Tome II-Partie-4-Chapitre 1
La nécessité de la purification passive de l'esprit, et le prélude de la voie unitive |
Notre-Seigneur a dit (Jean, xv, 1) : « Je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui en moi ne porte pas de fruit, il le retranche, et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde, afin qu'il en porte davantage... Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, porte beaucoup de fruit... Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez et cela vous sera accordé. » Mais pour en arriver là, il faut que le bon sarment soit émondé. Comme le dit saint Thomas, en son Commentaire sur saint Jean : « Dans la vigne naturelle, le rameau qui a beaucoup de rejetons fructifie moins, parce que la sève perd de son efficacité en se répandant trop en ces rejetons superfles ; c'est pourquoi le vigneron les coupe. Il y a quelque chose de semblable dans l'homme, lorsqu'il est bien disposé et uni à Dieu, mais que son affection et sa vie se répandent trop au dehors de différentes manières ; la force de la vie intérieure est alors diminuée et moins efficace pour le bien à accomplir. C'est pourquoi le Seigneur, semblable en cela au vigneron, émonde ses bons serviteurs, retranche fréquemment en eux ce qui est inutile pour qu'ils portent plus de fruit ; il les purifie assez longtemps, en leur envoyant des tribulations, en permettant des tentations qui obligent à une sainte résistance très méritoire, qui les rend plus forts pour le bien. Le Seigneur aguerrit et purifie ainsi ceux qui sont déjà purs, car nul ne l'est jamais assez ici- bas, selon cette parole de saint Jean (I Joan., 1, 8) : « Si « nous disons que nous sommes sans péché, nous nous « trompons nous-mêmes et la vérité n'est pas en nous. » Ainsi le Seigneur purifie ses serviteurs pour qu'ils portent plus de fruits, pour qu'ils grandissent dans la vertu et soient d'autant plus féconds en bonnes oeuvres qu'ils seront plus purs. »
Ces paroles du Commentaire de saint Thomas sur saint Jean visent proprement les purifiçations dites passives, que le juste ne s'impose pas à lui-même comme la mortification, mais qu'il reçoit de Dieu. Ainsi fut purifié le saint homme Job, qui disait (vit, 1) : « Mililia est vita hominis super lerram. La vie de l'homme sur la terre est un temps de service laborieux et pénible », comme celui du soldat, un temps d'épreuve. Il en fut ainsi pour les apôtres quand Notre-Seigneur les eut quittés, le jour de l'Ascension, et qu'il se réunirent dans le Cénacle pour prier et se préparer aux luttes que Jésus leur avait annoncées, et qui devaient se couronner par leur martyre.
Souvent les Pères et les auteurs spirituels ont parlé en ce sens intime de la croix que nous devons porter tous les jours, croix de sensibilité et croix de l'esprit, pour que peu à peu la partie inférieure et la partie supérieure de l'âme soient purifiées, pour que la partie sensitive se soumette parfaitement à l'esprit, et l'esprit à Dieu.
Souvent les Pères ont commenté ces paroles de l'Écriture : « Quand, pour purifier le froment, on agite le crible, il reste un tas de rebuts : de même les défauts d'un homme apparaissent dans ses discours. La fournaise éprouve les vases du potier, ainsi le juste doit être éprouvé lui aussi » (Eccli., xxvn, 5). « Comme l'argent et l'or s'éprouvent dans le feu, ainsi les hommes agréables à Dieu dans le creuset de l'humiliation » (Eccli., ii, 5). « D'en haut, le Seigneur a lancé dans mes os un feu qui les dévore », dit Jérémie, dans ses Lamentations, t, 13. Jésus de même a dit à Pierre, avant la Passion : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment » (Luc, xxn, 31). Or cela se réalise surtout dans la purification passive de l'esprit, qui prépare l'âme à la vie d'union intime avec Dieu. Cette purification, comme l'ont montré saint Augustin (1), saint Grégoire le Grand (2), saint Maxime (3), Hugues de Saint-Victor (4), Ruysbroeck (5), Tauler (6) et plus profondément saint Jean de la Croix (7), est néccésaire à cause des défauts qui restent chez les progressants ou avancés.
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Les défauts des avancés |
Il est utile aux âmes intérieures de s'arrêter sur ce sujet, surtout pour trois motifs : pour mieux voir la nécessité et le prix de la croix quotidienne que chacun doit porter; pour mieux discerner aussi les peines déraisonnables que nous nous faisons sottement à nous-mêmes de celles qui ont une vraie valeur purificatrice ; enfin pour nous faire une plus juste idée du purgatoire, qui nous sera nécessaire si nous ne profitons pas assez des croix qui nous sont envoyées en cette vie.
Chez les âmes déjà assez avancées, dont la partie inférieure ou sensible a déjà été en grande partie purifiée, et qui ont commencé à vivre de la vie de l'esprit, par la contemplation infuse initiale des mystères de la foi, il y a encore bien des défauts.
Les taches du vieil homme restent encore dans l'esprit comme une rouille qui ne disparaîtra que sous l'action d'un feu purificateur.
Comme le note saint Jean de la Croix (8), ces avancés sont encore assez souvent sujets à la distraction indirectement volontaire dans la prière, à l'hébétude, à l'épanchement inutile au dehors, à des sympathies trop humaines pour certaines personnes, ce qui entraîne pour d'autres une mésestime plus ou moins contraire à la justice et à la charité. Ils ont des moments de rudesse naturelle, suite du péché d'impatience. Quelques-uns tombent dans l'illusion en s'attachant trop à certaines communications spirituelles; ils donnent prise au démon, qui se plaît à les tromper par de fausses prophéties. D'autres, sous la même influence, tombent dans un zèle amer, qui les porte à sermoner le prochain, à lui faire des remontrances hors de propos. Par là ces avancés, sans y prendre garde, s'enflent d'orgueil spirituel et de présomption et s'éloignent ainsi de la simplicité, de l'humilité et de la pureté requises pour l'union intime avec Dieu. « Ils peuvent mème, dit saint Jean de la Croix (ibidem), s'endurcir avec le temps à tel point que leur retour à la simple vertu et au véritable esprit de piété est fort douteux. » On voit qu'il y a là des dangers plus grands que ceux du début.
Cette matière est inépuisable, dit le saint Docteur, et encore ne considère-t-il que les défauts relatifs à la vie purement intérieure, aux rapports avec Dieu.
Que serait-ce, si l'on considérait, chez les avancés, les défauts qui restent encore en eux dans leurs rapports avec les supérieurs, les égaux, les inférieurs et tout ce qui, en cette période de la vie spirituelle, nuit encore à la charité, à la justice ; tout ce qui, chez ceux qui ont à enseigner, à gouverner ou à diriger les âmes, entache l'apostolat, l'enseignement, le gouvernement et la direction.
L'orgueil spirituel ou intellectuel, qui subsiste encore, nous inspire de l'attache excessive à notre propre jugement, à notre manière de voir, de sentir, de sympathiser, de vouloir; de là naissent la jalousie, une secrète ambition, ou encore beaucoup d'autoritarisme, à moins que par tempérament nous ne soyons inclinés au défaut contraire, à l'indulgence excessive et à la faiblesse à l'égard de ceux qui oppriment les autres. De même ici se remarquent assez souvent le manqùe de promptitude et de générosité dans l'obéissance, ou au contraire une servilité inspirée par l'amour-propre. Fréquents aussi sont les manquements à la charité, par jalousie, envie, médisance, discorde, contention.
Ici peuvent reparaître beaucoup de déviations, qui troublent assez gravement la vie de l'âme. Le fond des facultés supérieures de l'intelligence et de la volonté est encore bien entaché d'orgueil, de jugement propre et de volonté propre. La lumière divine et la volonté de Dieu n'y règnent pas encore sans conteste, loin de là. Ces taches, qui sont dans le fond des facultés supérieures, y sont parfois depuis longtemps, elles peuvent s'encroûter en vieillissant et altérer profondément le caractère en le détournant de la véritable intimité avec Dieu. De là naissent beaucoup de dénigrements, de divisions parfois bien douloureuses parmi ceux qui devraient travailler ensemble pour le hien des âmes.
C'est ce qui montre, dit saint Jean de la Croix, la nécessité « de la forte lessive de la Nuit de l'esprit, sans quoi la pureté requise pour. l'union à Dieu fera toujours défaut (10) ». « Même après avoir traversé la nuit des sens, ces avancés dans leur façon d'agir et de traiter avec Dieu restent vulgaires; l'or de l'esprit n'est pas encore passé par le creuset ; ils comprennent Dieu de façon puérile et en parlent de même. (Ils entendent fort peu les voies de la Providence , qui humilie pour relever.) Comme le dit saint Paul (I Cor., mu, 11), ils gardent des sentiments de petits enfants pour n'avoir pas atteint la perfection ou l'union avec Dieu. Elle seule donne l'a ge mûr, où l'esprit réalise de grandes choses, son activité étant alors plus divine qu'humaine (11). C'est dire clairement que la pleine perfection de la vie chrétienne est normalement d'ordre mystique, puisqu'elle suppose la purification passive des sens et de l'esprit, qui sont des états passifs ou mystiques nettement caractérisés et assez faciles à discerner de la mélancolie et autres tristesses stériles du même genre, comme nous le verrons plus loin. Il s'agit ici d'une souffrance spirituelle féconde et d'un hiver spirituel qui prépare la germination d'un nouveau printemps. L'hiver est indispensable dans la nature, il y en a un aussi qui peut être fort utile dans la vie de l'âme,
C'est pourquoi saint Augustin disait ces paroles souvent répétées par saint Louis Bertrand : « Domine, hic ure, hic seca, hic non parcas, ut in veternum parcas (13). » Il importe d'être purifié ici-bas en méritant pour n'avoir pas besoin d'être purifié sans mérite après la mort. Rien de souillé n'entre au ciel et, tôt ou tard, il faudra, pour y entrer, une purification profonde. La vision béatifique de l'essence divine ne saurait être accordée évidemment à une âme encore impure.
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Le fond de la volonté qui a besoin d'être purifié |
Avant saint Jean de la Croix, Tauler a beaucoup insisté sur le fond de notre volonté, qui a besoin d'être purifiée de l'égoïsme souvent inconscient qui longtemps subsiste en elle, ce qui nous porte à la conversation inquiète et stérile avec nous-mêmes et non pas à la conversation pacifiante et vivifiante avec Dieu.
Tauler (14) parle souvent de cet égoïsme inconscient qui nous incline encore à nous rechercher en tout et parfois à juger très sévèrement le prochain en gardant une très grande indulgence pour nous-mêmes. Ce même égoïsme qui nous fait rapporter à nous bien des choses se voit surtout lorsque l'épreuve s'abat sur nous; alors on bat la campagne, on cherche au dehors secours, conseil et consolation, et ce n'est pas là qu'on trouve Dieu.' On n'a pas assez bâti sa maison sur la pierre qui est le Christ, et par suite elle manque de solidité. On a bâti sur soi-même, sur sa propre volonté, et c'est là bâtir sur le sable; il y a ainsi parfois une grande faiblesse sous la dureté de jugement.
« Il n'y a, dit Tauler (I5), qu'une manière de triompher de ces obstacles, il faudrait que Dieu s'emparât tout à fait de l'intérieur de l'âme et qu'il occupât la place, ce qui n'arrive qu'à ses vrais amis. Il nous a envoyé son Fils unique, afin que la sainte vie de cet Homme- Dieu, sa grande et parfaite vertu, ses exemples, ses enseignements et ses multiples souffrances nous élèvent au-dessus de nous-mêmes, nous en fassent sortir complètement (nous tire de ce fond d'égoïsme), et afin que nous laissions notre lumière blafarde, à nous, se fondre en la véritable et essentielle lumière... (16) »
« Cette lumière (du Verbe fait chair) brille dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l'ont pas reçue (Jean, 1, 5). Cette lumière, personne ne la reçoit que les pauvres en esprit, et ceux qui sont bien dépouillés d'eux-mêmes, de 'leur amour-propre et de leur volonté individuelle. Il en est beaucoup qui sont pauvres matériellement depuis quarante ans et qui n'en ont jamais reçu le moindre rayon (intérieur). Ils savent bien par les sens et la raison ce qui est dit de cette lumière, mais, dans le fond, ils ne l'ont pas goûtée; elle leur est étrangère et reste loin d'eux (17). »
« C'est ainsi, dit encore Tauler (4), que tandis que les gens simples du menu peuple suivait Notre-Seigneur, les pharisiens, les princes des prêtres et les scribes, tout ce .qui avait apparence de sainteté, lui firent une dure opposition et finirent par le mettre à mort. n Dieu est la grandeur des humbles et ses voies très hautes restent cachées à notre orgueil.
Cela montre à quelles extrémités peut conduire ce fond d'égoïsme et d'orgueil qui nous aveugle et nous empêche de reconnaître nos fautes. Il importe donc au plus haut point que la lumière de vie de la foi vive et des dons du Saint-Esprit pénètre dans le fond de notre intelligence et comme à la racine de notre volonté..
Il ne suffit pas pour cela de connaître la lettre de l'Évangile et d'y adhérer, il faut s'en assimiler profondément l'esprit. Autrement, sous une apparence chrétienne. avec les formes du langage chrétien, nous conserverions au plus intime de nous-mêmes quelque chose qui ne l'est pas et qui résiste à la lumière de vie; il y aurait au fond de notre intelligence et dé notre volonté comme une citadelle où se réfugie l'amour-propre, qui ne veut pas se rendre, qui ne veut pas admettre que le règne de Dieu s'établisse profondément en nous et à jamais.
Par là certaines âmes, qui s'estiment assez avancées et ne reconnaissent pas leurs défauts, sont plus en péril que le commun des hommes qui s'avouent pécheurs et gardent la crainte de Dieu.
Aussi faut-il méditer cette conclusion du même Tauler (19) : « Enfants bien-aimés, employez donc tout ce que vous avez d'activité, dans l'esprit et la nature, à obtenir que celte vraie lumière brille en vous de façon à la goûter. C'est ainsi que vous pourrez revenir à votre origine, où brille la vraie lumière. Souhaitez, demandez, avec la nature et sans la nature (20), que cette grâce vous soit accordée. Mettez-y tout ce que vous avez d'énergie, priez les amis de Dieu qu'ils vous aident en cette oeuvre; attachez-vous à ceux qui s'attachent à Dieu afin qu'ils vous entraînent en Dieu avec eux. Que cela puisse nous être accordé à tous, et qu'à 'cela nous aide le Dieu tout aimable! Ainsi soit-il. »
Tauler, comme l'indique une note de la traduction que nous venons de citer, distingue ici la connaissance ordinaire de foi, commune à tous les fidèles, de la connaissance mystique, de l'expérience amoureuse de Dieu senti au fond de l'âme, réservée aux amis de Dieu. Il invite tous ses auditeurs et lecteurs à désirer cette connaissance intime qui réforme le fond de l'âme en l'éclairant et qui le libère de cette prison d'égoïsme ou d'amour-propre dans laquelle l'âme s'enfermait. Ainsi seulement elle peut être déifiée, divinisée, en participant profondément par la grâce à la vie intime de Dieu..
Tous ces défauts, qui subsistent encore dans une mesure au fond de l'intelligence et de la volonté, même chez les avancés, exigent donc une purification que Dieu seul peut réaliser. « Solus Deus potes! deificare, sicul solus ignis potes! ignire », dit en substance saint Thomas (21).
Cette purification passive ne sera certes pas sans souffrances, et même elle sera, comme le dit saint Jean de la Croix, la' mort mystique, la véritable mort à soi- même, la désagrégation de l'amour-propre, qui jusque-là résiste à la grâce, et parfois très durement. Ici l'orgueil doit recevoir le coup de mort pour faire place à cette humilité vraie, comparée à la racine la plus profonde de' l'arbre, racine qui s'enfonce d'autant plus dans le sol que la branche la plus élevée, symbole de la charité, s'élève plus haut vers le ciel.
Il faut que ce fond de l'âme, où se réfugie le jugement propre et l'égoïsme souvent très subtil, soit éclairé par la lumière divine et envahi par Dieu, complètement assaini et vivifié. Le jour de la Purification ou de la Chandeleur, à la messe, à la procession, chacun porte un cierge allumé, symbole de la lumière de vie que nous devons porter en notre âme, et jusqu'au plus intime d'elle-même. Cette lumière de vie fut donnée à l'homme au premier jour de la création, elle s'éteignit par le péché, elle se ralluma par la grâce de la conversion et par l'attente du Rédempteur promis. Cette lumière grandit dans l'âme des patriarches et des prophètes jusqu'à la venue de Jésus, « gloire d'Israël et lumière de tout les peuples », comme le dit le vieillard Siméon dans son beau cantique Nunc dimillis, le jour même de la présentation de Jésus au temple.
Cette même. lumière de vie qui a grandi dans l'humanité jusqu'à la venue du Sauveur doit grandir aussi en chacune de nos âmes depuis le baptême jusqu'à notre entrée au ciel. Il faut que peu à peu elle éclaire et vivifie le fond mème de notre intelligence et de notre coeur pour que ce fond soit, non pas un fond obscur d'égoïsme, de jugement propre et de résistance à la gràce, mais un fond de lumière et de bonté, où règne de plus en plus l'Esprit-Saint, source d'eau vive qui jaillit en vie éternelle.
Ce que nous venons de dire montre déjà que la purification passive de l'esprit, rendue nécessaire par les défauts des progressants, est la lutte décisive entre deux esprits, celui de l'orgueil, qui petit grandir jusqu'au blasphème, à la haine de Dieu et au désespoir, et celui de l'humilité et de la charité, qui est en nous la vie éternelle commencée.
Ces deux esprits en lutte pe uvent se symboliser de la manière suivante d'après la doctrine de saint Grégoire le Grand et de saint Thomas d'une part sur les racines et les suites des sept péchés capitaux, et d'autre part sur l'humilité, la charité et leur connexion avec les autres vertus et les sept dons.
Nous avons montré plus haut, t. I, p. 408-438, avec ces deux grands docteurs, que de l'égoïsme ou amour déréglé de soi-même naît, avec la concupiscence de la chair et celle des yeux, l'orgueil, d'où procèdent surtout quatre péchés capitaux : la vanité, l'acedia, l'envie, la colère. Nous avons vu aussi que des péchés capitaux naissent d'autres défauts et péchés souvent plus graves encore, parmi lesquels il faut surtout noter l'aveuglement de l'esprit, la discorde, la rancoeur, l'endurcissement du coeur, le blasphème, la haine de Dieu, le désespoir. C'est ce que symbolise l'arbre du mal avec ses fleurs maudites et ses fruits vénéneux.
Par opposition, l'arbre des vertus et des dons a pour racine l'humilité, racine qui s'enfonce toujours plus profondément dans le sol pour y puiser les sucs nourriciers; il a pour branches inférieures les vertus cardinales avec les vertus annexes et les dons correspondants; ses branches supérieures sont la foi, l'espérance, la charité; cette dernière est la plus haute et la plus féconde. A la foi se rattache le don d'intelligence, et aussi celui de science, qui perfectionne beaucoup l'espérance en nous montrant la vanité des choses créées, l'inefficacité des secours humains pour une fin divine, et en nous portant par suite à désirer la vie éternelle et à mettre notre confiance en Dieu. A la charité correspond le don de sagesse. De lui surtout procède la contemplation, d'où résultent une union actuelle avec Dieu qui doit devenir presque continue et l'abando parfait.
Pour que cet arbre des vertus et des dons s'épanouisse tout à fait, il faut la victoire définitive sur les restes d'orgueil intellectuel et spirituel qui subsistent chez les progressants. D'où la nécessité de la purification passive de l'esprit, où se remarquent, avec un secours éminent du Saint-Esprit, des actes héroïques des vertus théologales pour résister aux tentations contraires à ces vertus.
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blasphème-haine de Dieu
-désespoir |
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contemplation- abandon
union à Dieu continuelle |
aveuglement de l'esprit-discorde-
rancoeur-endurciscement du coeur |
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Don de charité
don de la sagesse |
luxure-gourmandise-acedice
-envie- colère-avarie |
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-don de miséricorde
de l'intelligence-de la science
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orgueil |
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don de conseil-don de religion-don de piété
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concupiscence de la chair
concupiscence des yeux |
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don de force - don de la douceur-
don de patience- don de la crainte - |
égoisme |
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don de tempérance |
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Le mauvais fond |
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Humilité |
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(1) De quantitate animae, ch. xxxm.
(2) MOrales, I. XXIV, ch. yr, n° I1 ; 1. X, ch. x, n° 17.
(3)Patr. grecq t. XC, col. 1215, n° 88.
(4) Horn. 1 in Eccli.,
(5) Le livre de la plus haute vérité, ch. vu; Les sept degrés, ch. xi,
(6) Sermon pour le lundi avant les Rameaux, et 1" Sermon pour la Pentecôte, cf. trad Hugueny; t. I, pp. 257-269; t. If, pp. 28, 209, 211, 255.
(7) Nuit obscure, 1.11, ch. vu, -VIII. Voir aussi SAINTE THÉRÈSE, Demeure, ch. I, ANGÈLE DE leoucao, Livre des Visions et Instructions, ch. yr, vu, ri, xxvi.
(8 ) Nui! obscure, I. II, ch. tl
(9 ) Nui! obscure, I. II, ch. tli
(11) Nuit obscure, 1. II, ch. u.
(12) Ibidem, eh. ni.
(13) « Seigneur, ici-bas, brûle, coupe, n'épargne pas, pour que tu épargnes dans l'éternité. »
(14) Cf. Sermon pour le samedi avant la Vigile des Rameaux, trad. Hugueny, t. I, p. 249.
(15) Ibidem, p. 249.
(16) Ibid., p. 25e.
(17) Ibidem, p. 253.
(18 Ibidem, p. 252. (19) Ibidem, p. 254.
(20) C'est-à-dire, comme le note le traducteur, avec ou sans le désir de votre nature inférieure, qui n'a pas toujours soif de Dieu.
(21) la II, ( 1.112, a . i : Dieu seul peut déifier, comme seul le feu pmt mettre un corps en ignition. |
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