+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome I-Partie 2-Chapitre 15

La-sainte-communion

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
Tome I-Partie 2-Chapitre 15

La sainte communion
L'âme qui tend à la perfection chrétienne doit vivre de plus en plus de l'Eucharistie, non seulement par l'assistance à la messe, mais par la communion fréquente et même quotidienne. C'est pourquoi nous devons parler de ce pain vivant et des conditions d'une bonne, puis d'une fervente communion.
L'Eucharistie, pain vivant descendu du ciel

Notre-Seigneur, pour notre salut à tous en général, ne  pouvait se donner plus qu'il ne l'a fait sur la croix; et il  ne peut se donner à chacun de nous en particulier plus  qu'il ne le fait dans l'Eucharistie. C'est parce qu'il connaisasait nos besoins spirituels les plus profonds qu'il nous dit, en promettant l'Eucharistie (Jean, 35, 41 51)-

Je suis le pain de vie : celui qui vient à moi n'aura plus faim, celui qui croit en moi n'aura plus soif... Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement; et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour le salut du monde ...  Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. »

L'Eucharistie est ainsi le plus grand des sacrements, car elle contient non seulement la grâce, mais l'Auteur de la grâce. C'est le sacrement d'amour, parce qu'elle est le fruit de l'amour qui se donne et qu'elle a pour effet principal d'augmenter en nous l'amour de Dieu et des âmes en Dieu.

La réception de l'Eucharistie s'appelle « la communion » ou l'union intime du coeur de Dieu et du coeur de l'homme, union qui nourrit l'âme et la vivifie surnaturellement de plus en plus, en quelque sorte la déifie, en augmentant en elle la grâce sanctifiante, participation de la vie intime de Dieu. « Caro mea verus est cibuà : ma chair est vraiment une nourriture. »

Toute vie créée a besoin d'être alimentée : les plantes se nourrissent des sucs de la terre; les animaux se nourrissent de plantes ou d'autres vivants; l'homme nourrit son corps d'aliments matériels appropriés; il nourrit son esprit de vérité, surtout de vérité divine; il doit nourrir sa volonté de la volonté divine à accomplir chaque jour pour arriver à l'éternelle vie. En d'autres termes, l'homme doit surtout se nourrir de foi, d'espérance et d'amour; les actes de ces vertus lui obtiennent, par le mérite, un accroissement de vie surnaturelle.

Mais le Sauveur lui offre encore une autre nourriture plus divine; il s'offre lui-même comme l'aliment de notre âme.

Le Seigneur dit à saint Augustin : « Je suis la nourriture des forts; grandis et tu me mangeras. Mais tu ne me changeras pas en toi comme la nourriture de ton corps; c'est toi qui sera changé en moi (1). »

Dans cette communion, le Sauveur n'a rien à gagner, c'est l'âme qui reçoit, qui est vivifiée, surnaturalisée; les vertus de Jésus-Christ passent en elle; elle est comme incorporée à Lui, et devient un membre plus vivant de son corps mystique.

Comment cette incorporation et cette transformation se fait-elle? Surtout parce que Jésus, présent dans l'Eucharistie, porte l'âme à un amour de Dieu de plus en fort.

Les effets de cette nourriture sont bien expliqués par saint Thomas ( Ill ', q. ' 79, a . 1). Il nous dit : « L'effet que la passion du Christ produisit dans le monde ce sacrement le produit en chacun de nous. » Puis il ajoute « Comme l'aliment matériel soutient la vie corporelle, l'augmente, la restaure, et est agréable goût, l'Eucharistie produit des effets semblables dans l'âme. »

D'abord, elle soutient. Celui qui, dans l'ordre naturel ne se nourrit pas ou se nourrit mal, dépérit; de même celui qui refuse le pain eucharistique que le Seigneur nous offre comme la meilleure nourriture de l'âme. Pourquoi se priver sans raison de ce pain supersubstantiel (saint Matthieu, vi, 11) qui est le pain quotidien de notre âme?

Comme le pain matériel restaure l'organisme, en réparant les pertes, suites du travail et de la fatigue, ainsi l'Eucharistie répare les déperditions de force, qui sont la suite de nos négligences. Comme le dit le Concile de Trente, elle nous délivre des fautes vénielles, nous rend la ferveur que ces fautes nous avaient fait perdre et nous préserve du péché mortel.

De plus, la nourriture ordinaire accroît e vue spirituel, la vie du corps chez l'enfant qui grandit. Or, au point de vue sprituel nous devons toujours grandir dans l'amour de Dieu et du

prochain jusqu'à la mort; c'est ainsi que nous avançons dans notre voyage vers l'éternité. Et pour grandir de la sorte, le pain eucharistique nous apporte toujours de nouvelles grâces. Ainsi la croissance surnaturelle ne s'arrêtent pas chez les saints tant qu'ils cheminent vers Dieu : leur foi devient chaque jour plus éclairée et plus vive, leur espérance plus ferme, leur charité plus pure et plus ardente. Peu à peu, de la résignation dans la souffrance ils arrivent à l'estime et à l'amour de la croix. Par la communion, toutes les vertus infuses grandissent avec la charité ét peuvent s'élever par une communion toujours plus fervente jusqu'à l'héroïsme. Les dons du Saint-Esprit, étant des dispositions permanentes infuses connexes avec la charité, grandissent aussi avec elle.

Enfin, comme le pain matériel est agréable au goût, le pain eucharistique est doux à l'âme fidèle, qui y puise un réconfort et parfois un bien-être spirituel plus ou moins senti.

Comme le dit l'auteur de l'Imitation, 1. IV, ch. :

« Plein de confiance en votre bonté et votre grande miséricorde, je m'approche de vous, Seigneur; malade, je viens à mon Sauveur; consumé de faim et de soif, je viens à la source de la vie; pauvre, je viens au Roi du ciel,... créature, je viens au Créateur; désolé, je viens au Consolateur. » — « Donnez-vous à moi et ce don me suffit, car sans vous rien ne me console. Je ne puis être sans vous, et je ne saurais vivre si vous ne venez à moi » (Ibidem, eh. ni).

Saint Thomas exprime admirablement ce mystère de la communion :

« O res mirabilis, manducat Dominam
Pauper, servus, et humilis!
O prodige inouï! l'homme pauvre,
Esclave, misérable, mange. son Seigneur! »

C'est l'union sublime de la suprême richesse et de la pauvreté. Et dire que souvent l'habitude, dégénérant en routine, notas empêche d'être attentif à la splendeur surnaturelle de ce don infini!

Quelles sont les conditions d'une bonne communion?

Elles sont indiquées dans le décret par lequel S. S. Pie X a exhorté fidèles à la communion fréquente (20 décembre 1905)• Ce décret rappelle d'abord ce principe : « Les sacrements de la nouvelle, tout en agissant ex opere operato, produoisent cependant un effet et plus grand à raison des dispositions plus parfaites de ceux qui les reçoivent... ll faut donc veiller à ce qu'une réparation attentive précède la sainte communion et à ce qu'une action de grâces convenable la suive, en tenant compte des facultés et de la conditionièr dee et chacun.» Selon ce même décret, la condition indispemensable pour tirer profit de la communion est l'intention droite et pieuse. Il y est dit : « La communion fréquente et quotidienne, très désirée par Jésus-Christ et par l'Église catholique, doit être tellement accessible à tous les fidèles de tout rang et de toute condition, que quelqu'un qui est en état de grâce et s'approche de la sainte Table avec une intention droite et pieuse, ne puisse en être éloigné par aucune interdiction. Cette intention droite consiste en ce que celui qui s'approche de la sainte Table, ne se laisse conduire ni par l'usage,, ni par la vanité, ni  par quelque raison humaine, mais veuille satisfaire le bon plaisir de Dieu, s'unir plus étroitement à Lui par la charité et, par ce divin médicament, remédier à ses infirmités et à ses défauts. »

L'intention droite et pieuse, dont il est ici parlé, doit manifestement être surnaturelle, ou inspirée par un motif de foi ; c'est le désir d'acquérir la force de mieux servir Dieu et de se préserver du péché. Si, avec cette intention principale, on avait une intention secondaire de vanité, comme le désir d'être loué, ce motif secondaire et non déterminant n'empêcherait pas la communion d'être bonne, et ne la rendrait pas mauvaise, mais il en diminuerait le fruit. Ce fruit est d'autant plus grand que l'intention droite et pieuse est plus pure et plus forte. Ces principes sont très certains.

Une communion très fervente est donc plus fructueuse à elle seule que beaucoup de communions tièdes.

Quelles sont les conditions d'une fervente communion?

Sainte Catherine de Sienne, dans son Dialogue, ch. cx, répond ainsi à cette question par un symbole assez frap­pant : Supposons, y est-il dit, qu'il y ait plusieurs personnes à venir chercher de la lumière avec des cierges. L'une apporte un cierge d'une once, l'autre de deux onces, une troisième de trois onces, celle-ci d'une livre, celle-là de plus encore. Chacune allume son cierge...; cendant celui qui porte un cierge d'une once possède moins de lumière que celui qui tient un cierge d'une livre. Ainsi advient-il à ceux qui s'approchent de ce sacrement. Chacun apporte son cierge, c'est-à-dire le saint désir avec lequel il reçoit ce sacrement. »

Comment se manifeste ce désir?

Le saint désir, qui est condition d'une fervente communion, doit se manifester d'abord parce qu'il écarte toute attache au péché véniel, médisance, jalousie, vanité, sensualité, etc... Cette attache est moins répréhensible chez les chrétiens peu éclairés que chez ceux qui ont déjà beaucoup reçu et qui se montrent ingrats. Si cette négligence et cette ingratitude s'accentuaient, elles rendraient la communion de moins en moins fructueuse.

Pour que celle-ci soit fervente, il faut aussi combattre l'attache aux imperfections, c'est-à-dire à une manière imparfaite d'agir, comme il arrive à celui qui, ayant cinq talents, agit comme s'il n'en avait que trois (modo remisso), et ne lutte que faiblement contre ses défauts. L'attache aux imperfections est encore la recherche des satisfactions naturelles permises, mais inutiles, comme de prendre quelque rafraîchissement dont on peut se passer. Le sacrifice de ces satisfactions serait agréable à Dieu, et l'âme, se montrant ainsi plus généreuse, recevrait par la communion beaucoup plus de grâces. Elle doit se rappeler qu'elle a pour modèle le Sauveur lui-même qui s'est sacrifié jusqu'à la mort de la croix, et qu'elle doit travailler à son salut et au salut du prochain par des moyens semblables à ceux que le Sauveur a employés. L'éloignement du péché véniel et de l'imperfection est une disposition négative.

Quant aux dispositions positives à la communion fervente, ce sont l'humilité (Domine, non surn dignus), un profond respect de l'Eucharistie, une foi vive, un désir ardent de recevoir Notre-Seigneur, le pain de vie. Toutes ces conditions positives se résument d'un mot : avoir faim de l'Eucharistie.

Toute nourriture est bonne quand on a faim. Un riche accidentellement privé d'aliments et affamé est heureux de trouver du pain noir; c'est le meilleur repas de sa vie, il se sent refait. Si nous avions faim de l'Eucharistie, notre communion serait des plus fructueuses. Rappelons-nous ce qu'était cette faim chez sainte Catherine de Sienne, si bien qu'un jour qu'on lui avait durement refusé la communion, une parcelle de la grande hostie se détacha au moment où le prêtre la brisait en deux et fut miraculeusement portée à la sainte pour répondre à l'ardeur de son désir.

Comment avoir cette faim de l'Eucharistie? Pour cela il faut se bien convaincre qu'elle est la nourriture indispensable de notre âme et faire généreusement quelques sacrifices chaque jour.

On cherche pour les débilités une nourriture substantielle qui les referait, on cherche aussi à « relever le moral » des découragés. La nourriture par excellence, qui renouvelle les forces spirituelles, est l'Eucharistie. Notre sensibilité, portée à la sensualité et à la paresse, a besoin d'etre vivifiée par le contact du corps virginal du Christ, qui a enduré les pires souffrances par amour pour nous. Notre esprit toujours porté à l'orgueil, à l'inconsidération, à l'oubli des plus grandes vérités, à la sottise spirituelle, a besoin d'être éclairé par le contact de l'intelligence souverainement lumineuse du Sauveur, qui est « la voie, la vérité et la vie ». Notre volonté aussi a ses indigences, elle manque d'énergie, elle a froid, pour ainsi dire, parce qu'elle manque d'amour. C'est le principe de toutes ses faiblesses. Qui peut lui rendre l'ardeur, la flamme nécessaire à sa vie, pour que celle-ci monte au lieu de descendre? Le contact avec le Coeur eucharistique de Jésus, fournaise ardente de charité, avec sa volonté immuablement fixée dans le bien et source de mérites d'une valeur infinie. De sa plénitude nous devons tous recevoir, et grâce sur grâce. Nous avons tellement besoin ,de cette UNION AU SAUVEUR, qui est l'effet principal de la communion.

Si nous étions profondément convaincus que l'Eucha ristie est la nourriture nécessaire à notre âme, nous aurions cette faim spirituelle qui se remarque chez les saints. Pour la retrouver, si nous l'avons perdue, il faut «prendre de l'exercice », comme on dit aux personnes atteintes de maladie de langueur. L'exercice spirituel consiste ici à offrir à Dieu quelques sacrifices chaque jour; il faut en particulier renoncer à nous rechercher nous-mêmes en ce que nous faisons, et peu-à peu, l'égoïsme disparaissant, la charité prendra la première place incontestée en notre âme; nous cesserons de nous préoccuper des petits riens qui nous concernent pour penser davantage à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Alors la faim de l'Eucharistie reviendra. Pour bien communier, demandons aussi à Marie de nous faire participer à l'amour avec lequel elle recevait elle-même l'Eucharistie des mains de saint Jean .

Les fruits d'une communion fervente sont proportionnés à la générosité de nos dispositions. « A celui qui possède la bonne volonté, il sera donné davantage et il sera dans l'abondance », est-il dit dans l'Évangile (Matth.,12). Saint Thomas rappelle dans l'office du Saint-Sacrement que le prophète Élie persécuté s'arrêta épuisé dans le désert et se coucha sous un genévrier comme pour attendre la mort; il s'endormit; puis un ange le réveilla, lui montra près de lui un pain cuit sous la cendre et une cruche d'eau il mangea et but, et, avec la force que lui donna cette nourriture, il marcha quarante jours, jusqu'à l'Horeb, où le Seigneur l'attendait. C'est là une figure des effets de la communion fervente.

Rappelons-nous que chacune de nos communions devrait être substantiellement plus fervente que la précédente, puisque chacune doit, non seulement conserver en nous la charité, mais l'accroître, et par suite nous disposer à recevoir Notre-Seigneur le lendemain avec un amour, non pas seulement égal, mais plus grand que la veille. Comme la pierre tombe d'autant plus vile qu'elle se rapproche de la terre qui l'attire, ainsi, dit saint Thomas (2), les âmes devraient marcher d'autant plus vite vers Dieu qu'elles se rapprochent de Lui et qu'il les attire davantage. Et cette loi d'accélération, qui est en même temps une loi de la nature et une loi de l'ordre de la grâce, doit se vérifier surtout par la communion quotidienne. Elle se vérifierait si quelque attache au péché véniel ou à l'imperfection n'y mettait obstacle. Nous la voyons se réaliser dans la vie des saints, dont les dernières années sont beaucoup plus rapides en progrès que les premières. On le voit notamment à la fin de la vie de saint Thomas . Cette accélération dans la marche vers Dieu se réalisa surtout en Marie, modèle de dévotion eucharistique; certainement chacune de ses communions fut plus fervente que la précédente.

Plaise à Dieu qu'il y ait en nous une similitude au moins éloignée de ce progrès spirituel, et que, si la ferveur sensible fait défaut, la ferveur substantielle, qui est la promptitude de la volonté au service de Dieu, ne manque pas.

Comme le dit l'auteur de l'Imitation, I. iv, ch. 4 : cc Qui, s'approchant humblement de la fontaine de suavité, n'en remporte pas un peu de douceur? ou qui, en se tenant près d'un grand feu, n'en reçoit pas quelque chaleur? Vous êtes, mon Dieu, cette fontaine toujours pleine et abondante, ce feu toujours ardent et qui ne s'éteint jamais. »

Cette source de grâces est si haute et si féconde qu'on peut lui comparer ies propriétés de l'eau rafraîchissante et celles opposées d'un feu ardent. Ce qui est divisé dans les choses matérielles s'unit dans la vie spirituelle, et surtout dans l'Eucharistie, qui contient, non pas seulement une grâce abondante, mais l'Auteur même de la grâce.

Pensons, en communiant, à saint Jean, qui reposa sa tête sur le Coeur de Jésus, et à sainte Catherine de Sienne, qui plus d'une fois put boire à longs traits à la plaie de son Coeur toujours ouverte, pour nous témoigner son amour. Ces grâces extraordinaires sont données de temps en temps par Dieu pour attirer notre attention sur ce qu'il y a de plus intime et de plus fécond dans la vie chrétienne de tous les jours, sur ce qui existerait dans la nôtre si nous savions répondre généreusement à l'appel de Dieu.

EXAMEN
Les communions sans action de grâces
Si scires donum Dei I

Plusieurs âmes intérieures nous ont exprimé la douleur qu'elles ressentent en voyant, en certains endroits, la presque totalité des fidèles quitter l'église avec ensemble, aussitôt après la fin de la messe où ils ont communié.

Bien plus, c'est une coutume qui tend à se généraliser, même dans bien des pensionnats et collèges catholiques, où, jadis, les élèves qui avaient communié restaient à la chapelle une dizaine de minutes après la messe, prenant l'habitude de faire l'action de grâces, habitude que les meilleurs conservaient ensuite toute la vie.

Alors, pour montrer la nécessité de l'action de grâces, on citait le fait de saint Philippe de Néri faisant accompagner par deux enfants de choeur portant des cierges une dame qui quittait l'église aussitôt après la fin de la messe où elle avait communié. Combien de fois a-t-on raconté cette leçon bien méritée, qui souvent a porté des fruits! Mais on prend aujourd'hui des habitudes de sansgêne presque avec tout le inonde, avec les supérieurs comme avec les égaux et les inférieurs, et même avec Notre-Seigneur. Si la chose continue, il y aura, comme on l'a dit, beaucoup de communions et peu de vrais communiants. Si des âmes zélées ne s'emploient pas à remonter ce courant de sans-gène, il ira toujours croissant, détruisant peu à peu tout esprit de mortification et de vraie et solide piété. Et pourtant Notre-Seigneur, Lui, est toujours le même, et nos devoirs de reconnaissance envers Lui n'ont pas changé.

L'action de grâces n'est-elle pas un devoir, après un bienfait reçu, et ne doit-elle pas être proportionnée au prix du bienfait? Lorsque nous offrons une chose de quelque valeur à une personne amie, nous sommes légitimement attristés si elle ne se donne pas même la peine de nous en remercier par un mot. La chose est devenue fréquente aujourd'hui. Et s'il y a dans ce sansgène, qui touche à l'ingratitude, quelque chose qui nous blesse, que dire de l'ingratitude à l'égard de Notre-Seigneur, dont les bienfaits ont incomparablement plus de prix que les nôtres?

Jésus lui-même nous le dit lorsque, après la guérison miraculeuse de dix lépreux, un seul vint le remercier. « El les neuf autres où sont-ils?» demanda le Sauveur.

Ils avaient été miraculeusement guéris et ne vinrent pas même dire : Merci.

Or, à la communion, nous recevons un bienfait très supérieur à la guérison miraculeuse d'une maladie du corps, nous recevons l'Auteur.du salut et un accroissement de la vie dé la grâce, qui est le germe de la gloire, ou la vie éternelle commencée; nous recevons une augmentation de la charité, de la plus haute des vertus, qui vivifie, anime toutes les autres, et qui est le principe même du mérite.

Jésus souvent rendit grâces à son Père pour tous ses bienfaits, en particulier pour celui de l'Incarnation rédemptrice ; de toute son âme il remercia son Père d'en avoir révélé le mystère aux petits. Il remercia sur sa Croix, en disant Consuminatum est. Il ne cesse de remercier au saint Sacrifice de la messe, dont il est le Prêtre principal-. L'action de grâces est une des quatre fins du sacrifice, toujours unie à l'adoration, à la supplication, à la réparation. Et même après la fin du monde, lorsque la dernière messe sera dite, et qu'il n'y aura plus de sacrifice proprement dit, mais sa consommation, lorsque la supplication et la réparation auront cessé, le culte d'adoration et d'action de grâces durera toujours, et s'exprimera dans le Sanctus, qui sera le chant des élus pendant l'éternité.

Aussi comprend-on que bien des âmes intérieures aient à coeur depuis quelque temps de faire célébrer les messes d'action de grâces, en particulier le second vendredi du mois, pour suppléer à l'ingratitude des hommes et de bien des chrétiens, qui ne savent plus guère dire merci, même après les plus grands bienfaits.

S'il est une chose pourtant qui demande une action de grâces spéciale, c'est l'institution de l'Eucharistie, parl aquelle Jésus a voulu rester réellement, substantiellement parmi nous, pour continuer d'une façon sacramentelle l'oblation de son saorifice, et pour se donner à nous en nourriture, pour nourrir nos âmes, plus et mieux que le meilleur des aliments ne peut nourrir nos corps. Il n'est pas question ici de nous nourrir de la pensée d'un saint Augustin ou d'un saint Thomas, mais de nous nourrir de Jésus-Christ, de son humanité, de la plénitude de grâces qui est en sa sainte âme unie personnellement au Verbe et à la Divinité. Par l'Eucharistie, il se donne à nous pour nous assimiler à Lui. Le Bienheureux Nicolas de Flue disait : « Seigneur Jésus, prends-moi à moi et donne-moi à Toi »; ajoutons : « Seigneur Jésus, donne-Toi à moi, pour que totalement je t'appartienne. » C'est le plus grand don que nous puissions recevoir. Et il ne mériterait pas une action de grâces spéciale! C'est là le but de la dévotion au Coeur eucharistique.

Si l'auteur qui vous offre un bon livre est légitimement blessé de ne recevoir de vous aucun remerciement, combien plus blessante est l'ingratitude de celui qui ne sait pas dire merci, après la communion, par laquelle Jésus se donne lui-méme à nous!

Les fidèles qui quittent l'église presque aussitôt après avoir communié ont-ils donc oublié que la présence réelle subsiste en eux comme les espèces sacramentelles environ un quart d'heure après la communion, et ne peuvent- ils pas tenir compagnie à l'Hôte divin pendant ce court laps de temps'? Comment ne comprennent-ils pas leur irrévérence? (3) Notre-Seigneur nous appelle, il se donne à nous avec tant d'amour, et nous, nous n'avons rien à lui dire et ne voulons pas l'écouter quelques instants.

Les saints, en particulier sainte Thérèse, Bossuet aime à le rappeler, nous ont souvent dit que l'action de grâces sacramentelle est pour nous le moment le plus précieux de la vie spirituelle (4). L'essence du Sacrifice de la messe est bien dans la double consécration, mais c'est par la communion que nous participons nous-mêmes à ce sacrifice d'une valeur infinie. Il doit y avoir en ce moment un contact de la sainte âme de Jésus, unie personnellement au Verbe, avec la nôtre, une union intime de son intelligence humaine éclairée par la lumière de gloire avec notre intelligence souvent obscurcie, enténébrée, oublieuse de nos grands devoirs, obtuse en quelque sorte à l'égard des choses divines; il doit y avoir aussi une union non moins profonde de la volonté humaine du Christ, immuablement fixée dans le bien, avec notre volonté chancelante, inconstante, et enfin une union de sa sensibilité si pure avec la nôtre parfois si troublée. Dans la sensibilité du Sauveur , il y a les deux vertus de force et de virginité qui fortifient et virginisent les âmes qui s'approchent de Lui.

Or Jésus ne parle qu'à ceux qui l'écoulent, qu'à ceux qui ne sont pas volontairement distraits. Nous ne devons pas seulement nous reprocher nos distractions directement volontaires, mais celles qui le sont indirectement, par suite de notre négligence à considérer ce que nous devons considérer, à vouloir ce que nous devons vouloir, à faire ce que nous devons faire. Cette négligence est source d'une foule de péchés d'omission, qui passent presque inaperçus à l'examen de conscience, parce qu'ils ne sont rien de positif, mais l'absence de ce qui devrait être. Bien des personnes, qui ne se trouvent pas de péchés, parce qu'elles n'ont commis rien de grave, sont.pleines de péchés d'omission, de négligence indirectement volontaire et par suite coupable.

Ne négligeons pas le devoir de l'action de grâces, comme il arrive trop souvent aujourd'hui. Quels fruits peuvent, porter des communions faites avec tant de sans-gêne

En certains pays, hélas! beaucoup de prêtres eux-mêmes ne font pour ainsi dire aucune action de grâces après leur messe; d'autres la confondent avec la récitation obligée et plus ou moins recueillie d'une partie de l'office, de sorte qu'il n'y a plus assez en eux de piété personnelle pour vivifier du dedans la piété en quelque sorte officielle du ministre de Dieu. De là résultent bien des tristesses : comment le prêtre qui ne vit plus assez pour lui-même de la vie divine peut-il la donner aux autres? Comment peut-il répondre aux besoins spirituels profonds d'âmes en quelque sorte affamées, qui parfois, après s'être adressées à lui, s'en vont plus tristes encore et se demandent avec anxiété où trouver ce qu'elles cherchent ? Il n'est pas rare que des âmes qui ont vraiment faim et soif de Dieu, qui ont reçu beaucoup, et qui, au milieu de grandes difficultés, doivent donner beaucoup autour d'elles pour venir au secours de ceux qui meurent spirituellement, s'entendent dire : « Ne vous donnez pas tant de peine! vous faites plus que le nécessaire. » Que deviendrait alors le zèle, l'aideur de la charité, et comment se vérifierait la parole du Sauveur : « Je suis venu allumer un feu sur la terre, et que désirai-je, sinon de le voir se répandre partout? » — « Je suis venu pour que vous ayez la vie, et pour que vous l'ayez en abondance. »

Une personne vraiment pieuse, qui se reprochait de ne pas assez penser dans la journée à la sainte communion faite le matin, reçut un jour cette réponse : « Nous ne pensôns pas non plus au repas que nous avons fait il y a quelques heures.» C'était la réponse du naturalisme pratique, qui perdait de vue l'immense distance qui sépare le pain eucharistique du pain ordinaire. L'état d'esprit qui s'exprime de la sorte est manifestement à l'antipode de la contemplation du mystère de l'Eucharistie, et il provient de la négligence habituelle avec laquelle on reçoit les dons de Dieu les plus précieux. On finit par ne plus voir leur valeur, qu'on connaît seulement de façon théorique, et les conseils que l'on donne ne portent nullement les âmes à l'union intime avec Dieu, ils ne dépassent pas le niveau de la casuistique préoccupée seulement de savoir ce qui est obligatoire pour éviter le péché.

Cela peut mener loin ; on oublie ainsi que tout chrétien, chacun selon sa condition, doit tendre à la perfection de la charité, en vertu du précepte suprême : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toutes tes forces » (Luc, x, 27).

En suivant cette voie, le prêtre et le religieux oublieraient aussi qu'il y a pour eux une obligation non plus seulement générale, mais spéciale, de tendre à la perfection pour s'acquitter chaque jour plus saintement de leurs fonctions sacrées, et pour être plus unis à Notre-Seigneur.

Dans certaines périodes de l'histoire des Ordres monastiques, certains religieux, après avoir célébré leur messe privée, ne se rendaient à la messe conventuelle, même les jours de fête, que s'il était canoniquement certain qu'ils y étaient obligés. S'ils avaient bienfait leur action de grâces, en seraient-ils arrivés à juger ainsi? La casaistique tendait à prévaloir sur la spiritualité, considérée comme chose secondaire. Le jour où nous considérons l'union intime avec Dieu comme chose secondaire, nous ne tendons plus à la perfection, nous perdons de vue le sens et la portée du précepte suprême : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toutes tes forces. » Notre jugement n'est plus un jugement de sagesse, il ne procède plus du tout du don de sagesse, nous commençons à glisser sur la pente de la sottise spirituelle.

C'est à cela qu'on arrive progressivement par la négligence dont nous parlions au début de cet examen.

La négligence de l'action de grâces devient négligence dans l'adoration, qui finirait par n'être qu'extérieure, dans la supplication et dans la réparation. On perdrait ainsi de vue de plus en plus les quatre fins du sacrifice, peur s'adonner souvent à des choses fort secondaires et qui perdent du reste leur vraie valeur morale et spiri­tuelle dès qu'elles ne sont plus assez vivifiées par l'union à Dieu.

Tout bienfait demande un remerciement, un bienfait sans mesure demande un remerciement proportionné. Comme nous ne sommes point capables de l'offrir à Dieu, demandons à Marie médiatrice de venir à notre secours et de nous obtenir de participer à l'action de grâces qu'elle offrit à Dieu après le Sacrifice de la Croix, après le Consummaturn est, à celle qu'elle faisait après la messe de l'apôtre saint Jean, qui vraiment continuait en substance sur l'autel le sacrifice du Calvaire. La négligence si fréquente dans l'action de grâces après la communion provient de ce que nous ne savons pas assez le don de Dieu : si scires donum Dei! Demandons à Notre-Seigneur humblement mais ardemment la grâce d'un grand esprit de foi, qui nous permettra de « réaliser » chaque jour un peu mieux le prix de l'Eucharistie; demandons la grâce de la contemplation surnaturelle de ce mystère de foi, c'est-à-dire la connaissance vécue qui procède des dons d'intelligence et de sagesse et qui est le principe d'une action de grâces fervente dans la mesure où l'on a plus conscience de la grandeur du don reçu (5).

RÉFÉRENCES
— (I) Confessions, I. VII, eh
(2) Cf. In Epistolam ad Iiaebreos, x, 25 : « Motus naturalis (y. g. lapi­dis cadentis) quanto plus accedit ad terminum, (ordo magis inlenditur. Contrarium est de motu violento (y. g. lapidis sursum projecti). Graautem inclinat in modum naturae. Ergo qui sunt in gratis, quanto plus accedunt ad finern, plus debeni crescere. »
— (3) Nous ne parlons pas ici évidemment des personnes vraiment pieuses qui, par suite de quelque nécessité, doivent quitter l'église peu après la communion, pour accomplir un vrai devoir.
— (4) Voir sur ce point la très belle vie de la fondatrice du Cénacle, Mère Marie-Thérèse Couderc : Une grande humble, par le P. Perroy, S. J., p. ig5 : a Quand j'ai fait la sainte communion, dit-elle à sa Supérieure, il m'est impossible de quitter la chapelle. Le temps consacré à l'action de gràces par la communauté me parait si court que je dois me faire violence pour la suivre au réfectoire. »
—(5) Qu'on se rappelle ce qu'était l'action de grâces de ce pèlerin mendiant que fut saint Benoît-Joseph Labre, souvent ravi et transfiguré par la contemplation du Sauveur présent dans l'Eucharistie. Récemment. M. Charles Grolleau a fait admirablement revivre cette physionomie de saint en une cinquantaine de pages, qui paraissent être un petit chef-d'oeuvre : Saint Benoît-Joseph Labre, Éditions Publiroc, Marseille.
Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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