+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome I
Partie -1- chapitre 12

La perfection et le précepte de l'amour de DIeu

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
Partie -1- chapitre 12
La perfection et le précepte de l'amour de Dieu

La perfection  et le précepte de l'amour de Dieu

I. Le premier précepte est-il sans limites?
— Il. L'amour de Dieu ne consiste pas dans un juste milieu.
— III. Le devoir d'avancer sur la voie de l'éternité.
— 1V. Les conséquences qui en dérivent.

Nous avons vu que la perfection chrétienne consiste spécialement dans la charité, et qu'elle nous a été décrite en toute son élévation par Notre-Seigneur dans les huit béatitudes. Il convient maintenant de se demander si la perfection chrétienne ainsi conçue est seulement conseil­lée à tous les chrétiens ou si le précepte suprême leur fait un devoir d'y tendre. Cela revient à se demander quel est le sens exact et la portée du double précepte de l'amour de Dieu et du prochain.

Le premier précepte est-il sans limites ?
Quelques-uns ont pensé que pour observer même par­faitement le précepte suprême de l'amour de Dieu et du prochain, il n'est pas nécessaire d'avoir une haute charité. De ce point de vue, la perfection ne serait pas visée par ce précepte, elle le dépasserai!, et elle consisterait dans l'accomplissement de certains conseils de charité, qui seraient supérieurs au premier précepte lui-même (1).

De ce point de vue, le précepte suprême aurait une limite.

Cela peut paraître vrai si l'on regarde superficiellement les choses. Saint Thomas, en posant ce problème, a bien noté cette apparence en remarquant, par manière de difficulté ou d'objection : « Si la perfection était de précepte, tous y seraient tenus; or il est faux que tous soient tenus d'être parfaits (2). »

Saint Thomas va répondre d'une façon aussi simple que profonde : Tous sont tenus d'une façon générale de tendre à la perfection, chacun selon sa condition, sans être tenus d'être déjà parfaits.

On est surpris de voir que des théologiens modernes et non des moindres, méconnaissant sur ce point fondamental de la spiritualité la doctrine des plus grands maîtres, aient fait de cette objection leur propre thèse.

Saint Thomas montre fort clairement que le précepte suprême nous oblige tous d'une façon générale à tendre vers la perfection de la charité, au moins selon la voie commune, bien que les voeux de religion n'obligent que ceux qui les ont faits à y tendre selon la voie spéciale de leur vocation.

Voici comment s'exprime le saint Docteur (3) : « Il est dit dans le Deutéronome, vf, 5 : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et dans le Lévitique, xxx,18 : Tu aimeras ton prochain comme lui-même. Notre-Seigneur ajoute (Matth., xxii, 40)' : A ces deux commandements se rattachent toute la Loi et les prophètes. Or la perfection de la charité, selon laquelle la vie chrétienne est parfaite, consiste précisément en ce que nous aimons Dieu de tout notre coeur et le prochain comme nous-mêmes.

D'où il suit que la perfection consiste d'abord dans l'accomplissement des préceptes (et non pas précisément dans l'accomplissement des conseils de pauvreté, teté et obéissance).

« Pour le bien entendre, il faut remarquer que la perfection consiste premièrement et essentiellement en une chose; secondairement et accidentellement en une autre.

« Essentiellement (ou spécialement) la perfection de la vie chrétienne consiste dans la charité; principalement dans l'amour de Dieu et ensuite dans l'amour du prochain ; c'est l'objet des deux principaux préceptes de la loi divine. Or, on se tromperait si l'on se figurait que l'amour de Dieu et du prochain ne fait l'objet d'une loi que dans une certaine mesure, c'est-à-dire jusqu'à un certain degré, passé lequel cet amour deviendrait l'objet d'un simple conseil. Non. L'énoncé du commandement est clair et montre ce qu'est la perfection : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toutes tes forces, de tout ton esprit (où est la limite?). Les deux expressions tout et entier ou parfait sont synOnymes. De même, il est dit : Tu aimeras ton pro­chain, comme toi-même, et chacun s'aime pour ainsi dire sans limite (maxime) (4).

« Il en est ainsi, parce que, 'selon l'enseignement de l'Apôtre (I ad Tim., 1, 5), la charité est la. fin du commandement et de-tous les commandements. Or la fin ne se présente pas à la volonté selon tel ou tel degré ou limite, mais dans sa totalité, en quoi elle diffère des moyens. On veut la fin, ou on ne la veut pas, on ne la veut pas à demi, comme l'a remarqué Aristote (I Polit., c. iii). Le médecin veut-il à moitié la guérison du malade ? Evidemment non ; ce qui se mesure, c'est le médicament, mais non pas la santé, qu'on veut sans mesura. Manifestement donc, la perfection consiste essentiellement dans les préceptes. Aussi saint Augustin nous dit-il dans son livré De perfectione justitiae, c. viii : Pourquoi donc ne serait-elle pas commandée à l'homme cette perfection, bien qu'on ne puisse l'avoir (pleinement) en cette vie? (5)

« Secondairement la perfection consiste dans la pratique des conseils, en tant qu'ils sont des instruments précieux (mais non indispensables) pour y parvenir. En effet, tous les conseils, comme les préceptes, sont ordonnés à la charité, avec une différence pourtant. Les préceptes inférieurs au. grand commandement de l'amour ont pour but d'écarter ce qui est contraire à la charité, ce qui la détruirait ; tandis que les conseils évangéliques ont pour but d'écarter ce qui gêne le parfait exercice de la charité, sans lui être pourtant contraire, comme le mariage, la nécessité de s'occuper des affaires séculières et choses de,ce genre. C'est ce qu'enseigne saint Augustin (Enchiridion, c. xxi) : « préceptes... et conseils... sont « bien observés lorsqu'on les accomplit en vue d'aimer « Dieu et le prochain pour Dieu en ce monde et dans l'autre !» — Ainsi parle saint Thomas, et il ajoute :

C'est pourquoi dans les Conférences des Pères, I, c. vu, l'abbé Moyse dit : Les jeûnes, les veilles, la méditation des Écritures, la nudité et la privation des biens extérieurs ne sont pas la perfection, mais des instruments ou moyens de perfection; ce n'est pas en eux qu'elle consiste, mais par eux on arrive à elle plus rapidement et plus sûrement (6). On peut être volontairement pauvre pour un motif non religieux, par mépris philosophique des richesses, et aussi on peut l'être par amour de Dieu, comme saint François, mais ce n'est pas indispensable à la perfection.

C'est ainsi qu'on peut arriver à la sainteté dans le mariage sans la pratique effective des conseils, mais à condition d'avoir l'esprit des conseils, qui est l'esprit dé détachement des biens terrestres par amour de Dieu.

Tout cela montre que la perfection est surtout dans l'accomplissement toujours plus généreux du précepte suprême, qui n'a pas de limites. Où trouver la limite dans son énoncé qui se trouve déjà dans le Deutéronome : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toutes tes forces, de tout ton esprit (7)», et 'non pas à moitié. C'est dire que tous les chrétiens à qui s'adresse ce précepte doivent, sinon avoir déjà la perfection de la charité, du moins tendre vers elle, chacun selon sa condition, celui-ci dans l'état de mariage, tel autre dans la vie sacerdotale ou l'état religieux. Pour tous, ce n'est pas seulement mieux de tendre à cette perfection de la charité, c'est un devoir, qui s'identifie avec celui de marcher toujours vers le ciel, où régnera pleinement l'amour de Dieu, amour que rien ne saura plus détruire ou attiédir.

L'amour de Dieu ne consiste pas dans un juste milieu

La doctrine, selon laquelle le précepte suprême, comme je montre son énoncé, n'a pas de limite, est grandement confirmée si l'on considère que la fin, dont il est ici question, n'est pas une fin intermédiaire comme la santé, mais la fin dernière, Dieu même, qui est le bien infini. Si le malade désire la santé sans mesure, à combien plus forte raison devons-nous désirer l'amour de Dieu sans limiter notre désir à tel ou tel degré ; nous ne savons pas quel est celui auquel Dieu veut nous conduire et nous con­duira si nous sommes fidèles et généreux.

« L'homme, dit saint Thomas, ne peut jamais aimer Dieu autant qu'Il doit être aimé; nous ne pouvons non plus croire et espérer en Lui autant que nous le devons (8). » A l'opposé, en effet, des vertus morales, les vertus théologales ne consistent pas essentiellement dans un juste milieu : leur objet, leur motif formel, leur mesure essentielle est Dieu même, sa vérité et sa bonté infinies.

Nous sommes loin de l'aurea mediocritas dont parlait Horace. En sa qualité d'épicurien, il diminuait déjà gravement le juste milieu des vertus morales. Le juste milieu véritable de ces vertus n'est pas seulement celui du calcul intéressé, qui, sans amour de la vertu, fuit les inconvénients des vices opposes entre eux; le juste milieu véritable est déjà un sommet, celui de la droite raison et du bien honnête aimé pour lui-même, au-dessus de l'utile et du délectable. Mais ce sommet n'est pas d'une élévation infinie, c'est la règle raisonnable qui détermine la mesure de nos actes dans l'usage des biens extérieurs et dans nos rapports avec nos semblables. Par exemple, en présence de certains dangers, il faut être courageux; et même ne pas craindre la mort, si la patrie est en danger. Mais aller s'exposer à la mort sans juste motif ne serait plus du courage, mais de la témérité. Et, de plus, i est des sacrifices que la patrie ne peut pas demander.

La patrie n'est pas Dieu, elle ne peut nous demander de l'aimer par-dessus tout, en lui sacrifiant notre foi chrétienne, la pratique de la vraie religion et notre salut éternel. Ce serait trop aimer sa patrie.

Mais, au-dessus des vertus morales, les vertus théologales, qui ont immédiatement Dieu pour, objet et pour motif, ne peuvent essentiellement consister dans un juste milieu. Nous ne pouvons trop aimer Dieu, trop croire en Lui, trop espérer en Lui; nous 'ne pouvons jamais l'aimer autant qu'il doit l'être. Nous voyons mieux ainsi que le précepte suprême n'a pas de limite : il nous demande à tous de tendre toujours ici-bas vers un amour de Dieu plus pur et plus fort.

Si l'espérance se trouve entre" le désespoir' et la pré-: somption, ce n'est pas que le présomptueux espère trop en Dieu, mais qu'il déplace le motif de l'espérance en espérant ce que Dieu ne saurait pronaettre, comme le pardon sans vrai repentir. De même la crédulité ne consiste pas à trop croire en Dieu, mais à croire comme révélé par Lui ce qui n'est qu'invention ou imagination humaine (9).

On ne saurait trop croire en Dieu, trop espérer en Lui, trop l'aimer. Oublier, avec les épicuriens, que le juste milieu rationnel est déjà un sommet, et vouloir faire consister les vertus théologales essentiellement dans un juste milieu comme les vertus morales, c'est le propre de la médiocrité ou de la tiédeur, érigée en système, sous prétexte de modération. Le médiocre est un intermédiaire entre le bien et le mal, et plus près même du mal que du bien; le juste milieu raisonnable est déjà un sommet : le bien moral; l'objet des vertus théologales, lui, est le Vrai et le Bien infinis.

Cette vérité a été parfois très bien mise en relief par la comparaison de l'homme médiocre et du vrai chrétien (10).

Le devoir d'avancer sur la voie de l'éternité

Enfin un autre motif pour lequel le précepte de l'amour n'a pas de limites, c'est que nous sommes en voyage vers l'éternité et que nous avançons en grandissant dans l'amour de Dieu et du prochain; dès lors, notre charité doit toujours grandir jusqu'au terme de notre voyage; cela n'est pas seulement un conseil, une chose meilleure, c'est une chose qui doit are, et celui qui, ici-bas, ne voudrait plus grandir dans la charité offenserait Dieu. La voie ou la route de l'éternité n'est pas faite pour qu'on s'y installe et qu'on s'y endorme; elle est faite pour marcher. Pour le voyageur qui n'est pas encore arrivé au terme obligé de sa pérégrination, c'est un commandement et non pas seulement un conseil d'avancer, tout comme l'enfant doit grandir, selon une loi de nature, sous peine de devenir un nain, un être difforme (11).

Or, quand il s'agit de marcher vers Dieu, ce n'est pas corporellement qu'on avance, c'est spirituellement, gressibus arnoris, à pas d'amour, dit saint Grégoire le Grand, en grandissant dans la charité, qui doit devenir un amour plus pur'et plus fort. Et voilà surtout ce que nous devons demander dans la prière; ce sont les premières demandes du Pater.

S'ensuit-il que celui qui n'accomplit pas encore le précepte de la manière la plus parfaite le transgresse?

Nullement, car, comme le dit saint Thomas (12), « pour éviter cette transgression il suffit d'observer la loi de charité en quelque manière comme le font les commençants.

« La perfection de l'amour divin rentre bien tout entière (universaliter) dans l'objet du précepte; même la perfection du ciel n'en est pas exclue, puisque c'est le but auquel il faut tendre, comme le dit saint Augustin (13), mais on évite la transgression du précepte en réalisant en quelque manière même inférieure la perfection de la charité.

« Or le degré infime de l'amour de Dieu consiste à ne rien aimer plus que Dieu, ou contre Dieu, ou autant que Dieu, et celui qui n'a pas ce degré de perfection n'accomplit en aucune façon le précepte. Il y a, au contraire, un degré de charité qui ne peut être réalisé ici-bas et qui consiste à aimer Dieu de tout notre pouvoir, de telle façon que notre amour tende toujours actuellement vers Lui. Cette perfection n'est possible qu'au ciel, et donc on ne transgresse pas le précepte du fait qu'on ne l'a pas encore ici-bas. On ne le transgresse pas non plus du fait qu'on n'atteint pas les degrés moyens de la perfection, pourvu qu'on arrive au degré infime. »

Il est clair pourtant que celui qui en reste là n'accomplit pas dans toute sa perfection le précepte suprême « Tu aimeras le Seigneur de tout ton coeur, de toute ton âme, de toutes tes forces, de tout ton esprit. »

Ce serait une erreur de penser que seule la charité imparfaite est de précepte, et que les degrés de cette vertu, supérieurs au degré infime, sont seulement de con seil. Ils tombent sous le précepte, sinon comme une chose à réaliser immédiatement, du moins comme celle à laquelle il faut tendre, si non ut maleria, saltem finis (14). Ainsi, en vertu de la loi de son développement, l'enfant doit grandir pour devenir un homme, autrement il ne restera pas un enfant, mais deviendra un nain difforme. Il en est de même au point de vue spirituel (15). La loi de croissance a de sérieuses exigences; si la semence divine, qui a été mise en nous par le baptême, ne se développe pas, elle court grand risque de mourir, d'être étouffée par les mauvaises herbes, comme il est dit dans la parabole du semeur. Sur la voie du salut, les anormaux ne sont sûrement pas les vrais mystiques, mais les attardés et les attiédis.

La perfection est un but vers lequel tous doivent tendre, chacun selon sa condition.

Ce point capital de la doctrine spirituelle, oublié par quelques théologiens modernes, a été mis en relief en 1923 par Sa Sainteté Pie XI dans son Encyclique Studiorum ducem, où saint Thomas est proposé comme maître incontesté non seulement pour la dogmatique et la morale, mais aussi pour les principes de l'ascèse et de la mystique. Pie XI insiste particulièrement sur ce point que, comme l'a dit le Docteur angélique, la perfection de la charité tombe sous le, précepte suprême comme la fin à laquelle tous doivent tendre, chacun selon son genre de vie (16).

Sa Sainteté Pie XI rappelait aussi la même année, en une autre Encyclique, que saint François de Sales a conservé la même doctrine (17)

De là dérivent trois conséquences que nous développe: rions plus loin :

—1° Dans la voie de Dieu, qui n'avance pas recule. Pourquoi? Parce que c'est une loi qu'il faut toujours avancer, et que si l'on n'avance pas on devient une âme attardée, tout comme un train qui s'attarde trop aux stations n'est plus à l'héure, et un enfant qui ne se développe pas comme il faudrait devient anormal.

—2° Le progrès de la charité devrait même être plus rapide au fur et à mesure que nous nous rapprochons de Dieu qui nous attire davantage. Ainsi le mouvement de la pierre qui tombe est d'autant plus rapide que la pierre se rapproche de la terre qui l'attire davantage.

—3° Enfin, si telle est l'élévation du premier précepte, on ne peut douter que des grâces actuelles nous sont progressivement offertes pour arriver à ce but, car Dieu ne commande pas l'impossible. Il nous aime plus que nous ne le pensons. Il faut lui répondre.

Après l'avoir aimé de tout notre coeur, même sensible, d'un amour affectif, nous devons l'aimer de toute notre âme, d'un amour agissant, de toutes nos forces, lorsque l'heure de l'épreuve sonne pour nous, et finalement de tout notre esprit, progressivement dégagé des fluctuations de la sensibilité, pour que, désormais spiritualisés, nous soyons vraiment des « adorateurs en esprit et en vérité ».

Toute cette doctrine montre qu'il ne faut pas trop séparer la sanctification du salut, comme ceux qui disent : « Je ne serai jamais un saint, il suffit que je sois sauvé. » Il y a là une erreur de perspective ; la sanctification progressive est en réalité la voie du salut ; il n'y aura au ciel que des saints, et en ce sens tous et chacun nous devons tendre vers la sainteté. .

RÉFÉRENCES

(I) Tel est l'avis de Suarez, de Statu per fectionis, ch. xi, n' 15-16. Il reconnaît bien que saint Augustin et saint Thomas paraissent bien dire que la perfection est non seulement conseillée, mais commandée par le précepte suprême comme /c/ fin vers laquelle tous doivent tendre. Mais lui-même répond négativement : « Respondeo nihilominus, si proprie et in rigore loquamur, perfectionem supererogationis non solurn non praecipi, al materiarn in quam obligatio praecepti cadat, verum etiam neque per modum finis in praeceptis con'tineri. »

Suarez, par suite, admet au-dessus dit précepte de l'amour de Dieu, qui pour lui a une limite, des conseils de charité supérieurs à ceux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, vertus qui manifestement sont inférieures à la charité.

Selon lui, la perfection consiste donc essentiellement dans ces conseils de charité, et instrumentalement dans les trois autres qui sont subordonnés comme des moyens (cf. Ibidem, n' 16).

Cette doctrine de Suarez est longuement critiquée par le grand canoniste PASSERIN1, O. P., qui était aussi un profond théologien très fidèle à saint Thomas. Voir dans son ouvrage de Ilominum stalibus et officiis, in IV ll", q.181, a. 3, n" 70 et rot, où il montre que cette opinion de Suarez est contraire à la doctrine de saint Augustin, de saint Thomas , conservée par saint Antonin, Cajétan et Valentia. Si saint Thomas parle quelquefois de perfectio supererogationis, c'est dans un autre sens que Suarez, pour dire que les trois conseils évangéliques th pauvreté, chasteté absolue et obéissance, ne sont pas obligatoires. On peut se rendre compte du bien-fondé de la conclusion de Pasierini par l'examen de l'article de saint Thofoas, II", q. 184; a. 3, que nous allons traduire.
(2) IP II", q. 184, a . 3, 2' objectio : La perfection est-elle dans l'accomplissement des préceptes ou dans celui des conseils?
(3) Ibid., Sed contra et corp. art.
(4) Chacun; en effet, doit, par charité, vouloir pour soi le salut, la vie étirnelle, et non psi seulement tel degré inférieur de gloire, mais la vie éternelle sans fixer aucune limite, car nous ne savons pas à quel degré Dieu veut nous conduire
(5) « Cur ergo non praeciperetur homini ista perfectio, quamvis eam in hac vita nemo_habeat? » Saint Augustin veut dire que même la perfection du ciel tombe sous le précepte de l'amour de Dieu non pas comme une chose à réaliser immédiatement, mais comme la fin à laquelle tous doivent tendre. ainsi que l'explique Cajétan, inq. 184, a . 3.
(6) En ce sens Notre-Seigneur a dit au jeune homme riche : a Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres,,,et tu auras un trésor dans le ciel, puis viens et suis-moi » (Matth., aix, 41). Comme le note saint Thomas ( loc. cit. ad 1°), c'est le chemin qui conduit à la perfection, puis elle consiste à suivre Jésus par amour.
(7) Deutéronome, vi, 5; Luc, x, 27.
(8) l• II", q. 64, a . 4 : Est-ce que les vertus théologales consistent dans un juste milieu ?
(9) Cf. SARIS Timmes. l' q.64, : a Per accédons (non perse) polest in virtute theologica considerari medium, et extrema ex parle nostra» (vg. fades est per accidens inter ineredulilatem et credulitatem, spes inter desperationem et praesurnptionem).
(10) Cf. ERNEST HELLO, L'Homme, 1.1, ch. VIII : L'homme médiocre. « L'homme vraiment médiocre admire un peu toutes choses, il n'ad­mire rien avec chaleur... Il trouve insolente toute affirmation, parce que toute affirmation exclut la proposition contradictoire. Mais si vous êtes un peu ami et un peu ennemi de toutes choses, il NOUS trouvera sage et réservé. L'homme médiocre dit qu'il y a du bon et du mauvais dans toutes choses et qu'il ne faut pas être absolu dans ses jugements. Si vous affirez fortement la vérité, l'homme médiocre dira que vous avez trop de confiance en vous-même. L'Iimme médiocre regrette que la religion chrétienne ait des dogmes; il voudrait qu'elle enseignât la. morale toute seule; et si vous lui dites que sa morale sort de ses dogmes, comme la conséquence sort du principe, il vous répondra que vous. exagérez... Si le mot exagération n'existait pas, l'homme médiocre: l'inventerait. « L'homme médiocre semble habituellement modeste; il ne peut Pas: être humble, ou bien il cesse d'être médiocre. L'homme humble méprise tous les mensonges, fussent-ils glorifiés par toute la terre, et s'agenouille devant toute vérité... Si l'homme naturellement médiocre' devient sérieusement chrétien, il cesse absolument d'être médiocre...; L'homme qui aime n'est jamais médiocre. »
(11) U. q. 184, a. 3, ad 3-.
(12) Ibid.. ad 2".
(13) De Perfectiorte Justitiae, ch. viii, De Spiritu et littera, ch. muni.
— (14) Ainsi parlent Cajétan, in IP II•, q. 181, a . 3, et Passerini, De homi­num statibus et officiis, in II' Il•, q. in, a. 3, n" 7o, 106.
— (15) S. THOMAS, loc. cit., ad 3°.
— (16) Encyolica Studiorum ducem, 2g juin 1923 : « lila hinc erat certisaime doctrina, amorem Dei numquam non oportet crescere « ex ipsa «forma praecepti : Diliges Dominum tuum ex loto corde tuo; totum enim « porfectum idem sunt... Finis praecepti caritas est, ut Apostolus« dicit, I Cor., XII, 8; in fine autem non adhibetur aligna mensura, sed « solum in his quae sunt ad finem » (IP Il•, q. i84, a. 3). Quae ipsa est causa quare sub praeceptum perfectio caritatis cadat tanquam illud quo omnes pro sua quisque condilione niti debent. »
— (I7) En cette Encyclique écrite pour le troisième centenaire de saint François de Sales, 26 janvier 1923, on lit : « Le Christ a constitué l'Église sainte et source de sainteté, et tous ceux qui la prennent pour guide et maîtresse doivent, par la volonté divine, tendre à la sainteté de la vie : « C'est la volonté de Dieu, dit saint Paul, que vous vous sanctifiiez. » Quel genre de sainteté faut-il? Le Seigneur : déclare lui. même ainsi : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Que personne n'estime que cette invitation s'adresse à un petit nombre très choisi et qu'il est permis à tous les autres de rester dans un degré inférieur de vertu. Cette loi oblige, comme il est clair, tout le monde, sans aucune exception. D'ailleurs, tous ceux qui parviennent au faîte de la vie chrétienne, et ils sont presque innombrables, de tout àge, et de toute classe, d'après le témoignage de l'histoire —, tous ceux-là ont connu les mêmes faiblesses de la nature que les autres et couru les mêmes dangers. En effet, saint Augustin dit excellemment : « Dieu n'ordonne pas l'impossible, mais, en donnant l'ordre, il avertit d'ac­complir ce que peuvent nos forces et de demander ce qui les dépasse. » Sur cette doctrine, cf. S. Faeaçois De Sinisa, Traité de l'Amour de Dieu, 1. III, ch. T.

Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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