CHAPITRE XVI
Simplicité, et droiture
Si oculus luus fueril simpler, toton corpus (clam luciclum eril.
Si ton oeil est simple, tout ton corps sera dans la lumière..» MATTH.; VI, 22.
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| La prudence chrétienne ou sainte discrétion, dont nous avons parlé plus haut, doit s'accompagner d'une vertu en apparence assez différente, qui est la simplicité. C'est le Sauveur lui-même qui l'a dit à ses apôtres : o Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents et simples comme les colombes » (NIatth x, 16).
Jésus, envoyant ses apôtres comme des brebis au milieu des loups, leur recommande la prudence à l'égard surtout des méchants, pour n'être pas trompés par eux, et la simplicité à l'égard de soi-même et de Dieu. Plus on sera simple à l'égard de Dieu, plus lui-même, par le don de conseil, inspirera la prudence à garder dans les circonstances difficiles, au milieu des plus grands obstacles. Aussi Jésus annonce-t-il aussitôt après aux siens que le Saint- Esprit leur inspirera ce qu'il faut répondre aux persécuteurs
Là où il n'y a pas cette simplicité, la prudence commence à devenir fausse et à tourner à la ruse. Les rusés ou les malins se moquent, dit l'Écriture, de la simplicité du juste; « deridetur enim jusli simplicitas », dit Job, xii, 4. On cherche à la faire passer pour naïveté et manque de pénétration ; elle peut bien s'accompagner, chez quelques-uns, d'ingénuité, mais elle est en soi quelque chose de supérieur.
Pour se faire une juste idée de la vertu de simplicité et de la véracité et droiture qu'elle nous fait garder, il faut noter d'abord les défauts contraires. Dieu ne permet le mal que pour un plus grand bien, en particulier pour mettre en un plus grand relief la vertu. Nous en comprenons mieux le prix par l'aversion qu'inspirent les vices contraires. |
Les défauts opposés |
Selon saint Thomas (1), la simplicité se rattache à la vertu de véracité, qui met la vérité dans les paroles, les gestes, la manière d'être et de vivre. La simplicité, en effet, s'oppose à la duplicité, par laquelle on veut intérieurement autre chose que ce que l'on prétend extérieurement; on veut l'argent des autres et l'on prétend leur rendre service, en réalité on veut se servir d'eux et de ce qui leur appartient; ou encore on veut le pouvoir et les honneurs, et pour l'obtenir l'on prétend servir la patrie; on prétend être un magnanime, alors qu'on n'est qu'un ambitieux. Ce défaut de « duplicité », qui peut devenir du machiavélisme ou de la perfidie, porte un homme à montrer un double visage, suivant les personnes auxquelles il s'adresse, comme le dieu romain Janus, qu'on représentait avec deux faces. Un homme double se prétend votre ami, vous dit que vous avez raison, et il dit à vos adversaires qu'ils n'ont pas tort.
La duplicité inspire le mensonge. la simulation, qui porte à se faire passer pour autre que l'on n'est, l'hypocrisie, par laquelle on affecte une vertu, une piété qu'on n'a pas. Elle inspire aussi la jactance; parce qu'on préfère l'apparence à la réalité, on cherche à paraître plutôt qu'à être ce que l'on doit. Elle inspire aussi la raillerie, qui tourne en ridicule les autres pour les diminuer et s'élever au-dessus d'eux.
Tous ces défauts, qui sont si fréquents dans le monde, montrent par contraste ce que vaut dans la vie la droiture ou la véracité.
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La véracité et la vie intérieure |
La véracité est une vertu qui se rattache à la justice et qui porte à dire toujours la vérité et à agir conformément à elle. Non pas qu'il faille dire toute vérité à tout le monde, en sermonnant les autres à tort et à travers et en se vantant d'une franchise qui irait jusqu'à l'insolence ou manque de respect. Mais si toute vérité n'est pas bonne à dire, s'il y a des vérités qu'il convient d'e taire, il faut éviter de parler contre la vérité et de tomber dans le mensonge officieux, auquel on est tenté d'avoir recours pour se tirer d'embarras. Si l'on a commis cette faute, il faut s'en accuser franchement, au lieu de chercher à légitimer cette façon de faire par de faux principes, qui feraient perdre peu à peu toute loyauté et détruiraient toute confiance dans le témoignage humain, indispensable à la vie de société.
Sans doute, il est parfois difficile, devant une question indiscrète, de garder un secret confié et de ne pas parler contre la vérité (2). Mais si le chrétien est habituellement docile aux inspirations d'en-haut, en ces circonstances difficiles le Saint-Esprit lui inspirera la réponse à faire ou la question à poser, comme il le fit pour les premiers chrétiens lorsqu'on les traînait devant les tribunaux. Le Sauveur l'avait prédit en. disant : « Lorsqu'on vous livrera, ne pensez ni à la manière dont vous parlerez, ni à ce que vous devez dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné à l'heure même. Car ce n'est pas vous qui parlerez; mais c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Matth., x, 19). On vit la chose se vérifier souvent pendant la Révolution française, lorsque les prêtres étaient traqués et que, pour les empêcher de porter les derniers sacrements aux mourants, on leur posait toutes sortes de questions insidieuses. Souvent le Saint-Esprit leur inspira la réponse, qui, sans ètre contre la vérité, leur permettait de continuer leur ministère.
Or, tout chrétien en état de grâce a les sept dons du Saint-Esprit, qui le rendent docile à recevoir ses inspirations, lesquelles sont surtout données dans les circonstances difficiles où notre prudence même infuse est suffisante. Saint Thomas dit même, à cause de cela, que les dons du Saint-Esprit sont nécessaires au salut comme complément des vertus infuses (3). Les casuistes auraient dû se rappeler cette grande vérité, au lieu de recourir à des théories parfois bien risquées pour permettre certaines restrictions mentales si peu manifestées qu'elles frisaient singulièrement le mensonge. II vaut mieux reconnaître qu'on a fait un péché véniel de mensonge que de recourir à des théories qui faussent la définition du mensonge, pour ne pas l'avouer là où il est. Il importe grandement de conserver l'esprit de droiture, celui dont parle Notre-Seigneur lorsqu'il dit : « Que votre langage soit : cela est, cela n'est pas. Ce qui se dit de plus vient du Malin » (Matth., y, 3à). Il parlait ainsi à ceux qui, pour faire croire à leur témoignage, faisaient serment sans raison, par le ciel ou par le temple de Jérusalem. Serments irrespectueux et qui exposent au parjure; il suffit de garder l'habitude de dire toujours la vérité pour que l'on croie à nos paroles.
En traitant de la véracité, saint Thomas fait une remarque qui intéresse particulièrement la vie intérieure. Cette vertu, dit-il (4), incline à se taire sur ses propres qualités, ou à ne pas manifester tout le bien qui est en nous; c'est sans préjudice de la vérité, car ne pas parler de ce bien n'est pas nier son existence. Saint Thomas cite même à ce sujet cette réflexion d'Aristote : « Les hommes qui se déclarent supérieurs à ce qu'ils sont fatiguent les autres en voulant les dépasser. Ceux, au contraire, qui ne disent pas tout le bien qui est en eux sont aimables, à cause de cette condescendance et modération (5). » Saint Paul dit aussi : « Certes, si je voulais me glorifier, je ne serais pas un insensé, car je dirais la vérité ; mais je m'en abstiens, afin que personne ne se fasse de moi une idée supérieure à c' qu'il voit en moi ou à ce qu'il entend de moi » (II Cor., x u, 6).
La vertu de véracité ainsi pratiquée, non seulement par les paroles, mais par les actes, par toute la manière d'être, met la vérité dans notre vie. Et lorsque notre vie est sérieusement établie dans la vérité, alors Dieu, qui est la Vérité suprême, s'incline vers nous, par ses divines inspirations, qui deviennent peu à peu le principe d'une contemplation supérieure. Se laisser aller au mensonge, c'est se détourner de la vérité et se priver des inspirations supérieures du don de sagesse. Vivre constamment dans la vérité, c'est se disposer à recevoir ces inspirations, qui font pénétrer et goûter la vérité divine que nous contemplerons un ,jour à découvert.
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La simplicité supérieure, image de celle de Dieu |
Ce qui dispose plus encore à la contemplation, c'est cet aspect de la véracité qui est la simplicité supérieure des saints. Elle s'oppose non seulement à la duplicité, mais à toute complication inutile, à tout ce qui est maniéré ou entaché d'affectation, comme le sentimentalisme qui affecte un amour qu'on n'a pas. Quelle fausseté ce serait de vouloir parler en un style somptueux comme si l'on était dans la septième demeure du château intérieur, alors qu'on n'a pas encore pénétré dans la quatrième! Combien supérieure est la simplicité de l'Évangile!
Nous disons que le regard de l'enfant est simple parce qu'il va droit au but sans arrière-pensée. En ce sens Notre-Seigneur nous dit : « Si ton oeil est simple, tout ton corps sera éclairé »; c'est-à-dire : si notre intention est droite et simple toute notre vie sera une, vraie, lumineuse au lieu d'être divisée, comme celle de ceux qui cherchent à servir deux maîtres à la fois : Dieu et l'argent. Devant toutes les complexités, les faux semblants, les complications plus ou moins mensongères du monde, nous pressentons que la vertu morale de simplicité ou de parfaite loyauté est un reflet d'une perfection divine.
La simplicité de Dieu est celle de l'Esprit pur qui est la Vérité même et le Bien même. Il n'y a pas en lui des pensées qui succèdent à d'autres pensées, mais une pensée, toujours la même, qui subsiste et embrasse toute vérité. La simplicité de son intelligence est celle d'un très pur regard qui, sans aucun mélange d'erreur ou d'ignorance, porte d'en-haut sur toute vérité connaissable, sans changer jamais. La simplicité de sa volonté ou de son amour est celle d'une intention souverainement pure, qui ordonne admirablement toutes choses et qui ne permet le mal que pour un plus grand bien.
Ce qu'il y a de plus beau en cette simplicité de Dieu, c'est qu'elle unit en soi les perfections en apparence les plus opposées, l'immutabilité absolue et l'absolue liberté, la sagesse infinie et le bon plaisir le plus libre, qui nous parait parfois arbitraire, ou encore l'infinie justice, inexorable pour le péché sans repentance, et l'infinie miséricorde. Toutes ces perfections sont fondues, identifiées, sans se détruire, dans la simplicité éminente de Dieu.
C'est cette simplicité si haute dont nous trouvons un reflet dans le sourire de l'enfant et dans la simplicité du regard des saints, au-dessus de toutes les combinaisons plus ou moins mensongères de la sagesse et de la prudence du monde.
Quelle fausse idée on se fait parfois de la simplicité, lorsqu'on se figure qu'elle consiste à dire franchement tout ce qui nous passe par l'esprit ou par le coeur, au risque de nous contredire du jour au lendemain, lorsque les circonstances au ont changé et lorsque les personnes que nous voyons auront cessé de nous plaire. Cette prétendue simplicité est l'instabilité même et la contradiction, par suite la complication et le mensonge plus ou moins conscient, tandis que la simplicité supérieure des saints, image de celle de Dieu, est celle d'une sagesse qui ne change pas et d'un amour très pur et fort, au-dessus de notre impressionnabilité et de nos opinions successives.
Saint François de Sales parle assez souvent de la simplicité (6), il la ramène à l'intention droite de l'amour de Dieu, qui doit prévaloir sur tous nos sentiments, et qui ne s'arrête pas à la recherche inutile de quantité d'exercices qui feraient perdre de vue l'unité du but à atteindre. Il dit aussi que la simplicité est la meilleure des finesses, parce qu'elle va droit au but ; il ajoute qu'elle n'est pas opposée à la prudence, et qu'elle ne se mêle pas de ce que font les autres.
L'âme parfaite est ainsi une âme simplifiée, qui arrive à juger de tout, non pas selon l'impression subjective du moment, mais à la lumière divine, et à ne vouloir les choses que pour Dieu. Et tandis que l'âme compliquée, qui juge d'après ses caprices, se trouble pour un rien, l'âme simplifiée par sa sagesse et son amour garde la paix.
Cette simplicité supérieure, fort différente de la naïveté ou de l'ingénuité, se concilie donc parfaitement avec la prudence chrétienne la plus avisée et attentive aux moindres détails de nos actes et à leur répercussion prochaine ou lointaine.
L'âme d'un saint Joseph, d'un saint Jean, d'un saint François, d'un saint Dominique, d'un Curé d'Ars donnent une idée de la simplicité de Dieu, plus encore l'âme de Marie, Stella matutina, Regina virginum et sanctorum omnium, Regina pacis. Plus haut encore, la sainte âme de Jésus porte en elle le reflet le plus pur de la simplicité de Dieu.
En Jésus se concilient simplement la sainte rigueur de la justice à l'égard des pharisiens hypocrites et l'immense miséricorde à l'égard de toutes les âmes dont il est le bon Pasteur. En lui s'unissent, de la façon la plus simple, la plus profonde humilité et la plus haute dignité. Il vif trente ans de la vie cachée d'un pauvre ouvrier; il dit qu'il est venu pour servir, non pour être servi; il lave les pieds de ses disciples le jeudi saint ; il accepte les dernières humiliations de la Passion ; il dit simplement à son Père : « Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi, niais que votre volonté soit faite et non la mienne » (Matth., xxvi, 42). Simplement, il proclame devant Pilate sa royauté universelle : « Mon royaume n'est pas de ce monde... Tu le dis, je suis roi. Je suis né et venu au monde pour rendre témoignage à la vérité; quiconque est de la vérité écoute ma voix » (Jean, xviii, 33). Il meurt simplement en disant : « Père, je remets mon, âme entre vos mains... Tout est consommé » (Luc, xxi 4 , 46; Jean, lux, 30).
II y a dans cette simplicité une telle grandeur que le Centurion, le voyant mourir, ne peut s'empêcher de dire : « Cet homme était vraiment le Fils de Dieu » (Matth., xxvii, 54).
Le Centurion a eu le regard du contemplatif, il a pressenti, en celui qui paraissait définitivement vaincu, celui qoi remportait la plus grande victoire sur le péché, sur le démon et sur la mort. Cette lumière de contemplation lui fut donnée par Jésus mourant, par le Sauveur, qui s'incline plus particulièrement vers les simples qui ont le coeur pur.
Cette simplicité supérieure, même chez des âmes sans culture, est une disposition à l'intelligence profonde des choses divines. Déjà l'Ancien Testament disait : Cherchez le Seigneur dans la simplicité du coeur » (Sagesse, 1, 1). « Mieux vaut le pauvre qui marche dans la simplicité, que le riche qui va par des voies tortueuses » (Prov., xix, 1). « Mourons dans la simplicité de notre coeur », dirent les Macchabées (I, c.11, 37), sous l'injustice qui les frappait. « Obéissez, disait saint Paul, dans la simplicité de votre coeur » ( Col. , nt, 22). « Ne perdez pas votre simplicité à l'égard du Christ » (II Cor., xi, 3). Il faut la garder avec Dieu, avec ses supérieurs, avec'soimême. C'est la vérité de la vie.
C'est cette simplicité, dit Bossuet (7), qui permet aux âmes limpides « d'entrer dans les hauteurs de Dieu », dans les voies de la Providence, dans les mystères insondables, dont les âmes compliquées se scandalisent, dans les mystères de l'infinie Justice, de l'infinie Miséricorde, et de la souveraine Liberté du bon plaisir divin. Tous ces mystères, dans leur élévation, sont simples pour les simples, malgré leur obscurité.
Pourquoi en est-il ainsi ? C'est que, dans les choses divines, les plus simples, comme le Pater, sont aussi les plus hautes el les plus profondes. On l'oublie, parce que l'inverse a lieu dans les choses du monde, qui contiennent du bien et du mal intimement mêlés ; elles sont pour cela souvent très complexes, et alors celui qui veut être simple en ce domaine manque de pénétration, il reste naïf, ingénu, superficiel. Dans les choses divines, au contraire la simplicité s'unit à la profondeur et à l'élévation, car les choses divines les plus élevées en Dieu et les plus profondes en notre coeur sont la simplicité même.
Nous en avons un exemple dans la simplicité si profonde de la Vierge Marie, aussi dans celle de saint Joseph, qui fut, après Notre-Seigneur et Marie,l'âme la plus éminemment simple et la plus contemplative qu'il y ait eu. C'était l'effet de sa prédestination unique au monde, celle de père nourricier du Sauveur, avec les habitudes de vie d'un humble charpentier. Léon XIII, dans son Encyclique sur le Patronage de saint Joseph, dit : «Il n'est pas douteux qu'il ait approché, plus que personne, de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les créatures (8). »
Saint Thomas d'Aquin a eu aussi, à un degré très éminent, cette vertu de simplicité, qui est un aspect de la véracité, de la vérité de la vie.
Ces derniers temps, le Seigneur nous a donné un haut exemple de la simplicité des saints unie à la contemplation des mystères de la foi, en la personne de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (9).
« Loin de ressembler, dit-elle, aux belles âmes qui, dès leur enfance, pratiquent toute espèce de macérations, je faisais uniquement consister les miennes à briser nia volonté, à retenir une parole de réplique, à rendre de petits services sans les faire valoir, et mille autres choses de ce genre (10). » « Dans ma petite voie, il n'y a que des choses très ordinaires, il faut que tout ce que je fais, les petites âmes puissent le faire (11) n. « Comme il est facile de plaire à Jésus, de ravir son coeur, disait-elle; il n'y a qu'il l'aimer, sans se regarder soi-même, sans trop examiner ses défauts. Aussi, quand il m'arrive de tomber en quelque faute, je me relève aussitôt. Un regard vers Jésus et la connaissance de sa propre misère répare tout. Il ne s'est appelé la Fleur des champs (Cant., I) qu'afin de nous montrer combien il chérit la simplicité (12). »
Parlant de sa manière de former les novices, elle remarquait, au sujet des contestations qui peuvent s'élever entre deux personnes : « Rien n'est plus facile que de rejeter les torts sur les absents. Je fais tout le contraire. Mon devoir, c'est de dire la vérité aux âmes qui me sont confiées et je la dis (13). »
Elle disait encore : « C'est une illusion de penser qu'on peut faire du bien en dehors de l'obéissance (14). » Et l'on voit combien s'est réalisée en elle cette parole qu'elle avait écrite: « Souvent le Seigneur se plaît à donner la sagesse aux plus petits (15). » On comprendra que S. S. Pie XI, dans son Homélie pour la fête de sa canonisation ait déclaré : « Il a donc plu à la divine bonté de douer soeur Thérèse et de l'enrichir d'un don de Sagesse tout à fait exceptionnel... L'esprit de vérité lui découvrit et enseigna ce qu'il cache ordinairement aux sages et aux prudents et révèle aux humbles (16). » S. S. Benoît XV avait dit de même : « Cette heureuse servante de Dieu eut tant de science par elle-même qu'elle sut indiquer aux autres la vraie voie du salut. »
Cela montre combien la simplicité supérieure des saints ouvre leur intelligence, et la rend docile aux inspirations de l'Esprit-Saint, pour pénétrer, goûter les mystères du salut et parvenir â l'union à Dieu (17).
Ils voient ainsi ce que cette union demande pour se maintenir au milieu de circonstances souvent imprévues et pénibles; la simplicité supérieure unie à la discrétion rappelle, à propos de tout ce qui arrive, que « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » et qui persévèrent dans cet amour.
A certains, il paraît inutile, dans un traité de théologie ascétique et mystique, d'insister sur des vertus comme celles-ci, et ils sont pressés d'arriver tout de suite aux questions disputées entre théologiens et psychologues sur la contemplation infuse. Nous pensons, au contraire, qu'il est extrêmement nécessaire d'insister, comme l'ont fait tous les saints et comme on le fait en toute cause de béatification, sur ces vertus chrétiennes qui ont une influence si profonde sur la pensée et sur la vie. Ensuite la doctrine traditionnelle sur la contemplation infuse apparaît comme une résultante de tout ce qui a été dit sur le progrès des vertus acquises, des vertus infuses et des sept dons du Saint-Esprit chez les âmes intérieures vraiment détachées d'elles-mêmes et presque constamment unies à Dieu. Sous prétexte que la doctrine relative aux vertus chrétiennes et aux sept dons est connue de tous, certains ne l'approfondissent jamais. La contemplation se trouve pourtant dans l'intuition profonde et savoureusedes vérités divines connues de tous les chrétiens, par exemple de celles exprimées dans le Pater. C'est ce que nous rappelle la vertu de simplicité, conçue comme un reflet en nous de la simplicité divine.
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(1 ) 11" II", q. 109, a . 3, a " : « Simplicitas dicitur per oppositum doplicitati, qua scilicet aliquis aliud habet in corde et aliud ostendit exterius. Et sic simplicitas ad hanc virtutem (veritatis seu veracitatis) pertinet. Facit auteur intentionem rectam, non guidera directe (quia hoc pertinet ad (mincira virtutem), sed exeludento duplicitatem, qua homo unum praetendit, et aliud intendit. » Item, II' Il", q. sir, a. 3, ad s" : « Ad simplicitatem pertinet directe se praeservare a deceptione. Et secundum hoc virtus simplicitatis est eadem virtuti veritatis; sed differt sola ratione; quia veritas (seu veracitas) dicitur secundum quod signa concordant signatis; simplicitas autem dicitur, secundum quod non tendit in diversa, ut stil. aliud intendat inlerius, et aliud praetendat exterius. » C'est une vertu annexe à la justice, cf. II` II-, q. 109, a . 3.
(2) Rappelons-nous, du reste, que souvent c'est de notre faute si l'on nous pose des questions indiscrètes. Si nous étions plus recueillis et silencieux, on ne viendrait pas nous les poser, ou du moins on ne le ferait que rarement.
(3) I' Il", q. 68, a . a.
(4) 11« II", q. 109, a .
(5) Ethique, I. IV, ch. vil.
(6) Cf. Introd. à la vie dévote, III° p., ch. xxx.
(7) Cf. Élévations sur les Mystères, 18' semaine, les élévalions sur les pari:des du vieillard Siméon.
(8) Encyclica (Manquant ',taries, i. Aug., r899 : a Ad Main praeslantissiniam dignitalem, qua naturis crealis omnibus long,issime IMpara anlecullit, non est (labium gain accesserit ipse, ut nemo mugis. »
(9) Cf. L'esprit de satnte Tht;rèse de l'Enfant-Lésas, 19u3, pp. 10-186.
(10) Ibidem, p. 169.
(11) Ibibent, p. )83.
(12) Ibidem, pp. 185-186.
(13) Cité par le P. H. PETITOT, O. P., Sainte Thérèse de Lisieux, 1925, p. 172.
(14) Ibid., p. 876.
(15) Ibid.. p. 178. Cf. Sainte. Thérèse de l'Enfant-Jésus, histoire d'une due par elle-même, ch. ix, petite édition, p. i85.
(16) Cité par le P. H. Petitot, ibidem, p. 178.
(17) Cf. /mit., I. Il, ch iv « lie simplici intentione. Simplicitas interdit Deum... Si tu esses in tus bonus et pu rus, tune munis sine impedirnento videres et bene caperes. Cor purum penetrat coelum et in fernu M.»
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