+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens.
 

Ne laissez pas de message personnel s.v.p. donnez moi votre url et @ pour que je puisse vous répondre

Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome II-Partie 3-Chapitre 13

L'humilité du Verbe fait chair
et ce que doit être la nôtre

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
Tome II-Partie 3-Chapitre 13

L'humilité du Verbe fait chair et ce que doit être la nôtre
« Hoc enim sentite in vobis, quod et in Christo Jesu...
Semetipsum exinanivit, formam servi accipiens. » (Philipp., u, 5.)

A propos de l'humilité, il convient de considérer com­ment l'a pratiquée Notre-Seigneur lui-même, dont nous devons suivre les exemples, et de voir comment cet abaissement s'unit en lui aux vertus les plus hautes.

L'humilité de Jésus et sa magnanimité

Saint Paul, dans son Épître aux Philippiens, II, 5, voulant nous exhorter à l'humilité, nous parle de l'infinie majesté du Sauveur pour mieux faire voir à quel point il s'est abaissé. L'union de ces deux extrêmes est admirable, et elle doit se retrouver en quelque manière dans la perfection chrétienne.

En ce passage célèbre, saint Paul enseigne clairement la préexistence éternelle de la personne divine du Christ; il nous dit : « Ayez en vous les mêmes sentiments dont était animé le Christ Jésus : bien qu'il subsistât dans la forme de Dieu , il n'a pas retenu avidement son égalité avec Dieu; mais il s'est anéanti lui-même en prenant la forme d'esclave, en se rendant semblable aux hommes. Et, se présentant avec l'extérieur d'un homme, il s'est humilié lui-même, se faisant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. »

« Bien qu'il fût dans la forme de Dieu. Le mot « forme » dans saint Paul désigne l'être intime, foncier, essentiel, ici la nature de Dieu. C'est-à-dire : bien que le Fils unique du Père fût vraiment Dieu, « splendeur de la gloire et figure de la substance du Père », comme il est dit, dans l'Épître aux Hébreux, 1, 3, il n'a pas retenu avidement son égalité avec Dieu.

Au contraire, Lucifer, qui n'était qu'une créature, voulut s'égaler à Dieu, ne reconnaître pratiquement aucun maître supérieur à lui ; il dit, dans l'égarement de son orgueil : « Je serai semblable au Très-Haut » (Isaïe, xiv,14), et il nous dit pour nous tenter : « Vous serez comme des dieux » (Gen., in, 5).

Jésus, lui, qui est vraiment Died, s'est anéanti. Saint Paul affirme ici la divinité du Christ aussi clairement qu'elle est exprimée dans le Prologue de saint Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu... Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est lui qui l'a fait connaître » (Jean, 1, 1, 18).

«Il s'est anéanti lui-même. » Comment? Il n'a pas perdu sa nature divine; il est resté ce qu'il était, mais il a pris ou assumé notre pauvre nature humaine. En descendant du ciel, il ne l'a pas quitté; mais il a commence à habiter sur terre et dans la condition la plus humble.

En ce sens il s'est anéanti.

Tandis que la nature divine est la plénitude infinie de toutes les perfections, la nature humaine est comme vide, bien qu'elle aspire à la plénitude; l'intelligence humaine est à l'origine comme une page blanche sur laquelle rien n'est écrit. Le Fils unique de Dieu s'est anéanti, en prenant notre nature infime, infiniment au-dessous de la nature divine, et même au-dessous de la nature purement spirituelle des anges et des derniers d'entre eux.

Il a pris la forme d'esclave; car l'homme, créature de Dieu, est serviteur du Très-Haut. Le Fils unique du Père a donc pris en sa personne divine la nature du serviteur, la condition d'esclave, pour que le même en personne soit Fils de Dieu et fils de l'homme, pour que le même en personne soit le Fils unique engendré de toute éternité et l'enfant de la crèche de Bethléem, et l'homme de douleur cloué sur la croix.

Il s'est rendu semblable aux hommes, et a été reconnu pour un homme par tout ce qui a paru de lui. Il a voulu être rendu semblable à ses frères en toutes choses, le péché excepté ; bien plus, il a voulu naître parmi les pauvres; il a eu froid, il a eu faim, comme l'homme d'humble condition, il a été fatigué, épuisé, comme nous et plus que nous.

Saint Paul ajoute, en pénétrant plus profondément ce mystère : « Il s'est humilié lui-même, en se faisant obéissant jusqu'à la mort. » L'Homme-Dieu s'est humilié.

L'Ecclésiastique, III, 18, disait : « Plus tu es grand, plus tu dois être humble en toutes choses, et tu trouveras grâce devant Dieu; car la puissance de Dieu est grande et il est glorifié par les humbles. » C'est pourquoi Jésus lui-même nous dit : « Recevez ma doctrine, car je suis doux et humble de coeur » (Matth., xi, 29).

Le signe de l'humilité est l'obéissance, tandis que l'orgueil nous porte à faire notre volonté propre et à chercher ce qui nous élève, à ne pas vouloir être dirigé par les autres, mais à les diriger. L'obéissance est contraire à cet orgueil. Or le Fils unique du Père, descendu du ciel pour nous sauver, pour nous guérir de notre orgueil, s'est fait obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix.

L'obéissance rend méritoires et nos actes et nos souffrances, à tel point que celles-ci, d'inutiles qu'elles paraissent, peuvent devenir très fécondes. Une des merveilles accomplies par le Sauveur est d'avoir rendu très fructueuse la chose la plus inutile, la douleur! Il l'a glorifiée par l'obéissance et l'amour. L'obéissance est grande, héroïque, quand on ne refuse pas la mort et ne fuit pas l'ignominie. Or la mort du Verbe fait chair fut la plus ignominieuse. C'était annoncé par le livre de la Sagesse, n, 20, où est rapportée cette parole des impies contre le sage par excellence : Condamnons-le à la mort la plus honteuse. La mort sur la croix était précisément considérée par les Romains et par les Juifs comme un supplice infamant et horrible réservé aux esclaves. On lit dans le Deutéronome, xxi, 23 : « Le supplicié attaché à une croix est maudit de Dieu. » Et comme le dit saint Paul aux Galates, in, 13 : u Le Christ, pour nous racheter de la malédiction de la loi (impuissante à nous justifier), s'est fait malédiction pour nous, car il est écrit : u Maudit quiconque est pendu au bois. » Il a fallu cet abaissement avant que le Christ entrât dans sa gloire de Rédempteur. De même dans l'Épître aux Hébreux, xi, 26, mu, 13, saint Paul parle de « l'opprobre du Christ crucifié..., richesse plus grande que tous les trésors ». « Jésus, dit- il, l'auteur et le consummateur de la foi..., méprisant l'ignominie, a souffert la croix, et s'est assis à la droite de Dieu » (Hebr., xn, 2).

On s'explique ainsi comment la croix du Sauveur fut « un scandale » pour les Juifs (I Cor., 1, 23). Ils devaient croire que le bois de malédiction devenait l'instrument du salut, que celui qui y était fixé, au lieu d'être maudit de Dieu, devait devenir la source de toute grâce, l'objet de l'amour et de l'adoration (1).

Tout cela est précontenu dans le mystère de la nativité du Seigneur, qui est descendu du ciel pour notre salut, comme le dit le Credo. L'Enfant Jésus prévoyait clairement toutes ces choses douloureuses et glorieuses. Comme il est dit dans l'Épître aux Hébreux, x, 5 : « Le Christ en entrant dans le monde a dit à son Père : Vous n'avez voulu ni sacrifice, ni oblation (de l'ancienne loi), mais vous m'avez formé un corps... Alors j'ai dit : Me voici... je viens, ô Dieu, pour faire votre volonté. »

Cet héroïque exemple d'humble obéissance doit être toujours devant nos yeux.

La liturgie de Noël le rappelle constamment en oppo­sant l'humilité et la majesté du Sauveur :

Meurent«, saluas auctor.Quod nostri quontlam corporis Ex illibada Virgine Nascendo forinam stunpseris.
Souvenez-vous, Auteur du salut, que vous avez pris un corps comme le nôtre, en naissant d'une Vierge sans tache.

Et dans l'Office de Noël on lit ces paroles du Pape saint Léon : « Les deux natures divine et humaine, sans perdre leurs propriétés, sont unies en une seule personne :

l'humilité est soutenue par la majesté, l'infirmité par la puissance, la mortalité par l'éternité. Si le Sauveur n'était pas vraiment Dieu, il n'apporterait pas le remède; et s'il n'était pas vraiment homme, il ne serait pas pour nous un exemple. »

Tout dans la Nativité de Jésus nous parle de son humilité. On lit en saint Luc, Ii, 7 : « Marie mit au monde son fils premier-né, l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie. Il n'y a pas de place pour le Verbe de Dieu fait chair ; il ne faut pas l'oublier, lorsqu'il n'y a pas de place pour nous. Les premiers adorateurs furent de pauvres bergers « qui passaient la nuit aux champs, en gardant leur troupeau ».

Mais une multitude d'anges descendit du ciel en chantant : « Gloire à Dieu dans les hauteurs, et sur la terre paix aux hommes, objet de la bienveillance divine » (Luc, 14).

Les deux extrêmes sont unis : « Le Verbe s'est fait chair. » C'est le rapprochement de la suprême richesse et de la parfaite pauvreté, pour donner aux hommes la rédemption et la paix. On ne peut concevoir une union plus intime d'une humilité plus profonde et d'une dignité plus haute. Les deux extrêmes infiniment distants sont intimement unis ; Dieu seul pouvait le faire. Ce n'est pas seulement beau, c'est sublime, ou d'une extrême élévation dans l'ordre du beau spirituel. C'est ce qui fait la grandeur de la physionomie du Christ. Il tend toujours vers de très grandes choses, dignes du plus grand honneur, mais il y tend très humblement, avec une pleine soumission à la volonté de son Père et en acceptant d'avance toutes les humiliations de la Passion et de la Croix, qu'il prévoit depuis son enfance. C'est l'union la plus étroite de l'humilité parfaite et de la magnanimité la plus haute

L'union de l'humilité et de la dignité chrétienne

En quoi sur ce point devons-nous imiter Notre-Seigneur?

Comment concilier dans notre vie ces deux extrêmes : une humilité qui doit toujours grandir et le vif désir de la perfection et de l'union à Dieu? D'une part le Seigneur nous dit de nous incliner, si bien que nous ne pouvons pas trop nous humilier, et d'autre part nous lisons dans 'l'Évangile : « Soyez parfaits comme le Père céleste est parfait. »

Comment concilier cet abaissement qui nous est demandé avec le désir ardent de notre avancement. Des âmes craignent de manquer d'humilité en aspirant à une union à Dieu dont elles se sentent indignes. Les jansénismes disaient même que par humilité il ne faut communier que très rarement. Cette difficulté pratique existe surtout, il est vrai, pour les âmes qui ont perdu la simplicité supérieure qui vient de la grâce ; mais elle peut exister pour tous, lorsqu'il s'agit de distinguer en nous l'humilité vraie de la fausse. Nous la sentons particulièrement lorsque nous devons défendre notre manière de voir contre celle d'autrui : au début de la discussion il se peut que nous parlions uniquement par amour de la vérité, mais si l'on nous presse, il arrive trop souvent que nous répondons avec l'impatience et l'orgueil de l'amour-propre offensé.

Les âmes les plus simples trouvent la solution de ce problème de vie en relisant ce que dit l'Écriture de l'union de ces deux extrêmes : « Celui qui se fera humble comme ce petit enfant est le plus grand dans le royaume des cieux » (Matth., xvllt, 1). « Humiliez-vous sous la puissante main de Dieu, afin qu'il vous élève au temps marqué déchargez-vous sur lui de toutes vos sollicitudes, car lui-même prend soin de vous » (I Petr., v, 6). « Humiliez-vous devant le Seigneur , il vous élèvera » (Jac., iv, 10).

« Le Seigneur mortifie el il vivifie; il conduit à toute extrémité et il en ramène; il appauvrit et il enrichit, il abaisse et il élève » ( I Rois, il, 6).

L'union de l'humilité profonde et d'une magnanimité toute surnaturelle est particulièrement mystérieuse dans les saints. Ils reproduisent ici la vie du Sauveur, tout en restant fort loin de lui. Il convient d'y insister un peu, car il y a là une grande leçon pour nous.

Les saints se déclarent d'une part les derniers des hommes, à raison de leur infidélité à la grâce, et d'autre part ils sont d'une dignité surhumaine.

Saint Paul , par exemple, dit de lui : « Jésus après sa résurrection est apparu à Céphas, puis aux Douze. Après cela il est apparu en une seule fois à plus de cinq cents frères... Après eux tous, il m'est aussi apparu à moi, comme à l'avorton. Car je suis le moindre des Apôtres, moi qui ne suis pas digne d'ètre appelé apôtre, parce que j'ai persécuté l'Église de Dieu » (I Cor., xv, 8). Il parle même des infirmités qui l'humilient, et qui l'obligent à supplier Dieu de venir à son secours (II Cor., xil, 7).

D'autre part, le méme saint Paul , devant défendre son ministère contre les faux apôtres, écrit avec magnanimité : « Sont-ils enfants d'Abraham? Moi aussi. Sont-ils ministres du Christ ? — Ah ! je vais parler en homme hors de sens, — je le suis plus qu'eux : bien plus qu'eux par les travaux. par les coups, les emprisonnements..., j'ai été trois fois battu de verges, lapidé, exposé à la mort... » Il énumère ses travaux, ses sollicitudes, il parle même des visions et des révélations qu'il a reçues de Dieu (I Cor., xi, 22).

Mais à la fin, revenant à une plus profonde humilité, il écrit Cor., xii, 7) : « De crainte que l'excellence de ces révélations ne vînt à m'enfler d'orgueil, il m'a été donné un aiguillon dans ma chair, un ange de Satan pour me souffleter (afin que je ne m'enorgueillisse point). Aussi, trois fois j'ai prié le Seigneur de l'écarter de moi, et il m'a répondu : Ma grâce le suffit, car c'est dans la faiblesse que ma puissance se montre tout entière. Je préfère donc bien volontiers me glorifier de mes faiblesses, alin que la puissance du Christ habite en moi. »

Saint Thomas dans son Commentaire sur ce chapitre de la Ép. aux Cor., a écrit admirablement sur l'union de l'humilité et de la magnanimité en saint Paul ; nous traduisons ici ce qu'il en dit : « Comme la charité, remarque- t-il, est la racine des vertus, l'orgueil est le commencement de tout péché (Eccli., x, 15). C'est le désir désordonné de notre propre excellence : on la veut alors sans la subordonner à Dieu. On se détourne ainsi de lui, c'est le principe de toute faute; et c'est pourquoi. Dieu résiste aux superbes (Jac., !v, 6). Or comme il y a, dans les bons, le bien dont on peut s'enorgueillir, Dieu pèrmet quelquefois que ses élus aient en eux quelque infirmité, quelque défaut, et parfois un péché mortel, qui les empêche de s'enorgueillir, qui les humilie vraiment; et leur fasse reconnaître que par leurs propres forces il ne peuvent tenir ou persévérer. L'apôtre saint Paul en particulier aurait pu s'enorgueillir de bien des choses : il était un instrument d'élection pour porter la foi aux Gentils (Act., lx, 15); il avait été ravi au troisième ciel, et il avait entendu des paroles ineffables qu'il n'est pas permis à un homme de révéler (II Cor., xt 4 , 4); il avait beaucoup souffert pour le Christ, il avait été jeté plusieurs fois en prison, flagellé; il était vierge, « ayant reçu du Seigneur la grâce d'étre fidèle » (I Cor., vu, 25); il avait travaillé plus que tous, comme il le dit (I Cor., xv, 10); et en particulier il avait des choses divines une haute connaissance qui peut enfler. C'est pourquoi le Seigneur lui donna un remède à l'orgueil. Pour que l'excellence de ses révélations ne l'enorgueillisse pas, il reçut un aiguillon dans la chair, une infirmité humiliante, qui crucifiait son corps pour guérir son âme... Comme il le dit, un ange de Satan venait le souffleter. Combien le pécheur doit trembler, si le grand Apôtre, l'instrument d'élection n'est pas sûr de lui-même. Trois fois il supplia ardemment le Seigneur de le délivrer de cet aiguillon; trois fois, c'est-à-dire : souvent et instamment. Il entendit alors cette parole : Ma grâce le suffit, elle te préservera du péché. La force divine se montre dans la faiblesse, qui est une occasion d'exercer les vertus d'humilité, de patience, d'abnégation. L'homme, sachant sa faiblesse, est plus attentif à résister, et du fait qu'il lutte, il se fortifie. Je me glor­fierai donc volontiers dans mes infirmités, dit saint Paul , puisque je suis ainsi plus humble, et je dois combattre pour que la puissance du Christ habite en moi et y porte tous ses fruits de grâce (2). »

Il y eut quelque chose de semblable chez saint Pierre, humilié d'avoir renié Notre-Seigneur pendant la Passion; il perdit ainsi toute présomption et mit sa confiance, non plus en lui-même, mais en Dieu seul.

Le principe de la conciliation de l'humilité et de la magnanimité chrétienne est exprimé en ces paroles de saint Paul (II Cor.,iv, 7) : « Nous portons ce trésor (de la vérité divine) dans des vases de terre, afin qu'il paraisse que cette souveraine puissance de l'Évangile vient de Dieu et non pas de nous. »

Une des plus belles formules de la conciliation de l'humilité et de la magnanimité est celle-ci, qui est extraite des oeuvres de saint Thomas : « Le serviteur de Dieu doit toujours se considérer comme un commençant et, tendre toujours vers une vie plus parfaite et plus sainte, sans s'arrêter jamais (3).

Ainsi dans les grands saints se concilient l'humilité et la magnanimité ; ils tendent vers de grandes choses au milieu des épreuves et des humiliations.

Mais il y a toujours entre eux et le Sauveur une immense différence ; le Christ très humble reste sans aucun péché, sans la moindre faute à déplorer, très humble dans son absolue impeccabilité et sa souveraine dignité.

Dans la Bienheureuse Vierge Marie, toute proportion gardée, il y a quelque chose de semblable ; elle a été préservée de toute faute, et dans son Magnificat, elle apparait à la fois très humble et très grande, terrible au démon : « Mon âme glorifie le Seigneur... Il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante... Désormais toutes les nations m'appelleront bienheureuse, car il a fait en moi de grandes choses, Celui qui est puissant... Il a renversé les orgueilleux de leur trône et il a élevé les petits. »

Quelque chose de semblable apparaît aussi, pour notre consolation, dans la vie de l'Église, épouse du Christ. En toute son histoire se vérifie la parole : « Quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. » Jésus le dit en parlant des invités qui prennent la première place, et de nouveau dans la parabole du pharisien et du publi­cain (Luc. xtv, 11 ; xvitr, 14).

L'Église dans les persécutions semble souvent vaincue ; elle est pourtant toujours victorieuse; dans son humilité, elle tend vers ces grandes choses qui sont la gloire de Dieu et le salut des âmes.

IL doit y avoir enfin quelque chose de semblable en tout chrétien, surtout en tout religieux ; il doit être vraiment humble comme une racine cachée sous la terre et il doit tendre toujours vers ces grandes choses qui sont une foi plus vive, une espérance plus ferme, une charité plus ardente, une union à Dieu chaque jour plus intime, plus pure et plus forte. Ainsi se concilient les extrêmes, comme la racine profonde de l'arbre qui figure l'humilité et la branche la plus haute qui est le symbole de la charité, toutes les vertus sont connexes et grandissent ensemble, comme la racine s'enfonce toujours dans le sol, pendant que la plus haute branche s'élève vers le ciel.

Ainsi dans le corps mystique du Sauveur doivent se réaliser ces paroles de saint Léon dites de Jésus lui-même : « L'humilité est soutenue par la majesté, la faiblesse par la force, la mortalité par l'éternité (4).

Peu à peu dans le corps mystique du Christ : ce qu'il y a de mortel est absorbé par la vie » (Il Cor., Iv, 4). — « Il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibi­lité » (I Cor., xv, 53), pour que s'accomplisse le mystère de la Rédemption, péur que le Verbe incarné nous applique le fruit de ses mérites et soit actuellement et pleinement l'Auteur du salut.

Quelle grandeur dans ce titre Salulis auclor! Et comme il s'unit avec ces paroles : « Recevez ma doctrine, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos Mmes. » Daigne le Sauveur nous accorder la gràce de lui devenir semblable; nous n'avons d'humilité vraie que celle qu'il nous donne, encore faut-il sincèrement la lui demander et accepter le chemin qui y conduit.

APPENDICE
Gloria Crucis

Le Christ s'est humilié... jusqu'à la mort de la croix ;
c'est pourquoi Dieu l'a exaltéet lui a donné un nom au-dessus de tout nom. » (Philipp., S.)

Nous reproduisons ici un ummucrit parvenu entre nos mains, en y ajoutant quelques notes explicatives. C'est une élévation sur la gloire du Christ par rapport à la profondeur de ses humiliations et de ses souffrances.

Sic Deus dilexit nundum ut Faim suum unigenitum dard Dieu a aimé le monde jusqu'à donner son Fils unique (Jean, ni, 16). Dans le grand mystère de l'Incarnation, mystère d'amour ineffable, il y a un noyau impénétrable à la raison humaine, il y a un secret que Dieu seul révèle : le pourquoi des douteurs immenses de la Passion rédemptrice.

Si, devant l'image du Crucifié, chaque àme chrétienne peut dire : Jesus crucifixus, pignus amoris Palris mei! Jésus crucifié, gage de l'amour de mon Père! .) aucune n'est capable de dire la raison quiqui a motivé le décret de la Passion et de la Mort du Fils de Dieu; ce décret est le secret de l'amour divin (5).

Les excès d'humiliation, les indicibles ignominies auxquelles le Verbe incarné s'est soumis pour obéir à son Père et par amour pour les hommes, ses frères, ces excès, cet océan de souffrances, on les adore, mais on ne les explique pas... jusqu'au jour où le Seigneur soulève lui-même le voile qui couvre ce «saint des saints ”.

Alors le mystère demeure mystère, mais, éclairée sur le secret, l'âme extasiée contemple les ineffables harmonies du divin chef-d'oeuvre : la gloire de la Croix rédemptrice.

Les paroles de la Sainte Écriture : « Gloriam mean alleri non debo. Je ne donnerai pas ma gloire à un autre (lsaie, v.n. 8,xlviii), résument ce qui se cache en ce secret de la Passion et de la mort du Christ Jésus, et contiennent en même temps la merveilleuse harmonie de toutes les enivres divines.

Oui, de toute éternité Dieu avait voulu l'Incarnation du Verbe, son Fils, comme rédempleur du monde et chef de l'humanité rachetée Or. en Notre-Seigneur Jésus-Christ la grâce (habituelle) a pour fin principale la plus éminente union de Dieu puisse actorder à une nature créée, c'est-à-dire l'union hypostatique, par laquelle le Fils de Marie. jouissant dès le sein maternel de la vision béatifique. pouvait affirmer t Le P;Te et moi nous sommes un „'Cette grâce fut donnée à Jésus-Christ pour la fin qui l'a fait descendre sur cette terre, laquelle fin n'est autre que la satisfaction que, comme chef de son corps mastique, il devait offrir au Dieu trois fois saint.

Cependant, en raison de la dignité infinie de la Personne du Verbe, une seule goutte du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ aurait pu suffire pour racheter mille mondes s'ils existaient. Donc ce n'est pas dans la nécessité de racheter l'humanité pécheresse que nous devons chercher le motif des excès de la très sainte Pression et de la très sainte Mort du Christ.

Cherchons-la plutôt dans les splendeurs de la gloire de l'Incarnation (ou de la manifestation de la bonté rayonnante du Sauveur), parce que c'est là que nous la trouverons. La gloire essentielle de Dieu, la gloire incommunicable et propre à l'adorable Trinité est devenue, dans le mystère de l'Incarnation, le partage magnifique de la sainte humanité de Jésus. C'est l'aigle des Évangélistes qui le dit dans le Prologue de son Évangile : « El le Verbe s'est fait chair: el il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire du fils unique du Père, plein de grâce et de vérité (Jean, 1,

Les excès de douleur et d'humiliation de la Passion et de la mort de Notre-Seigneur furent la compensation exigée par la sagesse divine, qui fait toutes choses avec poids et mesure, en échange de la gloire ineffable dont jouirait éternellement l'Homme-Dieu (6).

Oui, « gloriam meam alteri non (dabo, avait dit Yahvé par son prophète, et ces paroles ne furent pas démenties, pas même en faveur du Verbe incarné, puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ, par sa Passion et sa Mort, n'a pas seulement arraché à la domination de Satan et de la mort le monde entier, mais encore il a conquis pour sa très sainte humanité le droit d'être intronisé dans les tabernacles éternels à la droite du Père. C'est à la nécessité de conquérir ce droit (7) que le Seigneur fait allusion le soir de la Résurrection lorsqu'il dit aux disciples d'Emmaiis : des hommes sans intelligence, et dont le coeur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes! Ne fallait-il pas que le Christ souffrit ces choses et qu'il entré ainsi dans sa gloire? (Luc, xxtv, 25-26). En effet, admirable; indicible est la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, puisque c'est la gloire du Fils unique du Père, et comme telle cette gloire excède la capacité de compréhension de l'intellect humain et angélique: seul Dieu même peut l'apprécier pleinement, puisque lui seul se connaît autant qu'il est connaissable.

Bien que cette gloire du Fils unique soit indicible, un texte évangélique nous donne un peu de lumière à ce sujet. Le voici : « Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de sa poitrine, comme dit l'Écriture o, (Jean, vu, 38). Jésus le disait à tous à voix forte à la fête des tabernacles. Et l'Évangéliste saint Jean ajoute : « Il dit cela de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. rr Donner aux âmes le Saint-Esprit, voilà la gloire du Christ ressuscité, gloire unique, ineffable. Et l'écrivain sacré poursuit et dit « Car l'Esprit n'était pas encore donné, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié » (lbid).

L'Esprit-Saint sera donné a la Pentecôte lorsque, par les humiliations de la Passion et de la Mort, le Seigneur Jésus entrera dans sa gloire, parce que de celui qui s'abaisse sera élevé» (Luc , xviii, ii).

Et qui s'est Jamais humilié comme le Pontife de la Nouvelle Alliance, le Christ Notre-Seigneur? Aussi, comme de justice, personne n'a Jamais été et ne sera jamais exalté comme lui :

Le Christ Jésus s'est humilié lui-méme, se rendant obéissant jusqu'à la mort, et Jusqu'à la mort de la croix. C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de out nom, afin qu'ou nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est le Seigneur, à la gloire de Dieu le Père . Philippe .,II,8).

0 gloria crucis (8).

Ces pages éclairent d'un jour spécial les humiliations du Sauveur, la nuit obscure de sa Passion, et celle aussi que doi­vent traverser les saints. On comprend mieux ainsi ce qu'a écrit saint Jean de la Croix à ce sujet, et les souffrances réparatrices qu'ont dii porter de grands serviteurs de Dieu comme saint Paul de la Croix. On sait qu'après avoir été élevé à l'âge de trente et un ans à l'union transformante, il passa quarante-cinq ans par des souffrances intérieures continuelles et des plus profondes pour le salut des pécheurs. Il était très intimement configuré à Jésus crucifié: la profondeur, la durée, la continuité de ses souffrances étaient proportionnées à l'éternel poids de gloire <, aeternam gloriae pondus », selon l'expression de saint Paul, qu'il devait recevoir dans le ciel.

On voit ainsi l'élévation des vertus infuses et ce que doivent être chez les progressants et les parfaits les progrès de l'humilité « Celui qui s'élève sera abaissé, celui qui s'abaisse sera élevé » (Luc., xvin, 14).

RÉFÉRENCES
— (1) gf. P.-J.-M. VOSTÉ, O. P., Sludia Joannea, p. 323.
— (2) S. Thomas, In'Epist. II ad Cor., mi, 7.
— (3) Cf. S. THOMAS, Comm. in Ep. ad Ilebr., vi, lect. t : « Quantum ad aestimationern, semper debet homo esse sicut incedens et tendens ad majora, Phili., ni, 12. Nnn quoul jam coeperim nul quod jaco petfectus son_ Et semper debet niti homo transire ad statu m perfectum, Phit., 13 Quae retro sont obltviscens, ad ea quae priora sont une extendens.»
— (4) « Suscipitur a majestate humilitas, a virtute inlirmitas, ab aeternitate mortalitas.»
—(5) II ne s'agit pas ici du motif de l'incarnation, ruais du motif des souffrances immenses de la Passion rédemptrice, alors que le moindre acte d'amour du Sauveur suffisait à nous racheter.
—(6) Cela ne veut certes pas dire que Jésus par sa douloureuse Passion a mérité l'Incarnation; le principe du mérite ne peut être mérité. Mais cela veut dire, comme il est dit plus loin, que Jésus a mérité ainsi l'exaltation de son nom, comme l'affirme avec toute la tradition saint Thomas d'Aquin.
—(7) Ce qu'il avait par droit de naissance, il l'a eu aussi par droit de conquête.
— (8 ) Saint Thomas dit équivalemment q. 413, a . 1) : « Le Christ, par l'humilité de sa Passion, a mérité la gloire de son exaltation. » Voir aussi ibidem, a. 3 : Par la douloureuse passion Jésus nous manifeste aussi l'excès de son amour, jusqu'à la folie de la Croix; par suite, les hommes sont beaucoup plus éclairés sur la gravité du péché et sur le prix de la grâce, germe de la vie éternelle, participation à la vie intime de Dieu.
Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
1
18
2
19
3
20
4
21
5
22
6
23
7
24
8
25
9
26
10
27
11
28
12
29
13
30
14
31
15
32
16
33
17
34
Restaurant de mon fils François Pour choisir une autre série Le commerce de mon fils Marcel