Tome II-Partie 3-Chapitre 21
Le zéle de la gloire de Dieu et du salut des âmes
« Ignem veni millere in terram et quid vola, nisi ut accendatur.
« Je suis venu porter le feu de la charité sur la terre, et que désiré-je,
sinon le voir se répandre partout? »(Luc, zu, 4g.)
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Pour montrer ce que doit être normalement la charité, dans la voie illuminative des progressants, il faut parler du zèle que tout chrétien, surtout le prêtre et le religieux, doivent avoir pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Si ce zèle manque, ou n'existe pas au degré où manifestement il devrait exister, c'est un signe de plus et parfois trop frappant de ce que devrait être normalement notre amour de Dieu et des âmes, de ce que devrait être aussi en nous la connaissance vive, profonde, rayonnante des choses de Dieu. Ceux qui doivent nourrir spirituellement les autres ont eux-mêmes besoin d'une nourriture quotidienne très substantielle, celle qui se trouve tous les jours dans la participation intime au sacrifice de la messe, dans la communion et dans l'oraison.
Nous avons vu que l'amour du prochain n'est autre que l'extension ou le ravonnement de l'amour que nous devons avoir pour Dieu : il doit s'étendre aux enfants de Dieu. C'est un seul et même amour surnaturel théologal; il est essentiellement divin, comme la grâce, participation de la vie intime de Dieu. Cet amour, dans une âme chrétienne, fervente, doit devenir si ardent qu'il mérite le nom de zèle. Surtout pour une âme consacrée à Dieu, c'est un devoir d'avoir le zèle de sa gloire et du salut du prochain. C'est au fond un seul et même zèle, l'ardeur d'un seul et même amour, qui doit subsister, sans être toujours senti, au milieu des aridités et des épreuves de toutes sortes, comme dans le coeur d'un bon soldat subsiste l'amour ardent de la patrie aux heures les plus pénibles, où il ne peut que patienter et endurer.
Le zèle, c'est l'ardeur de l'amour, mais d'un amour spirituel de volonté, qui est parfois d'autant plus généreux et méritoire qu'il est moins senti (I).
Il convient de voir quels sont les motifs de ce zèle, quelles doivent être ses qualités, quels sont les moyens de l'exercer.
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Les motifs de ce zèle |
Le premier motif du zèle pour tout chrétien, c'est que Dieu mérite d'are aimé par-dessus iota; c'est même là l'objet non pas d'un conseil, mais du précepte suprême, qui n'a pas de limites; il nous fait un devoir de grandir toujours ici-bas dans la charité, « d'aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces, de tout notre esprit » (Luc, x, 27). Le précepte suprême était déjà formulé de la même manière dans l'Ancien Testament (Deutéronome, vi, 5). Et l'on sait ce que fut, pour y répondre, le zèle des prophètes, qui avaient mission de rappeler constamment au peuple de Dieu ses grands devoirs. Le Psalmiste dit au Seigneur : « Le zèle de ta maison me dévore, les outrages de ceux qui t'insultent retombent sur moi » (Ps. Lxviii, 10). « Mon zèle me consume, parce que nies adversaires oublient tes paroles... je suis petit et méprisé, mais je n'oublie pas tes commandements» (Ps. ex vitt, 139). Élie arrivé sur le mont Horeb, et interrogé par Dieu sur ce qu'il fait, répond : « J'ai été plein de zèle pour le Seigneur, Dieu des armées; car les enfants d'Israël ont abandonné votre alliance, renversé vos autels et tué par l'épée vos prophètes; je suis resté seul, et ils cherchent à m'ôter la vie (2). » C'est alors que le Seigneur annonça à Élie qu'il allait passer devant lui, et, après un vent violent et un tremblement de terre accompagné d'éclairs, il y eut « le murmure d'une brise légère », symbole de la douceur divine, puis le Seigneur donna ses ordres à son prophète, et lui fit connaltre qu'Éisée était appelé à lui succéder.
De même on lit au livre I des Macchabées que le prêtre Mathathias commençant la guerre sainte dit : « Notre père Phinées, parce qu'il brûla de zèle pour la cause de Dieu, reçut l'assurance d'un sacerdoce perpétuel... Élie, parce qu'il brûla de zèle pour la loi a été élevé au ciel... Daniel, par son innocence, fut délivré de la gueule des lions... Vous donc, mes fils, soyez forts et vaillants à défendre la loi, car par elle vous serez glorifiés (3). »
C'est ce zèle qui porte Jésus à chasser les vendeurs du à renverser leurs tables en disant :« Il est écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière et vous en faites une caverne de voleurs (4). » C'est ce zèle qui se trouve chez les Apôtres, surtout après la Pentecôte, et qui les conduisit tous jusqu'au martyre. Il existe toujours dans l'Église partout où le témoignage (le sang est donné et dans nombre de vies consacréesau service de Dieu jusqu'à l'immolation. Ie premier motif du zèle est donc que Dieu mérite d'être aimé par-dessus tout et sans mesure.
Le second motif de notre zèle, c'est que nous devons imiter Notre-Seigneur Jesus-Christ. La vertu dominante du Sauveur, c'est le zèle, l'ardeur (le la charité je suis venu, dit-il, apporter le feu (de la charité) sur la terre, et que désiré-je, sinon le voir se répandre partout (5) »
Comme l'écrit saint Paul : Le Christ dit en entrant dans le monde : Vous n'avez pas voulu des sacrifice(de l'ancienne loi)... mais vous m'avez formé un corps... Me voici, je viens, ô Dieu, pour faire votre volonté (6). : Toute sa vie, Notre-Seigneur s'est offert; à douze ans il annonce qu'il est venu « pour les affaires de son Père (7) ». Il s'offre à tous les instants de sa vie cachée, en nous montrant dans quelle humilité et quelle abnégation doivent se préparer les œuvres vraiment divines. Dès le début de sa vie publique, il voit l'indifférence des Juifs de Nazareth, qui l'appellent le fils du charpentier, et la haine des pharisiens qui va grandir jusqu'à demander sa mort sur la croix Ie Verbe de Dieu vient parmi les siens pour les sauver, et beaucoup des siens ne veulent pas le recevoir, ils ne veulent pas se laisser sauver. L'obstacle vient du côté d'où il devrait le moins venir, des prêtres de l'ancienne loi, prélude de la loi nouvelle (8). La souffrance qu'en éprouva le Sauveur était profonde comme son amour des âmes : souffrance de la charité ardente et débordante, qui veut se donner et qui ne trouve souvent qu'indifférence, inertie, incompréhension, malveillance, haineuse opposition.
Cette soif ardente de la gloire de Dieu et du salut des ,âmes a été la grande cause de la douleur qu'éprouva le Sauveur à la vue des péchés des hommes; telle fut aussi la cause de la souffrance de Marie au pied de la croix.
Ce désir ardent (le salut des âmes, Jésus le ressentit toute sa vie, il porta constamment cette croix du désir, et il aspirait fortement à réaliser sa mission rédemptrice en mourant pour nous sur la croix. C'est pourquoi il dit à la Cène, la veille de sa mort : « J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir (9) »; et c'est à ce moment, que, instituant l'Eucharistie, il dit : « Ceci est mon Corps, qui est donné pour vous... Cette coupe est la nouvelle alliance en mon Sang, qui est versé pour vous (10). »
Jésus désira d'un grand désir l'accomplissement de sa mission. par le sacrifice parfait de lui-même, par le don de soi le plus complet.
Or la souffrance qui accompagnait ce désir ardent a cessé avec sa mort sur la croix, mais ce désir, cette soif de notre salut dure toujours. « Le Christ toujours vivant ne cesse d'intercéder pour nous (11) », surtout au sacrifice de la messe qui continue sacramentellement celui du Calvaire. Notre-Seigneur continue dans l'Eucharistie de faire entendre ses appels et de se donner aux âmes, jusqu'à celles des prisonniers et des criminels repentants qui vont monter sur l'échafaud.
Cette faim et cette soif du salut des pécheurs qui existent toujours en la sainte âme du Christ portaient sainte Catherine de Sienne à écrire à un de ses fils spirituels : « Je voudrais vous voir tant souffrir de la faim du salut des âmes que vous puissiez en mourir comme le Christ Jésus, qu'au moins vous en mouriez au monde et à vous-même. » C'est à chaque page (les lettres de cette grande sainte qu'on trouve de ces accents.
Un troisième motif de notre zèle, c'est précisément le prix des cimes immortelles rachetées par le sang du Christ. Chacune d'elle vaut plus que tout l'univers physique, et chacune est appelée à recevoir le bienfait de la rédemption et la vie éternelle. Il faut se rappeler le zèle des Apôtres qui « se réjouissaient d'avoir été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus (12) », et qui pouvaient dire a'ux fidèles, comme saint Paul ; « Je me dépenserai tout entier pour vos âmes, dussé-je, en vous aimant davantage, être moins aimé de vous (13). » Ce zèle portait le même saint Paul à écrire : « Nous sommes meurtris de coups, n'avons ni feu ni lieu...; maudits,. nous bénissons; persécutés, nous le supportons; calomniés, nous supplions (14). » Leur zèle les conduisit jusqu'au martyre, et après eux il en fut de même pendant trois siècles pour nombre d'évêques, de prêtres et de fidèles de tout rang et de tout âge. Les martyrs, dont l'héroïsme suscitait de nombreuses conversions, ont eu ie zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes à un degré si éminent qu'il est devenu une preuve indéniable de la sainteté de l'Église. Si l'on aime sa patie en danger jusqu'à se sacrifier pour elle, à combien plus forte raison faut-il aimer l'Église, qui nous conduit vers la Patrie éternelle, où tous les justes de tous les peuples doivent se retrouver.
Enfin un quatrième motif de notre zèle, c'est l'autre zèle avec lequel les ennemis de l'Église travaillent aux oeuvres de désordre, de corruption et de mort. Ce qui doit nous tirer de notre somnolence, c'est la guerre impie, odieuse, satanique faite à Notre-Seigneur et à notre Mère la sainte Église; guerre qui dépasse toutes les autres, guerre de l'esprit, qui se livre au plus intime des cœurs, jusque dans l'àme des petits enfants, qu'on veut arracher à Notre-Seigneur pour en faire des impies et des « sans Dieu ». Cette guerre est indiciblement perverse comme les péchés de l'esprit, elle est lourde de responsabilités écrasantes. L'Église voit les conséquences formidables de cette lutte sur ceux qui s'y acharnent ; elle continue à prier pour eux, pour que Dieu les guérisse de leur aveuglement et les arrête sur le chemin de la damnation, où ils entraînent tant d'autres avec eux.
Tels sont les principaux motifs de notre zèle : Dieu à glorifier, Notre-Seigneur à imiter, les âmes à sauver, celes du purgatoire à soulager.
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Quelles doivent être les qualités de notre zèle? |
Le zèle, par définition, doit être ardent, puisqu'il est l'ardeur de l'amour ; mais il s'agit ici d'ardeur spirituelle, qui dure, et non pas de fougue, d'enthousiasme sensible (le tempérament, d'activité naturelle empressée à s'extérioriser par satisfaction personnelle et par la recherche de soi qui fatigue les autres. Le zèle, sans rien perdre de son ardeur spirituelle, et pour la conserver longtemps, doit être pur de toute recherche trop humaine. Pour cela il doit être éclairé, patient et doux, désintéressé..
Il doit d'abord être éclairé par la lumière de la foi, par celle de l'obéissance et de la prudence chrétienne, aussi par les dons de sagesse et de conseil. La lumière de la raison naturelle ne suffit pas, car il s'agit de faire, non pas seulement une oeuvre humaine, mais une œuvre divine, travailler au salut et à la sanctification des âmes, par les moyens indiqués par Notre-Seigneur. Le zèle qu'anime seulement l'esprit naturel, au lieu de convertir les âmes à Dieu, se laisse peu à peu convertir par le monde, il se laisse séduire par de grands mots vides de sens; il rêve par exemple d'une cité future, en perdant de vue la fin surnaturelle de la vraie cité de Dieu dont parlait saint Augustin. Ce zèle, qui est celui des agités, des brouillons, des ambitieux, est impulsif, inopportun, intempestif, comme celui de la mouche du coche, et il oublie les moyens surnaturels indispensables, ceux rappelés par Marie immaculée à Lourdes : la prière et la pénitence.
Surtout dans les circonstances difficiles, le zèle doit demander au Saint-Esprit la lumière du don de conseil, non qu'il doive se proposer de faire des choses extraordinaires, niais d'accomplir le mieux possible les chosesordinaires fixées par la sagesse de l'Église et l'obéissance : bien dire la messe ou s'y unir intimement, être fidèle à la prière sous ses différentes formes, et aux devoirs d'état. Quelquefois l'obéissance héroïque peut être demandée, et si alors elle manquait, les plus grandes qualités d'esprit et de coeur ne suffiraient pas à suppléer à son absence. Des serviteurs de Dieu, qui étaient manifestement appelés à la sainteté, semblent n'y être pas parvenus parce que cette vertu héroïque leur a manqué.
Le zèle doit être, non seulement éclairé, mais encore patient el doux. Tout en conservant son ardeur, et même pour la conserver, il doit éviter de s'irriter inutilement contre le mal en se répandant en indignations vaines et en sermonant à tort et à travers. L'Évangile nous montre qu'au service de Notre-Seigneur, les Boanergès ou fils du tonnerre (I5), comme l'étaient Jacques et Jean, deviennent des doux. Le zèle doit savoir tolérer certains maux pour en éviter de plus grands et ne pas tourner lui-même à l'amertume. il ne faut pas écarter comme mauvais ce qui est seulement moins bon ; il ne faut pas « éteindre la mèche qui fume encore, ni briser le roseau à demi rompu ». il faut constamment se rappeler que la Providence permet le mal en vue d'un bien supérieur, que souvent nous ne voyons pas encore, mais qui éclatera au dernier jour sous la lumière de l'éternité.
Pour être patient et doux, le zèle doit être désintéressé, et cela de deux façons : en évitant de s'approprier ce qui n'appartient qu'à Dieu et ce qui revient aux autres. Il y a des personnes qui ont du zèle pour les oeuvres de Dieu, mais elles considèrent beaucoup trop ces oeuvres comme les leurs, avec une recherche de soi qui reste inconsciente. Elles ressemblent, dit Tauler, à certains chiens de chasse très ardents à courir après le lièvre, mais qui le mangent après l'avoir pris, au lieu de l'apporter à leur maitre ; alors celui-ci les fouaille d'importance. Ainsi ces personnes arrêtent à elles les âmes qu'elles devraient gagner à Notre-Seigneur, et il arrive que le bon Dieu les punit sévèrement pour leur apprendre à s'effacer, pour agir lui-même en elles et par elles. Quand elles seront moins sûres d'elles-mêmes, moins persuadées de leur importance, et quelque peu brisées ou du moins assouplies, le Seigneur se servira d'elles comme d'instruments dociles; elles s'oublieront alors complètement entre les mains du Sauveur, qui seul sait ce qu'il faut pour régénérer les âmes.
Ne nous approprions pas non plus ce qui revient aux autres. Souvent nous voulons faire le bien, mais nous désirons trop qu'il soit fait par nous et à notre manière. Nous ne devons pas vouloir tout faire, ni empêcher les autres de travailler et de mieux réussir que nous. Ne soyons pas jaloux de leurs succès. Surtout n'allons pas nous occuper de diriger des âmes qui ne nous sont pas confiées; prenons garde de ne pas les soustraire à une influence salutaire, le Seigneur pourrait nous en demander compte sévèrement. C'est pour Lui que nous devons travailler et non pas pour nous. C'est ce qu'il voulut faire comprendre aux apôtres, un jour qu'ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. Il leur demanda alors: «De quoi parliez-vous en chemin ? » Mais ils n'osèrent pas répondre, et c'est alors que, « faisant venir un petit enfant, et le plaçant au milieu d'eux, Jésus leur dit : « Je vous le dis, en vérité, si vous ne vous convertissez pas, et ne devenez pas comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux (16). » Il voulait leur faire entendre que leur zèle devait être humble et désintéressé.
Il voulut en convaincre particulièrement les fils de Zébédée, Jacques et Jean, lorsque leur mère vint demander pour eux les deux premières places dans le royaume des cieux. Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que je vais boire ?)— Nous le pouvons, lui dirent-ils. » Il leur répondit : « Vous boirez en effet mon calice ; quant à être assis à ma droite ou à ma gauche, ce n'est pas à moi de l'accorder, si ce n'est à ceux à qui mon Père l'a préparé... Quiconque veut être grand parmi vous, qu'il se fasse votre serviteur... C'est ainsi que le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption d'un grand nombre » (17). C'est ainsi que Notre-Seigneur apprit aux fils de Zébédée à , dominer leur ardeur naturelle par l'humilité et la douceur, pour la transformer en un zèle surnaturel très pur et très fécond. De même il nous guérit parfois par des échecs et des épreuves de notre amour-propre et de notre orgueil; il nous corrige ainsi jusqu'à ce que nous ne voulions plus faire notre oeuvre, et, après avoir permis que nous soyons en quelque sorte brisés par les événements en la partie inférieure de nous-mêmes, lorsque l'égoïsme est vaincu, il se sert de nous pour son oeuvre à lui, celle du salut des âmes. Alors le zèle, tout en conservant son ardeurspirituelle, est calme, humble et doux, comme celui de Marie et des saints, et rien ne peut plus l'abattre : «Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ! »
Ce zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes doit s'exercer par l'apostolat, sous diverses formes : l'apostolat par l'enseignement de la doctrine chrétienne et par les différentes œuvres de miséricorde spirituelle et corporle ; l'apostolat par la prière, qui attire la grâce divine pour féconder le labeur de tous ceux qui travaillent dans la vigne du Seigneur; cet apostolat caché, lorsqu'il est profond, est l'âme de l'apostolat extérieur. Enfin il doit y avoir aussi l'apostolat par la souffrance réparatrice; caché lui aussi comme le précédent, il continue en quelque sorte dans le corps mystique du Christ les souffrances de Jésus pendant la Passion et sur la Croix, pour la régénération des âmes. Lorsque, dans le corps mystique du Sauveur, un membre souffre volontairement par amour, tel autre membre malade se guérit, comme en notre corps humain des pointes de feu qui font bien souffrir soulagent des organes malades, qui reprennent peu à peu leurs fonctions. Lorsqu'un serviteur ou une servante de Dieu immolent leur corps et leur coeur, le Seigneur épargne le corps d'un malheureux à bout de forces, ou guérit un coeur malade, qui n'avait pas le courage de briser ses chaînes. Lorsque dans le corps mystique une âme généreuse sacrifie sa volonté propre, le Seigneur ressuscite ailleurs une volonté morte, il lui accorde une grande grâce de conversion.
Telles sont les qualités du zèle, qui est l'ardeur de la charité, ardeur éclairée, patiente, douce, désintéressée, vraiment féconde, pour glorifier Dieu, imiter Notre-Seigneur, arracher les âmes au mal et les sauver.
Or il est clair que ce zèle doit exister, que trop souvent ilTait défaut, et qu'il est dans la voie normale de la sainteté. Mais pour subsister, il doit être entretenu par une prière profonde, par une oraison en quelque sorte continuelle, qui soit comme une conversation presque ininterrompue de l'âme avec Dieu, dans une parfaite docilité. C'est de cette docilité et de cette oraison des progressants que nous devrons parler maintenant ; c'est elle qui a donné son nom à la voie illuminative où l'âme est pénétrée de plus en plus de la lumière de Dieu.
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Les sources du progrès spiritual de l'intimité divine |
Ce que nous venons de dire du progrès des vertus morales et des vertus théologales nous conduit parler des sources de ce progrès spirituel et de l'intimité divine. Nous le ferons en traitant de la docilité au Saint-Esprit, du discernement des esprits, de ce que doit être pour les progressants le sacrifice de la messe, la sainte communion, la dévotion à Marie; et nous achèverons cette partie en examinant les questions relatives au passage de l'oraison acquise à l'oraison infuse initiale, à la nature de la contemplation infuse et à son progrès.
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— ( ) Cf. S. Thomas, I• II", q. 28, a . 6 : cs Zelus, quocumque modo su mai ur, ex ineensione amoris provena... In amore concnpiscenline, qui intense aliquid concupiscit, movetur contra omne illud quod repugnat consecutioni vol fruittont quietae ejus quod amatur... Amor nuirai amiritiae quaerit bonum amici unde quando est intensus, Feel' hominem moveri contra omne illud, quod repugnat bono amici... Et per hune etlara modum allquis dlcitur :clore pro Deo, quando ea quae sue contra honorem sel voluntatem Dei, repellere secundum posae constur, secundum illud, III Reg., xix, ao : Zelatus sum pro Domino exereitum. » Ps. Io : Zelus dormis lune comedit me. » Cf. II' Il", q. 36, a
— (2 ) III Ides Rois, xit, lo.
— (3 ) I Macch., n, 5!1-64.
— (4 ) Mat
— (5 ) (il Luc, xii, (19
— (6) liebr , x, 5-
— (7 ) LUC , IL . 'r,1
— (8 ) Il en est souvent ainsi; lorsqu'une àme doit Grandement glorifier Dieu, il n'est pas rare que les obstacles lui viennent de ceux qui auraient dit l'aider. C'est ce le dit, dans l'Ancien Testament, l'histoire de Joseph vendu par ses frères. Noire Seigneur disait aussi : Un prophète n'est sans honneur que dans sa patrie et dans sa maison «, et il ne fit pas beaucoup de miracles à Nazareth , à cause de l'incrédulité qu'il y trouva (Malth., mu, 57). Il dit aussi : « On aura pour ennemis les gens de sa propre maison ( Matthieu, 36); ce qui se vérifia assez souvent pendant les trois siècles de persécution de l'Église naissante.
— (9 ) Loc, ‘xii, 15.
— (10 ) Luc, xx, . ,9-2
— (11 ) llehr., vil, 25.
— (12 ) Act , v, 4i.
— (13 ) 11 Cor xat, r5.
— (I4) 1 Cor,
— (15 ) Marc, m., 17.
— (16) Marc, II, 32. d Matth.. XVIII, 3
.— (17 ) Marc, m., 17. |
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