+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome I-Partie 2-Chapitre 19
Comment parvenir à la vie d'oraison
et y persévérer

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
Tome I-Partie 2-Chapitre 19
Comment parvenir à la vie d'oraison  et y persévérer
Après avoir dit ce qu'est l'oraison, et comment celle des commençants tend à se simplifier de plus en plus pour devenir l'oraison de simplicité décrite par Bossuet, il convient de dire comment on peut parvenir à la vie d'oraison ainsi conçue et comment on peut y persévérer.
Comment y parvenir?

Il faut se rappeler d'abord que l'oraision dépend avant tout de la grâce de Dieu; par suite, on s'y prépare beaucoup moins par des procédés, qui pourraient rester mécaniques, que par l'humilité, car « c'est aux humbles que Dieu donne sa grâce (1) », et il les fait humbles pour les combler. Notre-Seigneur, pour nous rappeler la nécessité de l'humilité et de la simplicité ou pureté d'intention, a dit à ses apôtres : « Si vous ne vous convertissez pas et vous ne devenez semblables à de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux (2) », surtout dans l'intimité du royaume, ou dans la vie d'oraison. Ce sont ceux qui sont vraiment humbles de coeur que Dieu se plaît à instruire lui-même immédiatement; tel ce paysan d'Ars qui restait longtemps silencieux près du tabernacle, en conversation intime et sans paroles avec Notre-Seigneur. Si quelqu'un aime d'être rien, accepte d'être méprisé et, non seulement l'accepte, mais finit par l'aimer, il fera de très grands progrès dans l'oraison; il sera comblé au-delà de tous ses désirs.

Avec l'humilité, ce qui nous prépare à la vie d'oraison, c'est la mortification, l'esprit et la pratiqué du détachement des choses sensibles et de soi-même. Il est clair que si nous avons l'esprit préoccupé des intérêts et des affaires du monde, l'âme agitée par une affection trop humaine, par la jalousie, par le souvenir des torts du prochain ou par des jugements téméraires, nous ne pourrons nous entretenir avec Notre-Seigneur. Si dans la journée nous avons critiqué nos supérieurs, manqué de docilité à leur égard, le soir venu, nous ne trouverons guère à l'oraison la présence de Dieu. Il est clair que toutes les inclinations déréglées doivent être mortifiées, pour que la charité prenne la première place incontestée eu notre âme et s'élève spontanément vers Dieu à propos des peines comme des consolations.

Pour arriver à la vie d'oraison, il faut, dans le cours de la journée, élever souvent son cœur vers Dieu, s'entretenir avec Notre-Seigneur à propos de tout, comme avec le guide qui nous conduit dans notre ascension; et alors, lorsque nous nous arrêtons un moment pour causer plus intimement avec le guide, nous aurons quelque chose à lui dire, surtout nous saurons écouter ses inspirations, parce que nous nous serons saintement familiarisés avec lui. Pour arriver à cette intimité, on enseigne souvent aux jeunes religieuses à « bénir l'heure » lorsqu'elle sonne, c'est-à-dire à l'offrir au Seigneur, pour que nous lui soyons plus unis pendant le moment qui arrive. On conseille aussi, surtout certains jours de fête, ou le premier vendredi du mois, de mulliplier du matin au soir les actes d'amour de Dieu et du prochain, non pas d'une façon mécanique, comme quelqu'un qui les compterait, mais dès que l'occasion s'en présente, lorsque, par exemple, on rencontre une personne, qu'elle nous soit naturellement sympathique ou non. Si nous sommes fidèles à cette pratique, le soir venu, nous serons très unis à Dieu.

Il faut enfin faire silence en son âme, faire taire les passions plus ou moins déréglées, pour entendre le Maître intérieur, qui parle à voix basse comme l'ami à son ami. Si nous sommes habituellement préoccupés de nous-mêmes, et si nous nous recherchons nous-mêmes dans notre travail, dans l'étude et l'activité extérieure, comment goûterons-nous les sublimes harmonies des mystères de la Sainte Trinité présente en nous, de l'Incarnation rédemptrice et de l'Eucharistie? Il faut que le désordre et le bruit de la sensibilité cesse vraiment pour la vie d'oraison, et c'est pourquoi le Seigneur laboure parfois si profondément cette sensibilité, surtout dans la nuit passive des sens, pour qu'elle finisse par se taire et se soumettre docilement à l'esprit ou à la partie supérieure de l'âme.

Tout ce travail de la vie peut être appelé préparation éloignée à l'oraison. Elle est beaucoup plus importante que la préparation immédiate, c'est-à-dire que le choix d'un sujet; car cette dernière préparation a seulement pour but d'exciter ce feu de la charité qui ne doit jamais s'éteindre en nous et que doit alimenter une générosité soutenue par la fidélité au devoir du moment présent, de minute en minute.

A ce point de vue, il faut conseiller ce qu'on a appelé l'oraison en travaillant, c'est-à-dire se choisir environ un quart d'heure au milieu de la matinée ou de l'après-midi, au milieu même du travail, intellectuel ou extérieur, pour, à ce moment-là, non pas l'interrompre, mais l'accomplir plus saintement sous le regard de Dieu. C'est très profitable. On arrive ainsi à ne plus se rechercher soi-même dans son travail, à renoncer ce qu'il y a de trop naturel et en partie égoïste dans l'activité, pour sanctifier celle-ci et garder l'union à Dieu en mettant vraiment toutes nos énergies à son service, en se dégageant de la complaisance dans la satisfaction personnelle.

Ainsi, des âmes généreuses et simples au grand sens du mot arriveront à une conformité pour ainsi dire continuelle à la volonté divine, et conserveront presque toujours la présence de Dieu, ce qui rendra moins nécessaire la préparation immédiate à l'oraison. Elles seront déjà disposées, inclinées à se porter vers Dieu, comme la pierre se porte vers le centre de la terre dès qu'un vide se fait à côté d'elle.

Elles parviendront ainsi à une vraie vie d'oraison, qui sera pour elles comme la respiration spirituelle.

Comment persévérer dans la vie d'oraison?

Avec la persévérance on ne peut manquer de gagner beaucoup; et sans elle on peut tout perdre. Cette persévérance n'est pas chose facile : il y a une lutte à livrer contre soi-même, contre la paresse spirituelle, contre le démon qui nous porte au découragement. Bien des âmes, sevrées des premières consolations qu'elles avaient reçues, sont revenues en arrière, même des âmes très avancées ont reculé. On cite le cas de sainte Catherine de Gênes, qui avait été attirée par Dieu à l'oraison depuis l'âge de treize ans et y avait fait de grands progrès; après cinq ans de souffrances, elle abandonna la vie intérieure, mena cinq ans une vie toute extériorisée; mais un jour, allant se confesser sur le conseil de sa soeur, elle sentit avec angoisse le vide profond de son âme; le désir ressuscita en elle. Elle fut reprise par Dieu en un instant de la façon la plus forte, la plus impérieuse, et après quatorze ans d'une grande pénitence, elle reçut l'assurance d'avoir pleinement satisfait à la justice divine. « Si je revenais sur mes pas, disait-elle alors, je voudrais qu'on m'arrachât les yeux, et je ne trouverais pas que ce fût assez. » Ces expressions très vives des saints concrétisent ce que disent abstraitement tous les théologiens : il vaut mieux perdre la vue que de perdre la grâce, ou même que de revenir en arrière sur la voie de l'éternité. Pour qui connaît le prix de la vie, le prix du temps par rapport à l'éternité, c'est l'évidence même.

Il importe donc beaucoup de persévérer et d'aller de l'avant.

Il y a des âmes qui ont longtemps lutté et qui se découragent alors qu'elles sont peut-être à deux pas de la source d'eau vive. Alors, sans l'oraison, elles n'ont plus la force de porter généreusement la croix; elles se laissent aller à une vie facile, superficielle, où d'autres se sauveraient peut-être, mais où elles courent risque de se perdre. Pourquoi? Parce que leurs facultés vigoureuses, faites pour la recherche de Dieu, les porteront à chercher l'absolu qu'elles désirent là où il n'est pas. Pour certaines âmes fortes, la médiocrité n'est pas possible; si elles ne sont pas entièrement à Dieu sur la voie de la sainteté, elles seront totalement à elles-mêmes. Elles voudront vivre leur vie en jouissant de leur moi et courent risque de se détourner de Dieu et de mettre dans les satisfactions de leur orgueil ou de leurs convoitises leur fin ultime. Il y a certaines âmes qui ont à ce point de vue quelque ressemblance avec l'ange : celui-ci, dit saint Thomas, est très saint ou très pervers, pas de milieu; l'ange se prononce ou dans le sens de la charité ardente, ou dans celui du péché mortel irrémissible; le péché véniel n'est pas possible pour l'esprit pur, car d'emblée il voit trop loin et engage à fond sa volonté; ou bien il devient saint, fixé dans le bien surnaturel pour toujours, ou bien il se détourne de Dieu à jamais (3).

Or, il y a des âmes qui ont absolument besoin d'oraison, de prière intime et profonde; une autre forme de prière ne leur suffira pas. Il y a des personnes très intelligentes et de caractère difficile, des intellectuels qui se dessécheront dans leur travail, dans l'étude, en s'y recherchant eux-mêmes avec orgueil, s'ils n'ont pas une vie de prière vraie, qui pour eux doit être une vie d'oraison; elle seule peut leur donner une âme d'enfant à l'égard de Dieu, du Sauveur et de la Vierge Marie. Elle seule peut leur apprendre le sens profond de la parole de Jésus : « Si vous ne devenez semblables à de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. » — Il importe donc beaucoup, pour certains surtout, de persévérer dans l'oraison. Autrement, ce serait presque l'abandon de la vie intérieure et peut-être la ruine.

Or, pour persévérer dans l'oraison, il faut deux choses  avoir confiance en Notre-Seigneur, qui appelle toutes les âmes pieuses aux eaux vives de l'oraison, et humblement se laisser conduire par le chemin que lui-même a choisi pour nous.

Il faut d'abord avoir confiance en lui. C'est y manquer que de dire, après les premières sécheresses un peu prolongées : l'oraison n'est pas pour moi, ou je ne suis pas fait pour elle. A ce compte, on pourrait aussi bien dire comme les jansénistes : la communion fréquente n'est pas pour moi, mais seulement pour quelques grands saints. Notre-Seigneur appelle toutes les âmes à ce commerce d'amitié avec lui. Il se compare au bon Pasteur, qui conduit ses brebis aux pâturages éternels, pour qu'elles se nourrissent de la parole de Dieu. Au centre de çes pâturages est la source d'eau vive dont parlait Jésus à la Samaritaine, qui était pourtant une pécheresse : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne- moi à boire, toi-même lui en aurais fait la demande et il t'aurait donné de l'eau vive » (Jean, iv, 10). De même à Jérusalem, un jour de fête, « Jésus, se tenant debout dans le temple, dit à haute voix : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne a moi el qu'il boive. Celui qui croit en moi, de son sein, comme dit l'Écriture, couleront des fleuves d'eau vive. Il disait cela, ajoute saint Jean, de l'Esprit que (levaient recevoir ceux qui croient en lui » (Jean, vil, 38).

La source d'eau, fons vivus, c'est le Saint-Esprit, qui nous a été envoyé, qui nous est donné avec la charité infuse qui nous unit à lui. Or, il nous a été donné comme Maitre intérieur et comme consolateur pour nous faire pénétrer et goûter le sens intime de l'Évangile : « Le consolateur, l'Esprit-Saint, que mon Père vous enverra en mon nom, lui, vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jean, xiv, 26). C'est ce qui se réalisa pour les apôtres le jour de la Pentecôte, et pour nous, toute proportion gardée, le jour de notre confirmation. Aussi saint Jean écrit-il aux simples fidèles dans sa Ière Épître, II, 20-27 : « Pour vous, c'est du Saint-Esprit que vous avez reçu l'onction... Cette onction demeure en vous et vous enseigne sur toutes choses » utiles au salut.

Saint Paul dit aussi ( Rom. , y, 5) : « L'amour de Dieu est répandu dans nos coeurs par le Saint-Esprit, qui nous a été donné. » Le Saint-Esprit est ainsi en tous les justes, en toute âme en état de grâce.

Or ce n'est pas pour y rester oisif qu'il habite en nous, c'est pour y opérer, lui qui est l'Amour même subsistant ; c'est pour être notre Maître intérieur par ses Sept dons, qui sont des dispositions infuses permanentes pour assurer notre docilité à son égard. Ces dispositions grandissent en nous avec la charité. Si donc nous n'entendons pas mieux les saintes inspirations du Maître intérieur, c'est que nous nous écoutons trop nous-mêmes, et que nous ne sommes pas assez désireux du règne profond de Dieu en nous. Pour persévérer dans l'oraison, il faut donc avoir confiance en Notre-Seigneur et en l'Esprit-Saint qu'il nous a envoyé.

Il faut enfin se laisser conduire par le chemin que Notre-Seigneur a choisi pour nous. Il y a, certes, la voie commune et indispensable, celle de l'humilité et de la conformité à la volonté divine ; il est clair que tous nous devons prier comme le publicain. Mais sur cette route commune, une partie est à l'ombre, l'autre n'a rien qui la préserve des ardeurs du soleil ; il y a une partie en plaine et ensuite des côtes longues et pénibles, qui conduisent à de hauts plateaux où l'on jouit d'une vue merveilleuse. Le bon Pasteur mène ses brebis comme il le juge bon. Il guide les unes par les paraboles, d'autres par la voie du raisonnement, il donne à d'autres dans l'obscurité de la foi l'intuition simple, pénétrante, les grandes vues d'ensemble, qui sont le propre de la sagesse. II laisse certaines âmes assez longtemps dans les passages difficiles pour les aguerrir; sainte Thérèse elle-même pendant plusieurs années devait s'aider d'un livre pour méditer, et le temps lui semblait bien long. Notre-Seigneur élève à la contemplation les Marie plutôt que les Marthe, mais les premières y trouvent des souffrances intimes ignorées des secondes, et celles-ci, si elles sont fidèles, arriveront aux eaux vives et seront désaltérées selon leur désir.

Il faut donc se laisser conduire par le chemin que le Seigneur a choisi pour nous, et si les sécheresses se prolongent, il faut savoir qu'elles ne proviennent pas de la tiédeur ,si nous n'avons pas le goût des choses du monde, mais le souci de notre avancement spirituel. Elles sont, au contraire, fort utiles comme le feu doit dessécher le bois avant de l'embraser. Elles sont nécessaires pour dessécher précisément notre sensibilité trop vive, trop fougueuse, exubérante, tumultueuse, pour que finalement cette sensibilité se calme et soit soumise à l'esprit ; pour que, au-dessus des émotions passagères, grandisse en nous l'amour fort et pur de charité, qui est dans la partie élevée de l'âme.

Alors si nous sommes fidèles, comme l'enseigne saint Thomas (4), peu à peu nous commencerons à contempler Dieu dans le miroir des choses sensibles de la nature ou dans celui des paraboles. Notre âme s'élèvera d'une de ces paraboles à la pensée de l'infinie miséricorde, par un mouvement droit, qui rappelle le vol de l'alouette qui monte directement de la terre vers le ciel.

D'autres fois, nous contemplerons Dieu dans le miroir des mystères du salut, en nous aidant par exemple du souvenir des mystères du rosaire. Par un mouvement en spirale (oblique), semblable au vol de l'hirondelle, nous nous élèverons des mystères joyeux aux my tères douloureux et à ceux qui annoncent la vie du ciel.

Enfin, certains jours, nous contemplerons ! Dieu pour ainsi dire en lui-même, en conservant, dans l'obscurité de la foi, la pensée de son infinie Bonté qui nous communique tous les biens que nous recevons. Par un mouvement circulaire, semblable à celui de l'aigle, élevé au plus haut des airs, nous reviendrons constamment à cette pensée de la Bonté divine. Et tandis que l'égoïste pense toujours à soi et ramène tout à soi, nous commencerons à penser toujours à Dieu, présent en nous, et à ramener tout à Lui. Alors, à l'occasion des événements, même les plus imprévus et les plus pénibles, nous penserons à la gloire de Dieu, à la manifestation de sa bonté, et nous entreverrons de loin le bien suprême vers lequel tout doit concourir, les épreuves comme les joies. C'est là vraiment la vie d'oraison, qui permet de voir en quelque sorte toutes choses en Dieu, et qui est le prélude normal de la vie de l'éternité.

RÉFÉRENCES
(I) Ep. Jac., 1%, d; I Pelr., y, 5; Prou., III, 34.
, (2) Arallh., xviii, 3
(  3 ) Cr. saint Thomas, P 11", q. 8g, a. 4
. (4) II' II", q 18o, a. 6
Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
1
12
2
13
3
14
4
15
5
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