+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome II-Partie-4-Chapitre 12
La charité héroique

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
Tome II-Partie-4-Chapitre 12
La charité héroique
Pour dire ce qu'est la charité héroïque, il faut rappeler la définition de cette vertu. C'est la vertu infuse et théologale qui nous fait aimer Dieu pour lui-même et plus que nous, parce qu'il est infiniment bon en lui-même, infiniment meilleur que nous et que tous ses dons. Elle nous fait aussi aimer le prochain en Dieu et pour lui, parce que Dieu l'aime et comme Dieu l'aime. La charité est ainsi une amitié entre l'âme et Dieu, une communion de notre amour avec le sien et une communion des âmes dans l'amour de Dieu. Il faut donc considérer la charité héroïque d'abord envers Dieu, puis envers le prochain.
La charité héroïque envers Dieu :
La conformité parfaite à sa volonté et l'amour de la croix

La charité héroïque envers Dieu se manifeste d'abord par un ardent désir de lui plaire. En effet, aimer quelqu'un, non pas pour soi, mais pour lui-même, c'est lui vouloir du bien, vouloir ce qui lui convient et lui plaît. Aimer Dieu héroïquement c'est, au milieu même des plus grandes difficultés, vouloir que sa sainte volonté s'accom plisse et que son règne s'établisse profondément dans les âmes.

Ce saint désir deplaire à Dieu est une forme de la charité affective, qui se prouve par la charité effective, ou par la conformité à la volonté divine, dans la pratique de toutes les vertus. L'âme arrive ainsi à la fidélité constante dans les petites choses et dans les grandes ou les plus difficiles.

Cet amour héroïque de Dieu se montre, nous l'avons vu, dans la purification passive de l'esprit, quand il s'agit d'aimer Dieu pour lui-même, sans aucune consolation, dans une grande et hingue aridité, malgré des tentations de dégoût, d'acedia, de murmure, alors que le Seigneur semble nous retirer ses dons et nous laisse dans l'anxiété. Il n'en reste pas moins infiniment bon en lui-même et mérite d'être aimé purement pour lui-même.

Si alors, malgré une telle sécheresse prolongée, l'âme aime à se trouver seule avec Dieu, spécialement devant le Saint-Sacrement, et si elle continue à toujours prier, si sa vie reste malgré tout une prière perpétuelle, c'est un signe d'amour héroïque de Dieu.

Comme le montre saint François de Sales (1), la conformité héroïque à la volonté divine apparaît quand l'âme reçoit avec amour tout ce qui arrive d'agréable ou de pénible comme venant soit de la volonté positive de Dieu, soit d'une divine permission ordonnée à un bien supérieur. Elle voit alors de mieux en mieux la vérité de la parole de l'Ecclésiastique (xi, 14) : « Les biens et les maux, la pauvreté et la richesse viennent du Seigneur. » L'âme devient ici profondément convaincue que Dieu se sert même de la malice des hommes, par exemple des persécuteurs, pour faire mériter ceux qui ne veulent vivre que pour Lui. Ainsi Job reçut l'adversité, et ainsi David supporta les injures de Séméï (ne 1. des Rois, xvi, 10).

Dans les grandes difficultés, les saints, en faisant ce qui est en leur pouvoir, disent : « Il en sera comme le bon Dieu voudra. »

A ce signe, s'ajoute une confirmation : celui 'qui renonce ainsi à sa volonté propre et adhère héroïquement à celle de Dieu trouve dans cette adhésion une sainte joie. En conformant de plus en plus son vouloir à celui de Dieu , il a tout ce qu'il veut. Il expérimente la vérité de cette parole du psaume y, 13 : « Domine, ut scuto bonae volunlalis luge coronasti nos. Seigneur; tu nous entoures de ta bienveillance comme d'un bouclier. » C'est c.e qu'ont particulièrement expérimenté les martyrs.

Saint Bernard, en expliquant le Cantique des Canliques(v, 8; vii, (i), décrit les degrés de plus en plus élevés de cette charité héroïque en disant : « L'amour divin porte à une recherche incessante de Dieu, à un labeur continuel pour lui; il supporte infatigablement toutes les épreuves en union avec le Christ; il donne une véritable soif de Dieu; il nous fait courir rapidement vers lui ; il nous donne de saintes hardiesses et une audace intrépide; il nous attache inséparablement à Dieu; il nous brûle et nous consume d'une ardeur très douce pour lui; enfin, au ciel, il nous assimile totalement à lui (2). »

Ces degrés de la charité parfaite ont été expliqués dans un opuscule qui fut attribué à saint Thomas (opus 61), et par saint .Jean de la Croix, dans la Nuit obscure, I. Il, ch. xvut-xx, qui montre dans l'avant dernier degré l'union transformante, prélude de celle du ciel. u Les Apôtres, dit-il, ressentirent cette suavité. d'amour ardent lorsque l'Esprit-Saint descendit visiblement sur eux » (Ibidem, ch. xx).

Le plus grand signe de la charité héroïque envers Dieu, c'est l'amour de la croix. C'est à lui que conduit la patience et la conformité au vouloir divin dont nous venons de parler.

Dans le Dialogue de sainte Catherine de Sienne, chapitre Lxxiv, le Seigneur dit : « Ce signe est celui qu'on vit dans les Apôtres après qu'ils eurent reçu le Saint- Esprit. Ils sortirent du Cénacle et, délivrés de toute crainte, ils annonçaient ma parole et prêchaient la doctrine de mon Fils unique. Loin de redouter les souffrances, c'est de leurs souffrances qu'ils se faisaient gloire. Ils n'avaient pas peur d'aller devant les tyrans pour leur annoncer la Vérité, pour l'honneur et la gloire de mon nom. »

IL est dit dans le même Dialogue, ch. Lxxvi : « Ceux qui ont la passion de mon honneur et qui ont la faim du salut des âmes courent à la table de la sainte croix... Rien ne peut ralentir leur course, ni les injures, ni les persécutions, ni les plaisirs que le monde leur offre. Ils passent par-dessus tout cela,... le coeur tout transformé par la charité, goûtant et savourant cette nourriture du salut des âmes, prêts à tout supporter pour elles.

Voilà qui prouve, à n'en pas douter, que l'âme aime son Dieu à la perfection et sans aucun intérêt. » — « A ceux-là je fais la grâce de sentir que je ne suis jamais séparé d'eux...; je me repose en eux et par ma grâce et par l'expérience que je leur donne de ma présence » (Ibidem, ch. Lxxvin).

C'est dire que l'exercice éminent de la charité s'accompagne, à un degré proportionné. de l'acte du don de sagesse, qui nous permet, dit saint Thomas (3), de connaître de façon quasi expérimentale Dieu présent en noos. C'est là vraiment la vie mystique, sommet du développement normal de la grâce et prélude de la vie du ciel. Ce sommet ne saurait exister saris l'amour de la croix, et l'amour de la croix n'existe pas sans la contemplation du mystère de la Rédemption, du mystère de Jésus mourant par amour pour nous.

C'est pourquoi, dans le même Dialogue que nous venons de citer (chapitre rv), le Seigneur disait à sainte Catherine de Sienne pour elle et ses enfants spirituels : « Dès que toi et mes autres serviteurs aurez ainsi connu ma vérité, vous serez disposés à endurer jusqu'à la mort toutes les tribulations, injures, opprobres en paroles et en actions pour la gloire et l'honneur de mon nom. C'est ainsi que tu recevras et porteras les peines »; c'est-à-dire avec patience, reconnaissance et amour.

Tels sont les grands signes de l'amour héroïque pour Dieu : la parfaite conformité à sa volonté dans les épreuves et l'amour de la croix. Il y a aussi un autre signe, c'est la charité parfaite pour le prochain, dont il nous reste à parler.

La charité héroïque envers le prochain :
Le désir ardent de son salut et la bonté rayonnante pour tous

La charité nous porte à aimer le prochain en Dieu et pour lui ; c'est-à-dire parce que Dieu l'aime et comme Dieu l'aime. Elle nous fait désirer que le prochain soit tout à Dieu et qu'il le glorifie éternellement.

L'amour héroïque prochain existe déjà quand on domine promptement de fortes tentations d'envie, de discorde, d'isolement, si différent de la solitude; de mëme quand on surmonte vite les tentations de présomption, qui portent, à la suite de certains froissements, à vouloir se passer du secours des autres, des amis, du directeur, des supérieurs.

Cette charité parfaite apparaît quand, au milieu de grandes difficultés, on aime le prochain, mente, ore et opere, c'est-à-dire en le jugeant avec bienveillance, en parlant bien de lui, en l'aidant dans la nécessité, en pardonnant parfaitement les Offenses, en se faisant tout tous. C'est plus visible encore si l'on va de préférence comme un saint Vincent de,Paul, vers les âmes déshéritées et déchues, vers les pauvres êtres égarés et grave­ment coupables, pour les relever, les réhabiliter et leur faire reprendre le chemin du ciel.

Un des principaux caractères de l'amour héroïque du prochain est le désir ardent du salut des âmes, la soif des âmes, qui rappelle la parole de Jésus en croix : Sitio. Saint Jean disait (I Joan., In, 18) « Mes petits enfants, n'aimons pas de parole et de langue, mais en action et en vérité. »

Cet amour héroïque du prochain a porté des saints jusqu'à vouloir se vendre comme esclave pour délivrer des captifs, et arracher ainsi des familles à la misère. Ce zèle s'est manifesté chez saint Paul , jusqu'à lui faire dire (Rom., lx, 3) : « Je souhaiterais d'être moi-même anathème, loin du Christ (4), pour mes frères, mes parents selon la chair, qui sont Israélites. »

C'est ce zèle qui a inspiré l'activité apostolique des grands missionnaires, de saint François Xavier, de saint Louis Bertrand, de Las Casas, de saint Pierre Claver plus près de nous d'apôtres, comme un saint Jean . Bosco, préoccupés de ramener à Dieu, dans nos pays chrétiens, les masses égarées qui ne connaissent plus l'Évangile.

Un autre signe de l'amour héroïque du prochain, c'est, au milieu des plus grandes difficultés, la bonté rayonnante pour tous, selon la béatitude évangélique : « Bienheureux les pacifiques », c'est-à-dire ceux qui non seulement conservent la paix aux heures les plus difficiles, mais qui la donnent aux autres et relèvent les plus troublés. Ce signe éminent apparaît en Marie, appelée « consolatrice des affligés », et en tous ceux qui vraiment lui ressemblent.

Notre-Seigneur, en effet, a dit :-« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés (5). » — « C'est à ce signe qu'on reconnaîtra que vous êtesmes disci-ples (6). »

La bonté communicative, l'amour du prochain poussé jusqu'au sacrifice quotidien et caché, est la marque certaine de la présence de Dieu dans une âme. Cette bonté, qui est forte autant qu'elle est douce, porte parfois à corriger, mais sans amertume, sans aigreur, sans impatience; et, pour corriger efficacement, elle montre en celui qui mérite d'être repris le bien qui s'y trouve, le germe salutaire qui doit être développé. Alors celui qui reçoit la correction se sent aimé et compris; il prend courage. Si la Sainte Vierge nous apparaissait pour venir nous dire nos défauts, elle nous les dirait avec une telle bonté que nous accepterions tout de suite ses remarques et y puiserions la force pour avancer (7).

Cette charité parfaite à l'égard du prochain dérive d'une union intime avec Dieu et elle porte le prochain à cette même union, selon la parole du Sauveur : « Je prie pour que tous ceux qui croiront soient un, comme vous, mon Père, vous êtes en moi et moi en vous. » (Jean, XVII, 21). Plus l'âme est unie à Dieu, plus elle attire les autres vers Lui, sans les arrêter à soi. En elle transparaît la bonté divine, qui rayonne, qui attire avec force et douceur et finit par triompher de tous les obstacles (8). Nous en citerons, pour finir, un exemple tiré de la vie de sainte Catherine de Sienne. Un jour un Siennois mêlé aux affaires du gouvernement, Pierre Ventura, lui est amené le coeur plein de haines implacables. « Pierre, lui dit Catherine, je prends sur moi tous tes péchés, je ferai pénitence à ta place; mais accorde-moi une grâce, confesse-toi. — .Je viens de me confesser dernièrement, dit le Siennois. — Ce n'est pas vrai, dit la sainte, il y a sept ans que tu ne t'es pas confessé. » Et, une à une, elle lui énumère toutes les fautes de sa vie. Stupéfait, Pierre s'avoue coupable, se repent de ses fautes et pardonne à ses ennemis. C'est qu'en promettant à Pierre Ventura de prendre ses fautes sur elle et de les expier, la sainte s'offrait vraiment comme victime, et le Seigneur demandait de sa servante, ou plutôt de son épouse, l'expiation par la souffrance. Elle prenait à la lettre la parole de Jésus : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

C'est de la même manière héroïque qu'elle obtint la conversion d'une malade de Sienne, Andrée Mei; qui l'avait gravement calomniée. Cette femme, qui était dévorée par un cancer, était soignée par la sainte avec le plus grand dévouement; elle eut le triste courage de porter atteinte à l'honneur virginal de celle qui se dévouait ainsi pour elle, et ces mauvais propos se répandirent. Catherine ne cessa pas cependant de venir la soigner avec le même zèle. Sa patience et son humilité triomphèrent d'Andrée Mei. Un jour, s'approchant de son lit, elle fut entourée de lumière, comme resplendissante de gloire : « Pardon ! » s'écria la coupable. Catherine se jeta à son cou et leurs larmes se mêlèrent. C'était comme le rayonnement de la bonté divine et la réalisation de la parole du Sauveur : « La lumière que vous m'avez donnée, ô mon Père, je la leur ai donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un » (Jean, xv fi, 22).

Deux finies unies en Dieu par la charité sont comme deux cierges dont les deux flammes s'uniraient et se confondraient.

Cette charité, qui triomphe ainsi de la méchanceté, fait participer les saints à la victoire du Christ sur le péché et sur le démon. Elle est une des gloires de son Corps mystique; par elle apparaît la grandeur de la vie de l'Église, sa fécondité en toutes sortes de biens, d'oeuvres de miséricorde ; c'est la confirmation de son origine divine.

RÉFÉRENCES
— (1 ) Amour de Dieu, I. VIII, ch. y, vi; I. IX, ch. in, iv, y, yl, xy, xvi.
— (2) « Amor facit :1- languere utiliter ; 2-quaerere Deum incessanter;3-operari indesinenter; 4-sustinere infatigabiliter; 56appetereimpa­tienter; 6-currere velociter; 7-audere velieineuter; 8-stringere inamissibiliter; 9-ardére suaviter; I0-assimilari totaliter.
— (3) IP II", q. 45, a . .
— (4) Non pas pour l'éternité, niais pour un temps plus ou moins long.
— (5) Jean, xv, rz.
-- (6) Jean, luit, 35.
— (7) Un exemple de celte bonté unie à une profonde humilité nous est donné dans la vie de la fondatrice du Cénacle, qui renonça à 33 ans à être supérieure générale et obéit près de cinquante ans comme une simple Soeur, si bien que ce n'est qu'à la lin de sa vie qu'on comprit autour d'elle tout ce que le Seigneur lui avait donné et combien elle lui était unie. Il l'avait cachée, ruais le rayonnement de sa bonté dans l'humilité finit par la faire découvrir. C'était elle qui, par son amour de Dieu et des âmes, portait la congrégation dont elle était vraiment la fondatrice. Cf. Une grande humble, par le P. Il. Perroy, S. J., Paris, 1926.
— (8) Un des caractères de la charité héroïque est de supporter très généreusement les souffrances qui viennent de ceux qu'un aime. Ainsi des saints qui, comme sainte Catherine de Sienne et sainte Jeanne d'Arc, ont eu un grand amour de l'Église, ont eu aussi particulièrement à souffrir des défauts des hommes d'Église, et cette souffrance était réparatrice.
Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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