Tome II-Partie 3-Chapitre 26
La dévotion à Marie chez les progressants
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Dans la première partie de cet ouvrage, au chapitre VI, nous avons parlé de l'influence de Marie comme médiatrice en disant comment elle a coopéré au sacrifice de la Croix par le mérite et la satisfaction, comment elle ne cesse d'intercéder pour nous, de nous obtenir et de nous distribuer toutes les grâces que nous recevons.
Nous voudrions appliquer ici ces principes, comme le fait le Bx Grignion de Montfort (1), pour montrer ce que doit être la dévotion à Marie chez les progressants. Voyons ce qu'est la vraie dévotion à la Sainte Vierge, quels en sont les degrés et quels en sont les fruits.
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La vraie dévotion à Marie |
Nous ne parlons pas ici d'une dévotion tout extérieure, présomptueuse, inconstante, hypocrite et intéressée, mais de la vraie dévotion, qui est définie, par saint Thomas , « la promptitude de la volonté au service de Dieu.(1) Cette promptitude de volonté, qui doit subsiste malgré l'aridité et la sensibilité, nous porte à rendre à Notre-Seigneur et à sa sainte Mère le culte qui leur est dû(2)
Comme Jésus est notre Médiateur auprès de son Père, nous de devons aller au Sauveur par Marie. La médiation du Fils éclaire celle de sa sainte Mère.
Plusieurs se font illusion, qui prétendent parvenir à l'union à Dieu sans recourir constamment à Notre-Seigneur. Ils ne parviendront guère qu'à une connaissance abstraite de Dieu, et non pas à cette connaissance savoureuse, appelée sagesse, à la fois élevée, pratique, vivante, expérimentale, qui nous fait découvrir les voies de la Providence dans les moindres choses. Les quiétistes se sont trompés en prétendant que la sainte humanité de Jésus était un moyen utile seulement au début de la vie spirituelle; c'était ne plus assez reconnaître la médiation universelle du Sauveur.
Une autre erreur consiste à vouloir aller à Notre-Seigneur sans passer par Marie. Ce fut une des erreurs des protestants. Et, même parmi les catholiques, certains ne voient pas assez combien il convient de recourir à la Sainte Vierge pour entrer dans l'intimité du Christ. Comme le dit le Bx Grignion de Montfort (3), ils ne connaissent Marie que d'une manière spéculative, sèche, stérile, indifférente... Ils craignent qu'on abuse de la dévotion envers elle et qu'on fasse injure à Notre-Seigneur en honorant trop sa sainte Mère... S'ils parlent de la dévotion à Marie, c'est moins pour la recommander que pour détruire les abus qu'on en fait ». Ils semblent croire que
Marie « soit un empêchement our arriver à l'union divine (4) », alors que toute son inpfluence est pour nous y conduire. Autant vaudrait dire que le saint Curé (l'Ars était pour ses paroissiens un empêchement pour aler à Dieu.
Il y a là un manque d'humilité à négliger les méditateurs que Dieu nous a donnés à cause de notre faiblesse,e l'Intimité avec Notre-Seigenur dans l'Oraison sera beaucoup facilitée par un rcours fréquenet à Marie
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Les degrés de cette dévotion. |
Cette devotion qui doit exister chez tout chrétien, doit grandir avec la charité.
Un premier degree consiste à prier de temps en temps la Sainte Vierge, en l'honorant comme la Mère de Dieu, en disant, par exemple, avec un vrai recueillement l'Angelus chaque fois qu'on l'entend sonner.
Un deuxième degré consiste à avoir pour Marie des sentiments plus parfaits de vénération, de confiance et d'amour, qui portent à dire chaque jour le rosaire, au moins une des trois parties du rosaire, en méditant les mystères joyeux, douloureux et glorieux, qui sont pour nous le chemin de la vie éternelle.
Un troisième degré de la vraie dévotion à Marie, celui qui convient aux progressants, conciste à se consacrer tout entier par elle à Notre-Seigneur.
C'est ce qu'explique fort bien le Bx Grignion de Montfort (2) : « Cette dévotion, dit-il, consiste à se donner tout entier à la très Sainte Vierge pour être tout entier à Jésus-Christ par elle. Il faut lui donner :
1° notre corps avec tous ses sens et ses membres (pour qu'elle les garde dans la pureté);
2° notre âme avec toutes ses puissances
3° nos biens extérieurs... présents et à venir;
4° nos biens intérieurs et spirituels, qui sont nos mérites, nos vertus et nos bonnes oeuvres passées, présentes et futures. »
Pour bien entendre cette oblation, il faut distinguer dans nos bonnes oeuvres ce qui est incommunicable à d'autres, et ce qui est communicable aux autres âmes.
Ce qui est incommunicable dans nos bonnes oeuvres, c'est le mérite proprement dit de condigno, qui constitue un droit en justice à une augmentation de charité et à la vie éternelle. Ces mérites personnels sont incommunicables; ils diffèrent en cela de ceux de Jésus-Christ, qui, étant constitué tête de l'humanité et notre caution, a pu mériter en stricte justice pour nous.
Si donc nous offrons nos mérites proprement dits à la Sainte Vierge, ce n'est pas pour qu'elle les donne à d'autres âmes, mais pour qu'elle nous les conserve, les fasse fructifier, et, si nous avions le malheur de les perdre par un péché mortel, pour qu'elle nous obtienne la grâce d'une fervente contrition qui nous fasse recouvrer non pas seulement l'état de grâce, mais le degré de grâce perdu; de sorte que si nous avions perdu cinq talents, nous retrouvions ces cinq talents, et non pas seulement deux ou trois (6).
Ce qui est communicable aux autres dans nos bonnes oeuvres, c'est le mérite de convenance, c'est aussi leur valeur satisfactoire ou réparatrice et leur valeur impétratoire ou de prière.
D'un mérite de convenance, fondé non pas sur la justice, mais sur la charité ou l'amitié qui nous unit à Dieu,
injure amicabili, nous pouvons obtenir des grâces au prochain; ainsi une bonne mère chrétienne, par sa vie vertueuse, attire des grâces sur ses enfants parce que le bon Dieu a égard aux intentions et aux bonnes oeuvres de cette mère généreuse
De même nous pouvons prier pour le prochain, pour sa conversion, son avancement, pour les pécheurs endurcis, pour les agonisants, pour les âmes du purgatoire.
Enfin nous pouvons satisfaire pour les autres, accepter volontairement la peine due à leurs péchés, expier pour eux, comme Marie le fit pour nous au pied de la Croix, et attirer ainsi sur eux la miséricorde divine. Nous pouvons gagner aussi des indulgences pour les âmes du purgatoire, leur ouvrir le trésor des mérites du Christ et des saints et hâter leur délivrance.
Si nous offrons ainsi toutes nos contrariétés et peines à Marie, elle nous enverra des croix proportionnées â nos forces aidées par la grâce pour nous faire travailler au salut des âmes.
A qui convient-il de conseiller cette consécration ainsi comprise? Il ne faut pas la conseiller à ceux qui la feraient par sentimentalité ou orgueil spirituel sans en comprendre la portée, mais il convient de la conseiller à des âmes vraiment pieuses et ferventes, d'abord pour un temps, d'une fête de la Sainte Vierge à une autre, puis pour un an ; ainsi on se pénétrera de cet esprit d'abandon et ensuite on pourra faire cet acte avec fruit pour toute la vie.
On objecte parfois : mais c'est nous dépouiller et ne pas payer notre propre dette, ce qui augmentera notre purgatoire.
C'est l'objection que fit le démon à sainte Brigitte, au moment où elle se disposait à faire un acte semblable. Notre-Seigneur lui fit comprendre que cette objection est celle de l'amour-propre, qui oublie la bonté de Marie. Elle ne se laisse pas vaincre en générosité. En se dépouillant ainsi, on reçoit cent pour un. Et même l'amour dont témoigne cet acte généreux nous obtient déjà la remise d'une partie de notre purgatoire.
D'autres personnes objectent encore : comment prier ensuite spécialement pour nos parents et nos amis, si nous avons une fois pour toutes donné toutes nos priers à Marie?
A cela il-faut répondre que la Sainte Vierge connaît nos devoirs de charité à l'égard de nos parents et de nos amis, et même, si nous oubliions de prier pour eux., comme nous le devons, c'est elle qui nous le rappellerait. De plus, parmi nos parents et amis, il y en a qui ont un besoin très particulier qu'on prie pour eux, et cela souvent nous l'ignorons, tandis que Marie le sait, elle pourra ainsi faire bénéficier ces âmes de nos prières à notre insu. Pour d'autres, on peut toujours lui demander de les favoriser.
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Les fruits de celle dévotion
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Le Bx Grignion de Montfort dit (7) que ce chemin pour aller à Dieu est plus facile, et pourtant plus méritoire, et par suite c'est un chemin plus parfait, plus court et plus sûr.
C'est d'abord une voie plus facile. « On peut à la vérité, dit-il, arriver à l'union divine par d'autres chemins ; mais ce sera par beaucoup plus de croix et (le morts étranges, et avec beauéMip plus de difficultés, que nous vaincrons plus difficilement. Il faudra passer par des
nuits obscures, par des combats et des agonies étranges, par des montagnes escarpées, par des épines très piquantes et des déserts affreux. Mais par le chemin de Marie, qn passe plus doucement et plus tranquillement. On y trouve, à la vérité, de grands combats à donner et de grandes difficultés à vaincre; mais cette bonne Mère se rend si proche de ses fidèles serviteurs, pour les éclairer dans leurs ténèbres, pour les éclaircir dans leurs doutes, les soutenir dans leurs combats et leurs difficultés, qu'en vérité ce chemin virginal pour trouver Jésus-Christ est un chemin de roses et de miel, à vu les autres chemins. » On le voit par les saints qui ont plus particulièrement suivi cette voie, comme saint Ephrem, saint Jean Damascène, saint Bernard, saint Bonaventure, saint Bernardin de Sienne, saint François de Sales, etc.
On connaît la vision de saint François d'Assise : il vit un jour ses fils qui essayaient de s'élever jusqu'à Notre-Seigneur par une échelle de couleur rouge et d'une pente très abrupte ; après avoir monté quelques échelons ils retombaient. Alors Notre-Seigneur montra à saint François une autre échelle de couleur blanche, et d'une pente beaucoup plus douce, au sommet de laquelle apparaissait la Sainte Vierge; puis il lui dit : « Recommande à tes fils de passer par l'échelle de ma Mère. »
C'est un chemin plus facile, parce que la Sainte. Vierge nous soutient de sa mansuétude. Et pourtant c'est un chemin plus méritoire, parce que Marie nous obtient une plus grande charité, qui est le principe du mérite; les difficultés à vaincre sont certes une occasion de mérite, mais le principe de celui-ci est la charité, l'amour de Dieu, par lequel on triomphe de ces difficultés. Il faut se rappeler que Marie méritait plus par les actes les plus faciles, comme une simple prière, que les martyrs dans leurs tourments, car elle mettait plus d'amour de Dieu en ces actes faciles que les saints dans les actes héroïques.
Ce chemin de Marie, étant plus facile et plus méritoire, est plus court, plus parfait, plus sûr.
Comme on y marche plus facilement, on y avance plus promptement. On avance plus en peu de temps de soumission à la Mère de Dieu que pendant des années où l'on s'appuierait trop sur sa prudence personnelle. Sous la direction de celle à qui le Verbe incarné a obéi, on marche à pas de géants.
C'est aussi un chemin plus parfait, puisque par Marie le Verbe de Dieu est descendu parfaitement jusqu'à nous sans rien perdre de sa divinité; par elle, les très petits peuvent monter parfaitement jusqu'au Très-Haut, sans. rien appréhender. Elle purifie nos bonnes wuvres et en augmente la valeur en les présentant à son Fils.
Enfin c'est un chemin plus sûr, où l'on est davantage préservédes illusions de celui qui cherche à nous tromper d'abord de façon imperceptible, pour nous conduire ensuite à de grandes fautes. Sur ce chemin on est aussi plus préservé des illusions de la rêverie et du sentimentalisme. Marie, en effet, dans la subordination des causes qui transmettent la grâce divine, exerce une salutaire influence sur notre sensibilité, elle la calme, la règle, pour permettre à la partie élevée de l'âme de recevoir de façon plus fructueuse l'influence de Notre-Seigneur.. De puis, Marie elle-même est pour notre sensibilité un objet très pur, très saint, qui élève l'âme vers l'union à Dieu. Elle nous donne une grande liberté intérieure et parfois nous obtient aussitôt, lorsqu'on le lui demande instamment, d'être délivré des déviations de la sensibilité qui empêchent la prière et l'union intime avec Notre-Seigneur. Toute l'influence de Marie médiatrice a pour but de nous conduire à l'intimité de Jésus, comme lui-même nous conduit au Père.
Il convient de demander cette particulière assistance de Marie au moment de la sainte communion pour qu'elle nous fasse participer à sa piété profonde et à son amour comme si elle nous prêtait son coeur très pur pour recevoir dignement Notre-Seigneur. Il convient de faire de même l'action de grâce.
Pour conclure, disons l'essentiel de la consécration de soi-même à Jésus-Christ, par les mains de Marie :
« 0 Sagesse éternelle et incarnée! O très aimable et adorable Jésus, vrai Dieu et vrai homme, je vous rends grâce de ce que vous vous êtes anéanti vous-même, en prenant la forme d'un esclave, pour me tirer de l'esclavage du démon.... J'ai recours à l'intercession de votre très sainte Mère que vous m'avez donnée pour médiatrice auprès de vous; et c'est par ce moyen que j'espère obtenir de vous la contrition et le pardon de mes péchés, l'acquisition et la conservation de la sagesse.
« Je vous salue, Marie immaculée, reine du Ciel et de la terre, à l'empire de qui est soumis tout ce qui est au- dessous de Dieu. Je vous salue, refuge assuré des pécheurs, dont la miséricorde ne manque à personne; exaucez les désirs que j'ai de la divine sagesse et recevez pour cela les voeux et les offres que nia bassesse vous présente.
« Moi, pécheur infidèle, je renouvelle et ratifie aujourd'hui entre vos mains les voeux de mon baptême. Je renonce pour jamais à Satan, à ses pompes et à ses uvres, je me donne tout entier à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, pour porter ma croix à sa suite tous les jours de nia vie. Et afin que je lui sois plus fidèle que je n'ai été jusqu'ici, je vous choisis, ô Marie, pour nia Mère. Je vous livre et consacre mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs, et la valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures. Présentez-moi à votre Fils et faites-moi la grâce d'obtenir la vraie sagesse de Dieu et de nie mettre pour cela au nombre de ceux que vous aimez, que vous enseignez, conduisez, nourrissez et protégez. O Vierge fidèle, rendez-moi en toutes choses un si parfait disciple, imitateur de la Sagesse incarnée, Jésus-Christ, votre Fils, que j'arrive, par votre intercession et à votre exemple, à la plénitude de son àge sur la terre et de sa gloire dans les cieux. Ainsi soit-il (8). »
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1) Traité de la vraie dévotinn ir la Sainte Vierge Le secret de Nene.
(2) q. 82, a . i : « Voluntas prompte faciendi quod ad Dei servitium pertinet. »il faut pourtant distinguer le culte de latrie, dit à Dieu, et l'humanité du Sauveur unie personnellement au Verbe, et culte d'hyperdulie, da) à la Sainte Vierge.
(3) Traité de la vraie dévotion n .1 la Sainte Vierge, eh. 11, a . 1, §
(4 ) Ibidem, ch, xv. a. G.
(5) Ibid., ch. ru, a. z.
(6) Cf. S. Thomas, q. 8g, a. a.
(7 ) Mideffi, ch. tv, a. le et 5.
(8 ) C'est l'essentiel de la consécration par laquelle se termine la devotion à la Vierge Marie du Bx de Mortfort. Il y est, parler par opposition à l'esclavage du péché, d'un salut esclavage d'amour que quelque uns n'ont pas toujours bien compris. Il ne diminue en rien l'affection toute filiale que nous devons avoir pour Mari, dans la formulle même de plusieurs âmes, référent mettre l'accent sur ce caractère filiale de nos rapports avec la Mère de Dieu |
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