+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome I-Partie 2-Chapitre 18

L'oraison mentale des commençants et sa simplification progressive

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
Tome I-Partie 2-Chapitre 18

L'oraison mentale des commençants et sa simplification progressive
Ora Patrem Luum in abseondito, et Pater tuas qui videt in abscondito reddet Obi.(Match., vi, 6.)

En parlant de l'efficacité de la prière en général et de l'office divin, nous avons vu que la prière est une élévation de l'âme vers Dieu, par laquelle nous voulons dans le temps ce que Dieu veut de toute éternité que nous lui demandions : les divers moyens de salut, surtout le progrès de la charité : « Cherchez le royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît. » Cette prière de demande doit s'accompagner d'adoration, de réparation et d'action de grâces. Ce sont les sentiments que nous devons avoir en disant l'office divin. Mais nous sentons le besoin d'une prière plus intime, où notre âme dans un recueillement plus profond prenne contact avec la Sainte Trinité qui habite en nous, contact nécessaire pour recevoir du Maître intérieur cette lumière de vie, qui seule peut faire pénétrer profondément et goûter les mystères du salut, ceux de l'Incarnation rédemptrice, du sacrifice de la messe, de la vie éternelle vers laquelle nous marchons. Cette lumière de vie est nécessaire aussi pour réformer notre caractère en le spiritualisant et le surnaturalisant, en le rendant plus conforme à Celui qui nous invite à chercher la paix de l'âme dans l'humilité et la douceur.

Cette prière plus intime est l'oraison

Voyons d'abord ce que doit être l'oraison mentale des commençants; nous dirons au chapitre suivant comment parvenir à la vie d'oraison et y persévérer.

Ce qu'est l'oraison. Que penser des méthodes?

Notre-Seigneur nous dit dans l'Évangile (Matth., vi, 6) : « Ne faites pas comme les pharisiens qui cherchent à être vus des hommes lorsqu'ils prient pour loi, lorsques tu veux prier, recueille-loi el prie ton Père, qui est dans le secret de ton âme, et ton Père qui voit les secrets du coeur te le rendra. »

Sainte Thérèse dit d'une façon aussi simple que pro fonde : « L'oraison mentale n'est autre chose qu'une amitié divine, un entretien fréquent, seul à seul, avec Celui dont nous nous savons aimés » (sa Vie, ch. viii). C'est, une prière toute spontanée, toute intime, que les âmes chrétiennes vraiment simples et pures ont toujours connue. Un paysan, interrogé par le Curé d'Ars, la manière dont il priait, la définissait admirablement en disant : « J'avise Notre-Seigneur qui est au tabernacle, et il m'avise. » C'est vraiment le commerce d'amitié, par lequel l'âme s'entretient seule à seul avec Dieu, dont elle croit qu'elle est aimée. Cette prière intérieure, qui fut si souvint celle des premiers chrétiens dans les catacombes, a toujours existé dans les âmes profondément religieuses humbles et avides de Dieu. Bien sûr, celui qui a composé les Psaumes la connaissait profondément lorsqu'il l'écri

vait : « Comme le cerf soupire après les sources d'eau fraîche, ainsi mon âme soupire après toi, ô mon Dieu. Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant : Quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu? » (Ps. xci, 2).

Quoi de plus simple que l'oraison ! On lui enlève parfois sa spontanéité en proposant des méthodes trop compliquéesi qui attirent trop l'attention sur elles-mêmes et pas assez sur Dieu, que l'âme doit, chercher. La méthode est bonne pour aller à la vérité, à condition de se faire oublier, et de conduire véritablement au but vers lequel on doit tendre. Ce serait une aberration manifeste, comme celle du méticuleux ou du pédant, de préférer la méthode à la vérité, ou un certain mécanisme intellectuel à la réalité à connaître. Une méthode trop compliquée provoque d'ailleurs une réaction, et même une réaction excessive chez plusieurs, qui, fatigués de cette complication, en restent souvent à une vague rêverie qui n'a guère de la vraie piété que le nom.

La vérité, ici comme ailleurs, est au milieu et au-dessus. de ces deux déviations extrêmes, opposées l'une à l'autre. Une méthode ou, pour parler plus simplement avec Bossuet, une manière de faire oraison est utile, au commencement surtout, pour nous préserver de la divagation; mais pour ne pas devenir par sa complication un obstacle plutôt qu'un secours, il faut qu'elle soit simple, et, loin, de briser la spontanéité et la continuité de l'oraison, elle doit se contenter de décrire le mouvement d'élévation de l'âme vers Dieu. Elle doit se borner à indiquer les actes essentiels dont ce mouvement se compose. Il faut se rappeler surtout que l'oraison dépend principalement de la grâce de Dieu, et qu'on s'y prépare beaucoup moins par des procédés qui resteraient en quelque sorte mécaniques que par l'humilité ; « c'est aux humbles que Dieu donne sa grâce » (Jac., iv, 6).

Les actes essentiels de l'oraison

Quels sont ces actes? Il est clair d'abord que l'oraison n'est pas seulement un acte d'intelligence, comme une simple étude ou une lecture. Il y a des âmes spéculatives et curieuses des choses de Dieu qui ne sont pas pour cela des âmes contemplatives, des âmes d'oraison. Si elles goûtent dans. leurs considérations un plaisir qui passe beaucoup celui des sens, ce plaisir vient peut-être plus de leur connaissance que de la charité; elles sont mues par l'amour de la connaissance plus peut-être que par l'amour de Dieu. Saint Thomas distingue très nettement ces deux amours pour dire que dans l'oraison c'est le second qui doit porter l'intelligence à la connaissance de Dieu, en vue de l'aimer davantage lui-même (1). Il y a là un saint réalisme, celui qui se remarque dans la connaissance des serviteurs de Dieu.

Le plaisir qui naît, non pas de l'amour de Dieu, mais de l'amour de la connaissance, augmente souvent l'orgueil et rend les âmes plus amoureuses d'elles-mêmes; elles se recherchent sans y prendre garde. L'étude et la spéculation, même lorsqu'elles ne dévient pas, ne supposent pas nécessairement l'état de grâce et la charité, et ne concourent pas toujours à l'augmenter.

L'oraison, au contraire, doit procéder de l'amour de Dieu et se terminer à lui. C'est par amour de Dieu qu'on cherche à le contempler, et la contemplation de sa bonté et de sa beauté augmente l'amour. Comme il est dit dans le Dialogue de sainte Catherine de Sienne, ch. I « L'amour suit la connaissance, et, en aimant, l'âme cherche à suivre la vérité et à se revêtir de vérité ». Il est dit dans le même ouvrage, ch. Lxxxv : « Plus on connaît Dieu de cette façon, plus on l'aime, et, plus on l'aime, plus on le connaît. Amour et connaissance s'alimentent ainsi l'un l'autre réciproquement. »

Bien plus, ici-bas, l'amour de Dieu, dit saint Thomas (2), est plus parlait que la connaissance de Dieu, la charité est plus parfaite que la foi. Pourquoi? Parce que la connaissance attire en quelque sorte Dieu à nous, et lui impose pour ainsi dire les limites de nos idées bornées, tandis que l'amour nous attire vers Dieu, nous élève vers lui, nous unit à lui (3). Aussi, tant que nous sommés privés de la vision béatifique, c'est surtout par la charité que se fait l'union à Dieu; c'est pourquoi la perfection est spécialement dans la charité, qui doit avoir la première place incontestée en notre âme (4).

Cela revient à dire que dans l'oraison l'âme doit s'élever vers Dieu sur les deux ailes de l'intelligence et de la volonté, aidées du souffle de la grâce. L'oraison est donc un mouvement de connaissance et d'amour tout surnaturel.

S'il en est ainsi, il est facile de dire quels sont les actes essentiels de l'oraison. Pour être cette élévation de toute l'âme vers Dieu, elle doit se préparer par un acte d'humilité et procéder des trois vertus théologales, qui nous unissent à Dieu, animent la vertu de religion et nous obtiennent les illuminations et inspirations du Saint- Esprit. L'âme généreuse vole pour ainsi dire comme l'oiseau par l'effort de ses ailes, mais le souffle du Saint- Esprit soutient cet effort et la porte assez souvent beaucoup plus haut qu'elle ne pourrait aller par ses seules vertus. Ce n'est pas en vain que les sept dons du Saint- Esprit se trouvent en tous les justes sans exception (5).

Arrêtons-nous à ces divers actes de l'oraison. Chez les parfaits, il sont souvent simultanés et continus, mais, pour les décrire, il faut les énumérer l'un après l'autre, comme ils se présentent chez les commençants.

Il y a d'abord normalement dans l'oraison un acte d'humilité, car il convient de nous rappeler ce que nous sommes, nous qui venons nous entretenir avec Dieu. Pensons à la parole du Seigneur à sainte Catherine de Sienne : «Je suis Celui qui est, tu es celle qui n'est pas. » Par nous-mêmes nous ne sommes rien, et même moins que rien, puisque nos péchés sont un désordre inférieur au néant lui-même. Cet acte d'humilité s'accompagne normalement d'un acte de repentir et d'un acte d'adoration, comme celui qui inspire la génuflexion que l'on fait en entrant dans une église. Ces actes écartent le principal obstacle à la grâce, qui est l'orgueil, et cette vraie humilité, loin de nous déprimer, nous rappelle que, dans un vase fragile, nous portons un précieux trésor : la grâce sanctifiante et la Sainte Trinité qui habite en nous. Ainsi commencée, l'oraison ne procède pas d'un vain sentimentalisme, mais de la vie de la grâce, immensément supérieure à notre sensibilité.

Après cet acte d'humilité, un acte de foi profond et prolongé sur telle ou telle vérité fondamentale : Dieu, ses perfections, sa bonté, ou Notre-Seigneur, les mystères de sa vie, de sa passion, de sa gloire, ou encore nos grands devoirs, notre vocation, notre fin dernière, le péché, nos devoirs d'état à accomplir de plus en plus saintement. Ces sujets doivent constamment revenir. Les jours de fête, la liturgie elle-même donne le sujet. S'il s'agit d'un mystère de la vie du Sauveur, comme celui de sa Passion, il convient de le considérer d'abord sous son aspect sensible, puis sous son aspect spirituel, de s'arrêter à ce qui en fait la valeur infinie, de se reposer en cette vue de foi féconde. Souvent, pour cette considération et adhésion de foi, quelques paroles de l'Évangile ou de la liturgie suffisent. Pour des âmes plus avancées, elles sont comme quelques grains d'encens dans le feu de la charité. Il n'est pas nécessaire de beaucoup raisonner; l'acte simple de la foi théologale est très supérieur au raisonnement, et il devient de plus en plus un regard simple, qui, lors-qu'il s'accompagne d'admiration et d'amour, mérite le nom de contemplation. Cette foi infuse, supérieure à toute philosophie et au travail discursif de la théologie, nous fait adhérer infailliblement et surnaturellement dans l'obscurité aux mystères que les élus au ciel contemplent à découvert. Elle est vraiment, comme dit saint Paul , « la substance des choses que nous espérons » (Hebr., xi, 1). Son obscurité ne l'empêche pas d'être infailliblement sûre. C'est la première lumière de notre vie inté­ieure. « Credo in unum Deum... » et ce Credo semble à certain moment devenir presque un video, comme si l'on voyait de loin la source d'eau vive à laquelle notre âme aspire.

Cette vue de foi sur la vérité et la bonté de Dieu fait naître spontanément un acte d'espérance. On désire la béatitude, l'éternelle vie, la paix promise par le Père céleste à ceux qui suivent Jésus-Christ. Mais il est sûr que, par nos seules forces naturelles, nous ne parviendrons pas à ce but surnaturel. Alors l'âme a recours à la bonté infiniment secourable de Dieu et lui demande sa grâce. C'est la supplication, inspirée par l'espérance, qui compte sur le secours divin (6). Après avoir dit Credo, l'âme vient ainsi tout spontanément à dire : desidero, sitio, spero : je désire, j'ai soif, j'espère. Après avoir entrevu de loin la source d'eau vive, on désire l'atteindre pour v boire à longs traits, « comme le cerf soupire après les sources d'eau fraîche » (Ps. XLi, 1).

Mais l'acte d'espérance, à son tour, nous dispose à un acte de charité. Comme le dit, en effet, saint Thomas (7), « du fait que l'homme espère obtenir un bienfait de Dieu , il est porté à penser que Dieu, son bienfaiteur, est bon en lui-même (et meilleur que ses bienfaits). C'est pourquoi l'espérance nous dispose à aimer Dieu pour lui-même », parce qu'il est infiniment bon en lui-même.

Ainsi s'élève spontanément en nous l'acte de charité, d'abord sous une forme affective. Dans ces affections, si notre sensibilité offre son concours à la volonté, vivifiée par la charité, il peut être utile, à condition qu'il reste subordonné. Mais il n'est pas nécessaire; il disparaît dans les sécheresses. Il faut ici une affection calme, mais profonde, qui est plus sûre et plus féconde que des émotions superficielles. Elle consiste à dire : Mon Dieu, je ne veux plus mentir en vous disant que je vous aime. Donnez- moi de vous aimer et de vous plaire en toutes choses. Diligo te Domine ex loto corde. »

Cette charité affective doit enfin devenir effective : « Je veux conformer ma volonté à la volonté divine. Fiat volunlas tua, que ta volonté s'accomplisse en moi par la fidélité aux commandements et à l'esprit des conseils. Je veux briser tout ce qui me rend esclave du péché, de l'orgueil, de l'égoïsme, de la sensualité. Je veux, Seigneur, participer de plus en plus à cette vie divine que vous m'offrez. Vous êtes venu pour que nous ayons la vie en abondance. Augmentez mon amour pour vous. Vous ne demandez qu'à donner; je veux recevoir comme vous voulez que je reçoive, dans l'épreuve comme dans la consolation; que vous veniez pour m'associer aux mystères joyeux de votre enfance ou aux mystères douloureux de votre passion, car ils conduisent tous à la vie glorieuse de l'éternité. Je prends aujourd'hui la résolution de vous être fidèle sur tel point que j'ai souvent négligé. Vo/o. »

(On peut, comme le dit sainte Thérèse (8), méditer ainsi très lentement le Pater.)

Ici, en ce point culminant de l'oraison, fruit des vertus théologales, la connaissance de foi, l'amour d'espérance et celui de charité tendent, sous l'influence du Saint-Esprit, à se fondre en un regard d'amour fidèle et généreux, qui est le commencement de la contemplation : contemplation chrétienne qui porte sur Dieu et l'humanité du Sauveur, comme la contemplation de l'artiste sur la nature, et celle de la mère sur le visage de son enfant.

Cette oraison commence à pénétrer et à goûter les mystères du salut ; ce qu'est l'habitation de la Sainte Trinité en nous, le Corps mystique du Sauveur et la communion des saints. Elle nous introduit peu à peu dans l'intimité du Christ, intimité d'amour. Rien ne peut mieux corriger nos défauts de caractère, nous donner un vif désir de ressembler à celui qui nous a dit : « Recevez mes leçons, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos de vos âmes. » L'oraison ainsi faite rend notre coeur de plus en plus semblable au Cœur sacré de Jésus, car on imite même, sans y prendre garde, ceux qu'on aime vraiment et profondément. Il y a des caractères très difficiles qui ne parviendront à se réformer que par la contemplation aimante de Notre-Seigneur dans l'oraison.

Nous comprenons mieux ainsi la définition que nous donnions au début de ce chapitre d'après sainte Thérèse : « L'oraison est un commerce d'amitié dans lequel l'âme s'entretient seule à seul avec Dieu, dont elle se croit aimée. »

L'oraison de simplicité
Les actes d'humilité, de foi, d'espérance, de charité, que nous avons énumérés tendent, sous l'influence des dons du Saint-Esprit, au fur et à mesure que l'âme grandit, à se fondre en un regard d'amour ardent; c'est pourquoi une méthode simple, utile au début, doit faire place de plus en plus à la docilité au Saint-Esprit, qui souffle ou il veut. L'oraison tend ainsi à devenir comme une communion spirituelle prolongée, comme la définissait le paysan d'Ars cité plus haut : « J'avise Notre-Seigneur et il m'avise. » L'âme d'oraison dit beaucoup en peu de mots, qu'elle redit souvent sans se répéter jamais. Cette communion spirituelle prolongée est comme la respiration de l'âme ou son repos en Dieu ; elle aspire la vérité et la bonté de Dieu par la foi et l'espérance et elle respire l'amour. Ce que l'âme reçoit de Dieu sous forme de grâces toujours nouvelles, elle le lui rend sous forme d'adoration et d'amour.

Dès lors, demander la grâce de la contemplation chrétienne, c'est demander que le bandeau d'orgueil, qui couvre encore les yeux de l'esprit, tombe tout à fait, pour que nous puissions vraiment pénétrer et goûter les grands mystères du salut, celui du sacrifice de la Croix perpétué par la messe, celui du sacrement de l'Eucharistie nourriture de nos âmes.

Bossuet, certes sans aucun danger de quiétisme, nous invite à cette oraison affective simplifiée dans le très substantiel opuscule : Manière courte et facile pour faire l'oraison en foi, et de simple présence de Dieu.

Citons-en la partie principale : « Il faut s'accoutumer à nourrir son âme d'un simple et amoureux regard en Dieu et en Jésus-Christ Notre-Seigneur; et pour cet effet il faut la séparer doucement du raisonnement, du discours et de la multitude des affections, pour la tenir en simplicité, respect et attention, et l'approcher ainsi de plus en plus de Dieu, son unique souverain bien, son premier principe et sa dernière fin.

« La perfection de cette vie consiste en l'union avec notre souverain bien; et tant plus la simplicité est grande, l'union est aussi plus parfaite. C'est pourquoi la grâce sollicite intérieurèment ceux qui veulent être parfaits à se simplifier pour être enfin rendus capables de la jouissance de l'Un nécessaire, c'est-à-dire de l'unité éternelle... Unum mihi est necessarià m. Deus meus et omnia!...

«La méditation est fort bonne en son temps et fort utile au commencement de la vie spirituelle; mais il ne faut pas s'y arrêter, puisque l'âme, par sa fidélité à se mortifier et à se recueillir, reçoit pour l'ordinaire une oraison plus pure et plus intime, que l'on peut nommer de simplicité, qui consiste dans une simple vue, regard sur Dieu, sur Jésus-Christ ou quelqu'un de ses mystères. L'âme, quittant donc le raisonnement, se sert d'une douce contemplation qui la tient paisible, attentive et susceptible des opérations et impressions divines que le Saint-Esprit lui communique. Elle fait peu et reçoit beaucoup... et comme elle approche de plus près de la source de toute lumière, de toute grâce et de toute vertu, on lui élargit aussi davantage...

« Il faut remarquer que cette vraie simplicité nous fait vivre dans une continuelle mort et dans un parfait détachement, parce qu'elle nous fait aller à Dieu avec une parfaite droiture, sans nous arréter à aucune créature ; mais ce n'est pas par spéculation qu'on obtient cette grâce de simplicité, c'est par une grande pureté du cœur et par la vraie mortification et mépris de soi-méme: et quiconque fuit de souffrir et de s'humilier et de mourir à soi n'y aura jamais d'entrée; et c'est aussi d'où vient qu'il y en a si peu qui s'y avancent, parce que presque personne ne se veut quitter soi-mème, faute de quoi on fait des perles immenses et on se prive de biens incompréhensibles... La fidélité qui fait mourir à soi-même dis­pose.., à cette excellente sorte d'oraison...

« L'âme éclairée estime chèrement la conduite de Dieu, qui permet qu'elle soit exercée par les créatures et accablée de tentations et de délaissement... Après la purgation de l'âme par le purgatoire des souffrance., où il faut nécessairement passer, viendra l'illumination, le repos, la joie, par l'union intime avec Dieu. »

Ce purgatoire de souffrances, dont parle ici Bossuet, "comme nécessaire avant l'illumination, c'est la purification passive des sens dont nous traiterons plus loin : elle est, en effet, au seuil de la voie illuminative, comme une seconde conversion.

RÉFÉRENCES
—(I) Cf. SAINT THOMAS , 11' 11•°, q. 18o, a. I. « Movet vis appetitiva ad aliquid inspiciendum, vel sensibiliter, vel intelligibililer, quandoque qu'idem propter amorem rei uisae, quia ut dicitur apud Matth., vi « Ubi est thesaurus tuus, ibi est cor tuum »; quandoque autemitur. prop- ter amorem ipsius coynitionis, quam quis ex inspectione consequ Et propter hoc Gregorius (Hom. XIV in Ezech.) constituit vitam contena­plativarn in caritate Dei, in quantum scilicct aliquis ex dilectione Dei inardescit ad ejus puichritudinem conspiciendam. Et quia unusquisque delectatur, cum adeptus fuerit id quod amat, ideo vita contemplative terminatur ad deleetationem, quae est in eectu, ex quo etiarn emor intendilur. »
— (2) I', q. 82, a . 3 : « Melior est amor Dei, quarn Dei cognai°. » II'q. 27, a . 4 : Utrurn Deus in hac vita possit imrnediate amari :« Caritasimmediate Deum diligit, alia vero Deo mediante. In cognitione vero est e converso. »
— (3) La raison en est que le bien, objet de l'amour, est dans les choses, dans la réalité extérieure à nous, ici en Dieu même. Au contraire, le vrai formellement pris, c'est-à-dire la conformité'de notre jugement avec le réel, est en nous. Cf. saint Thomas , ibidem.
— (4) Cf. II' ll", q. 184, a . I, et 1' ll", q. 66, a . 6
— (5) On a parfois transformé l'oraison, sous le nom de méditation discursive, en un exercice qui paraît être un acte de la prudence, qui prévoit ce qu'il faut faire, plutôt que l'union des actes des trois vertus théologales, qui se nourrissent de Dieu même. Sans doute, il convient de faire dans l'oraison une place à la résolution qu'inspire la foi, qui dirige d'en-haut la prudence, mais ne transformons pas l'oraison en examen de conscience ou de prévoyance, et maintenons ici pratiquement la supériorité des vertus théologales, parmi lesquelles la charité l'emporte surtout sous la forme de l'amour de Dieu, supérieur à l'amour du prochain, bien que ce dernier soit le grand signedu précédent.
— (6) Le motif formel de l'espérance est la bonté divine toute-puissante et secourable. : Deus auxiltans Cf. Il ' Il", q. 17, a . 4 5.
— (7) P II", q 6a, a. 4.
— ( 8 ) Chemin de la perfection, ch. XXSVII À XVIII
Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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