Partie -1- chapitre 14
L'obligation spéciale de tendre à la perfection pour le prêtre et le religieux |
Après avoir parlé de l'obligation générale par laquelle tout chrétien, chacun selon sa condition, doit tendre à la perfection en vertu du précepte suprême de l'amour de Dieu, il convient de traiter brièvement del l'obligation spéciale qui existe sur ce point pour le religieux et pour tout prêtre qui a fait ou non des voeux de religion.
Il faut surtout montrer ici comment la vertu de religion doit être toujours davantage sous l'influence de la vertu de charité, d'un amour de Dieu plus pur et plus fort.
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Qu'est celte obligation spéciale pour le religieux? |
Elle est fondée sur sa profession religieuse, dont la grâce, si nous sommes fidèles, n'est pas transitoire, mais permanente. Comme le dit saint Thomas (1) « Quelqu'un est à proprement parler dans l'état de perfection, non pas pour faire un acte de charité parfaite, mais parce qu'il s'oblige pour toujours avec quelque solennité à ce qui conduit à la perfection. » « Cela est vrai des religieux et des évêques. Les religieux, en effet, s'astreignent par des voeux à s'abstenir des choses du monde dont ils auraient pu librement user, et cela pour vaquer plus aisément aux choses de Dieu... De même les évêques s'obligent aux choses de la perfection en acceptant la charge pastorale, car le pasteur doit donner sa vie pour ses brebis (2). »
Le religieux fait ainsi, à proprement parler, « profession de tendre à la perfection ». « Ce n'est pas, dit saint Paul, que j'aie déjà saisi le prix, ou que j'aie déjà atteint la perfection; mais je poursuis ma course pour tâcher de le saisir, puisque j'ai été saisi moi-même par le Christ » (Philipp., ni, 12). Par suite, le religieux ne commet pas une faute d'hypocrisie du fait qu'il n'est pas parfait, mais il la commettrait s'il ne tendait plus sincèrement à la perfection. Cette obligation spéciale s'identifie pour lui avec celle d'observer ses trois voeux et sa règle (3).
Mais il faut toujours la considérer dans son rapport avec l'obligation générale fondée sur le grand précepte de l'amour de Dieu et du prochain; alors la vie religieuse garde toute son élévation, et on la voit non seulement sous son aspect canonique ou juridique, mais avec son grand sens spirituel.
De ce point de vue, on comprend bien la vraie portée de ce principe, qu'il ne faut pas entendre de façon matérielle et mécanique en multipliant sans raison les voeux :
Il est plus méritoire de faire une chose par voeu quesans vœu (4). » Il ne suit pas de là qu'il faille toujours multiplier les voeux pour avoir un plus grand mérite, mais le religieux doit observer de mieux en mieux ses trois voeux en pénétrant plus profondément ces trois raisons données par saint Thomas, là où il explique ce principe.
1° Le voeu est un acte de la vertu de religion ou de latrie qui est supérieure aux vertus d'obéissance, de chasteté et de pauvreté, dont elle offre les actes comme un culte au Seigneur.
2° Par un voeu perpétuel, surtout s'il est solennel, l'homme offre à Dieu, non pas seulement un acte isolé, mais la faculté même, et il est mieux de donner l'arbre avec les fruits que d'offrir seulement des fruits.
3° Par le voeu, la volonté s'affermit de façon irrévocable dans le bien, et il est plus méritoire d'agir ainsi, comme par opposition il est plus grave de pécher par une volonté obstinée dans le mal.
En vivant selon cet esprit, on saisit de façon de plus en plus concrète et plus vive ce qu'enseigne la théologie : par les trois voeux, qui sont de l'essence même de l'état religieux, le religieux, comme le montre saint Thomas (5), se sépare de ce qui empêcherait son affection de se porter totalement vers Dieu, et, s'il ne se reprend pas, il s'offre totalement au Seigneur en holocauste. Son état est ainsi un état de séparation du monde, surtout de l'esprit du monde, et un état de consécration à Dieu.
Trois choses surtout peuvent empêcher son affection de se porter tout à fait vers Dieu : la concupiscence des yeux ou le désir des choses extérieures, la concupiscence de la chair et l'orgueil de la vie, l'amour de l'indépendance. Il y renonce par ses trpis voeux. Puis il offre à Dieu les biens extérieurs par la pauvreté, son corps et son coeur par la chasteté religieuse, sa volonté par l'obéissance. Il n'a plus rien qu'il puisse offrir, et si vraiment il ne se reprend pas, mais pratique toujours mieux, avec un plus grand amour de Dieu et du prochain, les trois vertus correspondantes aux trois voeux, il offre vraiment à Dieu ce sacrifice parfait qui mérite le nom d'holocauste. Sa vie est, ainsi, avec l'office divin, comme l'accompagnement quotidien du sacrifice de la messe; elle est un culte, et même un culte de latrie offert à Dieu par la vertu de religion. Il en est ainsi surtout si le religieux, loin de se reprendre après s'être donné, renouvelle souvent ses promesses avec un plus grand mérite que lorsqu'il les a faites pour la première fois; le mérite grandit, en effet, en lui avec la charité et les autres vertus, et par là sa consécration à Dieu devient de plus en plus intime et totale.
Et quel est le but de ce triple renoncement et de cette triple oblation ou consécration? C'est, dit saint Thomas, l'union à Dieu (6), qui devrait devenir chaque jour plus intime, et comme le prélude de la vie éternelle. Le religieux doit y parvenir par l'imitation de Jésus-Christ, qui est « la voie, la vérité et la vie ». Jésus, comme homme, fut tout à fait séparé de l'esprit du monde et aussi uni à Dieu qu'il est possible; par la grâce d'union personnelle au Verbe, sa nature fut totalement consacrée, son intelligence rendue infaillible, sa volonté impeccable, en lui toutes les pensées, tous les vouloirs, toutes les émotions de la sensibilité étaient de Dieu et allaient à Dieu. Nulle part le souverain domaine de Dieu ne s'est jamais aussi pleinement' exercé qu'en la sainte humanité du Sauveur.
Or, le religieux fait profession de le suivre; mais tandis que Jésus venait d'en haut, le religieux vient d'en bas, de la région du péché, et il doit progressivement se séparer de tout ce qui est inférieur pour se consacrer à Dieu de plus en phis intimement. Mors se réalisera en lui ce que dit saint Paul ( Col. , tu, 3) : « Recherchez les choses d'en haut, où le Christ demeure assis à la droite de Dieu; affectionnez-vous aux choses d'en haut et non à celles de la terre : car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez, vous aussi, avec lui dans la gloire. » Saint Thomas en son Commentaire de cette épître dit ici : « Ne goûtez pas les choses du monde, car vous êtes morts au monde; votre vie est cachée avec le Christ; lui est caché pour nous, parce qu'il est dans la gloire de Dieu son Père, et de même la vie qui nous vient de lui est cachée, selon ces paroles de l'Écriture : «•Quelle est grande la bonté que lu, liens en réserve pour ceux qui le craignent, que lu témoignes à ceux qui mettent en loi leur refuge (Ps., xxx, 20). « A celui qui vaincra, je donnerai de la manne cachée; el je lui donnerai... un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n'est celui qui le reçoit » (Apoc., u, 17).
Cette manne spirituelle, dont celle du désert était un symbole éloigné, est la nourriture de l'âme; c'est la contemplation infuse qui procède de la foi vive éclairée par les dons du Saint-Esprit. Ainsi, dit saint Thomas, la vie active (ou l'exercice des vertus morales) dispose à la vie contemplative d'union à Dieu (7), et spécialement « la virginité est ordonnée au bien de l'âme selon la vie contemplative 8) ». De la sorte toute vie religieuse tend à l'accomplissement de plus en plus parfait du précepte de l'amour divin et à l'intimité de l'union à Dieu.
Il convient donc de considérer toujours l'obligation spéciale qu'a le religieux de tendre à la perfection dans son rapport avec l'obligation générale fondée sur le précepte suprême de l'amour, qui domine de beaucoup les trois conseils évangéliques, puisque ceux-ci ne sont que des moyens ou des insiruments pour arriver plus vite et plus sûrement à la perfection de la charité ou à Pintimité de l'union à Dieu, qui rayonne de façon toujours plus féconde sur le prochain (9).
Ainsi, sous l'inspiration des trois vertus théologales s'exercent pleinement les trois vertus religieuses. Il s'établit entre elles un lien des plus intimes, si bien, comme on l'a dit, que l'espérance de l'éternelle béatitude est comme l'âme de la sainte pauvreté qui abandonne les biens terrestres pour ceux de l'éternité; la charité est l'âme de la chasteté religieuse, qui renonce à un amour inférieur pour un autre beaucoup plus élevé; la foi est l'âme de l'obéissance, qui accomplit les ordres des supérieurs comme s'ils étaient révélés par Dieu lui-même. Ainsi la vie religieuse conduit vraiment à la contemplation et à l'union intime avec Dieu.
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De l'obligation spéciale de tendre à la perfection pour le prêtre |
Si le religieux, même s'il est seulement frère convers, et la religieuse ont une obligation spéciale de tendre à la perfection, il faut, à plus forte raison, en dire autant du prêtre, même s'il n'est pas religieux. Sans doute le prêtre, qui vit au milieu du siècle, n'est pas à proprement parler dans « l'état de perfection », et il aurait un nouveau mérite s'il devenait religieux, le mérite des voeux de pauvreté et d'obéissance (10). Cependant, il doit tendre vers la perfection proprement dite à raison de son ordination et de ses fonctions saintes, qui demandent une plus grande sainteté intérieure que celle requise par l'état religieux (11) chez un frère convers ou chez une moniale.
Cette obligation spéciale ne se distingue pas de celle d'accomplir, dignement et saintement les divers devoirs de la vie sacerdotale. En vertu du précepte suprême, il faut même les accomplir de mieux en mieux, avec le progrès de la charité qui doit grandir jusqu'à la mort.
Le fondement de cette obligation est l'ordination sacerdotale et l'élévation des actes pour lesquels elle est conférée. Cette ordination requiert, non seulement l'état de grâce, des aptitudes spéciales, mais une perfection initiale (bonitas vitae) supérieure à celle requise pour entrer en religion (12); le prêtre, en effet, doit éclairer les autres, et il conviendrait qu'il fût lui-même dans la voie illuminative, comme il conviendrait que l'évêque fût dans la voie unitive des parfaits.
De plus les effets de l'ordination sont le caractère sacerdotal, participation indélébile du sacerdoce du Christ, et la grâce sacramentelle, qui permet d'accomplir les fonctions sacerdotales d'une façon sainte, comme il le faut chez un digne ministre du Christ (13). Cette grâce sacramentelle est comme une modalité qui s'ajoute à la grâce sanctifiante et qui donne droit à recevoir des secours actuels pour accomplir saintement et même toujours plus saintement les actes de la vie sacerdotale. Elle est comme un trait de la physionomie spirituelle du prêtre, qui doit devenir un ministre toujours plus conscient de la grandeur et les saintes exigences de son sacerdoce.
Cette ordination sacerdotale est certainement supérieure à la profession religieuse, et l'obligation spéciale de tendre à la perfection qu'elle fonde n'est certainement pas moindre. C'est pourquoi, pendant cette ordination même, l'évêque dit à celui qui reçoit le sacerdoce qu'il doit désormais « s'appliquer à vivre saintement et religieusement, et à plaire à Dieu en toutes choses ».
Si déjà, par le précepte suprême de l'amour de Dieu, tout fidèle, chacun dans sa condition, doit tendre à la perfection de la charité, à plus forte raison le prêtre. Il est dit en saint Matthieu, xiii, 12 : e Celui qui a déjà recevra davantage, et il sera dans l'abondance. »
L'Imitation de Jésus-Christ,l. IV, c. y, dit à ce sujet au ministre de Dieu : « Vous avez été fait prêtre et consacré pour célébrer les saints mystères : maintenant soyez fidèle à offrir à Dieu le sacrifice avec ferveur, au temps convenable, et que toute votre conduite soit irrépréhensible.
Votre fardeau n'est pas plus léger; vou êtes lié, au contraire, par des obligations plus étroite et obligé à une plus grande sainteté. Un prêtre doit être orné de toutes les vertus et donner aux autres l'exemple d'une vie pure. Ses moeurs ne doivent point ressembler à celles du peuple : il ne doit pas marcher dans les voies communes, niais il doit vivre comme les anges du ciel ou comme les hommes parfaits sur la terre.
Les fonctions sacerdotales, par rapport au Sauveur présent dans l'Eucharistie et à son Corps mystique, montrent mieux encore que l'ordination elle-même cette obligation spéciale de tendre à la perfection.
Le prêtre, lorsqu'il célèbre le saint sacrifice de la messe, est comme la figure de celui au nom de qui il parle, la figure du Christ qui s'est offert pour nous. Il doit être un ministre conscient de la grandeur de sa fonction et il doit, par l'esprit et le coeur, s'unir toujours plus intimement au Prêtre principal qui est en même temps la sainte victime, sacerdos et hoslia. Ce serait de l'hypocrisie, ou au moins une négligence indirectement coupable, de monter les degrés de l'autel sans la ferme volonté de grandir dans la charité. Chaque jour plus saintement le ministre du Christ doit dire : « Hoc, est enim corpus meum. — Hic est calix sangainis nzei. » Chaque jour sa communion devrait être substantiellement plus fervente, par une plus grande promptitude de la volonté au service de Dieu, puisque le sacrement de l'Eucharistie doit, non seulement conserver,•mais aug-, naenter en nous la charité.
Aussi saint Thomas-dit-il fl", q. 184, a .8) : « Pour, les augustes fonctions par lesquelles le prêtre à l'autel est le ministre du Christ, il faut une sainteté intérieure plus grande que celle requise par l'état religieux. » C'est pourquoi, comme il est dit au même endroit, toutes choses égales d'ailleurs, le prêtre qui pose un acte contraire à la sainteté pèche plus gravement qu'un religieux non prêtre.
La sainteté qui convient au ministre de Dieu à l'autel est ainsi exprimée par l'Imitation, 1. IV, c. v : « Le prêtre revêtu des habits sacrés tient la place de Jésus-Christ, afin d'offrir à Dieu d'humbles supplications pour lui- même et pour tout le peuple. Il porte devant lui et derrière lui le signe de la croix du Sauveur, afin que le souvenir de sa Passion lui soit toujours présent... Il porte la croix derrière lui, afin d'apprendre à souffrir avec douceur pour Dieu tout ce que les hommes peuvent lui faire de mal. Il porte la croix devant lui afin ,de pleurer ses propres péchés; derrière lui, afin de pleurer aussi les péchés des autres, se souvenant qu'il est établi médiateur entre Dieu et le pécheur... Quand le prêtre célèbre, il honore Dieu, il réjouit les anges, il édifie l'Église , il procure des secours aux vivants, du repos aux défunts, et se rend lui-même participant de tous les biens. »
Il doit de même dire l'Office divin, avec dignité, attention et vraie piété. Cette grande prière de l'Église est comme l'accompagnement du sacrifice de la messe, elle le précède comme un prélude et elle le suit ; c'est le cantique de l'épouse du Christ, depuis l'aurore jusqu'au soir, et c'est un grand honneur d'y prendre part; il faut le faire en pensant aux grandes intentions de l'Église, par exemple à la pacification du monde par l'extension du règne du Sauveur.
Enfin le prêtre a une obligation spéciale de tendre à la perfection pour bien accomplir ses fonctions par rapport au Corps mystique du Christ. Pour la sanctification des âmes, il participe à la charge qui' convient d'abord à l'évêque, dont il doit être le coopérateur. Aussi le Concile de Trente, sess. 22, c. 1, dit-il : « Rien ne porte davantage les fidèles à la vraie piété que les bons exemples du prêtre. Sur lui, comme sur un miroir de perfection à imiter, se portent les yeux des hommes. Aussi doit-il ordonner sa vie, ses manières, son extérieur, ses gestes et ses paroles, de telle sorte qu'il garde toujours la gravité, la modération et le sens religieux qu'il doit avoir. » Le prêtre, qui vit au milieu du monde, n'est pas obligé à faire le voeu de pauvreté, mais il doit être sans attachement aux choses terrestres, les donnant volontiers aux pauvres; il doit aussi obéir à son évêque et être comme le serviteur des fidèles, malgré les difficultés et quelquefois malgré les calomnies.
La nécessité de cette perfection apparaît surtout pour la prédication, la confession et la direction des âmes.
Pour que la prédication soit vivante et féconde, il faut que le prêtre parle de l'abondance du coeur ; saint Thomas dit même qu'elle doit « dériver de la plénitude de la contemplation » (14), d'une foi vive, pénétrante et savoureuse au mystère du Christ, à la valeur infinie de la messe, au prix de la grâce sanctifiante et de la vie éternelle. Le prêtre doit prêcher comme un sauveur d'âmes, et il doit travailler incessamment au salut non pas seulement de quelques-unes, mais de beaucoup d'âmes. Il faut qu'il n'ait pas reçu ec vain le sacerdoce.
De même pour le ministère de la confession et de la direction, il faut que le prêtre ait une âme lumineuse, ardente, qu'il ait « la faim et la soif de la justice de Dieu »; autrement ce ministère pourrait être un danger pour lui, et, au lieu de sauver les âmes, il pourrai décliner lui-même. Si la vie ne monte pas, elle descend ; et pour qu'elle ne descende pas, il faut absolument qu'elle s'élève comme une flamme. C'est ici surtout que, dans la voie de Dieu, celui qui n'avance pas recule. Enfin au prêtre s'adressent parfois des âmes auxquelles le Seigneur demande beaucoup, et il faut qu'elles puissent trouver près de lui un vrai secours pour marcher vraiment dans la voie de la sainteté; il ne faut pas qu'elles s'éloignent sans avoir pour ainsi dire rien reçu.
Nous sommes particulièrement frappés par ce que disait à ce sujet un ami du Curé d'Ars, le vénérable P, Chevrier, prêtre de Lyon, qui fit un bien immense en cette ville (15). 1Il disait aux prêtres qu'il formait qu'ils devaient avoir toujours devant les yeux la crèche, le calvaire et le tabernacle.
La crèche, disait-il, doit leur rappeler la pauvreté; le prêtre doit être pauvre dans sa demeure, son vêtement, sa nourriture. Il doit être humble d'esprit et de coeur par rapport à Dieu et aux hommes. — Plus il est ainsi pauvre, plus il glorifie Dieu et est utile au prochain. Le prêtre est un homme dépouillé.
Le calvaire doit lui rappeler la nécessité de l'immolation. Il doit mourir à son corps, à son esprit propre, à sa volonté, à sa réputation, à sa famille et au monde. Il doit s'immoler par le silence, la prière, le travail, la pénitence, la souffrance et la mort. — Plus le prêtre est mort à lui-même, plus il a en lui la vie et la donne aux autres Le vrai prêtre est an homme crucifié.
Le tabernacle lui rappelle la charité qu'il doit avoir. Il doit donner son Corps, son esprit, son temps, ses biens, sa santé, sa vie. II doit donner aux autres la vie par sa foi, sa doctrine, ses paroles, sa prière, ses pouvoirs, ses exemples. — Il faut que le prêtre soit comme du bon pain. Le prêtre est un homme mangé.
Ainsi parlait le vénérable P. Chevrier, qui ouvrit à Lyon pour les enfants les plus abandonnés un catéchisme où, pour être admis, il suffisait de trois conditions : « Ne rien avoir, ne rien savoir, ne rien valoir. » Or il avait en lui une telle vie surnaturelle qu'il fit de beaucoup de ces enfants de vrais chrétiens et parfois de grands chrétiens. II obtint ainsi, avec le minimum de ressources matérielles, un rendement surnaturel vraiment exceptionnel.
Tel est l'idéal du sacerdoce que tout prêtre devrait avoir devant les yeux, en se rappelant ce que dit saint Paul : « Omnia impendam et superimpendar ipse pro animabus vestris... Pour moi, bien volontiers, je dépenserai et je me dépenserai moi-même tout entier pour vos âmes, dussé-je, en vous aimant davantage, être moins aimé de vous. » (Il Cor., xi', i5).
Rappelons-nous aussi la parole du Sauveur :
« Je vous ai donné l'exemple pour que, comme je vous ai fait, vous fassiez UGUS aussi vous-mêmes» (Jean,15).
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Idéal de la perfection épiscopale selon saint Isidore
(ex libro II 0 fficiorum ad S. Fulgentium, c. 5) |
Qui in erudiendis atque instituendis ad virtutem populis praerit, necesse est, ut in omnibus sanctus sit et in nullo réprehensibilis habeatur. Qui enim alium de peccatis arguit, ipse a peccato debet esse alienus.. Primitus quippe semetipsum corrigere debet, qui alio ad bene vivendum admonere siudet; ita ut in omnibus semetipsuin, forrnam vivendi praebeat, ctinetosque ad bonum opus, et doctrina et opere prôvocet. Cui etiam scientia Scripturarum necessaria est : quia si Episcopi tantum sancta sit vita, sibi soli prodest, sic vivens. Porro si et doctrina et sermone fuerit eruditus, potest ceteros quoque insttiere et docere sues, et adversarios repercutefe, qui nisi refulali fuerint nique convicti, facile possunt simplicium corda pervertere.
Hujus senne debet esse parus, simplex_ apertus, plenus grauitalis et honestatis, plenus suavitatis et gratiae, tractans de mysterio legis, de doctrina fidei, de virtute continentiae, de disciplina justitiae : unumquemque admonens diversa exhortatkone,juxta professionem morumque qualitatem... Cujus prae ceteris speciste officium est Scripturas legere, percurrere canones, exempta sanctorum imitari, vigiliis, jejuniis, orationibus incumbere ; cum fratribus paeem habere, nec quemquam membris suis discerpere; nullum damnare nisi comprobatum, nullum excommunicare nisi discussum. Quique ita humilitate pariter et auctoritate eaeesse debet, ut neque per nimiam humilitatem suam subditorum vitia convalescere faciat, neque. per immoderantiam severitatis potestatem exerceat, sed tanto cautius erga commissos sibi, quanto durius a Christo indagari formidat.
Tenebit quoque illam supereminentem Anis omnibus caritatem, sine qua omnis virtus nihil est. Custos enim castitatis, caritas; locus autem h ujus custodis, humilitas. Habebit etiam inter haec omnia castitatis eminentiam : ita ut mens Christo dedita, ab omni inquinamento carnis sit munda et libers. Inter haec oportebit eutn sollicita dispensatiorie curant pauperum gerere, esurientes pascere, vestire nudos, suscipere perégrinos, captivos redimere, viduas et pupiltos tueri, pervigilem in cunctis exhibere euram, providentiam habere distributione discreta. In quo etiam hospitalitas it.a erit praecipua, ut omnes cum benignitate et caritatessuscipiat. Si enim omnes fideles illud Evangelium audire desiderant : Hospes fui et suscepisti me », quanto magis Episcopus, cujus diversorium cunctorum dehet esse receptaculum?
Cette page montre bien ce qu'il faut entendre Dar l'expression reçue : les évêques sont in statu perfectionis erercendae, dans l'état de perfection en exercice ; c'est pourquoi il convient, comme on l'a dit souvent, qu'ils soient dans la voie unitive.
L'état religieux, lui, est un état de tendance à la perfection, sialus perfeclionis acquirendœ. Pour s'en faire une juste idée, il convient de lire et de méditer les pages admirables contenues dans la Règle de saint Benoît sur la perfection religieuse et l'union à Dieu qui doit devenir chique jour plus intime dans une vie consacrée au Seigneur.
Voir aussi ce qui est dit, du même point de vue si compréhensif, de la perfection religieuse, par le 13' Humbert de Romans : Opera : Expositio Regulae B. A ugustini el super Constilutiones Fralrum Praedicalorum, éd. Berthier, Rome 1889. Cet ouvrage est un livre d'or pour la formation des religieux et pour les préparer aux divers ofeces dont ils doivent s'acquitter selon l'obéissance.
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— (1) II' II•, q. 184, a 4
— 2) Ibidem, a. 5.
— (3) Cf. SALMANTICENSES, Theol. moralis, t. IV, De Statu religioso initio. n" 20-25.
— (4) Cf. S. THOMAS, q. 88, a . 6.
— (5) II' II•, q. 186, a . 7.
— (6) IP q. :84, a. 5 : « Religiosi se voto adstringunt ad hoc quod a rebus scecularibus se abstineant, quibus licite uti poterant, ad hoc quod liberius Deo vacent : in quo consistit perfectio praesentis vitae. »
— (7) Il' II", q. 182, a. 4 : « Vita activa disponit ad contemplativ»ni. »
— (8) II• Il", q. 15,2, a. 4.
— (9) Cf. S. Thomas, II' II", q. 184, *a 3 : « Perfectio per se et essentialiter est in praeceptis (praesertim amoris Dei et proximi), secundario autem et instrnmentaliter in consiliis... quibus removentur impedimenta actus carrtatis.»
— (I0) Cf. S THOMAS, Il. q. 184, a ,.6.
— (11) Ibidem, a. 8.
— (12) Cf. S. THOMAS, 11. Il", q. 189, a . u, ad 3; ,84, a. 7 et 8; Supplementum:q. 36, a . c et 3.; q. 4o. a. 4.
— (13) Ibidem : Supp/emerdum,-q. 35, a . i et 2.
— 14) 11..1t... q 188, a .6.
— (15) Cf. Le P. Chevrier, par Antoine Lestra, 193S.
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