+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome I-Partie 2-Chapitre 8

Purification active de l'imagination
et de la mémoire

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
Tome I-Partie 2-Chapitre 8

Purification active de l'imagination et de la mémoire

« Memol are novissima tua et in aelernum non peccabis.
Dans toutes tes actions souviens-loi de,,ta fin et tu ne pécheras jamais. » (Eccli , vil, 40.)

Vois les choses non pas seulement sur la ligne horizontale du temps, mais sur la ligne verticale qui les rattache à l'éternité.

Ce que nous avons dit de la purification active des sens et de la sensibilité montre déjà que la mortification extérieure n'est pas la principale, mais que celui qui la négligerait négligerait aussi toute mortification intérieure et finirait par perdre tout esprit d'abnégation.

Cela arriverait surtout si délibérément on ne voulait plus se soucier de mortification. On tomberait ainsi, comme il arrive trop souvent, dans le naturalisme pratique substitué à l'esprit de foi, et finalement on ne garderait presque plus rien du précepte du Seigneur : « Si quelqu'un veut me suivre, qu'il se renonce et porte sa croix » (Matth., xvi, 24; Luc, ix, 23).

Si délibérément on veut prendre tout ce qui plaît comme nourriture et pour être toujours à l'aise, sans aucun esprit de tempérance chrétienne, on ne tend plus à la perfection, et l'on perd de vue l'élévation du précepte suprême : «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toutes tes forces, de tout ton esprit » (Luc, x, 27). Si l'on est religieux, en agissant ainsi, on perd de vue l'obligation spéciale de la vie religieuse.

Mais la mortification extérieure du corps et des sens serait sans grand résultat si elle ne s'accompagnait de la mortification intérieure de l'imagination, de la mémoire, dont nous allons parler, et de la purification active de l'intelligence et de la volonté, dont nous traiterons ensuite.

La purification active de l'imagination

L'imagination est une faculté qui nous est certainement très utile, puisque l'âme unie au corps ne pense pas sans images (1); une image accompagne toujours l'idée, et c'est pourquoi Notre-Seigneur parlait aux foules en paraboles pour les élever doucement de l'image sensible à l'idée spirituelle du royaume de Dieu; de même, pour faire entendre à la Samaritaine quel est le prix de la grâce divine, il ne lui a pas parlé de celle-ci en termes abstraits, il lui a parlé en images de « l'eau vive qui jaillit en vie éternelle ».

Mais, pour être utile, l'imagination doit être dirigée par la droite raison éclairée par la foi. Autrement, elle peut devenir, comme on l'a dit, « la folle du logis », elle nous écarte de la considération des choses divines et nous porte vers des choses vaines, inconsistantes, vers des choses fantastiques ou même défendues. A tout le moins, elle nous porte à la rêverie, d'où naît le sentimentalisme opposé à la vraie piété.

Il n'est pas toujours en notre pouvoir, surtout dans les périodes de fatigue, d'écarter immédiatement les images vaines ou dangereuses; mais nous pouvons, avec le secours de la grâce, ne pas vouloir leur accorder l'attention de l'esprit, et, peu à peu, diminue leur nombre et leur attrait. Même des âmes parfaites souffrent encore de certaines divagations involontaires de l'imagination suscitées parfois par le démon, comme le note sainte Thérèse dans la Ve Demeure, ch, iv, et même dans la VIe, ch. I. Mais cependant l'âme intérieure, en progressant, se libère peu à peu de ces divagations de la fantaisie, et elle finit par contempler Dieu et son infinie bonté sans presque faire allenlion aux images qui accompagnent cet acte de foi pénétrante et savoureuse. Ainsi nous écrivons avec une plume sans prendre garde à la forme de celle-ci, et souvent nous nous entretenons avec une personne sans faire aucune attention à la forme ou à la couleur de ses habits, à moins que ceux-ci n'aient quel­que chose de singulier ou d'insolite.

Peu à peu, par suite, l'imagination cesse de troubler l'exercice de l'intelligence, et finalement elle est mise positivement à son service pour exprimer parfois en de très belles images les choses de la vie intérieure, un peu comme Notre-Seigneur les exprimait en parlant en paraboles, ou dans ses entretiens avec Nicodème ou la Samaritaine. Ces images doivent alors être sobres, discrètes, pour ne pas attirer l'attention sur elles-mêmes, mais sur l'idée supérieure qu'elles expriment à leur manière. Alors, comme une personne bien née porte un vêtement simple et de bon goût sans y accorder plus d'attention qu'il ne faut, la pensée se sert de l'image sans s'y attarder.

L'image alors n'est là que pour la pensée, et la pensée que pour l'expression de la vérité.

Mais une pareille harmonie de nos facultés ne se réalise pas sans une vraie discipline de l'imagination, pour qu'elle cesse d'être la folle du logis et soit mise véritablement au service de l'intelligence éclairée par la foi. Ainsi seulement se rétablit peu à peu l'ordre qui existait dans l'état de justice originelle où, tant que la partie supérieure de l'âme obéissait à Dieu contemplé et aimé par­dessus tout, elle gardait elle-même la direction de l'imagination et des diverses émotions de la sensibilité.

D'après ces principes, il faut écarter tout de suite les images et souvenirs dangereux, et aussi les lectures inutiles, les vaines rêveries qui nous feraient perdre un temps précieux et pourraient nous exposer à toutes sortes d'illusions, où l'ennemi se rirait de nous pour nous perdre.

Pour cela, il faut nous appliquer à notre devoir présent, age quod agis, avec un sain réalisme, en ordonnant l'accomplissement de ce devoir à Dieu à aimer par-dessus tout. Ainsi peu à peu l'intelligence et la volonté domineront l'imagination et la sensibilité. Et l'imagination soumise trouvera dans les beautés de la liturgie de quoi nourrir notre vie intérieure.

Saint Jean de la Croix remarque que la vraie devotion se porte sur l'objet spirituel et invisible, représenté par les images sensibles, sans s'arrêter à celles-ci, et que plus l'âme s'approche de l'union divine, moins elle est dépendante des images (2).

Mais il importe de parler ici plus particulièrement de la mortification de la mémoire, qui nous expose à vivre dans l'irréel et qui nous rappelle trop souvent ce qui devrait être oublié.

La purification active de la mémoire

Saint Jean de la Croix parle longuement de ce sujet (3).
Il s'agit ici en même temps de la mémoire sensible, qui existe déjà chez l'animal, et de la mémoire intellectuelle, commune à l'homme et à l'ange (4).

La mémoire intellectuelle n'est pas une faculté réellement distincte de l'intelligence, c'est l'intelligence en tant qu'elle conserve les idées (5).

Pourquoi notre mémoire a-t-elle besoin d'être purifiée?

— Parce que, depuis le péché originel et à la suite de nos péchés personnels réitérés, elle est pleine de souvenirs inutiles et parfois dangereux. En particulier, nous nous rappelons souvent les torts du prochain à notre égard, des paroes dures que nous ne lui avons pas encore tout à fait pardonnées, bien que peut-être lui-même les ait vivement regrettées. Sous nous rappelons moins les bienfaits du prochain que ce que nous avons eu à souffrir de lui, et souvent une parole dure nous fait oublier tous les bienfait qui sont venus de lui pendant plusieurs années. Mais le défaut principal de notre mémoire est ce que l'Écriture appelle de l'oubli de Dieu. Notre mérnoire, qui est faite pour nous rappeler ce qui importe le plus, oublie souvent l'unique nécessaire, qui est au-dessus du temps et qui ne passe pas.

Ce que dit saint Jean de la Croix, toc. cil., sur la nécessité de la purification de la mémoire peut paraître exagéré à première lecture; mais l'impression change si on lit d'abord ce que dit sur ce point l'Écriture.

Elle parle souvent de l'oubli de Dieu. Isaïe, Li`' 15, écrit : « La vérité aété oubliée, et le juste qui s'éloigne du mal doit se laisser injustement dépouiller...

Il n'y a plus de droiture; le Seigneur le voit, et cela lui déplaît. » Jérémie, il, 32, dit de même au nom de Dieu « Une jeune fille oublie-t-elle sa parure? Et mon peuple m'a oublié depuis des jours sans nombre. » Le Psalmiste, rappelant les miséricorde de Dieu à l'égard peuple d'Israël sauvé par lui au passage de la mer Rouge, écrit encore : « Mais ils oublièrent bientôt les bontés de Dieu. Ils oublièrent leur Libérateur et les grandes chosesqu'il avait faites pour eux » (Ps• cv , 13, 21). Plusieur fois l'Écriture ajoute que, surtout dans la tribulation, nous devons nous rappeler les miséricordes de Dieu et implo rer son secours.

.Si nous l'oublions et si nous n'apprécions parfaits immenses, ceux de l'Incarnation rédemptrice, de l'institution de l'Eucharistie, de la messe quotidienne, il y a là de 1' ingratitude, et nous perdons le temps de la vie présente qui doit tendre vers la vie éternelle.

L'oubli de Dieu fait que notre mémoire est comme immergée dans le temps, dont elle ne voit plus le rapport avec l'éternité, avec les bienfaits et les promesses de Dieu. Ce défaut porte notre mémoire à voir toutes choses horizontalement sur la ligne du temps qui fuit, et dont le présent seul est réel, entre le passé disparu et l'avenir qui n'est pas encore. L'oubli de Dieu nous empêche de voir que le moment présent se trouve aussi sur une ligne verticale qui le rattache à l'unique instant de l'immobile éternité, et qu'il y a une manière divine de vivre la minute présente pour que, par le mérite, elle entre dans l'éternité. Tandis que l'oubli de Dieu nous laisse dans celle vue banale et horizontale des choses sur la ligne du temps qui s'écoule, la contemplation de Dieu est comme une vue verticale des choses qui passent et de leur lien avec Dieu qui ne passe pas. Être immergé dans le temps, c'est oublier le prix du temps, c'est-à-dire son rapport avec l'éternité.

Par quelle vertu doit être guéri ce très grave défaut de l'oubli de Dieu ? — Saint Jean de la Croix (6) répond : La mémoire qui oublie Dieu doit être guérie par l'espérance de la béatitude éternelle, comme l'intelligence doit être purifiée par le progrès de la foi, et la volonté par le progrès de la charité.

Cette doctrine est fondée sur de nombreuses paroles de l'Écriture, relatives au souvenir des bienfaits de Dieu et de ses promesses. Le Psalmiste dit souvent : « Au jour de ma détresse, je. me souviens de Dieu...; je veux me rappeler ses oeuvres et ses merveilles d'autrefois » (PS. LXXVI, 4, 12). — « Je me rappellerai ta justice, la tienne seule » (Ps. Lxx, 16). — « Des orgueilleux me prodiguent leurs railleries..• je pense à tes préceptes, Seigneur, et je me console » (Ps. cxv '52). L'Ecclésiastique, VII, 40, dit aussi : « Dans toutes tes actions, souviens-toi de ta fin, et tu ne pécheras jamais. Illemorare novissima tua et in aeternum non peccabis. »

Souvent l'Écriture dit aussi que nous devons constamment nous rappeler les promesses divines, qui sont le fondement de notre espérance. Les patriarches et les prophètes de l'Ancien Testament vivaient de la promesse du Messie qui devait venir ; et nous devons vivre chaque jour plus profondément de la .promesse de l'éternelle béatitude. C'est un des grands leitmotivs de l'Écriture. Nous sommes des voyageurs et nous oublions que nous sommes en voyage, comme ceux qui se trouvent dans ces grands trains internationaux, où l'on dort, où l'on prend ses repas comme dans un hôtel; ils oublient parfois qu'ils sont en voyage: puis de temps en temps il regarde par la portière et voient que le train file très vite, puis de temps en temps quelqu'un descend, ce qui leur fait penser qu'ils seront eux-mêmes bientôt arrivés. De même, dans le voyage vers l'éternité, lorsque quelqu'un descend, c'est-à-dire lorsqu'il meurt, que cela doit nous rappeler que nous allons mourir aussi, et nous marchons vers l'éternité.

L'Imitation de Jésus-Christ nous conserve admirablement sur ce point, comme sur tant d'autres, l'esprit de saint Augustin, et souvent dans ses termes mêmes (6). Cela nous aide à bien entendre ce qu'a écrit plus tard saint Jean de la Croix. II y est souvent question de la purification de la mémoire là où il est parlé de l'oubli de toutes les créatures pour trouver le Créateur (7), de la méditation sur la mort (8), de l'empressement à éviter dans les affaires (10), de la vaine science du monde (11), du souvenir des bienfaits de Dieu (12), de la liberté du coeur, qui s'acquiert plutôt par la prière que par la lecture (13).

Rappelons seulement les passages les plus caractéristiques qui montrent comment la purification de la mémoire dispose à la contemplation et à l'union à Dieu.

« De l'oubli de créatures pour trouver le Créateur (14):

« Tant que quelque chose m'arrête, je ne puis voler librement vers vous, Seigneur... Quoi de plus libre que celui qui ne désire rien sur la terre? II faut donc s'élever au-dessus de toutes les créatures, se détacher parfaitement de soi-même, sortir de son esprit, monter plus haut, et là reconnaître que c'est vous qui avez tout fait et que rien n'est semblable à vous. Tant qu'on tient encore à quelque créature (pour elle-même et pour soi), on ne saurait s'occuper librement des choses de Dieu. Et c'est pourquoi l'on trouve peu de contemplatifs, parce que peu savent se séparer entièrement des créatures et des choses périssables. »

« De la méditation sur la mort (15) :
« O stupidité et dureté du coeur humain, qui ne pense qu'au présent et ne prévoit pas l'avenir ! Dans toutes vos actions, dans toutes vos pensées, vous devriez être tel que vous seriez s'il vous fallait mourir v auijaujourd'hui... Maintenant le temps est d'un grand prix :voici propice, voici le jour du La vie des hommes passe comme l'ombre... Tandis que vous avez le temps, amassez des richesses immortelles. Ne pensez qu'à votre salut, ne vous occupez que des choses de Dieu. Faites- vous maintenant des amis, en honorant les saints et en imitant leurs oeuvres, afin que, arrivé au terme de celle vie, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels. Vivez sur la terre comme un voyageur et un étranger à qui les choses du monde ne sont rien. Conservez voire, coeur libre et toujours élevé vers Dieu, parce que S n'avez point, ici-bas, de demeure pernumente. Nous ne devons pas nous installer sur la terre; ou ne s'installe pas, on ne s'endort pas sur la route, elle est faite pour marcher.
« De l'empressement à éviter dans les affaires (16) :
« Mon fils, dit le Seigneur, remettez-mi toujours vos intérêts; j'en disposerai selon ce qui sera le mieux, au temps convenable. Attendez ce que j'ordonnerai et vous y trouverez un grand avantage. »
« Contre la vaine science (17) :

« Mon fils, ne vous laissez pas émouvoir au charme et à la beauté des discours des hommes, car le royaume de Dieu ne consiste pas dans les discours, mais dans les oeuvres. Soyez attentif à mes paroles qui enflamment le coeur, éclairent, attendrissent l'âme et la remplissent de consolation. Après avoir beaucoup lu et beaucoup appris, il en faut toujours revenir à l'unique principe de toutes choses C'est moi qui donne à l'homme la science, et qui éclaire l'intelligence des petits, plus que l'homme ne le pourrait par aucun enseignement. Malheur à ceux qui interrogent les hommes sur toutes sortes de questions curieuses et qui s'inquiètent peu d'apprendre à me servir. Viendra le jour où Jésus-Christ, le Maître des maîtres, le Seigneur des anges, apparaîtra pour demander compte à chacun de ce qu'il sait, c'est-à- dire pour examiner les consciences. Alors les secrets des ténèbres seront dévoilés, et toute langue se taira. C'est moi qui, en un moment, élève l'âme humble, et la fait pénétrer plus avant dans la vérité éternelle que ne le pourrait celui qui aurait étudié dix années dans les écoles. J'ensegne sans bruit de paroles, sans embarras d'opinions, sans faste, sans arguments, sans disputes. J'apprends à mépriser les biens de la terre, à dédaigner ce qui passe, à fechercher et à goûter ce qui est éternel, à fuir les honneurs, à souffrir sans aigreur les scandales, à mettre en moi toute son espérance, à ne rien désirer hors de moi et à m'aimer ardemment et par-dessus tout...

Moi seul j'enseigne la vérité au-dedans, je scrute les cours, je pénètre leurs pensées, j'excite à agir, et je dis­tribue mes dons à chacun, selon qu'il me plaît. »

Du souvenir des bienfaits de Dieu (18):

« Faites, Seigneur, que je connaisse votre volonté et que j me rappelle avec grand respect et attention tous les bienfaits, afin de vous eu rendre de dignes actions de vos grâces... Tout ce que nous avons dans l'ordre de la grâce ou dans celui de la nature, c'est vous qui nous l'avez donné... Celui qui a reçu davantage ne peut se glorifier... ni insulter à celui qui a moins reçu... car vous avez choisi, mon Dieu, pour vos amis et vos serviteurs, les pauvres, les humbles, ceux que le monde méprise. »

De la liberté du coeur-(19):

« Seigneur, c'est une haute perfection de ne jamais détourner des choses du ciel les regards de son coeur, de passer au milieu des affaires du monde sans aucune Préoccupation excessive, non par indolence, mais plir le privilège d'une âme libre, qu'aucune affection déréglée n'attache à la créature. »

Voilà bien la purification de la mémoire, qui dispose à la contemplation infuse des grands mystères de la foi. Sur cette contemplation de l'âme purifiée et libérée, l'Imilation,1.111, ch. xxxi, n°2, nous Il faut pour cela une grande grâce, qui soulève l'âme et la ravisse au-dessus d'elle-même. Et tant que l'homme n'est pasar élevé ainsi en esprit, détaché de toute créature, et parfaittement uni à Dieu, tout ce qu'il sait et tout ce qu'il a est de peu de prix. » N'est-ce pas dire que la contemplation infuse des mystères de la foi et l'union à Dieu, qui en résulte, est dans la voie normale de la saintetés? L'intitamion ajoute, ibid. : «Tout ce qui n'est pas Dieu n'est rien et ne doit être compté pour rien. Il y a une grande différence entre la sagesse d'un homme intérieur éclairé par Dieu et la science qu'un docteur acquiert par l'étude. La connaissance qui vient d'en-haut, et que Dieu lui-même accorde, est bien supérieure à celle où l'homme parvient laborieusement par les efforts de son esprit. Plusieurs désirent la contemplation, mais ce qu'il faut pour s'y disposer, ils ne veulent point le faire... Les fruits d'une bonne vie ne croissent que dans un coeur pur. »

Cet enseignement de la purification de la mémoire a été particulièrement développé par saint Jean de la Croix, surtout par rapport au souvenir des grâces exceptionnelles et en quelque sorte extérieures auxquelles il ne faut pas trop s'attarder; leur souvenir accompagné de quelque vaine complaisance nous détournerait de l'union à Dieu. L'espérance nous élève plus à l'amour de Dieu que la connaissance des grâces extraordinaires. « Ce qu'il faut donc faire, dit ce saint Docteur (20), pour vivre en pure et entière espérance en Dieu, c'est ne pas s'arrêter aux connaissances, formes et images distinctes; comme nous l'avons expliqué, à chaque fois qu'elles se présentent, il faut tourner aussitôt vers Dieu l'âme vide de tout cela en un élan de tendre affection. Il ne faut penser à ces choses ni les considérer que dans la mesure où leur souvenir coïncide avec des devoirs ayant le même objet (21).

C'est vraiment la purification active de la mémoire trop préoccupée de mille souvenirs inutiles ou dangereux.. Mettons cet enseignement en pratique pour que notre mémoire ne plus en quelque sorte immergée dans les choses qui passent, pour qu'elle ne les voie plus seulement sur la ligne horizontale du temps qui fuit, mais sur la ligne verticale qui les rattache à l'unique instant de l'immobile éternité. Ainsi, peu à peu, l'esprit s'élève souvent à la pensée de Dieu en se rappelant les grands bienfaits de l'Incarnation rédemptrice et de l'Eucharistie. Souvent, au contraire, nous entrons dans une église pour demander quelque grâce pressante, et nous oublions de remercier Dieu de l'immense bienfait de l'Eucharistie; son institution demande une action de grâces spéciale, elle nous rappelle les promesses d'éternelle vie.

RÉFÉRENCES
— (1) Cf. S. Tilom*s, q. 78, a . 4; q. 84, a . 7
— (2) La Montée da Carmel, I III, ch esi et ch. xsci‘ Cf S fhomas, H' II", q i8o, a 5, ad
— (3) Ibid., I. HI, ch. i, jusqu'au ch. xv, qui résume les précédents.
— (4) Cf. Saint Thomas, P, q. 77• a. 8; q. 78, a . 4 ; q. 79. a , 7.
— (5) Saint Thomas l'explique bien, P, q. 79• a. 7, car, dit-il, les facultés sont spécifiées par leur objet formel, et il n'y a pas de différence d'objet formel pour l'intelligence (spécifiée par l'être intelligible ou le vrai) et la mémoire intellectuelle qui conserve les idées et les jugements. Saint Thomas s'objecte en cet article (1' objectio) que saint Augustin (D'e Trinitate, I X, ch. x et xi) dit : « Il y a dans l'esprit la mémoire, l'intelligence et la volontée, et par là semble les distinguer. Puis il répond que saint Augustin, comme il est indiqué De Trinitale, I. XIV, ch. vu, entendait par mémoire l'esprit conservant habituellement ses souvenirs, par intelligence l'acte d'intellection, et par volonté l'acte de vouloir. En d'autres termes saint Augustin se plaçait au point de vue des-criptif de la psychologie expérimentale, ou de l'introspection (c'est ainsi que parle encore saint Jean de la Croix), tandis que saint Thomas, comme métaphysicien, se place au point de vue ontologique, de la dis­tinction réelle des facultés selon leur objet formel; or une telle distinction n'existe pas entre l'intelligence et la mémoire intellectuelle. —(6) La Montée du Carmel, L 111, ch-vi et L'espérance, dit-il, est d'autant plus grande que la mémoire est vide des notions du créé
—(7) L'Imitation parait avoir été écrite par un saint religieux qui avait recueilli dans les oeuvres de saint Augustin ce qui touche le plus la vie intérieure. Il importe peu de savoir le nom de son auteur, ce livre est un peu comme Melchisédech, type du Messie, dont il est dit qu' « il n'avait ni père ni mère », parce qu'il était pour ainsi dire d'ordre supratemporel. De même bien des hymnes sublimes de la liturgie sont sans nom d'auteur, bien des mélodies, comme l'Amen de Dresde, dont Mendelssohn et Wagner se sont inspirés. Parmi les écrits anonymes, il y a des écrits infamants, il y en a d'autres qui sont sublimes Il y a deux êtres qui se cachent : le criminel qui fuit le châtiment, et le saint qui par humilité veut rester inconnu.
—(8) Imitation, 1. III, eh. xxxi.
— (9) Ibid., I, ch. exil'.
— (10) Ibid., III, ch. xxxix.
— (11) Ibid., III, ch.
— (12) Ibid., III, ch. zxu.
— (13) Ibid., III, oh, xxv,.
— (14) Imitation, 1.111, ch. axai
—(15) Ibid., 1.1, ch.
—(16) Imitation, I. III, ch xxxii.
— (17) Ibid , 1.111, ch. XKIII
— (18) Imitation, 1.111„ch.
— (19) Ibid., 1. 111, ch. xxvt.
—
(20) La Montée du Carmel, 1. 111, ch. XIV
—(21) Il faut à ce sujet rappeler ce que (lit saint .Iran de la Croix. Dans La Moulée a Carmel , I III, ch 1 : « Le lecteur s'iniaginera que c'est là détruire les base, de l'édifice spirituel plulêt que de les construire. Celte pensée serait jiiste Si CC que j'écris n'était destiné quà dans ces commençants, car eux ont besoin de se préptiter par des perceptions discursives et intellectuelles Mais il s'agit ici de !a doctrine qui ce va plus avant, qui concerne la contemplation de l'union divine, et pour ce motif l'âme doit refouler et condomner au silence tous ces moyens et exercice sensible et puissances. Si on veut laisser Dieu opérer l'union divine dans âme, il n'y a qu'une méthode, celle qui débarasse, qui fait le vide, celle qui force les puissances à récuser leur juridiction naturelle, leurs opérations, pour faire place à l'infusion et à l'illustration surnaturelles. Sans cela, leur capacité, loin de pouvoir atteindre une si haute dignité, ne sera qu'un obstacle, Si l'âme ne veut pas s'en détacher... « Vous me direz peut-être : Dieu ne veut pas détruire la nature; mais la perfectionner; or votre systéme la détruit...

« Ma réponse la voici : Effectivement il est vrai que plus la mémoire s'unit à Dieu, plus les connaissances distincies diminue, et qu'elles finissent par s'éteindre quand la perfection atteint l'état qui est la vie d'union. Cela entraîne, an point de vue des actes extérieurs, de nombreuses distractions; on oublie le manger et le boire... Cela provient de ce que la mémoire est absorbée -en Dieu. Pourlant, une f ois que l”union est devenue habituelle, les oublis ne se propuisent plus de celle manière en de conduite morale et naturelle. Bien au contraire, les actes de convenance et de nécessité acquiérent une perfection beaucoup plus grande, bien que l'impulsion ne proivnne plus des fomres et connaissacnes de la mémoire… Les opérations de celle-ci deviennent toutes divnes. Les opérations de l'âme dans l'union viennent de l'Esprit divin. » L'âme est alors nettement sous le régime des sept dons du Saint-Esprit, et les inspirations spéciales de l'Esprit-Saint portent aux actes supérieurs des vertus infuses que les dons accompagnent. Il en résulte, dit saint Jean de la Croix que les oeuvres et les prières de ces âmes sont toujours efficaces…

Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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