se rend présente
activement au cours de l’histoire, et elle fait
retour au Père dans l’offrande parfaite
du sacrifice d’elle-même, transfigurée
dans l’ Esprit-Saint, en attente et déjà,
pour une part, en possession de l’ultime Béatitude.
L’Église en est donc à la fois
incarnation, présence du monde et ascension,
retour vers le Père, entrée dans le
royaume éternel, possession de la gloire trinitaire,
joie dans la lumière éternelle.
Les
moines, les contemplatifs en général,
et plus particulièrement les ermites, actualisent
dans l’histoire cette dimension « eschatologique
» de l’Église. Ils sont l’Église
en tant qu’elle anticipe le royaume définitif
, l’Église en ascension vers le Père,
l’Église en attente et déjà
comblée de la transfiguration dans l’Esprit
–Saint l’Église en tant qu’elle
n’est pas de ce monde, mais est tournée
vers un autre monde, ou plutôt n’est dans
« ce» monde que pour en faire un «
autre monde » .
L’Église,
Corps du Christ, est ainsi une immense icône
du Christ où sont figurés les multiples
aspect de son unique Mystère, et les moines
sont l’Icône du Christ montant vers le
Père sans son Ascension et diffusant l’Esprit
de la Pentecôte.
Icône
de gloire donc, mais qui, si elle est vraiment christique,
porte aussi les stigmates de la Passion. Comme ceux
du Christ, les mains, les pieds et le cœurs de
l’ermite ont été crucifiés
par la mort.
Le
désert est un paradis quel ermite ne chanterait
la douceur, la joie, la fraîcheur incomparable
des sources qui jaillissent au désert ?, mais
il est aussi un tombeau, un lieu de mort où
est expérimentée, jusqu’au vertige,
l’immense faiblesse de l’homme, un lieu
où défaille tout qui fait la grandeur
de l’homme, sa force, sa confiance en lui-même,
un lieu où s’abolissent tous les convictions
et toutes les vertus, un lieu où l’on
meurt à soi-même, où « moi
» humain s’ensevelit dans le tombeau de
l’impuissance, de l’Échec, de la
stérilité, du doute impitoyable qui
effrite, ronge de l’intérieur touts les
certitudes, toutes les vérités dite
de « foi ».
Et
s’il est un tombeau c’est que le désert
est aussi, en vérité, le paradis d’une
nouvelle création, le lieu d’une foi
inimaginable, celle de l’homme nouveau, né
d’en haut par le don de l’Esprit, exultant
d’un bonheur incomparable, qui est celui de
la nouvelle Jérusalem où « Dieu
est tout en tous ».
|
Situation
de l'érémitisme : l' eschatologie |
L’Église
du XX siècle a été l’Église
des prêtres ouvriers et de « Gaudium et
Spes ». Curieusement, elle est aussi celle d’un
renouveau spectaculaire de l’Érémitisme,
comme si ,en complémentarité d’une
démarche très forte, d’incarnation,
d’ouverture au mode, de présence à
la I’histoire des hommes, Esprit-Saint avait suscité
la remise en valeur , également vigoureuse, de
la dimension eschatologique de l’Église.
Celle-ci,
par vocation apostolique, est présence de l’Amour
« au cœur des masses », mais aussi
attente d’un royaume qui n’est pas de
ce monde, d’un au-delà des horizon de
l’histoire où l’humanité
doit un jour trouver son ultime accomplissement. Elle
est en état de tension ou de fuite vers un
ailleurs.
Parmi les moines et moniales qui ont fait de cette
fuite au désert vers un « ailleurs »
l’axe même de leur vie, les ermites occupent
l’extrême pointe du mouvement. Dans l’appel
secret de leur vie s’actualise à l’état
aigu, pourrait-on dire, cette soif eschatologique
de l’église, cette tension vers la plénitude
de la vie, vers la lumière qui se lève
à l’Horizon du monde.
La
vie au désert place le moine dans une situation
limite, dans un lieu extrême où le désengagement
des valeurs intra mondaines est maximal, Il vit à
la limite du temps, au bord de l’éternité,.
Par un choix qui tend à être radical,
il s’essayer à récuser la temporalité
qui mesure et engloutit l’agir humain, pour
surgir à un autre monde d’existence où
le présent acquiert la mi dimension absolue
de l’éternité , où chaque
acte, chaque moment de son agir est osé pour
lui-même en offrande parfaite au Père.
Toute son existence se veut sous le signe de l’éternité
et s’écarte résolument de toutes
finalité immédiate, temporelle, intra
mondaine. Elle écarte comme étrangère
à son « souffle » propre toute
utilité, toute efficacité numérale,
et se veut gratuite, parfaite et libre, offrande totale,
jeu ou chant venu des profondeurs créatrices
de la conscience où se révèle
l’esprit.
Les Anciens aimaient à dire que le désert
anticipe le ciel : la vie céleste, en effet,
sera pure gratuité, chant ou jeu à la
gloire du Père. L’agir efficace n’aura
plus aucun sens.
Ceci, évidemment, constitue le scandale propre
à la vie monastique, et qui est redoublé
dans la vie érémitique : elle se désengagé,
déracinée le plus possible, elle récuse
toute efficacité, toute bienfaisance, tout
gain, toute œuvre de transformation de «
ce » monde, qu’elle soit économique,
culturelle ou même spirituelle ( ici, évidemment,
les formules sont trop absolues et veulent seulement
indiquer un sens, non décrire un existant ).
|
Efficacité
« spirituelle » ? |
Ce
refus d’efficacité historique se conjuguer-t-il
avec un souci ecclésial d’efficacité
spirituelle dans l’ordre du salut, au cœur
de l’Église ?
Aussitôt
se présente à l’esprit l’idée
que l’ermite est utile au fécond spirituellement
par son intercession dans la prière, l’offrande
sacrificielle de soi-même, l’identification
au Christ rédempteur. L’ermite aurait
pour fonction de prier pour le mode : le ministère
au quel l’habiliterait son charisme serai un
ministère d’Intercession universelle.
Ceci
n’est pas faux, mais ne fait pas droit au «
lieu » spécifique de l’érémitisme
qu’est l’eschatologie. Il faut dire que
c’est par son « absence » que l’ermite
est efficace, signe efficace et vital pour chrétienté.
Dans le réseau rationnel de la pastorale, il
est un trou absurde. Dans la voûte solidement
agencée de l’Église institutionnelle,
il est une faille, une ouverture, un vide inexplicable,
donc on cerne mal les contours et, qu’éventuellement,
on souhaiterait remplace par un matériau efficace
et solide.
Or,
cette absence est vitale. Par ce vide, un ailleurs
se fait jour. Un autre faite irruption dans l’édifice
solidement bâtit, fonctionnement agencé
. La gratuité inclassable manifeste son paradoxe.
Un certain absurde secoue l’architecture parfaite,
fait jouer les pierres, donne vie et sens à
l’ensemble en l’ouvrant sur « autre
» chose.
La
vide inutile, l’absence pure, l’Espace
creux, laissé par l’ ermite dans le monde,
de l’efficacité transitoire, ouvre celui-ci
sur un Ailleurs, un au-delà, où s’échappe
l’Église , où elle devient réellement
« souffle » et pas seulement institution
fonctionnellement organisée, Dans l’ermite,
dans l’absence de l’ermite, l’Église
se manifeste comme « souffle » et transcendance,
comme présent d’éternité
supra mondaine. La totale vacuité de l’ermite
devient ainsi présence suprême de Dieu
qui appelle et soulève l’Église.
Ceci esquisse une « ontologie » de la
vie érémitique dans le corps ecclésial,
mais ne dévalorise en rien l’agir propre
de l’ermite : intercession, offrande sacrificielle
et, éventuellement, rôle apostolique,
culturel, artisanal ou économique, que dans
le concret les ermites assurent par nécessité.
|
Une
eschatologie réalisée |
À
la limite du monde, la vie érémitique
ouvre à une éternité qui se définit,
non comme aboutissement de l’histoire mais comme
présence verticale à chaque instant de
celle-ci.
Sur l’horizon de la temporalité, chaque
instant ne vaut que lié au précédent
et qu’en tant qu’il prépare le
suivant. Tout l’agir humaine est ainsi enserré
dans le tissu très strict de la causalité,
chaque action est l’effet qu’une cause
et n’est posée qu’en vue d’un
effet ultérieur. Elle a une fin autre qu’elle-même
et par là, est projetée dans un mouvement,
une mutation perpétuelle, qui constitue justement
le « cours des choses », la temporalité.
Surmonter
le temps, réaliser l’eschatologie, c’est
suspendre ce secours des choses et conférer
à chaque action valeur en soi et pour soi.
C’est par l’offrande sacrificielle que
mérite consacre chaque instant de sa vie et
lui donne sa dimension d’éternité
divine, tout chrétien est censé en faite
autant, mais dans la solitude et le silence total
du désert, chaque geste, chaque pensée
peut, avec une profondeur et une continuité
exceptionnelle, acquérir en dehors et contre
toute référence à la causalité
ou à efficacité horizontale cette valeur
d’éternité qui abolit l’histoire
et manifeste sa relation à Absolu, source de
toute réalité, bonté et beauté.
Et,
pour cela, il est réellement important que
la vie de l’ermite soit objectivement «
gratuite», que sa référence à
une productivité intra mondaine soit réduite
au minium. A ce moment-là, apparaît,
avec le plus de clarté, sa dimension «
eschatologique ». Il s’agit d’une
« eschatologie réalisée »
d’un Royaume de Dieu où tout n’est
plus qu’adoration, sacrifice, louange et joie
profonde.
|
Dieu
au désert |
Est-il
possible d’esquisser quelques traits d’une
« théologie », d’un «
discours» sur Dieu, qui serait plus caractéristique
du désert ? Comment se réfracte le mystère
de die sut l’horizon du désert? Qu nous
disent de Dieu les hommes qui y vient ?
O
a reproché parfois aux Pères du désert,
et à leurs épigones illustres des siècles
postérieurs, d’être avant tout
des ascètes et nullement des mystiques, ils
parlent, en effet, de la lutte contre les passions,
de la mortification, des vertus à pratiquer,
ils disent fort peu de choses sur Dieu, et surtout
manquent totalement de lyrisme pour chanter les merveilles
de l’un à Dieu . Comparée à
la brillante ; littérature des grands autres
réputés « mystiques» leur
sécheresse est déconcertante, et la
pauvreté, la discrétion, sinon l’indigence
de l ‘Expression verbale sont interprétées
comme traduis une pauvreté et une diligence
de vie spirituelle, d’expérience personnelle
des choses de Dieu.
Ces
hommes, en effet. Sont des praticiens, et il se entendent
donner un enseignement utile, portant sur des choses
concrètes vérifiable, expérimentales.
Or, les vertus, la patience, l’humilité,
l’obéissances peuvent être contrôlées,
vérifiés à chaque instant. C’est
du solide, de concret, avec lequel il est impossible
de tricher. Les discours élevés, les
considérations mystiques, le récits
d’illuminations et d’extases sont invérifiables
et livrés à la subjectivité de
chacun, donc sans utilité pour un enseignement
pratique en vue du salut.
A cette première réponse, ne peut en
ajouter une autre. La théologie habituelle,
dogmatique ou mystique, et si abondante quand elle
parle de Dieu, c’est qu’elle a pour source
histoire du salut, l’histoire des hommes en
marche vers Dieu. A partir de là, a été
élaboré un enseignement extrêmement
complexifié sur le mystère divins, enseignement
placé sous le signe de la multiplicité
des mots et visant à la transmission d’un
savoir positif sur Dieu et corrélativement
sur l’homme.
Le
désert, au contraire, est très silencieux.
L’histoire des hommes est au delà de
son horizon. Il n’a pas de parole sur Dieu,
ou s’il en a, elles sont très rares.
Ce sont des paroles qui ne « disent» pars
Dieu, qui n’ont pas de contenu, pas de détermination,
mais qui sont porteuse d’un certain «
dire » ( Heldeggert) sur Dieu, précisément
parce qu’elles ne disent pas, C’est par
le creux, le néant que certaines paroles portent
en elles, qu’elle sont capables de « dire
» Dieu. De même, dans la suite logique
du discours, c’est l’intervalle entres
mots qui laisse passer la lumière ; les mots
deux-mêmes sont opaques, mais le vide qui les
entoure ou qui les centre, est seul signification
du mystère sur-essentiel.
La
théologie du désert est une théologie
silencieuse, un discours silencieuse qui sans cesse
renvoie au-delà du contenue des mots, au –delà
de la limite des concepts. Le concept ne peut rien
faire sur Dieu, mais c’est pas sa frange d’incertitude,
par le néant sur lequel il se détache,
qu’il peut être porteur d’une «
dire » sur Dieu. Le concept est fait pour exprimer
l’être des choses, or, Dieu n’«
existe » pas ( 1) , C’est la grande leçon
du désert.
Donc,
toute concept ne peut être référence
valide à Dieu que dans la mesure où
il « dit» le néant. Dieu n’«
existe » pas, c’est pourquoi le silence
seul peut tenter de le « dire ».
Le
désert fait, plus vite qu’un autre mode
de vie, découvrir a cœurs des choses nos
pas une présence mais une absence, «
un creux toujours futur (2) » qui est indicible,
une sorte du néant qui oriente le regard vers
un Tout-autre, comme l’axe inexistant d’une
spirale, ou le centre absent d’un cercle, tout
en étant ce par quoi le cercle ou la spiral
existent, n’ont pas eux-même d’être
propre.
Au
désert, le « vanitas vanitum »
de l’Écriture est perçu avec une
intensité suraiguë et fait découvrir
l’abîme séparant le mode des apparences
de l’Un transcendant. Le langage ne peut passer
d’un bord à l’autre qu’en
se niant dans sa spécificité pour laisser
transparaître, dans le silence, ce qui n’existe
pas.
Cette
approche nocturne, apophatique, du mystère
de Dieu paraît être un apport irremplaçable
des hommes du désert a la théologie
chrétienne. Lorsqu’ils choisissent de
s’exprimer uniquement dans le registre de l’ascèse,
de décrire le comportement de l’homme
en marche vers Dieu, sans jamais tenter de dire qui
est Dieu en lui-même, ils adoptent ajustement
ce mode de discours négatif par lequel Dieu
est exprimé comme Absent, comme « creux
toujours futur » au centre l’homme.
C’est là le discours le plus fort et
le plus juste qui puisse être formué
à propos de Dieu, discours beaucoup plus fort
et plus juste que celui des littérateurs mystiques,
dont l’envoûtement surabondance d’images
et de symboles égare facilement dans l’imaginaire
et risque de substituer une simple fascination verbale
à la beauté ineffable.
Dieu,
en effet, « n’existe pas » (3),
et aucun mot ne saurait suggérer son mystère
de façon positive. Seule peut être décrite
l’absence de Dieu, ce néant au cœur
de l’homme où s’ouvre un espace
pour l’ultime réalité. Le foisonnement
des discours ascétiques explore indéfiniment
cet espace, mais sans jamais dire « ce»
que l’emplit. Le discours positif sur l’homme
et le support du silence qui seul circonscrit le Mystère.
Là se résume la « théologie
» du désert.
(1)
à la manière des créatures ,
s’entend . Voir plus loin , note 3
(2) Paul Valery, Le cimetière marin
(3) Voir Denys , Lettre 1 ( à Galos ), Pg.3,1065
: « Dieu existe au-delà de toute essence
et il est connu au-delà de tout sens, par le
fait même qu’il n’est absolue pas
connu et n’a pas d’être »
; cf., Jean-Luc Marion, Dieu sans l’être,
Paris 198, ainsi que les vertigineuse formules où
le Zen exprime un apophatisme métaphysique
radical, dramatiquement et sans doute saintement réducteur
de toute théologie.
|
Vie
solitaire et vie communautaire |
Saint
Benoît prévoit qu’à en certaine
étape de leur monastique, située à
la fin d’un long temps d’entraînement
a combat spirituel, des frères pourront s’orienter
vers la vie solitude. Ce faisant, il en présente
nullement l’érémitismes comme l’achèvement
normale et la perfection de la vie monastique. Au terme
d’un itinéraire commun, que tous ont par
parcourir, la plupart persévèrent dans
la voie cénobitique que, mais il admet que certains
bifurquent vers la vie solitaire.
Ainsi,
les deux voies restent parallèles et leurs
visées sainteté est complètement
identique, sans que l’une soit dite supérieur
à l’autre ou davantage capable de mener
un moine à la perfection de l’amour du
Christ, Il est simplement demandé aux ermi8tes
de ne pas être des débutants lorsqu’ils
optent pour le désert. Le choix du désert
comporte, en effet, des ambiguïtés multiples
au plan des motivations psychologiques.
Mais
en ce qui concerne la vie spirituelle, on peut analyser
cette option de façon critique comme un certain
recul, un certain appauvrissement spirituel. Dans
l’ensemble très riche et organiquement
lié des valeurs monastiques l’ermite,
en effet, sélectionne les valeurs de prière,
de silence, de solitude, de pauvreté et d’ascèse
éventuellement, mais il élimine, ou
du moins met en veilleuse, celles de l’obéissance
strict, de la patience dans un travail contraignant,
et surtout les vertus liés à la charité
fraternelle, le dévouement au service concret
des autres, la coûteuse patience, dans le support
d’autrui, l’humilité dans l’obéissance
mutuelle, la générosité dans
l’accueil de l’autre.
L’ermite
doit « aimer Dieu qu’il ne voit pas »
sans être sûr pour autant « d’aimer
son prochain » qu’il ne voit pas non plus.
Chez lui, la pratique du premier commandement ne se
concrétise et ne se vérifie pas ou rarement
par la pratique de seconde. Il est privée cette
dilatatrice, qui fait la force de la vie communautaire,
entre l’amour de Dieu et l’amour concret
des frères, l’un renvoyant l'un à
l’autre et le vérifiant, l’amour
fraternel n’acquérant sa profondeur que
vécu comme sacrement de celui de Dieu, et l’amour
de Dieu se déployant en vie fraternelle et
ecclésiale.
Cet appauvrissement dans l’éventail des
vertus chrétiennes pratiquées par le
moine est sans doute, l’infériorité
majeure de la vie érémitique par rapport
à la vie cénobitique. Mais, qui vit
en Dieu accomplit toute perfection, et la pratique
des vertus est sans signification, si l’âme
a trouvé son repos dans la Source de tout Bien,
a supposer, toutefois, que cela puisse être
dit sans illusion trop manifeste.
|
IV-
Le « Souffle » de l'érémitisme-
La Prière |
Au
cœur de la vie érémitique, il y a
un geste très simple : joindre les mains et les
élever vers Dieu, puis , plus que la fatigue
les a fait retomber, à nouveau le tendre vers
le Seigneur.
Tel
est l’axe de la vie érémitique
: une prière continuelle ou qui tend à
la devenir. Ce style de vie, si particulier, cet ensemble
d’observances tellement exigeantes, n’ont
de sens que comme conditions d’une prière
instante, profonde, incessante si possible.
Dans
le grand silence de sa vie, dans la stabilité
effective a lieu de vie, dans la rupture concrète
des relations humaines, dans le détachement
poussé aussi loin que le Seigneur le lui donnera,
des biens matériels, culturels, sociaux, autrement
dit dans la pauvreté, l’ermite recherche
les conditions d’une vie totalement vouée
à la prière.
Silence,
solitude, stabilité, pauvreté ; voilà
ce qui favorise, au maximum, une offrande continuelle
de soi-même dans la prière incessante,
l’application du cœur et de l’intelligence
aux mystères de la Présence divine,
dans laquelle s’expérimente déjà
quelque chose de l’incomparable plénitude
de l’Amour qui est Dieu.
La
solitude, en effet, est source, elle est joie surabondante,
chant de gloire, secrète, imperceptible et,
en même temps, éblouissante, elle est
« ivresse » : en elle se donne à
goûter de « qui n’est pas monté
au cœur de l’homme, ce que l’oreille
n’a pas entendu, ce que l’œil n’a
pas vu ».
Et
pourtant, toute ceci s’accomplit dans une extrême
faiblesse, au creux d’une humiliation profonde,
dans la découverte d’une pauvreté,
d’une nullité personnelle à peine
convenable. Cette montée dans la lumière
es également descente dans l’Abîme.
Cette plénitude est toute proche de la détresse,
un peu comme dans le mystère du Christ coïncident
la mort et la Résurrection, la descente aux
enfers et l’ascension dans la gloire.
Prier
dans la solitude, c’est élever les mains
vers le Père, mais c’est aussi, dans
la pauvreté et la fatigue, les laisser retomber.
Cette retombée est tout à fait normale,
elle est même essentielle, : c’est tout
le concret d’une pauvre nature d’homme,
avec toute sa faiblesse, qui est ainsi assumé
avec réalisme.
La
pensée, l’imagination sont facilement
distraites, et le travail spécifique du «
priant», de l’orant, est de les ramener
inlassablement vers l’essentiel. La «
lutte contre les pensées », la surveillance
de l’imagination ( la nèpsis) es justement
cet effort continuel pour amener les pensées | | |