+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome II-Partie 3-Chapitre 14

L'Esprit de pauvreté

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
Tome II-Partie 3-Chapitre 14

L'Esprit de pauvreté
Beati pauperes spiritu.

Après avoir traité de l'humilité et de la douceur, il convient de considérer les vertus qui correspondent aux conseils évangéliques. Comme nous avons parlé plus haut de la virginité à propos de la chasteté, il nous reste a dire comment la pauvreté et l'obéissance concourent à la perfection chrétienne.

Pour y pars enir, il convient de pratiquer effectivement les trois conseils, c'est-à-dire que, dans l'usage des biens légitimes, il est opportun de se tenir en deçà de ce qui est permis pour n'are pas entraîné au-delà. La pratique effective de ces trois conseils, nous l'avons vu plus haut (1), est un chemin qui conduit plus facilement, plus vite et plus sûrement à la perfection; on y parvient ainsi plus souvent dans la vie religieuse que dans l'état du mariage. Cependant la perfection chrétienne ne consiste pas essentiellement en la pratique de ces conseils, elle est spécialement dans la charité (2); encore, pour y parvenir, faut-il avoir au moins l'esprit des conseils, qui est

l'esprit de détachement. C'est ce que dit saint Paul : « Le temps est court; il faut que ceux qui sont mariés soient comme ne l'étant pas,.., que ceux qui achètent comme ne possédant pas, ceux qui usent du monde comme n'en usant pas, car elle passe, la figure de ce monde » (I Cor., viii, 29).

Nous parlerons d'abord de l'esprit de pauvreté, recommandé à tous par Notre-Seigneur lorsqu'il a dit : « Bienheureux les pauvres en esprit.

Le prix de la pauvreté volontaire

Le sens de cette béatitude évangélique est celui-ci : bienheureux ceux qui n'ont pas l'esprit des richesses, le faste, l'orgueil, l'avidité insatiable; mais qui ont l'esprit de pauvreté et sont humbles. Jésus dit : « le royaume des cieux est à eux », non seulement il sera à eux plus tard, mais il est en un sens à eux dès maintenant.

Cette pauvreté volontaire, on peut la pratiquer, soit au milieu de l'abondance des biens terrestres, lorsqu'on n'y est pas attaché, soit dans le dénuement, lorsqu'on le supporte généreusement par amour de Dieu.

Le prix de cette pauvreté volontaire peut apparaître déjà même à ceux qui n'ont pas la foi, du fait des désordres qui naissent de la cupidité, de la concupiscence des yeux, du désir des richesses, de l'avarice, des excès du capitalisme et de l'oubli des pauvres qui meurent de faim.

Il faut commencer à se détacher des biens terrestres pour bien comprendre cette vérité souvent énoncée par saint Augustin et par saint Thomas : « A l'opposé des biens spirituels, les biens matériels divisent les hommes, parce qu'ils ne peuvent appartenir simultanément el i ntégralement à plusieurs (3). » Plusieurs ne peuvent posséder en même temps et intégralement la même maison, le même champ, le même territoire; d'où les divisions, les querelles, les procès, les guerres. Au contraire, les biens spirituels, comme la vérité, la vertu, Dieu même, peuvent appartenir simultanément et intégralement à plusieurs; plusieurs peuvent posséder en même temps la même vertu, la même vérité, le même Dieu qui se donne à chacun de nous tout entier dans la communion.

Dès lors, tandis que la recherche effrénée des biens matériels divise profondément les hommes, la recherche des biens spirituels les unit. Elle nous unit d'autant plus que nous recherchons davantage ces biens supérieurs. Et même nous possédons Dieu d'autant plus que nous le donnons aux autres; lorsqu'on donne de l'argent, on ne le possède plus; lorsque, au contraire, on donne Dieu aux àmes, au lieu de le perdre, on le possède davantage. Et si l'on refusait de le donner à qui le demande, on le perdrait.

On s'explique dès lors que pour combattre la cupidité, la concupiscence des yeux, le désir des richesses, l'avarice, l'oubli des pauvres, Notre-Seigneur nous ait conseillé la pauvreté volontaire, ou le détachement à regard des biens terrestres qui divisent. Jésus nous porte ainsi à désirer vivement les biens spirituels, qui unissent.

L'esprit de détachement est même nécessaire au chrétien pour bien entendre le vrai sens du droit de propriété individuelle, au lieu d'abuser de celui-ci. On l'oublie souvent, et les àmes intérieures doivent en avoir une connaissance profonde. Comme le montre saint Thomas, ce droit de propriété est le droit de faire valoir et d'administrer des biens matériels, mais pour ce qui concerne leur usage, il faut en donner facilement à ceux qui son! dans le besoin (4).

Saint Paul a dit en effet (I Tim., vt, 17) : Recommande à ceux qui sont riches dans le siècle présent de n'être pas hautains, de ne pas mettre leur espérance dans des richesses incertaines, mais en Dieu, qui nous donne avec abondance tout ce qui est nécessaire à la vie; recommande-leur de faire du bien, de devenir riches en bonnes oeuvres, d'être prompts à donner ce qu'ils ont, généreusement, s'amassant ainsi pour l'avenir un solide trésor qui leur permette d'acquérir la vie véritable. »

Voilà l'esprit de détachement; il doit rappeler à tous ce que dit ailleurs saint Thomas : si un pauvre dans le cas d'extrême nécessité demande un morceau de pain, et qu'on le lui refuse, il peut le prendre, ce n'est pas un vol; il y a droit pour ne pas mourir de faim; la vie d'un homme vaut plus évidemment qu'un morceau de pain que nous n'avons pas le droit de retenir jalousement si un de nos frères en a absolument besoin.

C'est un précepte de donner l'aumône avec son superflu pour venir au secours de celui qui est dans une grave nécessité (5). Et ce qui est dit du morceau de pain, doit se dire du vêtement et de l'abri nécessaire. Il faut revenir à cet esprit de pauvreté évangélique pour combattre aujourd'hui les abus du capitalisme qui exaspèrent l'ouvrier sans travail, incapable de nourrir ses enfants. Il est dit dans l'Écriture (Ps. x, 2) : « dum superbil impius, incenditur pauper : pendant que l'impie s'enorgueillit, le pauvre se consume et s'irrite. » Le riche, loin d'être un accapareur, doit être l'administrateur des biens donnés par Dieu, de telle façon que les pauvres en profitent pour le nécessaire. On vit alors, non plus sous le règne de la convoitise et de la jalousie, mais sous le règne de Dieu (6).

Il convient aujourd'hui de rappeler ces vérités élémentaires même en parlant du progrès de la vie intérieure, car les graves perturbations et les périls de la société moderne obligent à considérer ces vérités d'un point de vue supérieur et à les mettre en pratique avec un grand esprit de toi et de détachement. C'est le vrai remède à ces deux déviations extrêmes opposées l'une à l'autre : les abus du capitalisme et les excès du communisme, deux désordres contraires qui proviennent d'une conception matérialiste de la vie humaine et de l'oubli de l'Évangile (7).

Le prix de la pauvreté volontaire apparaît par cesdésordres mêmes, qui sont d'une gravité inquiétante.

Le prix du détachement apparaît d'une façon plus positive lorsqu'on se rappelle quels sont les vrais biens que nous devons ardemment désirer. Notre-Seigneur le dit pour tous, et les âmes intérieures doivent l'entendre plus profondément : « Ne vous inquiétez pas pour votre vie, de ce que vous mangerez ou boirez; ni pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement? Regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment, ni ne moissonnent..., le Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux?... Cherchez premièrement le royaume de Dieu el sa justice, el tout cela vous sera donné par surcroît. N'ayez point de souci du lendemain, le lendemain aura le souci de lui-même. A chaque jour suffit sa peine » (Matth., vi, 25-34).

Cet esprit de détachement porte ainsi à désirer plus fortement les biens du ciel et à s'appuyer sur le secours de Dieu pour arriver au terme du voyage; pauvreté volontaire et confiance en Dieu vont ensemble; plus on se détache des biens terrestres, plus on désire ceux du ciel; et moins on s'appuie sur les secours humains, plus on met sa confiance en celui de Dieu. Ainsi la confiance en Dieu est l'âme de la sainte pauvreté. Tous les chrétiens doivent avoir l'esprit de ce conseil.

Si maintenant il s'agit de la pratique effective de la pauvreté volontaire, rappelons-nous comment Notre-Seigneur répondit au jeune homme riche qui désirait savoir le chemin qui mène plus sûrement à la perfection. Jésus lui répondit (Marc, x, 21) : « Va, vends tout ce que lu as, donne-le aux pauvres el tu auras un trésor dans le ciel; puis viens et suis-moi. Mais le jeune homme, dit l'Évangéliste, affligé de cette parole, s'en alla tout triste; car il avait de grands biens. » — Il préféra les garder plutôt que de suivre Notre-Seigneur pour gagner des âmes, plutôt que de devenir « pêcheurs d'hommes » comme les apôtres.

La pratique effective de cette pauvreté volontaire est de conseil, elle n'est pas obligatoire ; mais pour être parfait il faut avoir au moins l'esprit de ce conseil, l'esprit de détachement au milieu même des richesses, si on les conserve.

Saint François de Sales (8) développe cet enseignement en disant que la pauvreté volontaire est un grand bien, mais peu connu; qu'elle est un principe de bonheur ; qu'il faut l'observer parmi les richesses et aussi dans la pauvreté réelle, si nous venons à tout perdre. « Si vous aimez les pauvres, dit-il (9), mettez-vous souvent parmi eux; prenez plaisir à les voir chez vous, et à les visiter chez eux.: conversez volontiers avec eux ; soyez bien aise qu'ils vous approchent... Voulez-vous faire encore davantage : rendez-vous servante des pauvres, allez les servir quand ils sont malades... à vos propres dépens. Ce service est plus triomphant qu'une royauté... Saint Louis servait fort souvent à table des pauvres qu'il nourrissait, et en faisait venir presque tous les jours trois à la sienne, et souvent il mangeait les restes de leur potage avec un amour nonpareil. Quand il visitait les hôpitaux... il se mettait ordinairement à servir ceux qui avaient les maux les plus horribles..., et leur faisait tout son service à tête nue et les genoux en terre, respectant en leur personne le Sauveur du monde... Sainte Élisabeth, fille du roi de Hongrie, se mêlait aussi ordinairement avec les pauvres... Quand il vous arrivera des inconvénients qui vous appauvriront... incendie, inondation, procès..., alors c'est la vraie raison de pratiquer la pauvreté... avec douceur et patience. »

Le même saint ajoute que la pauvreté vraiment chrétienne doit être gaie et que celui qui l'a choisie ne doit pas rechercher ses aises, mais qu'il doit souffrir quelques incommodités pour l'amour de Dieu, autrement comment cette vertu serait-elle pour lui un moyen d'union à Dieu? Les exemples d'un saint François d'Assise, d'un saint Dominique, d'un saint Benoit-Joseph Labre, nous montrent à quel point cette vertu, pratiquée par amour de Dieu, peut nous conduire à une union intime avec lui.

La fécondité de la pauvreté volontaire

Saint Thomas (10) nous dit que Jésus voulut étre pauvre pour quatre raisons :
1° parce que la pauvreté volontaire convient au prédicateur qui doit être délivré du souci des biens terrestres;
2° pour montrer qu'il ne désirait que le salut des âmes;
3° pour nous porter à désirer surtout les biens éternels;
4° pour que la force divine qui sauve les âmes apparût davantage en l'absence des secours humains.

C'est pourquoi aussi il choisit pour ses apôtres de pauvres pêcheurs de Galilée.

Tout cela montre la fécondité de la pauvreté volontaire, c'est le centuple promis par Notre-Seigneur.

Premièrement, l'esprit de pauvreté libère de la préoccupation excessive des biens extérieurs, qui ne sont plus dès lors un obstacle dans notre marche vers Dieu, mais un moyen de faire du bien. Ainsi délivré le chrétien peut courir dans la voie de la perfection ; il ne pense plus à s'installer sur la terre comme s'il devait y rester toujours, il comprend qu'il n'y est qu'en passant; il n'est plus embarrassé comme par des bagages inutiles en son voyage vers l'éternité; il a conscience d'être un voyageur, vialor, et il aspire à arriver au but suprême sans retard. Sa marche est même accélérée, toujours plus rapide, parce qu'il est toujours plus attiré par la fin dernière au fur et à mesure qu'il se rapproche d'elle.

En second lieu, la pauvreté volontaire est un signe de désintéressement, particulièrement nécessaire pour l'apôtre; car on doit voir qu'il n'a d'autre intérêt que de gagner des âmes à Notre-Seigneur. C'est ce que dit saint Dominique aux prélats qui, en Languedoc , arrivèrent avec toute une suite pour prêcher l'Évangile aux populations séduites par les erreurs des Albigeois. Ces prélats comprirent alors qu'il faut d'abord prêcher d'exemple, par un vrai détachement, et ils renvoyèrent leur suite.

En troisième lieu, la pauvreté volontaire est d'une fécondité matérielle qui parfois louche au miracle. Il suffit, pour le voir, de parcourir certains couvents voués au soulagement des pauvres, comme les hospices des Petites Sœurs des pauvres, ou la « piccola casa » de saint Joseph Cottolengo à Turin, « piccola casa » qui abrite dix mille malades indigents, et qui ne subsiste que par les aumônes reçues au jour le jour; c'est comme un miracle perpétuel accompli par la divine Providence, en réponse à la confiance du saint fondateur et de ses fils, qui ont entendu le sens profond de la parole de Jésus : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Matth., vr, 33). Ces serviteurs des pauvres ont vécu de la contemplation surnaturelle de cette vérité et de sa mise en pratique.

Quatrièmement enfin, l'esprit de pauvreté est d'une fécondité spirituelle encore plus admirable. Il nous apprend la patience, l'humilité, le détachement à l'égard des biens supérieurs, de tout ce qui n'est pas Dieu et l'amour de Dieu, c'est-à-dire à l'égard des biens de l'intelligence, de ceux du coeur et de certains biens de l'âme. Les biens de l'intelligence ce sont nos connaissances, nos talents si nous en avons quelqu'un. Il faut savoir éviter dans l'étude la curiosité, la vaine gloire, l'empressement naturel inutile, mettre cette étude vraiment au service de Dieu, en se détachant de ses propres lumières, de ses vues trop personnelles. Si on le fait, le Seigneur donnera ici aussi le centuple : une simplicité supérieure, celle de la vraie contemplation, qui s'oublie elle-même pour se perdre en son objet. Saint Albert le Grand pratiqua cet esprit de pauvreté à l'égard de la science immense qu'il avait acquise; il lui fut annoncé qu'il perdrait l'usage de la mémoire, ce qui arriva, et, pendant le temps assez long qu'il eut encore à vivre, il resta comme tout absorbé dans la contemplation de Dieu. A la place de la science acquise qu'il avait en quelque sorte perdue, il avait reçu une richesse très supérieure, un haut degré de contemplation infuse pour vivre très profondément des mystères du salut.

Les biens du coeur ce sont nos affections, et aussi l'affection pleine d'estime et de confiance qu'on nous témoigne. Il faut vivre à l'égard même de ces biens dans un certain détachement pour ne pas verser dans le sentimentalisme; il ne faut pas tenir à être aimé, estimé; il faut aussi consacrer à Dieu nos affections légitimes, les mettre sous l'influx de la vraie charité, qui nous révélera ce qu'est le trésor d'une amitié vraiment surnaturelle, toute de générosité. C'est un grand don de Dieu, qu'il accorde parfois à ceux qui ont 'renoncé à tout.

Enfin il y a certains biens de l'âme à l'égard desquels l'esprit de pauvreté apprend aussi à pratiquer le détachement, ce sont les consolations spirituelles. Il est sûr qu'il ne faut pas les rechercher pour elles-mêmes; elles cesseraient d'être un moyen d'aller à Dieu pour devenir un obstacle. Il faut consentir à en être sevré quand le Seigneur le juge à propos pour notre bien. Bien des âmes intérieures, suivant le conseil du B' Grignion de Mont­fort, se dépouillent de tout ce qu'il y a de communicable aux autres dans leurs prières et leurs bonnes oeuvres, et l'abandonnent à la Sainte Vierge, pour qu'elle en fasse profiter les âmes de la terre ou du purgatoire qui en ont le plus besoin. Par ce dépouillement le chrétien se prépare à une pauvreté spirituelle plus haute qui est un grand don de Dieu et qui rappelle le dénuement de Jésus sur la croix, abandonné de son peuple. de plusieurs des siens, et apparemment abandonné de son Père. Cette pauvreté spirituelle supérieure, les âmes intérieures la trouvent en cette purification dernière que saint Jean de la Croix appelle la nuit obscure de l'esprit. Les âmes victimes connaissent plus profondément que les autres ce dépouillement absolu et cette immolation qui les configure au Christ, pour obtenir le salut des pécheurs.

Ainsi, à des degrés divers, l'esprit de pauvreté et plus encore la pauvreté volontaire effectivement pratiquée par amour de Dieu enrichissent le chrétien en le dépouillant et lui obtiennent le centuple. C'est la haute signification de la béatitude évangélique : « Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux.»

Le mérite des vœux

Il faut ajouter avec saint Thomas (11), qu'il est plus méritoire de faire un acte bon avec un vœu'que sans voeu. Pour trois raisons,

1. parce que le v œu est un acte de la vertu de religion, ou du culte de latrie; or, cette vertu est la plus noble des vertus morales, elle rend par là plus méritoires les actes de pauvreté, de chasteté, d'obéissance qu'elle inspire, commande, et offre à Dieu comme un holocauste.

De plus la charité inspire elle-même le voeu; il est fait par amours et il est un vrai témoignage de celui-ci, parfois grandement méritoire. Si l'on aime beaucoup quelqu'un, on se met par affection à son service; ainsi l'âme qui veut beaucoup aimer Dieu se met par amour à son service, pour toujours, en se liant à lui par un voeu. — On répond ainsi à l'objection de ceux qui disent : « Celui qui est déjà intimement uni à Dieu par la charité, qui est la plus haute des vertus, ne trouve pas une perfection nouvelle en se liant à Dieu par un voeu; s'il est déjà ami, il n'a pas à se faire serviteur; d'autant que Notre-Seigneur a dit : « je ne vous appelle plus mes serviteurs, mais mes amis. » — A cette objection on répond que celui qui aime Dieu trouve une perfection nouvelle en se mellani par amour à son service Joule sa vie (12).

Saint Thomas ajoute deux autres raisons :

2° Celui qui promet à Dieu une suite de bonnes oeuvres et les accomplit se soumet plus à Dieu que s'il les accomplissait sans les avoir promises. Ainsi celui qui donne l'arbre et les fruits offre plus que s'il offrait seulement les fruits en gardant la propriété de l'arbre.

3' Enfin par le voeu la volonté est immuablement affermie dans le bien, ce qui est une perfection de plus.

On voit par là que les voeux de religion, surtout les voeux perpétuels et solennels, ajoutent aux actes de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, un mérite de plus, celui de la vertu de religion, offerte elle-même à Dieu comme un culte par la charité qui inspire toutes les autres vertus. L'âme consacrée au Seigneur lui appartient ainsi plus intimement.

RÉFÉRENCES
— (1) Partie, ch. xiii.
— (2) II. 11", q. 184, a . 3.
— (3)« Bona spiritualia possunt simul a pluribus (integraliter) possideri, non autem bona corporalia », dit saint Thomas, 111°, q. 23, a . , ad 3; cf. I' IP., q. /8, a. 4, ad 2.
— (4) II' IP% q 66, a . 2 a Circa rem exteriorem duo competent homini. Quorum unum est polestas procurandi et d4ensandt et quantum ad hoc licitum est, quod homo propria possideat... Aliud vero, quod competit homini cires res exteriores, est usus ipsorum. Et quantum ad hoc non debet homo habere res exteriores ut proprias, sed ut commu­nes, ut scilicet de facili aliquis eas communicet in necessitate aliorum
— ( 5)I Tim , vi, 18), cf. P Il", q. io5, a. a, C.(a) II", q. 3a, a. 5
— (6) S.S. Pie XI remarque dans une de ses Encycliques que le Seigneur distribue avec une sainte indifférence les biens temporels aux bons et aux méchants. Ils n'ont pas en effet do valeur par eux-mémes, mais par l'usage qu'on en fait, en vue de la vie éternelle.
— (7) Les saints ont souvent dit que l'amour est un acte par lequel la cupidité retranche son superflu pour que les autres aient leur nécessaire... L'incarnation du Verbe est l'exemple de la compassion.
Ces pulsées reviennent souvent dans l'Imitation de la vie pauvre de Notre-Seigneur, qui a été attribuée à Tauler, et dans les sermons authentiques de celui-ci.
— (8) Introd. fi la vie di'vole, Ill • P., ch. XIN, XV, XVI.
— (9) Ibidem, ch. av.
—(10) q. 4o, a. 3; cf. q. 35, a . 7.
—(11) 11' 11—, q. 88, a . 6.
—(12) Cette influencé supérieure de l'amour se manifeste aussi en ceci que le culte intérieur l'emporte sur le culte extérieur; il est plus parfait d'offrir à Dieu nos actes de foi, d'espérance et d'amour, que des actes extérieurs. Les vertus théologales inspirent la vertu de religion, qui rend ainsi par amour le culte dû à Dieu. Cf. Il' 11", q.a. 5, ad 1'.
Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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