+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome II-Partie- 5-Chapitre 4

La stigmatisation et la suggestion

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
Tome II-Partie- 5-Chapitre 4

La stigmatisation et la suggestion

On a de nouveau étudié, ces derniers temps, ce pro­blème : la suggestion et l'autosuggestion peuvent-elles produire les stigmates, c'est-à-dire les marques de la Passion de Notre-Seigneur, qu'ont reçues plusieurs saints, en extase, aux pieds, aux mains, au côté et sur le front, avec les vives souffrances qui rappellent d'une façon exceptionnelle celles de Jésus crucifié pour nous? Ces plaies apparaissent sans être provoquées par aucune blessure extérieure et laissent couler périodiquement un sang non vicié. Le premier stigmatisé connu est saint François d'Assise. Depuis lors, les cas se sont multipliés, mais il paraît certain que la stigmatisation ne se produit que chez les extatiques et qu'elle est précédée et accom- pagnée de très vives souffrances, physiques et morales, qui configurent l'âme à Jésus crucifié. Un p aussi exceptionnel peut-il s'expliquer chez certains sujets très sensibles par la suggestion, comme le prétendent des incroyants?

Dans les Études Carmélitaines d'octobre 1936, en un numéro très documenté, cette question est longuement examinée par plusieurs médecins, par des psychologues et par des théologiens (1).

Le Dr Lhermitte, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, dans un rapport fort intéressant, répond de façon négative : « En admettant même, dit-il, que par la suggestion hypnotique des ecchymoses, des vésicules, des sueurs de sang puissent se produire, est-ce à dire que le problème de la stigmatisation serait résolu?... Nous ne pouvons l'admettre... Eût-on reproduit par suggestion pure des ecchymoses cutanées, il resterait à réaliser des ecchymoses symétriques aboutissant à des plaies durables, rebelles à l'infection, lentes à se cicatriser.... Contrairement à tous ceux qui, sous le couvert de la science expérimentale et des faits soi-disant positifs, soutiennent que nous pouvons appréhender dans une de ses parties le processus du stigmatisme mystique, nous prétendons que, malgré les quelques données, fragiles d'ailleurs, que nous ont livrées l'expérimentation et la clinique, nous sommes aussi éloignés de l'explication des stigmates qu'au temps des Charcot, des Bourneville, des Bernheim et des Virchow (2). »

On sait, en particulier, que M. Pierre Janet a essayé, pendant de longues années, de produire des stigmates par suggestion hypnotique et qu'il n'y est jamais parvenu.

L'opinion contraire à celle du professeur Lhermitte est défendue, dans le même recueil, par le D' van Gehuchten, de l'Université de Louvain (3), et par le Wunderle, de l'Université de Wüzbourg (4). L'un et l'autre pensent que, sous l'influence de la suggestion, peuvent se produire des manifestations vasomotrices locales qui aillent jusqu'à la formation de phlyctènes et d'hémorragies. Le Dr Wunderle cite un cas de ce genre produit par suggestion chez une protestante dansle sanatorium du D' Lechler, en Allemagne.

La seconde de ces opinions n'a pour elle, croyons-nous, que des données bien confuses et fragiles, comme le dit le professeur Lhermitte

L'enseignement traditionnel

.Nous sommes heureux de signaler ici, en faveur de la doctrine traditionnelle, ce qu'a écrit récemment le R. P. Louis Sempé, S. J., dans un excellent article sur ce sujet, composé après le Congrès d'Avon-Fontainebleau (5). Nous citons d'autant plus volontiers cet article que nous y trouvons très exactement formulé ce que nous aurions voulu dire nous-même si nous avions pris part à cogcnrès . Nous y soulignons ce qui nous paraît plus g important.

Le P. L. Sempé a cru — mais il n'en est rien — que nous admettions conditionnellement (si les faits sont exacts) l'opinion du D' Wunderle. Cela tient de Fr à la manière dont le P. Lavaud, O. P., de l'Université i- bourg, dans ce même numéro des Études Carmélitaines (p. 191), a exprimé en même temps sa propre pensée et notre manière de voir, en oubliant de mentionner un argument traditionnel, qui nous a toujours paru fort important et sur lequel
nous insisterons à la fin de ce chapitre.

« Ce n'est pas, dit justement le Pnoti P. L. Sele mpé (6),i que nous déniions à la suggestion hypnotique pouvo d produire les effets qu'on nous dit : nous n'oserions a

priori ni le lui concéder, ni le lui refuser; que l'expérience en décide. Mais, à notre humble avis, le noeud de la question n'est pas là. Il est, nous semble-t-il, en ce que les stigmates, les vrais, ceux des saints, les seuls que l'Église prenne en considération, ne sont pas, dans leur entité, des plaies comme les autres. Outre qu'ils sont toujours situés aux mêmes endroits du corps que chez le Christ et atteignent parfois les mêmes dimensions que chez lui, ils ont un comportement qui les différencie essentiellement, croyons-nous, des plaies ordinaires.

« Pour ne rappeler que leurs caractères les plus avérés, ils sont aussi rebelles à toute médication qu'inaccessibles à la corruption : aucun pansement ne les guérit, et ils ne suppurent jamais, quoique fréquemment ouverts et exposés à l'air pendant des années (7). Ils se cicatrisent parfois d'une manière subite et parfaite : à tel point que le tissu cicatriciel est aussi élastique et aussi robuste que la peau voisine, aussi souple et aussi résistant qu'elle au pincement et à la torsion, tout en permettant d'ailleurs de repérer la forme et les dimensions de la plaie sous-jacente... Enfin les vrais stigmates saignent périodiquement en dépendance des fêtes liturgiques du Christ et de la Vierge (8). Il leur arrive de le faire en certaines de ces fêtes extra-périodiques, contrairement à l'attente du sujet qui en ignorait l'occurrence.

« Ne sont-ce pas là des caractères miraculeux? Mais on ne nous signale rien de semblable sur les rougeurs, vésications, érosions, gouttelettes de sang, obtenues avec tant de peine, à l'aide de la suggestion chez certains sujets névropathiques. »

On a remarqué aussi parfois, lorsque la personne stigmatisée est étendue sur le dos, que le sang coule de la blessure des pieds, comme il coulait des blessures du Christ, et donc en sens inverse de la pesanteur.

L'abondance des hémorragies reste aussi inexpliquée; les stigmates sont généralement à la surface, loin des gros vaisseaux sanguins, et cependant ils laissent couler des flots de sang (9).

Ces particularités physiques des plaies stigmatiques les différencient notablement, en effet, des autres plaies, comme l'a noté le Dr Lhermitte; et, dans la description qui nous est généralement donnée des stigmates des saints, ces particularités physiques sont indiquées, comme. aussi les circonstances morales de ce fait exceptionnel,notamment la vive compassion aux souffrances du Sauveur.

Ce qu'il faut surtout noter c'est que les stigmates proprement dits ne se trouvent que chez des personnes qui pratiquent les vertus les plus héroïques, et qui ont en particulier un grand amour de la croix.

Les stigmatisés entrent dans les profondeurs du mystère de la Rédemption, dans le secret des douleurs morales et physiques du Christ ou de son immolation pour le salut des pécheurs. Voilà ce qui n'a aucun rapport avec les clientes des cliniques de maladies nerveu­ses; et c'est précisément pour rappeler sa douloureuse Passion à nos esprits et à nos cœurs indifférents que le Sauveur se choisit des victimes qu'il configure ainsi parfois, de façon visible ou invisible, à son crucifiement.

Négliger dans la stigmatisation ce côté supérieur, pour pouvoir l'expliquer naturellement, c'est ne plus considérer en elle que la cause matérielle, en fermant les yeux sur la cause formelle et sur la cause finale, par suite sur la véritable cause efficiente. C'est comme si l'on définissait la statue uniquement par le bois ou le marbre dont elle est faite, en faisant abstraction de sa forme, de sa fin véritable et du statuaire qui avait cette fin en vue. Le naturalisme, pour expliquer le supérieur par l'inférieur, doit, comme le matérialisme, réduire le supérieur à sa cause matérielle, c'est-à-dire le défigurer au point de le rendre méconnaissable. Les ecchymoses naturelles dont on nous parle ressemblent aux véritables stigmates, comme la verroterie imite le diamant.

De plus, comme pour bien juger d'un acte humain, de sa signification et de sa portée, il faut être attentif à ses circonstances, que les théologiens étudient chacune en particulier et énumèrent dans le vers bien connu : « Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando? (9) », de même pour bien juger du sens et de la portée d'un fait exceptionnel comme la stigmatisation, il faut noter très attentivement ses circonstances physiques et morales. On remarquera surtout celles relatives à la fin (cor), manifestée soit auparavant, par une prière ou une promesse, soit après, par les effets, par un grand amour de la croix ; — celles relatives à l'objet (quid), par exemple les blessures corporelles produisent une vive douleur physique accompagnée d'une blessure spirituelle délicieuse, qui, comme le disent sainte Thérèse (10) et saint Jean de la Croix (11), ne peut venir que de Dieu; — celles relatives à la personne (quis), qui consistent en ce qu'elle est humble, obéissante, animée d'une grande charité; — celles relatives aux moyens (quibus auxiliis), par l'exclusion de toute supercherie et occultisme; — celles enfin relatives au temps et au lieu (ubi et quando).

Si toutes ces circonstances sont favorables, on arrive à une certitude morale de l'origine surnaturelle de la stigmatisation. On voit qu'il ne s'agit pas d'un fait pathologique, mais qu'il y a là l'intervention d'une cause intelligente et libre qui agit sur les stigmatisés pour les confi­gurer à Jésus crucifié.

Enfin ce que Dieu seul peut produire, c'est ce qu'il y a de plus élevé dans la stigmatisation : la blessure spirituelle du coeur dont parle sainte Thérèse, dans la VI' Demeure, ch. ai. Cette blessure, qui a pour effet un, désir ardent de Dieu et un grand amour de la croix,. atteint le fond le plus intime de la volonté spirituelle; elle ne peut donc venir que de Dieu; elle est en même temps très douloureuse et très délicieuse, et, comme le dit sainte Thérèse, ibidem, l'âme voudrait n'en jamais guérir (12).

L'extase el la stigmatisation

De nouveau, on a examiné aussi, ces derniers temps, la question de savoir si une grande compassion surnatu­relle pour les souffrances du Sauveur, intensifiée par l'extase, peut avoir pour suite naturelle les stigmates corporels.

A la question ainsi posée, on connaît la réponse négative de saint François de Sales, dans son Traité de l'amour de Dieu, 1. VI, ch. xv : « L'amour est admirable pour aiguiser l'imagination, afin qu'elle pénètre jusqu'à l'extérieur... Mais de faire des ouvertures en la chair par dehors, l'amour qui était dedans (en saint François d'Assise) ne le pouvait pas bonnement faire : c'est pourquoi l'ardent séraphin, venant au secours, darda des rayons d'une clarté si pénétrante qu'elle fit réellement en la chair les plaies extérieures du crucifix que l'amour avait imprimées intérieurement dans l'âme. »

Cette réponse donnée par saint François de Sales se confirme par cet argument traditionnel rapporté par Benoît XIV (De servorum Dei beatificatione,1.1V , = p., ch. xxxiii, 13 et 19). Beaucoup de saints et de saintes, de tempéraments les plus divers, ont eu une très intense compassion surnaturelle pour les souffrances du Sauveur, et n'ont pas eu les stigmates, qui apparaissent pour la première fois au XIIP siècle avec saint François d'Assise. Personne n'a jamais affirmé que la très Sainte Vierge, sainte Madeleine, saint Jean l'Évangéliste aient eu ces divines blessures corporelles, et qui donc a plus compati aux douleurs de Jésus crucifié? De même, depuis le XIII' siècle, bien des saints et des saintes, aux tempéraments les plus différents, avec ou sans extase, ont eu cette compassion surnaturelle très vive sans avoir les stigmates. On pourrait même citer parmi eux de très grands mystiques, comme saint Jean de la Croix, qui ont eu à un très haut degré la contemplation infuse accom­pagnée d'extase et même la blessure spirituelle du coeur.

N'est-ce pas une preuve que les stigmates ne sont pas la conséquence naturelle de cette vive compassion surnaturelle, et que l'amour ardent ne suffit pas à les produire? C'est la conclusion de Bartholorneo de Pise, et, après lui, de Théophile Raynaud, de Benoît XIV, loc. cil., contre François Pétrarque et Pomponace.

Cet argument traditionnel reste assez général sans doute, mais selon nous il conserve toute sa valeur; dans les discussions récentes, on ne l'a vraiment pas assez examiné et l'on n'a rien dit qui puisse l'infirmer.

Dans le numéro déjà cité des Éludes Carmélilaines, Dom Alois Mager, O. S. B., doyen de la Faculté de théologie de Salzbourg, et le D' Wunderle, de Würzbourg, inclinent bien à considérer la stigmatisation comme le contrecoup idéoplastique sur l'organisme de la contemplation infuse de Jésus crucifié; ce serait une suite naturelle d'une grande compassion surnaturelle grâce au pouvoir de l'imagination. Comme l'appréhension de rougir fait rougir, l'imagination unie à une vive émotion surnaturelle pourrait produire les stigmates corporels. On revient ainsi à la théorie idéoplastique qu'avait écartée saint Francois de Sales. Que vaut-elle?

Le P. L. Sempé, art. cit., p. 294, fait une juste critique de cette explication.

« En premier lieu, dit-il, cette théorie, puisqu'elle est à base d'autosuggestion, suppose qu'il y a toujours à l'origine des stigmates les deux facteurs nécessaires de cette autosuggestion, savoir une représentation extrêmement vive de Jésus crucifié avec une compassion profonde pour ses souffrances et un désir ardent de recevoir ces plaies. Or, ces facteurs nécessaires, pourtant, n'existent pas toujours. Il y a des stigmatisations, parmi les mieux caricatérisées et les plus authentiques, où le sujet n'a ni désiré, ni imaginé, ni même soupçonné possible l'impression sur sa chair des plaies du Crucifié. Nombre même de stigmatisés ont même supplié le Christ que ces marques extérieures leur fussent épargnées, et il n'ont pu l'obtenir.

« On suppose aussi, conformément aux exigences de la théorie, que la douleur stigmatique précède la blessure extérieure. Il n'en est pas toujours ainsi. Il y a des cas où le sujet n'a ressenti d'abord aucune douleur locale, n'ayant même pas l'idée des stigmates : les blessures lui ont été faites de l'extérieur par un choc fulgurant de rayons lumineux, et aussitôt ont commencé les douleurs, douleurs extrêmement vives...

« Mais si ce sont les rayons lumineux qui font les plaies, pourquoi faire intervenir, à grand renfort d'hypothèses, le pouvoir idéoplastique de l'imagination ? Est-ce que cet instrument psychologique ne ferait pas double emploi avec les rayons? Et, dès lors, la méthode scientifique n'en demande-t-elle pas l'économie ? (13) » -

Les théologiens l'ont souvent remarqué : comment se fait-il que la plupart des stigmatisés ont reçu les divines blessures sans aucune suggestion ou autosuggestion, sans les attendre et sans les vouloir?

C'est ainsi, comme le rapporte le Bx. Raymond de Ca­poue, dans la Vie de sainte Catherine de Sienne, Ile p., ch. VI, que le 18 août 1370, la stigmatisation se produisit en elle d'une façon absolument inattendue à la suite d'une prière et d'une promesse divine du salut de plu­sieurs personnes, et elle se produisit pour confirmer cette promesse. La douleur absolument imprévue fut aussi vive que si la main eût été percée avec un clou de fer enfoncé par un marteau. A la demande de la sainte, les stigmates restèrent invisibles pendant sa vie. La rénova­tion surnaturelle du fait eut lieu plus tard devant plu­sieurs témoins dignes de foi, au point que la sainte s'affaissa subitement sous leurs yeux, comme si elle était mortellement blessée. Le fait et son origine surnaturelle sont en outre attestés par la sainte, et son témoignage est confirmé par l'humilité de toute sa vie, qui la porta à demander et à obtenir aussitôt l'invisibilité de cette faveur exceptionnelle. On voit ici combien toutes les cir­constances physiques et morales du fait confirment son origine.

On revient ainsi à l'explication donnée par saint François de Sales, qui paraît la plus sage. C'est le Crucifié lui- même qui, par le moyen des rayons lumineux, imprime les plaies sur le corps des stigmatisés, qu'il veut configurer à sa Passion pour nous en rappeler le souvenir.

On voit que l'argument traditionnel de Bartholomeo de Pise, conservé par Benoît XIV, garde toute sa valeur : Beaucoup de saints et de saintes, aux tempéraments les plus différents, se sont absorbés dans la contemplation infuse des douleurs du Christ avec un ardent amour, et, cependant, il n'ont pas eu lès stigmates; parmi eux, il faut compter la Vierge Marie, saint Jean l'Évangéliste, sainte Madeleine, beaucoup d'autres avant François d'Assise, le premier stigmatisé, et beaucoup d'autres après lui. C'est un signe que l'amour ardent uni à la contemplation infuse ne suffit pas à produire les stigmates. Le Christ Jésus les accorde à qui II veut, quand Il veut et comme Il veut. C'est une grâce de soi extraordinaire qui n'est pas dans la voie normale de la sainteté

La levitation

On entend par lévitation le phénomène de l'élévation du corps humain au-dessus du sol sans aucune cause apparente et de telle façon qu'il se maintient en l'air sans aucun appui naturel. On donne aussi à ce phénomène les noms d'extase ascensionnelle, de vol extatique ou de marche extatique lorsque le corps paraît courir rapidement sans toucher le sol.

Les bollandistes rapportent de nombreux faits de lévitation; on cite particulièrement ceux constatés dans la vie de saint Joseph de Cupertino, le 18 septembre ; saint Philippe de Néri, 26 mai; de saint Pierre d'Alcan­tara, le 19 octobre ; de saint François Xavier, le 3 décembre; de saint Étienne de Hongrie, le 2 septembre; de saint Paul de la Croix, le 28 avril, etc. On rapporte que saint Joseph de Cupertino , voyant des ouvriers fort embarrassés pour dresser une croix de mission très lourde, prit son vol aérien, saisit la croix et la planta sans effort dans le trou qui lui était destiné.

Par opposition à la lévitation, on cite des cas de pesanteur extraordinaire du corps de certains saints, comme lorsqu'on voulut profaner et traîner dans un lieu de débauche le corps de sainte Lucie de Syracuse, il resta fixé au sol comme le pilier d'une église.

Jamais la suggestion ou l'autosuggestion des hystériques n'a pu provoquer la lévitation ; le professeur Janet, de Paris, a pu constater, après un examen de plusieurs années, que jamais le corps de la personne ne s'élevait, même d'un millimètre, même pour glisser une feuille de papier à cigarette entre ses pieds et le sol (14).

Les rationalistes ont essayé d'expliquer naturellement la lévitation constatée chez plusieurs saints par l'aspiration profonde de l'air dans les poumons; mais devant l'insuffisance manifeste de cette raison, ils ont dû recourir à une force psychique inconnue; ce qui est une explication toute verbale.

L'explication traditionnelle et fort raisonnable est'rap­portée par Benoît'XIV (De beatificat., I. III, ch. xLix). Il demande d'abord que le fait soit bien constaté pour éviter toute supercherie. Puis il montre :
1° que la lévitation bien constatée ne peut s'expliquer naturellement étant donnée la loi de la pesanteur ;
2° qu'elle ne dépasse pas cependant les forces de l'ange et du démon, qui peuvent soulever les corps;
3° qu'il faut dès lors bien examiner les circonstances physiques, morales et religieuses du fait pour voir s'il n'y a pas là une intervention diabolique; et que lorsque les circonstances sont favorables on peut et on doit y voir une intervention divine ou angélique, qui accorde au corps des saints une anticipation du don d'agilité qui convient aux corps glorieux.

Effluves lumineux
Les extatiques présentent parfois des phénomènes lumineux, leur corps est environné de lumière, et en particulier le front. Benoît XIV examine ce fait comme celui de la lévitation (cf., op. cit., 1. IV, Jr p., ch. xxvi, nn. 8­30). Il faut, comme il le remarque, s'assurer si le phénomène ne peut s'expliquer naturellement : à quel moment du jour ou de la nuit il se produit; si la lumière est plus brillante que toute autre; si le phénomène se prolonge un temps notable et se renouvelle plusieurs lois. Il faut être aussi particulièrement attentif aux circonstances morales et religieuses ; si le fait se produit au cours d'une prédication, d'une prière, pendant une extase; s'il en résulte des effets de grâce, des conversions durables, etc.; si la personne d'où vient ce rayonnement est vertueuse et sainte. Si toutes ces conditions attentivement exami­nées se réalisent, on peut voir en ce fait exceptionnel comme une anticipation de la clarté des corps glorieux (15).
Effluves odoriférants

Du corps des saints se dégagent aussi parfois des par­fums pendant leur vie ou après leur mort. Les fidèles y ont toujours vu un signe de la bonne odeur des vertus qu'ils ont pratiquées. Ce fait fut constaté souvent, en par­ticulier les stigmates de saint François d'Assise répan­daient une suave odeur ; quand sainte Thérèse mourut, l'eau avec laquelle on lava son corps demeura parfumée.

Quand on ouvrit le tombeau de saint Dominique, longtemps après sa mort, son corps, parfaitement conservé, exhalait une odeur céleste.

Pour s'assurer du caractère surnaturel du fait, il faut voir si l'odeur suave est persistante, si rien auprès du corps ne peut l'expliquer naturellement, si (peignes effets de grâce résultent de ce phénomène exceptionnel (cf. Benoît XIV, op. cil., I. IV, Pep., ch. xxxs, nn. 19-28).

Abstinence prolongée

Enfin il y a des saints, surtout parmi les stigmatisés, qui ont vécu pendant des mois et même pendant des années sans prendre d'autre nourriture que la sainte Eucharistie.

On cite en particulier sainte Catherine de Sienne, sainte Lidwine, la Bx Catherine de Racconigi, la B'e An­gèle de Foligno, le B' Nicolas de Flite.

Benoît XIV, op. cil., 1. IV, re p., ch. xxvii, dit à ce sujet qu'il faut examiner d'abord le fait avec beaucoup d'attention, pendant un temps notable et par une surveillance de tous les instants, en ayant recours à des témoins nombreux et habiles à découvrir la supercherie. Il faut voir si l'abstinence est totale et s'étend aux aliments liquides comme à la nourriture solide, si elle est durable et si la personne continue de se livrer à ses occupations. En de telles conditions le fait ne peut s'expliquer naturellement.

Il faut en dire autant de l'absence très prolongée de sommeil, comme on a pu la constater par exemple dans la vie de saint Pierre d'Alcantara, dans celle de saint Dominique et de sainte Catherine de Ricci.

Dans ces divers phénomènes exceptionnels, après mûr examen du fait lui-même, de ses circonstances physiques, morales et religieuses, ont voit que le corps, loin d'appesantir l'âme, comme il arrive trop souvent, devient l'instrument de l'âme dont il laisse transparaître la beauté spirituelle, la lumière infuse et l'amour ardent. Ces signes extérieurs nous sont donnés de temps à autre pour nous montrer, de façon même sensible, que la vie chrétienne parfaite est le prélude de l'éternelle vie.

Ces phénomènes exceptionnels examinés superficiellement sont comme un vitrail d'église vu du dehors, on ne peut encore saisir leur signification et leur portée; mais, examinés d'une façon plus attentive à la double lumière de la droite raison et de la foi, ils ressemblent à un vitrail d'église vu du dedans sous sa vraie lumière ; on peut alors en apprécier toute la beauté. C'est ce que nous voyons en particulier en nous pénétrant de la liturgie de la fête des stigmates de saint François d'Assise et de celle ces stigmates de sainte Catherine de Sienne. Les oraisons de la messe et de l'office de ces deux fêtes sont d'une rare splendeur, comme celles de la messe de la transverbération de sainte Thérèse.

Pour allumer au coeur des fidèles l'amour de Jésus en Croix, Paul V étendit à l'Église universelle la fête des stigmates de saint François d'Assise (17 septembre), dont l'oraison est la suivante*:

« Oremus. Domine Jesu Christe, qui frigescente mundo, ad inflammandum corda nostra tui amoris igue, in carne beatissimi Francisci passionis tuae sacra stigmata renovasti : concede propitius; ut ejus meritis et precibus crucem jugiter feramus et dignos fructus poenitentiae faciamus. Qui vivis, etc. »

4 Seigneur Jésus, qui alors que la charité se refroidissait dans le monde, pour embraser nos coeurs du feu de votre amour, avez renouvelé les sacrés stigmates de votre Passion dans la chair du 13' François, accordez-nous, dans vôtre bonté, que par ses mérites et ses prières, nous portions continuellement la croix et que nous fassions de dignes fruits de pénitence. Vous qui vivez, etc. »On voit en ces oraisons le grand réalisme de l'Église, qui unit à la plus haute élévation de pensée la pratique effective de toutes les vertus (16).

RÉFÉRENCES

— (1) Ce sont les rapports qui ont été lus et discutés pendant les journées d'études des 17,18 et 19 aavril 1936, au couvent des Carmes d'Avon-Fontainebleau
— ( 2 )Études Carmélitaines, octobre 1936, p. 71.
— (3) Ibidem, p, go.
— (4) Ibidem, p.158.
— ( 5 )Messager du Sacré-Cœur, mai 1937, pp. 286-296 : cc A propos d'un congrès sur la stigmatisation. »
— (6) Art. cit., pp. 9 sq.
— (7 ) Au contraire, la plus petite lésion naturelle sur un autre point du corps amène de la suppuration, même chez les stigmatisés. Il faut remarquer aussi que les stigmates persistent parfois pendant trente et quarante ans.
— (8 ) Ou encore le vendredi.
— (7 ) Voir le cas de la bienheureuse Gemma Galgani et celui de sainte Véro- nique Guiliani, étudiés dans les Études Carmélitaines, octobre 1936, pp. 196- 204 Voir aussi, Vie de Soeur Marie de Jésus-Crucifié, par le P. Estrate, 2' éd , Gabalda, Paris, 1016, pp.36-to; et pour plus de détails : La vie merveilleuse de Soeur Marie de Jésus-Crucifié, en 3 vol., Carmel îtress e P de au, p. 6. On y trouve un témoignage frappant de l'ancienne Ma des novices qui l'assistait pendant les souffrances de là stigmatisation : « Ses mains étaient inondées de sang, , et j'exminai soigneusement pour voir d'où il était venu, mais y avait paas de trace de blessures ni d'égratignure. Je pris alors une compresse pour lui laver le front et tout en le faisant, je disais intérieurement : « Seigneur,, je vous en « prie, faites-moi voir d'où vient ce sang, pour que je puisse rendre « témoignage de cette enfant! » Et à l'instant même se forma sous ma main, un peu au.dessus du sourcil droit, un trou qui semblait re fait que les par une grosse épine. De ce trou jaillissait des flots de sang. Jête conti- nuai à imbiber le sang avec la compresse, mais je reniarquaibords de ce trou ne cédaient pas comme ce et puis, soudain, elle se ferma ou plutôt diarut, laissant la peau lisse, sans la moindre apparence de lésion... La seule Toute-Puissance de Dieu pouvait en quelques instants blesser et guérir sans en laisser la moindre trace. » A la page précédente, il est dit que « ses pieds aussi rendirent du sang. L'ampoule disparaissait et un trou se formait qui perçait jusqu'à l'autre côté ». Il se cicatrisait ensuite subitement.
— (9 ) Cf. saint Thomas , l' Il—, (1.7, a. 3.
— (10 ) Chetteau intérieur, VI° Demeure, ch. u.
— (11 ) Vive flammed'amour, 2' six., vers 2.
— (12) Voir aussi, sur la blessure d'amour, SAINT JEAN DE LA Caoix, Vine flamme, 2` str., vers 1, et dans les Éludes Cartnélitaines, Oct. 1936, p. 208, un article du P. GABRIEL DE SAINTE-MADELEINE, C. D., L'Ecole thérésienne et les blessures d'amour mystique.
— (13)) Ces rayons, ajouterons-nous, sont apparus dans une vision soit imaginaire, soit corporelle, et ils manifestent l'action divine qui produit ces blessures du corps. — Sur la comparaison de ces faits avec les phénonaènes morbides et les manifestations diaboliques, voir ici les deux chapitres suivants.
— (14) Tout le monde connait les promesses de la malade de Pierre Janet, Madeleine, d'être élevée en l'air comme la Sainte Vierge le jour de l'Assomption ; il n'y a jamais eu le moindre résultat. Le W Pierre .lanet parle longuement de ce cas dans son ouvrage : De l'angoisse è l'extase, Paris , 1926 (sentiment de lévitation, I, (J8, 146, 147). On n'a jamais constaté la lévitation à la Salpétrière.
— (15) Voir à ce sujet, RIBET, La Mystique, II' p., ch. 'xi'
— (16) Sur la stigmatisation, voir dans le Dictionnaire Apologétique de la Foi catholique, l'article Stigmates de saint François, et les principales vies et François d'AssiVoire lles aussi de sainte Catherine de Sienne, et les bollandistes. — aussi O. LErcoy, La lévitation, Paris , 1932; La splendeur corporelle des saints, dans La Vie Spirituelle, supplément, oct., déc. 1935, janvier 1936; La multiplication miraculeuse des biens, ibidamit 1937, avril 1938.

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