+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome II-Partie 3-Chapitre 22

La docilité au Saint-Esprit

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
Tome II-Partie 3-Chapitre 22

La docilité au Saint-Esprit

Après avoir parlé du progrès des vertus théologales dans la voie illuminative, il faut traiter de la docilité au Saint-Esprit qui est, par ses sept dons, l'inspirateur de toute notre vie pour la contemplation et pour l'action.

Nous avons exposé plus haut (1) ce que sont les dons du Saint-Esprit, suivant la doctrine de saint Thomas (2), qui voit en eux des habitudes infuses permanentes, (habitus infusi), qui se trouvent en toute âme juste, pour qu'elle reçoive promptement et docilement les inspirations du Saint-Esprit. Les dons, disent les Pères, sont dans l'âme juste comme les voiles sur la barque; la barque peut avancer à force de rames, ce qui est pénible et lent, c'est le symbole du travail des vertus; elle peut aussi avancer parce qu'un vent favorable gonfle ses voi­es; celles-ci la disposent à recevoir comme il faut l'impulsion du vent. Cette analogie a été indiquée d'une certaine manière par Notre-Seigneur lui-mênie lorsqu'il dit :

Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va; ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit (3).

Les dons du Sainf-Esprit ont été comparés aussi aux diverses cordes d'une harpe qui, sous la main d'un artiste, rendent des sons harmonieux. On a comparé enfin leurs inspirations aux sept flammes du chandelier à sept branches en usage dans la Synagogue.

Ces dons énumérés par Isaïe, xi, 2, et appelés par lui : « esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de crainte », sont accordés à tous les justes, de fait que le Saint-Esprit est donné à tous, selon cette parole de saint Paul (Rom., y, 5) : « L'amour de Dieu est répandu dans nos coeurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné. » Les dons du Saint-Esprit sont par suite, connexes avec la charité (4), et dès lors ils brandissent avec elle. Ils sont comme les ailes d'un oiseau qui grandiraient ensemble, ou comme les voiles d'un navire qui se déploieraient de plus en plus. Au contraire, par les péchés véniels réitérés, les dons du Saint- Esprit sont comme liés; ces péchés véniels habituels sont comme des plis .dans l'âme, qui l'inclinent à juger de façon inférieure avec un certain aveuglement de l'esprit, qui est à l'antipode de la contemplation infuse (5). Nous parlerons d'abord des inspirations du Saint-Esprit, de la gradation ascendante des dons; puis des conditions requi­ses pour être docile à l'Esprit-Saint.

Les inspirations du Saint-Esprit

L'inspiration spéciale à laquelle les dons nous rendent dociles est, nous l'avons expliqué plus haut (6), assez différente de la grâce actuelle commune qui nous porte à l'exercice des vertus. Sous la grâce actuelle commune, nous délibérons de façon discursive ou raisonnée, par exemple pour aller à la messe ou dire le rosaire à l'heure habituelle. Dans ce cas, nous nous portons nous-mêmes, par une délibération plus ou moins explicite, à cet acte de la vertu de religion. Au contraire, sous une inspiration spéciale du Saint-Esprit, nous sommes portés, par exemple au cours d'une étude, à prier pour obtenir la lumière; il n'y a pas ici de délibération discursive, l'acte du don de piété n'est pas délibéré, mais sous l'inspiration spéciale il reste libre, et le don de piété nous dispose précisément à recevoir docilement et donc librement et avec mérite cette inspiration. Saint Thomas distingue fort bien la grâce actuelle commune et l'inspiration spéciale lorsqu'il montre la différence qui existe entre la grâce coopérante, sous laquelle nous nous portons à agir en vertu d'un acte antérieur, et la grâce opérante, par laquelle nous sommes portés à agir en consentant librement à recevoir l'impulsion du Saint-Esprit (7).

Dans le premier cas, nous sommes plus actifs que pas­sifs, dans le second nous sommes plus passifs qu'actifs, car c'est davantage le Saint-Esprit qui agit en nous (8).

Il arrive du reste que sous cette inspiration spéciale les dons s'exercent en même temps que se fait le travail des vertus. Ainsi pendant que la barque avance à force de rames, il peut y avoir une légère brise qui facilite le travail des rameurs. De même, les inspirations des dons peuvent nous rappeler bien des choses de l'Évangile au moment où notre raison délibère sur un parti à prendre, Inversement, notre prudence se reconnaît parfois impuissante à trouver la solution d'un cas de conscience diffi­ile, et elle nous porte alors à demander la lumière au Saint-Esprit, dont l'inspiration spéciale nous fait voir et accomplir ce qui convient. Nons devons lui être de plus en plus docile

La gradation ascendante des dons

.Ces inspirations du Saint-Esprit sont très variées, comme le montre l'énumération des dons en Isaïe, XI, 2, et leur subordination en partant de celui de crainte, le moins élevé, jusqu'à celui de sagesse, qui dirige d'en haut tous les autres (9).

Cette gradation donnée par Isaïe, expliquée par saint Saint Thomas, plus tard par saint François de Sales, est comme un ancien chant plein de très belle modulations, un des leitmotivs de la théologie traditionnelle.

Il y a là une gamme spirituelle analogue à celle des septs notes principale de la musique.

Le don de crainle rainte est la première manifestation de l'influence du Saint-Esprit dans une âme qui quitte le péché et se convertit ou se retourne vers Dieu. Il supplée à l'imperfection des vertus de tempérance, de chasteté ; il nous aide à lutter contre l'entraînement des plaisirs défendus et contre les entraînements du cœur (10).

Cette sainte crainte de Dieu est l'inverse de la crainte mondaine appelée souvent respect humain. Elle est très supérieure aussi à la crainte servile qui, bien qu'elle ait pour le pécheur un effet salutaire, n'a pas la dignité d'un don du Saint-Esprit. La crainte servile est celle qui redoute les châtiments de Dieu, et elle diminue avec la charité, qui nous fait considérer Dieu plutôt comme un Père très aimant que comme un juge redoutable.

La crainte filiale ou don de crainte redoute surtout le péché, plus que les châtiments qui lui sont dus. Elle nous fait trembler d'un saint respect devant la majesté de Dieu. Certains jours, l'âme éprouve cette sainte crainte d'offenser Dieu, et elle l'éprouve parfois de façon si vive qu'aucune méditation, aucune lecture ne pourrait produire en elle pareil sentiment. C'est le Saint-Esprit qui la touche. Cette sainte crainte du péché est « le commencement de la sagesse » (Ps. cx, 10), car elle nous porte à nous soumettre en tout à la loi divine, ce qui est la sagesse même. Cette crainte filiale augmente avec la charité, comme l'horreur du péché; au ciel, chez les saints, s'il n'y a plus la crainte d'offenser Dieu, il y a encore une crainte révérentielle, qui fait trembler les anges eux-mêmes devant l'infinie majesté de Dieu, « tremunt potes­tates », comme il est dit dans la Préface de la messe. Ce sentiment fut même en l'âme de Jésus et y demeure (11).

Cette crainte du péché, qui a inspiré les grandes mortifications des saints, correspond à la béatitude des pauvres : bienheureux ceux qui par crainte du Seigneur détachent leur cœur des plaisirs du monde, des honneurs; ils sont surnaturellement riches ces pauvres, le royaume des cieux est à eux.

La crainte a quelque chose de négatif, elle nous fait fuir le péché, il faut dans l'âme quelque chose de plus filial à l'égard de Dieu. Le don de piété nous inspire précisément une affection toute filiale pour notre Père du ciel, pour Jésus notre Sauveur, pour notre Mère, la Sainte Vierge, pour nos saints protecteurs (12). Ce don supplée à l'imperfection de la vertu de religion, qui rend à Dieu le culte qui lui est dû, à la manière discursive de l'humaine raison éclairée par la foi. Il n'y a pas d'élan spirituel et de ferveur durable sans ce don de piété, qui nous empêche de nous attarder aux consolations sensibles dans l'oraison et nous fait tirer profit des sécheresses, des aridités, qui ont pour but de nous.rendre plus désintéressés et plus spirituels. Saint Paul écrit aux Romains, viii, 15­26 « Nous avons reçu l'Esprit d'adoption, en qui nous crions : Abba! Pater!... L'Esprit-Saint vient à notre aide, car nous ne savons ce que nous devons demander dans nos prières. Mais l'Esprit-Saint lui-même prie pour nous par d'ineffables gémissements. » Ce don nous fait trouver une saveur surnaturelle jusque dans nos peines intérieures; il est particulièrement manifeste dans l'oraison de quiétude, où la volonté est captivée par l'attrait de Dieu, bien que souvent l'intelligence ait à y lutter contre les distractions. Ce don nous donne par sa suavité de ressembler au Christ doux et humble de coeur; il a pour fruit, selon saint Augustin, la béatitude des doux, qui posséderont la terre du ciel. Saint Bernard et saint François de Sales ont excellé dans ce don de piété.

Mais pour avoir une solide piété qui évite l'illusion et domine l'imagination et le sentimentalisme, il faut que le Saint-Esprit nous accorde un don supérieur, celui de science.

Le don de science nous rend docile à des inspirations supérieures à la science humaine et même à la théologie raisonnée. Il s'agit ici d'un tact surnaturel, qui nous fait juger sainement des choses humaines, soit comme symbole des choses divines, soit dans leur opposition à celles-ci (13). Il nous montre très vivement la vanité de tout ce qui passe, des honneurs, des titres, des éloges des hommes; il fait voir surtout l'Infinie gravité du péché mortel comme offense à Dieu et mal de l'âme. Il éclaire particulibrement, ce qui, dans le monde, ne vient pas de Dieu, mais des causes secondes défectibles et déficientes; en cela il diffère du don de sagesse. En montrant l'infinité gravité du péché mortel, ce n'est pas seulement la crainte, mais l'horreur du péché qu'il produit et une grande tristesse d'avoir offensé Dieu.

Il donne la vraie science du bien et du mal, et non pas celle que le démon promit à Adam et Ève en leur disant : « Mangez de ce fruit, et vous aurez la science du bien et du mal, et vous serez comme des dieux. » De fait, ils eurent la science âcre ou l'expérience du mal commis, de la désobéissance orgueilleuse et de ses suites. Le Saint- Esprit, lui, promet la vraie science du bien et du mal; si nous le suivons, nous serons en un sens comme Dieu, qui connaît le mal pour le détester et le bien pour le réaliser.

Trop souvent la science humaine produit la présomtion, le don de science, au contraire, fortifie l'espérance parce qu'il nous montre que tout secours humain est fra­gile comme un roseau, il nous fait voir le néant des biens terrestres et nous porte à désirer le ciel en mettant en Dieu toute notre confiance. Il correspond, dit saint Augustin, à la béatitude des larmes de la contrition. Bienheureux ceux qui savent le vide des choses humaines, surtout la gravité du péché, bienheureux ceux qui pleurent leurs péchés, ceux qui ont la vraie componction du cœur dont parle souvent l'Imitation. Ce don nous fait ainsi trouver la juste mesure entre un pessimisme décourageant et un optimisme fait de légèreté et de vanité. Précieuse science des saints qu'ont possédée tous les grands apôtres, un saint Dominique, par exemple, qui pleurait souvent en voyant l'état de certaines âmes auxquelles il portait la parole de Dieu.

-Au-dessus du don de science, selon l'énumération d'Isaïe vient le don de force. Pourquoi ? Parce qu'il ne suffit pas de savoir discerner le bien et le mal, il faut la force pour éviter l'un et pratiquer l'autre avec persévérance, sans se décourager jamais. Il faut entreprendre une guerre parfois très pénible contre la chair, l'esprit du monde et l'esprit du mal. Nous avons des ennemis perfides, subtils et très puissants. Nous laisserons-nous intimider par certains sourires du monde, par quelque parole dite en l'air ; si nous cédons sur ce point nous tomberons dans les pièges de celui qui veut notre perte et qui s'acharne d'au­tant plus contre nous que notre vocation est plus haute (14).

Le don de force relève notre courage dans le danger, il vient au secours de notre patience dans les longues épreuves; c'est lui qui a soutenu les martyrs, qui a donné une constance invincible à des enfants, à des vierges chrétiennes, comme Agnès et Cécile, à une sainte Jeanne d'Arc dans sa prison et sur son bûcher. Il correspond, dit saint Augustin, à la béatitude de ceux qui ont faim et soif de justice, malgré toutes les contradictions, de ceux qui conservent un saint enthousiasme non pas seulement sensible, mais spirituel et surnaturel, au milieu même de la persécution. Il a donné aux martyrs de la primitive Église une sainte joie dans leurs tourments (15).

Mais dans les circonstances difficiles, où s exercent les actes élevés du don de force, il faut éviter un écueil, celui de la témérité qui distingue les fanatiques. Pour éviter cet écueil, il faut un don supérieur, celui de conseil.

Le don de conseil vient suppléer â l'imperfection de la vertu de prudence, lorsque celle-ci hésite et ne sait quel parti prendre au milieu de telles difficultés, en présence de tels adversaires. Faut-il patienter encore, montrer de la douceur, ou, au contraire, faire preuve de fermeté? Et, vis-à-vis des habiles, comment concilier « la simplicité de la colombe et la prudence du serpent »? (l6)

Dans ces difficultés, il faut recourir au Saint-Esprit, qui habite en nous. Il ne nous détournera certes pas de prendre conseil auprès de nos supérieurs, de notre confesseur ou directeur; bien au contraire, il nous y portera; puis il nous prémunira à la fois contre l'impulsivité inconsidérée et contre la pusillanimité; il nous fera connaître aussi ce qu'un supérieur et un directeur seraient impuissants à nous dire, surtout la conciliation des vertus qui semblent opposées : prudence et simplicité, force et douceur, franchise et réserve. Le Saint-Esprit nous fait entendre qu'il ne faut pas dire telle parole plus ou moins contraire à la charité; si, malgré son avertissement, nous la disons, il n'est pas rare qu'elle produise du désordre, de l'irritation, une grande perte de temps, au détriment de la paix des âmes. Il eût été si facile d'éviter tout cela. L'esprit du mal s'efforce, au contraire, de semer l'ivraie, de causer là confusion, de transformer un grain de sable en une montagne ; il se sert de petits riens presque imperceptibles, niais il les met comme un obstacle entre les rouages d'une montre pour tout arrêter.

Quelquefois, ce sont ces riens qui arrêtent sur la voie de la perfection, l'âme est retenue captive des choses inférieures comme par un fil qu'elle n'a pas le courage de briser, par exemple par telle habitude contraire au recueillement ou à l'humilité, au respect dû aux autres âmes qui sont aussi le temple du Saint-Esprit. Tous ces obstacles sont écartés par les inspirations du don de conseil, qui correspond à la béatitude des miséricordieux. Ces derniers sont, en effet, de bons conseillers qui s'oublient eux-mêmes pour relever les affligés et les pécheurs.

Comme le don de conseil nous est donné pour diriger notre conduite en suppléant à l'imperfection de la prudence, qui souvent resterait hésitante, il faut un don supérieur pour suppléer à l'imperfection de la foi. Cette vertu n'atteint les mystères de la vie intime de Dieu que par l'intermédiaire de formules abstraites et multiples que nous voudrions pouvoir réunir en une seule, qui nous traduirait mieux ce qu'est pour nous le Dieu vivant.

Le don d'intelligence vient ici à notre secours par une certaine lumière intérieure qui nous fait pénétrer les mystères du salut et pressentir toute leur grandeur (17). Sans cette lumière, il arrive souvent que l'on entend des prédications, qu'on lit beaucoup d'ouvrages spirituels et qu'on demeure cependant dans l'ignorance du sens profond de ces mystères de vie. Ils restent comme des formules sacrées conservées dans la mémoire, mais leur vérité ne touche pas, elle est pâle, sans éclat, comme une étoile perdue au fond du ciel. Et parce que nous ne sommes pas assez nourris de ces vérités divines, le monde nous séduit plus ou moins par ses maximes.

Au contraire, une âme simple, prosternée devant Dieu, entendra les mystères de l'Incarnation, de la Rédemption, de l'Eucharistie, non pour les expliquer, pour en discourir, mais pour en vivre. C'est le Saint-Esprit qui donne cette connaissance pénétrante et vécue des vérités de la foi, qui permet d'entrevoir la sublime beauté des sermons de Jésus. C'est lui aussi qui donne aux (mes l'intelligence profonde de leur vocation et les préserve sur ce point de tout manque de jugement.

Ce don d'intelligence ne peut exister à un degré élevé sans une grande pureté de coeur, d'intention ; il correspond, selon saint Augustin, à la béatitude : Bienheureux les coeurs purs, car ils verront Dieu. Dès ici-bas, ils commencent à l'entrevoir dans les paroles de l'Ecriture, qui parfois s'éclairent comme soulignées d'un trait de lumière. Sainte Catherine de Sienne et saint Jean de la Croix excellent dans cette intelligence des mystères du salut pour nous faire saisir la plénitude de vie qu'ils contiennent.

Le don de sagesse est enfin, selon l'énumération d'Isaïe, le plus élevé de tous, comme la charité, à laquelle il correspond, est la plus haute des vertus. Il apparaît éminemment en saint Jean, en saint Paul, en saint Augustin, en saint Thomas; il les porte à juger de toutes choses par rapport à Dieu, cause première et fin dernière, et à en juger ainsi, non pas comme le fait la théologie acquise, mais par cette connaluralilé ou sympathie aux choses divines qui vient de la charité. Le Saint-Esprit, par son inspiration, se sert de cette connaturalit é pour nous montrer la beauté, la sainteté et la plénitude rayonnante d es mystères du salut, qui répondent si bien à nos aspirations les plus profondes et les plus hautes (18). A cette sa gesse s'oppose la sottise spirituelle, stullitia, dont parle souvent saint Paul (19).

De ce point de vue supérieur, il faut dire que plusieurs savants sont insensés en leur vaine science, lorsque, par exemple, à propos des origines du christianisme, ils veulent nier à tout prix le surnaturel; ils tombent dans des absurdités manifestes. A un degré moins inférieur, des croyants instruits de leur religion, mais d'un jugement peu sûr, se scandalisent devant le mystère de la Croix, qui continue dans la vie de l'Église (20); ils ne voient pas assez la valeur des moyens surnaturels, de la prière, des sacrements, des épreuves supportées avec amour; ils restent trop préoccupés de culture humaine et confondent parfois libéralisme et charité, comme d'autres confondent étroitesse et fermeté dans la foi. C'est un manque de sagesse (21).

Le don de sagesse, lui, Principe d'une contemplation vivante, qui dirige l'action, permet de savourer la bonté de Dieu, de la voir manifestée en tous les événements, même dans les plus pénibles, puisque Dieu ne permet le mal que pour un bien supérieur, que nous verrons plus tard, et qu'il nous est parfois donné d'entrevoir déjà. Le don de sagesse fait ainsi juger de tout par rapport à Dieu, il montrela subordination des causes et des fins ou, comme on dit aujourd'hui, l'échelle des valeurs. Il rappelle que tout ce qui brille n'est pas or et que, au contraire, il y a des merveilles de grâce sous les dehors les plus humbles, comme en la personne de saint Benoît-Joseph Labre ou de la bienheureuse Anna-Maria Taïgi. Ce don permet aux saints d'embrasser d'un regard tout pénétré d'amour le plan de la Providence ; les obscurités ne les déroutent pas ; ils y découvrent le Dieu caché ; comme l'abeille. sait trouver le suc des fleurs, le don de sagesse puise en toutes choses les leçons de la divine bonté.

Il nous rappelle que, comme le disait le cardinal Newman : « Mille difficultés ne font pas un doute » tant qu'elles ne portent pas atteinte au fondement même de la certitude. C'est ainsi que mille difficultés qui subsistent dans l'interprétation de plusieurs livres de l'Ancien Testament ou dans celle de l'Apocalypse ne font pas un doute sur l'origine divine de la religion d'Israël et du christianisme.

Le don de sagesse donne ainsi à l'âme surnaturalisée une grande paix, c'est-à-dire la tranquillité de l'ordre des choses considérées du point de vue de Dieu. Par là ce don, dit saint Augustin, correspond à la béatitude des pacifiques, c'est- à-dire de ceux qui gardent la paix lorsque beaucoup se troublent et qui sont capables de pacifier les découragés: C'est là un des signes de la vie unitive.

Comment se fait-il que bien des personnes, après avoir vécu quarante ou cinquante ans en état de grâce, recevant la sainte communion très fréquemment, ne font presque rien paraître des dons du Saint-Esprit dans leur conduite et leur action, qu'elles se froissent pour un rien, témoignent beaucoup d'empressement pour les louanges et ont une vie très naturelle? Cela provient des péchés véniels qu'elles commettent souvent sans bien y prendre garde; ces fautes et les inclinations qui en dérivent portent ces âmes vers la terre et tiennent les dons du Saint-Esprit comme liés, semblables à des ailes qui ne pourraient se déployer. Ces âmes manquent de recueillement ; elles ne sont pas attentives aux inspirations du Saint-Esprit, qui passent inaperçues; aussi restent-elles dans l'obscurité, non pas dans l'obscurité d'en-haut, celle de la vie intime de Dieu, mais dans l'obscurité inférieure qui vient de la matière, des passions déréglées, du péché et de l'erreur; c'est ce qui explique leur inertie spirituelle.

A ces âmes s'adressent les paroles du Psalmiste que l'Office divin rappelle tous les jours à Matines : « Ilodie si vocero ejus audieritis, nolite obdurare corda vestra (Ps. 94, 8). Si vous entendez aujourd'hui la voix de Dieu, n'endurcissez pas vos coeurs, mais répondez à son appel. »

Comment entendre la voix du Saint-Esprit?

Pour être docile au Saint-Esprit il faut d'abord enten­dre sa voix. Pour cela le recueillement, le détachement du monde et de soi-même est nécessaire, la garde du coeur, la mortification de la volonté propre et du jugement propre. Il est sûr que s'il n'y a pas de silence en notre âme, si la voix des affections trop humaines la trouble, nous ne pouvons entendre les inspirations du Maître intérieur. C'est pourquoi le Seigneur laboure si profondément parfois notre sensibilité, la crucifie en quelque sorte, pour qu'elle finisse par se faire ou soit

pleinement soumise à la volonté animée par la charité. If est certain que, si d'habitude nous sommes préoccupés de nous-mêmes, c'est nous-mêmes que nous écouterons une voix plus perfide, plus dangereuse, qui cherche à nous égarer. C'est pourquoi Notre-Seigneur nous invite à mourir â nous-mêmes comme le grain de froment mis en terre.

Pour entendre les inspirations divines, il faut donc avoir fait silence en soi; mais, même alors, la voix du Saint- Esprit reste mystérieuse. Comme le dit Notre-Seigneur, Jean, Iff, 8 : « Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix ; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va; ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit. » Paroles mystérieuses, qui doivent nous rendre prudents et réservés dans nos jugements sur le prochain, attentifs aux attraits que le Seigneur a mis en nous et qui sont le germe confus d'un avenir connu de la divine Providence. Ce sont des attraits vers le renoncement, vers la prière intérieure; ils sont plus précieux que nous ne pensons. Il y a des intellectuels qui ont de bonne heure l'attrait vers une oraison très silencieuse qui seule peut-être les préservera de l'orgueil de l'esprit, de la sécheresse du coeur et leur fera une âme d'enfant, celle qu'il faut avoir pour entrer dans le royaume de Dieu et surtout dans l'intimité du royaume. A ces attraits premiers on reconnaît souvent une vocation pour tel ou tel Ordre religieux.

La voix du Saint-Esprit commence donc par un instinct, une illustration obscure, et si l'on persévère dans l'humilité et la conformité à la volonté de Dieu, cet instinct manifeste assez clairement à la conscience son origine divine, tout en demeurant mystérieux. Les premières lueurs pourront devenir autant de lumières qui, comme les étoiles, nous éclaireront dans la nuit de notre pèlerinage vers l'éternité; la nuit obscure deviendra ainsi lumineuse et comme l'aurore de la vie du ciel, « et nox illuminatio mea in deliciis meis » (Ps. cxxxvin, 11). Pour arriver à être docile au Saint-Esprit, il faut donc du silence intérieur, du recueillement habituel, de l'attention et de la fidélité.

Par quels actes nous disposer à celle docilité?

I." Il faut pour cela obéir fidèlement aux volontés de Dieu que nous connaissons déjà, par les préceptes et les conseils conformes à notre vocation. Faisons bon usage des connaissances que nous avons, le bon Dieu nous en donnera de nouvelles.

2''Renouveler souvent la résolution de suivre en tout la volonté de Dieu. Ce bon propos ainsi renouvelé attire sur nous de nouvelles grâces. Redisons souvent la parole de Jésus : « Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père » (Jean, iv, 34).

3" Demander sans cesse la lumière et la force du Saint-Esprit pour accomplir les volontés de Dieu. Et même il convient de se consacrer au Saint-Esprit, Lorsqu'on en sdnt l'attrait, pour mettre notre âme davantage sous son emprise et comme en sa main. Lui faire ainsi cette consécration : « O Saint-Esprit, divin Esprit de lumière et d'amour, je vous consacre mon intelligence, mon coeur, ma volonté et tout mon être pour le temps et l'éternité. -- Que mon intelligence soit toujours docile à vos célestes inspirations et à l'enseignement de la sainte Eglise catholique dont vous êtes le guide infaillible; que mon coeur soit toujours enflammé de l'amour de Dieu et duprodcehlaa vie que ma volonté soit toujours conforme à la volonté divine et que toute ma vie soit une imitation et des vertus de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, à qui, avec le Père et Vous, à Esprit-Saint, soit honneur et gloire à jamais (22). »

Sainte Catherine de Sienne disait de même : « Esprit- Saint, venez en mon coeur, attirez-le à vous par votre puissance, mon Dieu, et donnez-moi la charité avec la crainte filiale. Gardez-moi, ô Amour ineffable, de toute mauvaise pensée, réchauffez-moi, enflammez-moi de votre très doux amour, et toute peine me semblera légère! Mon Père, mon doux Seigneur, assistez-moi en toutes mes actions! Jésus amour, Jésus amour. n

Cette consécration s'exprime aussi admirablement par la très belle séquence :

Vent, Sancle Spiritus.
Et ernate cœlitus
ieu lune radium

L'effet d'une telle consécration, si elle est faite avec un grand esprit de foi, peut ètre très profond. Si un pacte fait avec pleine délibération avec le démon entraîne tant d'effets désastreux dans l'ordre de mal, la consécration au Saint-Esprit peut en produire du plus grands dans l'ordre du bien, car Dieu a plus de bonté et de force que le démon n'a de malice.

Dès lors le chrétien qui s'est consacré à Marie médiatrice, par exemple selon la formule du B' Grignion de Montfort, puis au Sacré-Coeur, trouvera des trésors dans la consécration souvent renouvelée au Saint-Esprit. Toute l'influence de Marie nous conduit à l'intimité du Christ, et l'humanité du Sauveur nous conduit au Saint-Esprit, qui nous introduit dans le mystère de l'adorable Trinité

Il convient de faire cette consécration à la Pentecôte et de la renouveler souvent.

Ensuite surtout dans les occasions difficiles, au changement des actions les plus importantes, il faut demander la lumière au Saint-Esprit en ne voulant sincèrement autre chose que faire sa volonté. Après quoi, s'il ne nous donne pas de lumières nouvelles, nous continuerons de faire ce qui nous paraîtra le meilleur.

C'est pour cela qu'au commencement des assemblées du clergé, des chapitres religieux, on demande l'assis­tance du Saint-Esprit par des messes votives dites en son honneur.

Enfin il faut remarquer exactement les divers rnouvernents de notre âme pour reconnaître ce qui est de Die u et ce qui ne l'est pas. Comme le disent généralement les auteurs spirituels : ce qui vient de Dieu dans une aine soumise à la gràce est ordinairement paisible et tranquille. Ce qui vient du démon est violent et porte avec soi le trouble et l'anxiété.

Comment celle docilité au Saint-Esprit se concilie-t-elle
avec l'obéissance et avec la prudence?

Tandis que les premiers protestants voulaient tout régler par l'inspiration privée, lui soumettant même l'Église et ses décisions, pour le vrai fidèle la docilité au Maitre intérieur n'admet rien qui soit contraire à la foi Proposée par l'Église et à l'autorité de celle-ci; au contraire, elle ne tend qu'à perfectionner la foi et les autres vertus.

De même l'inspiration du Saint-Esprit, loin de détruire l'obéissance due aux supérieurs, en aide et en facilitel'exécution ; et elle doit s'entendre avec cette condition que l'obéissance n'ordonne pas autre chose.

Comme le dit le P. Lallemant, S. J. : « Il est seulement à craindre que les supérieurs ne suivent quelquefois trop la prudence humaine, et que sans autre discernement ils ne condamnent les lumières et les inspirations du Saint-Esprit, les traitant d'illusions et de rêveries, et prescris vent des bouillons à ceux à qui Dieu se communique par ces sortes de faveur. En ce cas, il faudrait encore obéir, mais Dieu saura bien un jour corriger l'erreur de ces esprits téméraires et leur apprendre à leurs dépens à ne pas condamner ses grâces sans les connaître et sans être capable d'en juger (23). »

Il ne faut pas dire non plus que la docilité au Saint-Esprit rend inutile les délibérations de la prudence, ou les conseils des personnes expérimentées. Le Maître intérieur nous dit, au contraire, d'être attentif à ce que nous pouvons voir par nous-mêmes, il nous invite aussi à consulter les personnes éclairées, mais il ajoute qu'il faut en même temps recourir à lui. Comme le dit saint Augustin : « Dieu nous ordonne de faire ce que nous pouvons et de demander la grâce pour accomplir ce que de nous-mêmes nous ne pouvons pas. » Le Saint-Esprit envoya même saint Paul à Ananie pour apprendre de lui ce qu'il devait faire. Cette docilité se concilie alors parfaitement avec l'obéissance, la prudence et l'humilité; elle perfectionne même beaucoup ces vertus.

Quels sont les fruits de la docilité au Saint-Esprit?

Il est bien certain que toute notre perfection dépend de cette fidélité.

«Quelques-uns, dit (ibidem) le même auteur que nous venons de citer, ont beaucoup de belles pratiques et font quantité de vertu ; ils sont tout dans l'action matérielle de la vertu. Cela est bon pour les commençants; mais il est d'une bien plus grande perfection de suivre l'attrait intérieur et de se conduire par son mouvement. » En s'appliquant à purifier son coeur, à retrancher ce qui s'oppose à la grâce, on arriverait deux fois plus tôt à la perfection.

On lit au même endroit :

« Le but où nous devons aspirer, après que nous nous serons longtemps exercés dans la pureté du coeur, c'est d'être tellement possédés et gouvernés par le Saint- Esprit que ce soit lui seul qui conduise toutes nos puissances et tous nos sens, et qui règle tous nos mouvements intérieurs et extérieurs, et que nous nous abandonnions nous-mêmes entièrement par un renoncement spirituel de nos volontés et de nos propres satisfactions. Ainsi nous ne vivrons plus en nous-mêmes, mais en Jésus-Christ, par une fidèle correspondance aux opérations de son divin Esprit et par un parfait assujettissement de toutes nos rébellions au pouvoir de la grâce.

« Peu de personnes parviennent aux grâces que Dieu leur avait destinées, ou, les ayant perdues, viennent ensuite à en réparer la perte. La plupart manquent de courage à se vaincre et de fidélité à bien ménager les dons de Dieu. « Quand nous entrons dans le chemin de la vertu, nous marchons au commencement dans l'obscurité, mais si nous suivions fidèlement et constamment la grâce, nous arriverions infailliblement à une grande lumière et pour nous et pour les autres...

« Il arrive quelquefois que, ayant reçu de Dieu une bonne inspiration, nous nous trouvons aussitôt attaqués par des répugnances, par des doutes, des perplexités, des difficultés qui viennent de notre fond corrompu et de nos passions contraires à l'inspiration divine. Si nous la recevions avec une entière soumission de coeur, elle nous remplirait de cette paix et de cette consolation que le Saint-Esprit porte avec lui...

« Il est de foi que la moindre inspiration de Dieu est une chose plus précieuse et plus excellente que tout le monde entier, puisqu'elle est d'un ordre surnaturel et qu'elle a coûté le sang et la vie d'un Dieu.

« Quelle stupidité! nous sommes insensibles aux inspirations de Dieu parce qu'elles sont spirituelles et infiniment élevées au-dessus des sens. Nous n'en faisons pas grand cas, nous préférons les talents naturels, les emplois éclatants, l'estime des hommes, nos petites commodités et satisfactions. Prodigieuse illusion ! dont cependant plusieurs ne se détrompent qu'à l'heure de la mort.

« Alors pratiquement nous ôtons au Saint-Esprit la direction de notre àme; et le sommet de celle-ci n'étant que pour Dieu, nous le remplissons de créatures à son préjudice; et au lieu de le dilater et de l'élargir à l'infini par la présehce de Dieu, nous le rétrécissons extrêmement en l'occupant de quelques petits misérables objets de néant. Voilà ce qui nous empêche d'arriver à la perfection. »

Au contraire, dit le même auteur, la docilité au Saint-Esprit nous montrerait qu'il est vraiment le Consolateur de nos âmes, dans l'incertitude de notre salut, au milieu des tentations et des tristesses de cette vie, qui est un exil.

Nous ayons besoin de cette consolation à cause de l'incertitude de notre salut, au milieu des pièges qui nous entourent, de tout ce qui peut nous faire dévier du droit chemin. Nous ne pouvons pas à proprement parler mériter la persévérance finale, car elle n'est autre que l'état de grâce au moment même de la mort, et l'état de grâce, étant le principe du mérite, ne saurait être mérité (24). Nous avons donc besoin de la direction, de la protection, de la consolation du Saint-Esprit, « qui rend témoignage à notre esprit que nous sommes les enfants de Dieu (25) »; il nous rend ce témoignage par l'affection filiale qu'Il nous inspire pour Lui. Il est ainsi « le gage et l'assurance de notre héritage céleste (26). »

Nous avons aussi besoin que le Saint-Esprit nous con­sole dans les tentations du démon et les afflictions de cette vie. Or, l'onction qu'Il répand en nos âmes adoucit nos peines, fortifie notre volonté chancelante et nous fait parfois trouver une vraie saveur surnaturelle dans les croix.

Enfin, comme le dit très bien l'auteur de nous venons de citer (27) : « Le Saint-Esprit nous console dans l'exil où nous vivons ici-bas, éloignés de Dieu : ce qui cause aux âmes, saintes un tourment inconcevable; car ces pauvres âmes sentent en elles ce vide comme infini, que nous avons en nous, et que toutes les créatures ne peuvent remplir, qui ne peut être rempli que par la jouissance de Dieu; tandis qu'elles en sont séparées, elles languissent et souffrent un long martyre, qui leur serait insupportable sans les consolations que le Saint-Esprit leur donne de temps en temps..., une seule goutte de la douceur intérieure que le Saint-Esprit verse dans l'âme la ravit hors d'elle et lui cause une sainte ivresse. »

C'est bien là le sens profond de ce nom du Saint-Esprit : le Paraclet ou Consolateur.

Au sujet de la gradation ascendante des sept dons du Saint-Esprit, dont nous avons parlé en ce chapitre, il faut noter cette remarque très importante de saint Jean de la Croix, qui éclaire beaucoup la voie unitive dont nous parlerons plus loin.

Le Docteur mystique, en traitant de l'union transformante, a écrit dans le Cantique spirituel, strophe 26

Ce cellier, c'est le degré suprême, le degré le plus intime d'amour que l'âme puisse atteindre en cette vie, et il est pour ce motif qualifié « d'intérieur ». Cela veut dire aussi qu'il en est d'autres qui n'ont pas la même perfection, et qui constituent les divers degrés dont l'aboutissement est ce cellier proprement dit. Chacun de ces degrés correspond à l'un des sept dons du Saint-Esprit, et les sept degrés sont franchis quand l'âme possède ces dons selon l'entière perfection compatible avec la vie d'ici-bas... Pour ce qui est de ce dernier cellier, il est peu d'âmes qui l'atteignent en cette vie ; car là est déjà réalisée l'union parfaite avec Dieu que l'on nomme mariage spirituel. »

Ces lignes de saint Jean de la Croix expriment aussi nettement que possible la doctrine que nous exposons dans tout le cours de cet ouvrage sur le plein développement de la vie de la grâce.

RÉFÉRENCES
— (I) P• Partie, cit. iii, article 4.
— (2) P H—, q. 68, a . et 2 .
— (3) Jean tti, 6.
— ( 4 ) Cf. S. THOMAS, P Il", q. 68, a . 5.
— (5 ) Cf. LOUIS LALLEMANT, S. J., La Doctrine Spiriluelle, IV' Principe , art.3
— (6 ) I- p., ch. in, a. 5 : la grâce actuelle, ses diverses formes, la fidé­lité qu'elle demande.
— (7 ) Cf. S. THOMAS, 1' IV% q.a ii, a. 1
— (8 ) La docilité au Saint-Esprit est analogue à celle du parfait obéis­sant à l'égard de son supérieur. Celui qui obéit n'a pas délibéré pour déterminer ce qu'il convient de faire, mais il accepte promptement et librement de façon méritoire l'ordre donné. Son supérieur agit par lui; lui-même a le mérite de l'obéissance, ce qui peut décupler ses forces; car il ne saurait se tromper en obéissant, et Dieu ne lui refusera pas la zrâce nécessaire à l'accomplissement de l'ordre reçu et accepté.
— (9 ) On lit dans Isaïe, xi, 2, au sujet du Messie : « Sur lui reposera l'Esprit de Yahveh, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de farce, esprit de science et de crainte de Yahveh. Il mettra ses délices dans la crainte de tahueh. » A la fin du verset s, au lieu « de crainte de Yahveh » les LXX et la Vulgate mettent piété, qui offre à peu près le mémo sens, surtout dans l'Ancien Testament, où la crainte du Seigneur a une grande place.
—Voir sur cette gradation des dons, S. THOMAS, II", q. 68, a . 7. --
—Voir aussi S. AUGUSTIN, I. I, de Sermone Domini in monte, ch. Iv, et S. FRAN- r.015 DE SALES, Il' Sermon pour le jour de la Pentecôte. S. Thomas, loc. cil., au sujet de cette gradation ascendante, remarque que les dons de contemplation, qui dirigent les autres, leur sont supé­rieurs; mais que, selon l'énumération classique qui provient du texte d'Isaïe, xi, 2, les dons de force et de conseil sont supérieurs à ceux de science et de piété, car la force et lé conseil sont donnés pour les choses difficiles, tandis quo la science et la piété sont pour les choses communes. Dans Isaïe, xi, s, les dons sont énumérés selon une grada­tion descendante qui nous rappelle celle des demandes du Pater, tandis ,tue dans le sermon sur la Montagne (Matth., v), les béatitudes .qui leurs correspondent sont énumérées selon une gradation ascendante.
— (10 ) Cf. S. THOMAS, .11' Il", q. 1g.
— (11 ) Cf. S. THOMAS, 111, q.7,a,6
— (12 ) Il", q. 121.
— (13) q. 9. Certains saints, comme saint François d'Assise, par le don de science voient particullerement ce en quoi les choses sensibles sont le symbole des choses spirituelles. D'autres, par ce même don, voient d'une façon saisissante le vide des choses créées, comme l'auteur de l'Imitation.
— (14) C'est manifestement au don de force que se rapportent ces paroles de saint Paul (Ephès., vi, o) . Fortifiez-vous dans le Seigneur, dans sa vertu toute-puissante. Revêtez-vous de l'armure de Dieu, afin de pouvoir résister aux embûches du démon. Car nous n'avons pas (seulement) à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes, les puissances, les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits mauvais répandus dans l'air C'est pourquoi prenez l'armure de Dieu, afin de pouvoir résister au jour mauvais, et, après avoir tout surmonté, rester debout.
— (15) Cf. ID% q.139, a. s et 2.

— (16) Cf. 11' 11", (1.52, a. I, a, 3, 4.
— (17) Cf. Il' q.3, a. z, 4, 6, 7-—
— (18) Cf. S. Thomas. Il', II". q.45, a. 1, 2, 5 et 6.
—(19) Mid., q. 46 de stullitia, a. r et a.
— (20) Le Sauveur a dit (Matth., xi, 6) : « Heureux celui pour qui je ne serai pas occasion de chute. » Le vieillard Siméon a dit aussi (Lue, n, 34) : « Cet enfant est au monde pour la chute et la résurrection d'un grand nombre en Israël, et pour être un signe en butte à la contradiction. » — Voir dans BOSSUET, Elhations sur les mystères, 18" semaine. les splendides élévations sur ces paroles du saint vieillard Siméon
— (21) Le prix de la sagesse surnaturelle apparaît assez souvent par le contraste de certains jugements. Lorsque, par exemple, tin jeune présomptueux se donnant des airs de critique ou d'homme d'étude très entendu, dit avec un calme affecté : Il y a un livre très lu qui fait beaucoup de mal par son esprit opposé aux études, c'est l'Imitation de Jésus-Christ ». on trouve là un cas frappant de cette Stullitia spiritualis à laquelle saint Thomas a consacré une question de sa Somme, celle qui suit les articles sur le don de sagesse. Lorsque l'imitation, III, ch. sant, dit que l'étude qui est ordonnée, non pas à Dieu et au salut des âmes, mais au vain contentement de soi-même, n'est rien en comparaison de la sagesse des saints, elle affirme simplement les droits de Dieu souverain bien et tin dernière, et sa supériorité infinie sur toute fin purement humaine. Saint Thomas dit de même, in Matlh., lai, 26, à propos de e « l'insensé qui bâtit sa maison sur le sable » : « Quidam matinal ut sciant (non ut faciant et diligent), et hi aedificant super intellec­ii1D1 (tantuin), et huer est aedificatio super arettem... (Aedilicandum est) .super Taritaient. »
— (22) Cette cnnsécration au Saint-Esprit a été enrichie d'une indulgence de lie Jours par S. S. Pie X. -
— (23) La doctrine spirituelle IV° Principe , ch. i, a. 3. Le P. Lancinant ajoute, ibidem • « Ce qui les rend Incapables d'en hien juger, c'est qu'ils sont tout au dehors, tout dans le tracas et peu spirituels, ne s'étant jamais élevés au-dessus des derniers degrés de l'oraison. Et ce qui fait qu'ils en jugent, c'est qu'ils ne veulent pas paraitre igmorer des choses, dont ils n'ont cependant ni l'expérience, ni la science.»
— (24) S. Tnnmns, II"' q. i i4, A. 9.
— (25) Hom., vin, 16.
— (26) Epliès.,
— (27) (G) Ibid., ch. n, fin.
Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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