+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome I-Partie 2-Chapitre 16

La prière liturgique

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
Tome I-Partie 2-Chapitre 16

La prière liturgique

Un des plus grands moyens d'union à Dieu pour l'âme religieuse est la psalmodie, qui tous les jours dans les ordres religieux est l'accompagnement de la sainte Messe. La Messe est la grande prière du Christ, qui continue jusqu'à la fin du monde, pendant qu'il ne cesse de s'offrir par le ministère de ses prêtres, pendant que de son coeur sacerdotal et eucharistique s'élève toujours l'acte théandrique d'amour et d'oblation, dont la valeur est infinie comme adoration, réparation, supplication et action de grâce. La psalmodie de l'Office divin est la grande prière de l'Église, Épouse du Christ; prière de jour et de nuit, qui ne doit jamais cesser à la surface de la terre, comme la sainte Messe ne cesse pas.

La psalmodie doit être, pour ceux qui ont le grand honneur d'y participer, une école admirable de contemplation, d'oblation de soi-même, de sainteté. Mais pour produire ces fruits abondants, la psalmodie doit garder ce qui est son essence même; elle doit avoir non seulement un corps bien organisé d'après des règles harmonieuses, mais une âme; et, si elle cesse d'être la grande prière contemplative, elle perd peu à peu son âme et, au lieu d'être un élan, une élévation vers Dieu et un repos, elle devient un poids, une fatigue et ne produit plus de grands fruits. Aussi voudrions-nous dire ici quelques mots d'abord de la psalmodie déformée et matérialisée, et ensuite de l'autre, de la vraie, qui est une délivrance, comme le chant de l'Église, au-dessus de tous les bruits de la terre.

La psalmodie déformée

La psalmodie déformée est un corps sans âme. Elle est généralement précipitée: comme si la précipitation, qui est, dit saint François de Sales, la mort de la dévotion, pouvait remplacer la vie véritable et profonde. Les paroles de l'Office sont alors mal prononcées, sans rythme ni mesure. Les antiennes, souvent si belles, sont mal dites et deviennent inintelligibles, les hymnes plus encore. Les leçons, non ponctuées comme il faudrait, sont lues comme on lirait les choses les plus indifférentes ou même les plus ennuyeuses, alors qu'il s'agit des splendeurs de la Divine Sagesse ou de ce qu'il y a de plus beau dans la vie des saints. On veut gagner du temps, quatre ou cinq minutes que l'on consacrera à des riens, et l'on perd le meilleur du temps donné par Dieu. Le P. de Condren disait : « Si un maître parlait à son domestique comme plusieurs parlent à Dieu en disant l'Office divin, ce domestique croirait que son maître est fou de bredouiller de cette façon. »

Par suite, la psalmodie dont nous parlons est mécanique et non pas organique; comme dans un corps sans âme, les parties ne sont plus vitalement unies, mais seulement juxtaposées. Ce sont des mots les uns à la suite des autres. On ne saisit plus le grand, sens d'un psaume, et pour qui cherche à le saisir et à le suivre, c'est une véritable fatigue, un obstacle à la vraie prière.

Cette psalmodie est-elle encore une élévation de l'âme vers Dieu? Peut-être, mais une élévation uniformément retardée, comme le mouvement de la pierre lancée en l'air et qui tend à redescendre, alors que la vraie prière doit, comme la flamme, tendre spontanément vers le ciel.

Quels remèdes apporter à ce mal? Pour y remédier on rappelle les règles de la psalmodie. Remède inefficace, s'il est seul appliqué. Le mal est plus profond et il faut aller jusqu'à sa racine. En réalité, il n'y aurait qu'un seul, remède vraiment efficace et qui permettrait d'utiliser les autres, celui qui rendrait l'espril de prière tout comme, pour rendre ses fonctions à un corps sans âme, il faudrait le rappel à la vie.

Cette psalmodie déformée nous montre que pour une âme qui n'a aucune vie personnelle d'oraison, la récitation de l'Office devient toute matérielle, un culte tout extérieur. Cette âme, n'ayant pas l'habitude du recueillement, est assaillie de pensées étrangères à l'Office; ses travaux, études, affaires, lui reviennent constamment en mémoire, quelquefois même des pensées toutes vaines. Les personnes les plus intérieures connaissent aussi parfois ces misères, mais pour celles dont nous parlons, c'est un état habituel de négligence, et la distraction chez elles ne reste pas dans l'imagination, elle envahit les facultés supérieures. Comment goûter en cet état les paroles divines des Psaumes, des Prophètes. des Épîtres, les plus belles pages des Pères et de la vie des Saints qui passent tous les jours sous nos yeux dans l'Office divin? Toutes ces beautés spirituelles restent inaperçues comme des choses incolores et insipides. La grande poésie du Psalmiste, les cris les plus profonds de son coeur deviennent quelque chose de terne et de monotone. — Saint Bernard vit un jour au choeur au-dessus de chaque religieux son ange gardien qui écrivait la psalmodie, mais de façon bien différente : en lettres d'or, en lettres d'argent. ou avec de l'encre, ou avec de l'eau incolore; un ange tenait la plume étendue et n'écrivait rien

La routine
Momifie les choses les plus profondément vivantes et les réduit à des formules mécaniquement récitées. C'est là vraiment du nominalisme pratique, sorte de matérialisme en action. Les facultés supérieures ne vivent pas dans une prière ainsi faite, elles restent somnolentes ou dispersées. On entend encore la symphonie de l'Office, plus belle que les plus célèbres symphonies de Beethoven, mais, faute de sens intérieur, on ne sait plus l'écouter et l'apprécier. On étudie assez souvent l'Office divin au point de vue historique, ou au point de vue canonique des obligations strictes, on tient à ces distinctions : mais c'est surtout au point de vue spirituel qu'il faut le considérer et le vivre.
La psalmodie contemplative

Que doit donc être la psalmodie contemplative? Ce qui la distingue, c'est précisément l'esprit de prière, ou tout au moins l'aspiration qui nous porte vers lui, qui le désire, le cherche et finit par l'obtenir. Ceci nous montre combien la contemplation des mystères de la foi est dans la voie normale de la sainteté : elle seule peut nous donner dans la prière liturgique la lumière, la paix, la joie de la vérité savourée et aimée, gaudiurn de verilale.

Cet esprit de prière se puise plus intimement dans l'oraison et se perd dès qu'on est pressé d'achever la prière quotidienne, comme si elle n'était pas la respiration même de l'âme, le contact spirituel avec Dieu, notre vie.

Cet esprit est celui dans lequel ont été conçus les psaumes et sans lequel on ne les comprend pas, on ne les vit pas. « Comme le cerf soupire après les sources d'eau vive, ainsi mon âme soupire après toi, ô mon Dieu » (Psaume xLii, 2).

Si la psalmodie a cet esprit, alors à la place de la précispitation mécanique, qui est une vie de surface, on trouve la vie profonde, qui n'a pas besoin qu'on lui rappelle constamment les règles liturgiques, car ces règles ne sont que l'expression de ses inclinations intimes. Alors, sans lenteur excessive, on prononce bien les paroles, on évité la précipitation, on observe les pauses, qui sont comme un arrêt vital entre l'aspiration et la respiration. On goûte les antiennes et vraiment on se nourrit de là substance du texte liturgique. Celui ou celle qui doit lire les leçons, souvent si belles, les parcourt à l'avance, pour ne pas ânonner à contresens; on évite en les prononçant de trop exprimer sa piété personnelle, mais le grand sens objectif de l'Écriture expliquée par les Pères reste intelligible et ici et là on saisit ses splendeurs au milieu de ses divines obscurités. On ne cherche plus à gagner quatre ou cinq minutes, on cesse de perdre le temps le plus précieux donné par Dieu; on est même porté à la fin de la psalmodie à prolonger la prière par quelques moments d'oraison, comme les anciens religieux, la nuit, après matines et laudes, s'attardaient quelque temps dans un intime recueillement; il est question souvent dans leur vie de ces oraliones secretae, de ce coeur à coeur avec Dieu, où ils recevaient souvent les plus grandes lumières, qui leur faisaient entrevoir ce qu'ils avaient cherché auparavant pendant des heures et des heures de travail. Alors c'est la véritable vie, et l'on comprend que l'oraison mentale donne l'esprit de la psalmodie; tandis que la psalmodie fournit à l'oraison le meilleur aliment, la parole même de Dieu, distribuée et expliquée comme il convient, selon le cycle de l'année liturgique, selon le temps véritable, qui coïncide avec l'unique instant de l'immobile éternité (I).

Ce n'est plus une prière mécanique, c'est une prière organique ; l'âme est revenue vivifier le corps; les mots ne sont plus juxtaposés; on saisit le souffle vital qui les traverse. Sans effort, même aux heures douloureuses, on goûte l'admirable poésie des psaumes, on y trouve lumière, repos, force, renouvellement de toutes les énergies.

Alors vraiment cette prière est une élévation de l'âme vers Dieu, élévation non pas uniformément retardée, mais plutôt accélérée. L'âme y brûle et s'y consume saintement comme les cierges à l'autel.

Saint Thomas d'Aquin aimait profondément cette belle psalmodie ainsi comprise. On raconte qu'il ne pouvait retenir ses larmes en chantant pendant les Complies dela Quadragésime l'antienne : « Media vila in morte sumus : quem quaerimus adjulorem, nisi le, Domine, qui propeccalis noslris jusle irasceris? Sancle Deus, forfis, el misericors Salvalor, amarae morli ne Iradas nos... — Au milieu de la vie nous sommes dans la mort : quel Sauveur chercherons-nous, si ce n'est toi, ô Seigneur, qui peux justement nous punir pour nos péchés? Dieu saint, Dieu fort, saint et miséricordieux Sauveur, ne nous livre pas à une mort amère, ne nous abandonne pas au temps de notre vieillesse, lorsque notre force nous abandonnera. »

C'est la grâce de la persévérance finale que demande cette admirable antienne, la grâce des grâces, celle des prédestinés ; combien elle doit parler au coeur du théologien contemplatif, qui a approfondi les traités de la Providence, de la Prédestination et de la grâce!

Un des grands moyens pour le théologien, comme pour les autres, de s'élever très au-dessus du raisonnement à la contemplation, au simple regard sur Dieu et à l'union divine, c'est la psalmodie qui prépare si admirablement à la sainte Messe et qui la suit. Le théologien qui est resté longtemps courbé sur les livres, pour une étude positive et spéculative de la Révélation, pour la réfutation de multiples erreurs et l'examen de tant d'opinions relatives aux plus grands mystères de la Trinité, de l'Incarnation, de l'Eucharistie, de la vie du ciel, a absolument besoin de s'élever ensuite au-dessus de toutes ces connaissances livresques, il a besoin de recueillement profond, de lumière véritablement divine, supérieure au raisonnement, qui lui donne l'esprit de la lettre qu'il a étudiée. Autrement il s'étiole et, ne trouvant pas assez la lumière de vie, il ne peut pas assez la donner aux autres. Son travail reste trop mécanique, pas assez organique et vivant, ou bien l'idée maîtresse de sa synthèse n'est pas puisée assez haut, elle manque d'ampleur, de vie, de rayonnement, et perd peu à peu son intérêt.

Le théologien a besoin de trouver souvent l'expression vivante et splendide des mystères qu'il étudie dans les paroles mêmes de Dieu telles que la liturgie nous les fait goûter et aimer : « Guslale el videle quoniam suavis est Dominus » (Ps. xxxin, 9).

La parole de Dieu, qui nous est ainsi rappelée tous les jours dans la prière, est à son commentaire théologique ce que la circonférence si simple est au polygone si compliqué inscrit en elle. Il faut un moment oublier le polygone pour jouir un peu et saintement de la beauté du cercle, que suit, comme le disait Denys, le mouvement de la contemplation çela se trouve pendant la psalmodie, pourvu que la précipitation mécanique ne vienne pas s'y ,substituer à la vie profonde qui doit jaillir de source. Il faut que le corps de la psalmodie soit véritablement vivifié par l'esprit de prière.

C'est un bonheur d'entendre ainsi dire l'Office divin en bien des couvents de bénédictins, de chartreux, de carmes, de dominicains, de franciscains. Cette prière attire les bonnes vocations, tandis que l'autre, du fait qu'elle est matérialisée, les éloigne. Quand on entend la grande prière contemplative en certains cloîtres, on sent passer la vraie vie de l'Église; c'est son chant à la fois très simple et splendide qui précède et qui suit les paroles sublimes de l'Époux : la Consécration eucharistique. Cela fait oublier toutes les tristesses d'ici-bas, toutes les complications plus ou moins mensongères et toutes les corvées imposées par les conventions humaines. Plaise à Dieu que cette psalmodie reste toujours ainsi bien vivante, de jour et de nuit, dans les Couvents. On remarque que, lorsqu'elle cesse la nuit là où elle devrait durer, le Seigneur suscite pour la remplacer l'adoration nocturne, car la prière vivante ne doit pas cesser, et la prière de nuit, à raison du silence profond où tout est plongé et pour beaucoup d'autres raisons, a des grâces de contemplation spéciales : Oporlet semper orare.

La psalmodie ainsi entendue est le saint repos dont les âmes ont besoin après toutes les fatigues, agitations et complications du monde, le repos en Dieu, repos plein de vie, qui ressemble de loin à celui de Dieu qui possède sa vie interminable « lofa simul», foule à la fois, dans l'instant unique qui ne passe jamais, et qui mesure en même temps l'Action suprême et le suprême repos, « quies in bono amalo ».

Si l'on veut définir enfin les rapports mutuels de l'oraison et de l'Office divin, il faut dire que l'Office reçoit de l'oraison l'habitude du recueillement et l'esprit de prière. D'autre part, l'oraison trouve dans la prière liturgique une source abondante de contemplation et une règle objective contre les illusions individuelles. L'Office divin guérit du sentimentalisme en, rappelant constamment dans le langage même de l'Écriture les grandes vérités; il rappelle aux âmes présomptueuses la grandeur et la sévérité de la Justice divine, et il rappelle aussi aux âmes craintives l'infinie miséricorde et le prix de la Passion du Sauveur. Il fait vivre les âmes sentimentales par les sommets de la vraie foi et de la charité, très au-dessus de la sensibilité.

Il suffit de rappeler ici un exemple entre mille : le trait de la messe du dimanche de la Quadragésime pris dans le psaume xc : « Celui qui demeure sous l'abri du Très-Haut repose à l'ombre du Tout-Puissant. Je dis au Seigneur : « Vous êtes mon défenseur et mon refuge ! Vous êtes mon Dieu en qui je me confie. » Car c'est lui qui vous délivre du filet de l'oiseleur, de la peste dévastatrice. Il vous couvrira de son aile : sous ses ailes vous trouverez votre refuge. Sa fidélité vaut une égide et un bouclier : vous ne craindrez ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole pendant le jour... ni le mal qui frappe en plein midi. Mille tomberont à votre gauche, et dix mille à votre droite, et vous ne serez pas atteint. Car le Seigneur donnera pour vous des ordres à ses anges, afin qu'ils vous gardent en toutes vos voies. Ils vous porteront entre leurs mains pour que votre pied ne heurte pas contre la pierre. Il a dit : Quand il m'invoquera, je l'exaucerai, je serai avec lui dans la tribulation et lui ferai voir mon salut. »

La liturgie rappelle tous les âges de la vie spirituelle par les mystères joyeux de l'enfance du Sauveur, par sa Passion et par les mystères glorieux, elle donne ainsi la vraie joie spirituelle qui dilate le coeur : « Viam mandatorum tuorum cucurri, cum dilatasti cor meum » (Ps. cxvm, 32); elle dispose à la prière plus intime et silencieuse de l'oraison.

RÉFÉRENCES
—(1) Cf. Dom GRÉA, La sainte liturgie, chapitres sur l'office divin, le chant de l'Église, épouse de Jésus-Christ.
Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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