DEUXIEME PARTIE
La purification de l'âme des commençants
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Après avoir parlé des principes de la vie intérieure, c'est-à-dire de ses sources et de sa fin, qui est la perfection chrétienne, il faut traiter en particulier de chacun des trois âges de la vie spirituelle, et tout d'abord de la purification de l'âme des commençants.
Nous verrons, à ce sujet, ce qui caractérise cet âge de la vie intérieure, nous parlerons assez longuement de la purification active de la partie sensitive et de la partie intellectuelle de l'âme, de l'usage des sacrements, de la prière des commençants, et enfin de la purification passive des sens plus ou moins bien supportée qui rnarque la transition à l'âge des progressants, ou l'entrée dans la voie illuminative. Il faudra parler, à ce sujet, de l'abus des grâces. Ce sont les commençants, devenus des âmes attardées et attiédies, qui n'arrivent pas à l'âge spirituel supérieur. Cette partie de la spiritualité est pratiquement fort importante . car beaucoup d'âmes, pour ne pas la mettre en pratique, restent fort en retard, tandis que ceux qui en profitent réellement font de grands progrès.
L'important n'est pas ici de lire beaucoup de livres, d'avoir beaucoup d'idées, mais de se pénétrer des principes fondamentaux exposés en quelque livre substantiel et de les mettre généreusement en pratique. sans revenir en arrière.
C'est Notre-Seigneur lui-même qui l'a dit à la fin du sermon sur la Montagne (Matth., vii, 24) : « Tout homme qui entend ces paroles et les met en pratique sera comparé à un homme sage, qui a bâti sa maison sur le roc... Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable à un insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et ont battu cette maison, et elle a été renversée, et grande a été sa ruine. »
Quand on lit la vie des serviteurs de Dieu béatifiés et canonisés, en particulier de plusieurs de ceux qui nous ont été proposés comme modèles ces derniers temps, on est frappé de voir que beaucoup n'avaient point grande culture, n'avaient pas lu beaucoup de livres, mais qu'ils se sont profondément pénétrés de l'Évangile, qu'ils en ont ainsi reçu l'esprit, et qu'ils l'ont pratiqué avec une générosité admirable, parfois dans une forme de vie très simple qui rappelle celle de saint Joseph. Ils sont arrivés ainsi à une haute sagesse, qui transparaissait parfois par le réalisme profond de leurs réflexions, et à une ardente charité, très féconde pour le salut des âmes.
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CHAPITRE PREMIER
L'âge spirituel des commençants
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Nous avons vu que saint Thomas (1), en parlant des trois âges de la vie spirituelle, remarque que « le principal devoir des commençants est d'éviter le péché, de résister à la convoitise, qui nous attire vers un objet contraire à celui de la charité ».
Le chrétien en état de grâce, qui commence à se donner au service de Dieu et à tendre vers la perfection de la charité, selon les exigences du précepte suprême, a une mentalité ou un état d'âme qui se peut décrire en observant surtout la connaissance de soi-même et celle de Dieu, l'amour de soi-même et celui de Dieu.
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La connaissance de soi-méme et celle de Dieu |
Les commençants ont une connaissance initiale d'eux-mêmes; ils discernent peu à peu les défauts qui subsistent en eux, les suites des péchés déjà pardonnés, et de nouveaux manquements plus ou moins délibérés et volontaires. Si ces commençants sont généreux, ils ne cherchent pas à s'excuser, mais à se corriger, et le Seigneur leur montre leur misère et leur indigence en leur faisant entendre pourtant qu'ils ne doivent la considérer que sous le rayonnement de la miséricorde divine, qui les exhorte à avancer. Ils doivent chaque jour examiner leur conscience et apprendre à se vaincre pour ne pas suivre l'impulsion irréfléchie de leurs passions.
Ils ne se connaissent pourtant que d'une façon encore superficielle. Ils ne découvrent pas encore quel trésor le baptême a mis en leur âme, et ils ignorent tout l'amour-propre, l'égoïsme souvent inconscient qui subsiste en eux et qui se révèle de temps en temps sous une vive contrariété ou un reproche. Assez souvent, ils voient mieux cet amour-propre chez les autres que chez eux, et doivent se rappeler la parole du Seigneur : « Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l'oeil de ton frère, et ne remarques-lu pas la poutre qui est dans le tien» » (Matth., vii, 3.) Le commençant porte en lui un diamant entouré d'une gangue de substances grossières, et il ne connaît encore ni tout le prix du diamant ni tous les défauts de la gangue. Il est beaucoup plus aimé de Dieu qu'il ne le croit, mais d'un amour fort qui a ses exigences et qui demande l'abnégation pour arriver à la vraie liberté de l'esprit.
Le commençànt s'élève peu à peu à une certaine connaissance de Dieu qui est encore très dépendante des choses sensibles. Il connaît Dieu dans le miroir des choses de la nature ou dans celui des paraboles, par exemple en celles de l'enfant prodigue, de la brebis perdue, du bon Pasteur. C'est le mouvement droit d'élévation vers Dieu partant d'un fait sensible très simple. Ce n'est pas encore le mouvement en spirale qui s'élève vers Dieu par la considération des divers mystères du salut, ni le mouvement circulaire de la contemplation qui revient toujours à la bonté divine rayonnante, comme l'aigle aime à regarder le soleil en décrivant plusieurs fois le même cercle dans les airs (2).
Le commençant n'est pas encore familiarisé avec les mystères du salut, avec ceux de l'Incarnation rédemptrice, de la vie de l'Église , il ne peut-encore se sentir habituellement porté à y voir le rayonnement de la bonté divine.
Il a parfois pourtant cette vue en considérant la Passion du Sauveur, mais il ne pénètre pas encore dans les profondeurs du mystère de la Rédemption. Sa vue des choses de Dieu reste encore superficielle. Il n'est pas rtrvenu à la maturité de l'esprit.
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L'amour de Dieu à ses débuts |
En cet état, il y a un amour de Dieu proportionné : les commençants vraiment généreux aiment le Seigneur avec une sainte crainte du péché qui leur fait fuir le péché mortel, même le péché véniel délibéré; par la purliflation des sens et des passions déréglées, ou de la concupiscence de la chair, de celle des yeux et de l'orgueil. A ce signe, on reconnaît qu'il y a en eux le commencement d'un amour profond de volonté.
Plusieurs cependant négligent pratiquement la mortification, qui serait nécessaire, et ressemblent à un homme qui voudrait commencer l'ascension d'une montagne, non pas au bas de la montagne, mais à mi-côte. Alors ils montent en imagination, non en réalité; ils brûlent les étapes, et leur premier enthousiasme s'éteindra vite comme un feu de paille. Ils croiront connaître les choses spirituelles et s'en détacheront après les avoir à peine pleurées. C'est, hélas, très fréquent.
Si, au contraire, le commençant est généreux, si, sans vouloir aller plus vite que la grâce et pratiquer en dehors de l'obéissance une mortification excessive inspirée par un secret orgueil, il veut sérieusement avancer, il n'est pas rare qu'il reçoive comme récompense des consolations sensibles dans la prière ou dans l'étude des choses divines. Le Seigneur fait ainsi la conquête de sa sensibilité, puisqu'il vit encore surtout par elle. La grâce dite sensible, parce qu'elle a son retentissement sur la sensibilité, détourne alors celle-ci des choses dangereuses et l'attire vers Notre-Seigneur et sa sainte Mère. En ces moments, le commençant généreux aime déjà Dieu de tout son coeur, mais pas encore « de toute son âme, de toutes ses forces », ni « de tout son esprit ». Les auteurs spirituels parlent souvent de ce lait de la consolation qui est alors donné. Saint Paul dit lui-même (I Cor., in, 2) : « Ce n'est pas comme à des hommes spirituels que j'ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à de petits enfants dans le Christ. Je vous ai donné du lait à boire, non de la nourriture solide, car vous n'en étiez pas capables. »
Qu'arrive-t-il alors généralement ? Presque tous les commençants, en recevant ces consolations sensibles, y prennent trop de complaisance, comme si elles étaient, non pas un moyen, mais une fin. Ils tombent alors dans une certaine gourmandise spirituelle accompagnée de précipitation et de curiosité dans l'étude des choses divines, d'orgueil inconscient, qui porte à vouloir parler de ces choses comme si on était déjà un maître. Alors reparaissent, dit saint Jean de la Croix (3), les sept péchés capitaux, non plus sous leur forme grossière, mais à propos des choses spirituelles (4). Ce sont autant d'obstacles à la vraie et solide piété.
Que s'ensuit-il? Il suit de là, c'est la logique de la vie spirituelle, qu'une seconde conversion est nécessaire, celle que décrit saint Jean de la Croix sous le nom de purification passive des sens « commune chez le grand nombre des commençants (5) », pour les introduire « dans la voie illuminative des avancés, où Dieu nourrit l'âme par contemplation infuse (6) ».
Cette purification se manifeste par une aridité sensible prolongée, dans laquelle le commençant est dépouillé des consolations sensibles où il se complaisait trop. S'il y a dans cette aridité un vif désir de Dieu, de son règne en nous et la crainte de l'offenser, c'est un signe qu'il y a là une purification divine. Et plus encore si à ce vif désir de Dieu s'ajoute la difficulté à l'oraison de faire des considérations multiples et raisonnées, et l'inclination à regarder simplement le Seigneur avec amour (7). C'est là le troisième signe, qui montre que la seconde conversion s'accomplit et que l'âme est élevée vers une forme de vie supérieure, qui est celle de la voie illuminative ou des progressants.
Si l'âme supporte bien cette purification, sa sensibilite se soumet de plus en plus à l'esprit. Il n'est pas rare qu'elle ait alors à repousser généreusement des tentations contre la chasteté et la patience, vertus qui ont leur siège dans la sensibilité et qui se fortifient par cette lutte.
Dans cette crise, le Seigneur laboure l'âme, pour ainsi dire; il creuse beaucoup plus profondément le sillon qu'il a déjà tracé au moment de la justification ou première conversion. Il extirpe les mauvaises racines ou les restes du péché « reliquias peccati ». Il montre la vanité des choses du monde, de la recherche des honneurs et des dignités. Et peu à peu une vie nouvelle commence, comme dans l'ordre naturel lorsque l'enfant devient un adolescent.
Mais cette crise est plus ou moins bien supportée, plusieurs ne s'y montrent pas assez généreux et peuvent devenir des attardés. D'autres suivent docilement l'inspiration divine et deviennent des progressants.
Tels sont les principaux caractères de l'âge spirituel des commençants : connaissance encore superficielle de soi-même, connaissance initiale de Dieu encore très dépendante des choses sensibles ; amour de Dieu qui se manifeste par la lutte pour fuir le péché. Si cette lutte est généreuse, elle est généralement récompensée par des consolations sensibles, auxquelles trop souvent on s'attarde. Alors le Seigneur les enlève et, par ce dépouillement, nous introduit dans une vie spirituelle plus dégagée des sens Il est aisé de voir la suite logique et vitale des phases par lesquelles l'âme doit passer. Ce n'est pas une juxtaposition mécanique d'états successifs, c'est le développement organique de la vie intérieure qui devient ainsi de plus en plus une conversation intime de l'âme, non plus seulement avec elle-même, mais avec Dieu.
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La générosité requise chez le commençant |
Ce qu'il importe ici de bien remarquer, c'est la générosité qui est nécessaire dès le début chez le commençant, s'il veut arriver à l'union intime avec Dieu et à la contemplation pénétrante et savoureuse des choses divines.
On lit à ce sujet dans le Dialogue de sainte Catherine de Sienne, au ch. I,III : « Tous, dit le Seigneur, vous avez été appelés, en général et en particulier, par mon Fils, lorsque, dans l'ardeur de son désir, il criait dans le temple : « Qui a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. » Ainsi vous êtes invités à la source d'eau vive de la grâce... Il vous faut donc passer par mon Fils... et marcher avec persévérance, sans que ni épines, ni vents contraires, ni prospérité, ni adversité, ni autres peines que ce soit, vous puissent faire regarder en arrière. Persévérez jusqu'à ce que vous me trouviez, Moi, qui vous donne l'eau vive : et c'est par l'intermédiaire de ce doux Verbe d'amour, mon Fils unique, que je vous la donne. »
Saint Thomas parle de même en commentant in Matthceum, v,6, les paroles : «Bienheureux ceux qui ont faim de soif de justice, car ils seront rassasiés. »« Le Seigneur, dit-il, veut que nous ayons soif de cette justice, qui consiste à rendre à chacun et à Dieu d'abord ce qui lui est dû. Il veut que nous ne soyons jamais rassasiés ici-bas... mais que notre désir grandisse toujours... Bienheureux ceux qui ont ce désir insatiable ; ils recevront la vie éternelle et auparavant les biens spirituels en abondance dans l'accomplissement des préceptes, selon la parole du Maître (Jean, iv, 34) : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son oeuvre. »
Le Docteur angélique dit encore dans son Commentaire sur saint Jean vii, 37 : « Tous ceux qui ont soif sont invités lorsque Notre-Seigneur dit : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne et qu'il boive. Isaïe, Lv, 1, avait dit : Vous tous qui avez soif, venez aux eaux (vives). Il appelle ceux qui ont soif, car ce sont ceux qui désirent servir Dieu. Dieu n'accepte pas un service forcé, mais il aime celui qui donne avec joie (II Cor., ix, 17). Il appelle non .pas seulement quelques-uns, mais tous ceux qui ont soif; et il les invite à boite ce breuvage spirituel qu'est la divine sagesse, capable de combler nos désirs; et cette sagesse divine, nous voudrons la donner aux autres après l'avoir trouvée (8). C'est pourquoi il nous dit : Celui qui croit en moi, de son sein, comme dit l'Écriture, couleront des fleuves d'eau vive (Jean, vit, 38) ». Ainsi parle saint Thomas en son Commentaire sur saint Jean .
Mais pour arriver à cette source débordante, il faut avoir soif, soif de vertu, et marcher généreusement, par la voie étroite de l'abnégation, voie spirituelle qui est étroite pour les sens, mais qui, pour l'esprit, deviendra immense comme,Dieu même à qui elle conduit, tandis que le chemin de la perdition, large d'abord pour les sens, se resserre ensuite de plus en plus pour l'esprit et conduit à la géhenne (9).
Sainte Thérèse (Chemin de la perfection, ch. xxx), en rapportant ces mêmes paroles du Maître : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive », écrit de même : « Songez que le Seigneur invite tout le monde. Il est la vérité même, donc la chose est hors de doute. Si le festin n'était pas général, il ne nous appellerait pas tous, ou bien, en nous appelant, il ne dirait pas : Je vous donnerai à boire. Il dirait : Venez tous, vous n'y perdrez rien, et je donnerai à boire à qui je trouverai bon. Mais, comme il dit sans restriction : Venez tous, je regarde comme certain que tous ceux qui ne resteront pas en chemin recevront cette eau vive. Daigne Celui qui nous la promet nous donner sa grâce pour la chercher comme il faut! Je le lui demande au nom de lui-même. »
La Sainte dit dans ce même chapitre xix : « Quand Dieu veut qu'on boive de celle eau, — l'union divine, étant absolument surnaturelle, ne dépend pas de nous, — c'est afin de purifier notre âme... Soudain il l'approche de lui, et en un moment lui enseigne plus de vérités, lui donne sur le néant de toute chose plus de lumière qu'elle n'aurait pu en acquérir en bien des années. » — Puis elle ajoute, ibid., au ch. xxi : « Revenons à ceux qui sont décidés à marcher par ce chemin et à ne point s'arrêter qu'ils n'aient atteint le but, c'est-à-dire qu'ils ne se soient abreuvés de cette eau vive. Et d'abord, comment faut-il débuter? Je le répète, ce qui est d'une importance majeure, d'une importance capitale, c'est d'avoir une résolution ferme, une détermination absolue, inébranlable, de ne point s'arrêter qu'on n'ait atteint la source, quoi qu'il arrive ou puisse survenir, quoi qu'il en puisse coûter, quelques critiques dont on soit l'objet, qu'on doive arriver au terme ou mourir en chemin, accablé sous le poids des obstacles, quand le monde enfin devrait s'effondrer. »
Saint Jean de la Croix s'exprime de même dans le Prologue de la Montée du Carmel , et dans Vive Flamme d'amour (He strophe, verset 5).
La générosité dont parlent ici tous ces grands saints n'est autre que la vertu de magnanimité; mais ce n'est plus seulement celle décrite par Aristote, c'est la magnanimité infuse, chrétienne, décrite par saint Thomas dans sa Somme Théologique, Ila IlI, q. 129.
Le magnanime, dit-il, cherche les grandes choses dignes d'honneur, mais il estime que les honneurs eux-mêmes ne sont presque rien (10). Il ne se laisse pas exalter par la prospérité, ni abattre par les difficultés. Or est-il ici-bas de plus grande chose que la véritable perfection chrétienne? Le magnanime ne redoute pas les obstacles, ni les critiques, ni le mépris, s'il faut le supporter pour une grande cause. Il ne se laisse nullement intimider par les esprits forts, et ne fait aucun cas de leurs dires. Il tient compte de la vérité beaucoup plus que de l'opinion souvent fausse des hommes. Si cette générosité n'est pas toujours comprise de ceux qui voudraient une vie plus commode, elle a en soi une vraie valeur. Et si elle est unie à l'humilité, elle plaît à Dieu et ne saurait rester sans récompense.
Saint François de Sales, dans son Ve Entretien, parle admirablement de la générosité dans ses rapports avec l'humilité, qui doit toujours l'accompagner : « L'humilité dit-il, croit de ne pouvoir rien, eu égard la connaissance de notre pauvreté et faiblesse...; et, au contraire, la générosité nous fait dire avec sain! Paul : Je puis tout en celui qui me conforte. L'humilité nous fait défier de nous-mêmes, et la générosité nous fait confier en Dieu... Il y a des personnes qui s'amusent à une fausse et niaise humilité, qui les empêche de regarder en eux ce que Dieu y a mis de bon. Ils ont très grand tort ; car les biens que Dieu a mis en nous veulent être reconnus... pour glorifier la divine bonté qui nous les a donnés... L'humilité qui ne produit point la générosité est indubitablement fausse... La générosité s'appuie sur la confiance en Dieu et elle entreprend courageusement de faire tout ce qu'on luicommande... pour difficile qu'il soit... Qu'est-ce qui me pourra empêcher d'y parvenir (dit-elle), puisque je suis très assurée que celui qui a commencé l'oeuvre de ma perfection la parfera? (Phil., 1, 6). »
Telle doit être la générosité des commençant. Tous les saints parlent ainsi. Le Seigneur lui-même a dit : « Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas propre au royaume de Dieu. » (Luc., lx, 62.) Il faut être de ceux dont il a dit : « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés », il goûteront ici-bas comme le prélude de la vie éternelle et la feront saintement désirer aux autres en travaillant à leur salut
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— (1) II' II", q. 211, a. 9. — (2) Cf. Saint Thomas , II' 18o, a. 6.
— (3) Nuit obscure, 1.1, ch., à vu.
— (4) Chez d'autres. ils reparaissent à propos des choses de la rie intellectuelle, par recherche inconsciente de soi-même dans l'étude.
— (5) Nuit obscure, 1.1, ch. vin.
— (6) ibid., 1.1, ch. Inv.
— (7) Ibid., ch.IX : ,Les trois signes de la purification passive des sens, où commence la contemplation infuse.
—(8) S. THOMAS, in Joannem, vu, 37 : n Totus iste est spiritualis refectio in cognitione divinae sapientiae et veritatis; etiam in impletione desideriorum... Fructus auteur hujus invitationis est redundantia bonorum in alios. »
— (9) Cf. S. THOMAS, in Maith , vu, '4.
—(10)
(i) Saint Thomas dit (Il' II•. q. 12g, 4, cet ad 3°) que la magnanimité porte à vouloir pratiquer toutes les vertus avec une vraie grandeur d'âme; elle est ainsi comme l'ornement de toutes les vertus, et l'on voit par là son influence générale, celle mémo que les auteurs spirituels attribuent à la générosité. — Item, S. Thomas, IP Il", q. 134, a . 9, ad 3; et 1' ll q. 66, a . 4, ad 3. |
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