+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome I
Partie -1- chapitre 4
La Sainte Trinité présente en nous source incréée
de notre vie intérieure

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
Partie -1- chapitre 4
La Sainte Trinité présente en nous source incréée de notre vie intérieure

La Sainte Trinité présente en nous source incréée de notre vie intérieure

Après avoir parlé de la vie de la grâce, et de l'organisme spirituel des vertus infuses et des dons, il convient de considérer la source incréée de notre vie intérieure, qui est la Sainte Trinité présente en toutes les âmes justes de la terre, du purgatoire et du ciel.

Voyons d'abord ce que nous dit la Révélation divine, contenue dans l'Écriture, sur ce mystère si consolant; nous considérerons ensuite brièvement le témoignage de la Tradition ; nous verrons en dernier lieu les précisions qu'apporte la Théologie, particulièrement saint Thomas d'Aquin (1), et les conséquences spirituelles de cette doctrine.

Le témoignage de l'Écriture

L'Écriture nous enseigne que Dieu est présent en foule créature, d'une présence générale, appelée souvent présence d'immensité. On lit en particulier dans le Psaume 138, 7 : « Où aller, Seighéur, pour me dérober à ton esprit? Où fuir pour échappèr à ton regard? Si je monte aux cieux, tu y es; si je me couche dans le séjour des fuorts, tu y es encore. » C'est ce qui fait dire à saint Paul prêchant à l'Aréopage : « Le Dieu qui a fait le monde, étant le Seigneur du ciel et de la terre..., n'est pas loin de chacun de nous, car c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et-l'être » (Act: Aposl., xvir, 28).

Dieu, en effet, voit tout, conserve toutes choses dans l'existence et porte chaque créature à l'action qui lui con-vient. Il est comme le foyer d'où s'échappe la vie de la création, et la force centrale qui attire tout à elle. « Rerum Deu3 tenax vigor immotus in te permanens. »

Mais la sainte Écriture ne nous parle pas seulement de cette présence générale de Dieu en toutes choses, elle nous parle aussi d'une présence spéciale de Dieu dans les justes. Il est dit, en effet, déjà dans l'Ancien Testament, au livre de la Sagesse, I, 4 : « La Sagesse divine n'en­trera pas dans une âme méchante, elle n'habitera pas dans un corps assujetti au péché. » Serait-ce seulement la grâce créée ou le don créé de sagesse qui viendrait habiter dans l'âme juste?

Les paroles de Notre-Seigneur nous apportent une lumière nouvelle et nous montrent que ce sont les Per­sonnes divines elles-mêmes qui viennent habiter en nous : « Si quelqu'un m'aime, dit-il, il observera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure » (Jean, xxv, 23). Toutes ces paroles sont à noter : « Nous viendrons. » — Qui va venir?' Seraient-ce seulement des effets créés : la grâce sanctifiante, les vertus infuses; les dons? — Non, ceux qui viennent, ce sont ceux qui aiment, les personnes divines, le Père et le Fils, dont n'est jamais séparé l'Es­prit-Saint, promià du,reste par Notre-Seigneur et visiblement envoyé à la Pentecôte. Nous viendrons en lui, dans le juste qui aime Dieu, et nous viendrons non pas seulement d'une façon transitoire, passagère, mais nous ferons en lui noire demeure, c'est-à-dire nous habiterons en lui, tant qu'il restera juste, ou en état de grâce, tant qu'il conservera la charité. Ainsi parle Notre-Seigneur.

Ces paroles sont confirmées par celles de la, promesse du Saint-Esprit : « Je prierai mon Père et il vous donnera un autre Consolateur, pour qu'il demeure toujours vous, c'est l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit point et ne le connaît point; mais vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure au milieu de vous, et il sera 'en vous... Il vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jean, xiv, 16, 26). Ces paroles ne sont pas dites seulement aux Apôtres, elles se vérifièrent en eux le jour de Pentecôte, qui est renouvelé pour nous par la Confirmation.

Ce témoignage du Sauveur est clair, il précise admirablement ce que disait le livre de la Sagesse, I, 4. Ce sont bien lés trois Personnes divines qui viennent habiter dans les âmes justes.

Ainsi l'ont compris les Apôtres. Saint Jean écrit (IJoan., iv, 9-16) : « Dieu est charité... et celui qui est dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui.» Il possède Dieu en son coeur, mais plus encore Dieu le possède et le contient en lui conservant non seulement l'existence naturelle, mais la vie de la grâce et la charité.

Saint Paul dit de même : « La charité de Dieu a été répandue en vous par l'Esprit-Saint qui vous a été donné » (Rom., y, 5). Ce n'est pas seulement la charité créée que nous avons reçue, c'est l'Esprit-Saint lui-même qui nous a été donné. Saint Paul parle spécialement delui, parce que la charité nous assimile plus au' Saint- Esprit, qui est l'amour personnel, qu'au Père et au Fils.

Ils sont aussi en nous, selon le témoignage de Jésus, mais nous ne leur serons parfaitement assimilés qu'en recevant la lumière de gloire, qui nous marquera à la ressemblance du Verbe, qui est la splendeur du Père.

A plusieurs reprises saint Paul revient sur cette consolante doctrine : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous?» (1 Cor., Iii, 16). « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit, qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous n'êtes plus à vous-mêmes? Car vous avez été rachetés à grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps. » (I Cor., vi, 19).

L'Écriture enseigne ainsi très explicitement que les trois personnes divines habitent en toute âme juste, en toute âme en état de grâce.

Le témoignage de la Tradition

La Tradition, par la voix des premiers martyrs, par celle des Pères, par l'enseignement officiel de l'Église, montre en outre que c'est bien ainsi qu'il faut entendre ce que dit l'Écriture (2).

Au début du He siècle, saint Ignace d'Antioche dans ses Lettres dit que les vrais chrétiens portent Dieu en eux, il les appelle « theophoroi » ou porte-Dieu. Cette doctrine est répandue dans l'Église primitive, les martyrs la proclament hautement devant leurs juges. Sainte Lucie de Syracuse répond à Paschase : « Les paroles ne peuvent manquer à ceux qui ont en eux le Saint-Esprit. » (( Le Saint-Esprit est donc en toi? » — « Oui, tous ceux qui mènent une vie chaste et pieuse sont le temple du Saint- Esprit. »

Parmi les Pères grecs : Saint Athanase dit que les trois Personnes divines sont en nous (3). Saint Basile déclare que le Saint-Esprit, par sa présence, nous rend de plus en plus spirituels et conformes à l'image du Fils unique (4). Saint Cyrille d'Alexandrie parle aussi de cette intime uniop du juste et de l'Esprit-Saint (5). Parmi les Pères latins, saint Ambroise enseigne que nous l'avons reçu au baptême et plus encore à la confirmation 6). Saint Augustin montre que, selon le témoignage des Pères antérieurs, ce n'est pas seulement la grâce, mais Dieu même qui nous a été donné, le Saint-Esprit et ses sept dons (7).

Cette doctrine révélée nous est enfin rappelée par l'enseignement officiel de l'Église. Dans le symbole de saint Épiphane, que devaient réciter les adultes avant de recevoir le baptême, il est dit : « Spiritus Sanctus, qui... in apostolis locutus est et in sanclis habitat (8).

Le Concile de Trente dit aussi : « La cause efficiente de notre justification est Dieu, qui, en sa miséricorde, nous purifie gratuitement et nous sanctifie, en nous oignant et nous marquant du sceau du Saint-Esprit, qui nous a été promis et qui est le gage de notre héritage » (Ephes., 13) (9).

Mais l'enseignement officiel de l'Église sur ce point nous est donné aujourd'hui d'une façon plus précise encore dans l'Encyclique de Léon XIII, Divinum illud munus (9 mai 1897), sur le Saint-Esprit, où l'habitation de la Sainte Trinité dans l'âme des justes est ainsi décrite.

« Il importe de rappeler les explications données par les Docteurs d'après les enseignements des saintes Lettres : Dieu est présent en toutes choses par sa puissance, en tant que tout lui est soumis; par sa présence, en tant que tout est à découvert dev'i'nt ses yeux ; par son essence, en tant qu'il est intimement en tous les êtres comme cause de leur existence (S. Thomas, I', q. 8, a.3). Mais Dieu n'est paS seulement dans l'homme comme il est dans les choses, il est, de plus, connu et aimé de lui, puisque notre nature nous fait elle-même aimer, désirer, poursuivre le bien. Dieu, par sa grâce, réside dans l'âme juste comme dans un temple, d'une façon très intime et spéciale. De là ce lien d'autour qui unit étroitement l'âme à Dieu, plus qu'un ami ne peut l'être à son meilleur ami, et la fait jouir de lui avec une pleine suavité.

« Cette admirable union, appelée inhabilalion, dont l'état bienheureux des habitants du ciel ne diffère que par la condition, est produite très réellement par la présence de toute la Trinité : « Nous viendrons en lui el nous « ferons en lui noire demeure » (Jean, xiv, 23). Elle est attribuée pourtant d'une façon spéciale au Saint-Esprit. En effet, des traces de la puissance et de la sagesse divines se manifestent même chez un homme pervers; mais le juste seul participe à l'amour`, qui est la caractéristique du Saint-Esprit... C'est pourquoi l'Apôtre, appelant les justes temples de Dieu, 1.1..! les appelle pas expressément

temples du Père ou du Fils, mais du Saint-Esprit : « Ne savez-vous pas que vos membres sont le tempple du Saint-Esprit, qui est en vous, que avez « Dieu » (I Cor., va, 19).

« L'abondance des biens célestes qui résulte de la présence du Saint-Esprit dans les âmes pieuses se manifeste de beaucoup de manières... Parmi ces dons se trouvent ces secrets avertissements, ces mystérieuses invitations, qui, par une impulsion du Saint-Esprit, sont faits aux âmes et sans lesquels on ne peut ni s'engager dans la voie de la vertu, ni progresser, ni parvenir au salut éternel. »

Tel est, en substance, le témoignage de la Tradition exprimé par le magistère de l'Église sous ses différentes formes. Voyons maintenant ce qu'ajoute la théologie pour nous donner davantage une certaine intelligence de ce mystère révélé. Nous suivrons ce que nous en dit saint Thomas.

L'explication théologique de ce mystère

L'explication théologique de ce mystère Diverses explications ont été proposées (10).

Parmi ces manières de voir, celle de saint Thomas, conservée par Léon XIII dans son Encyclique sur le Saint-Esprit, paraît la plus vraie; elle contient, du reste, tout ce qu'il y a de positif dans les autres explications à la manière d'une synthèse supérieure (11). On a beaucoup écrit ces derniers temps sur ce sujet, il importe de revenir à la lettre même de l'article principal de saint Thomas,qu'on a parfois un peu oublié.

Le Docteur commun de l'Église nous dit en effet (I',q. 43, a . 3), en supposant la présence générale de Dieu qui conserve toutes choses dans l'existence :

« Une personne divine nous est envoyée en tant qu'elle existe en nous d'une nouvelle manière; elle est donnée en tant que nous la possédons. Or aucune de ces deux choses n'est possible que par la grâce sanctifiante. Dieu, en effet, est déjà en toutes choses d'une manière générale, par son essence, sa puissance, sa présence, comme la cause dans les effets qui participent à sa bonté. Mais, en plus de cette présence générale, il y a une présence spé­ciale en nous, en tant que Dieu y est comme un objet connu et aimé en celui qui le connaît et l'aime. Et comme par son opération, c'est-à-dire par la connaissance et l'amour (surnaturels), la créature raisonnable atteint Dieu lui- même, au lieu de dire que, suivant ce mode spécial de présence, Dieu est dans l'âme juste, on dit qu'il habite en elle comme dans son temple. Ainsi nul autre effet que la grâce sanctifiante ne peut rendre raison de ce fait qu'une personne divine soit d'une nouvelle manière présente en nous...

« De même pour avoir une chose il faut pouvoir en jouir ou s'en servir. Et nous ne pouvons jouir d'une personne divine que par la grâce sanctifiante et par la charité. »

Sans la grâce sanctifiante et la charité, en effet, Dieu n'habite pas en nous; il ne suffit pas de le connaître par connaissance naturelle, philosophique, ni même par la connaissance surnaturelle de la foi informe unie à l'espérance, comme le connaît le fidèle en l'état de péché mortel. (Dieu est pour ainsi dire distant d'un croyant qui est détourné de Lui.) Il faut pouvoir le connaître par la foi vive et les dons du Saint-Esprit connexes avec la charité. Cette dernière connaissance, étant quasi expérimentale, atteint Dieu, non pas comme une réalité distante et simplement représentée, mais comme une réalité présente, possédée, et dont nous pouvons jouir dès à présent. C'est manifestement ce que veut dire S. Thomas dans le texte cité, le, q. 43, a . 1 c., et ad lm, ad 2m. Il s'agit, dit-il, d'une connaissance qui atteint Dieu lui-même, altingit ad ipsum Deum. et permet de le posséder et de jouir de lui, ul crealura rationalii ipsa divina persona frualur (Ibid.,ad lm).

Pour que les personnes divines habitent en nous, il faut que nous puissions les connaître d'une façon quasi expérimentale et aimante, fondée sur la charité infuse, qui nous donne une connaluralité ou sympathie avec la vie intime de Dieu (13).

Pour que la Sainte Trinité habite en nous, il n'est pour­tant pas nécessaire que cette connaissance quasi expéri­mentale soit actuelle, il suffit que nous en ayons le pou­voir par la grâce des vertus et des dons. Ainsi l'habita­tion de la Sainte Trinité dure dans le juste, même pendant son sommeil, et tant qu'il reste en état de grâce (14). Mais, de temps en temps, il arrive que Dieu se fait sentir à nous comme l'âme de notre âme, la vie de notre vie.

C'est ce que dit saint Paul dans l'Épître aux Romains, l4-16 : « Vous avez reçu un Esprit d'adoption, en qui nous crions Abba! Père! Cet Esprit lut-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » Saint Thomas dit dans son Commentaire sue cette Épitre : « Le Saint-Esprit rend ce témoignage a notre esprit par l'effet d'amour filial qu'il produit en nous (14). » C'est ainsi que les disciples d'Emmaüs dirent après la disparition de Jésus r« N'est-il pas vrai que notre coeur était tout brûlant au-dedans de nous, lorsqu'il par. lait en chemin, et qu'il nous expliquait les Écritures P (15) »

En donnant l'explication que nous venons de rapporter, saint Thornas ne fait que nous montrer le sens profond des paroles de Notre-Seigneur que nous avons rapportées plus haut : « Si quelqu'un m'aime, il observera ina parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons en lui, et nous ferons en lui notre demeure (16). » « L'esprit de vérité (que mon Père vous enverra) sera en vous ; il vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit (17). »

D'après cette doctrine, la Sainte Trinité habite en l'âme iuste plus et mieux en un sens que le corps du Sauveur dans une hostie consacrée. Il est bien réellement et subs­tantiellement présent sous les espèces eucharistiques, mais ces espèces du pain ne connaissent pas et n'aiment pas. La Sainte Trinité habite dans l'âme juste comme dans un temple vivant qui connaît et qui aimé à des degrés divers. Elle habite dans les âmes bienheureuses qui la contemplent sans voile, surtout en la très sainte âme du Sauveur, à laquelle le Verbe est personnellement uni. Et dès ici-bas, dans la pénombre de la foi, la Sainte Trinité, sans que nous la voyions, habite en nous, pour nous vivi­fier de plus en plus, jusqu'à l'heure de l'entrée dans la Liloire, où elle nous apparaîtra. Cette présence intime de .la Sainte Trinité en nous ne nous dispense pas, certes, de nous approcher de l'En­charistie, d'aller prier près du tabernacle, car la Sainte Trinité habite beaucoup plus intimement qu'en nous en la sainte âme du Sauveur personnellement unie au Verbe. Si nous bénéficions d'approcher d'un saint tout possédé par Dieu. comme d'un saint Curé d'Ars, combien plus d'approcher du Sauveur! Nous pouvons lui dire : « Viens prendre de plus en plus possession' de nous, même avec' ta croix; que de mieux en mieux soit exaucée la prière : Toi en nous et nous en. Toi. » Pensons aussi à l'habitation de la Sainte Trinité en l'âme-de la Vierge Marie, ici-bas et au ciel.

Conséquences en spiritualité

De là dérive une grande conséquence : si l'habitation de la Sainte Trinité en nous ne se conçoit pas sans que le juste puisse avoir une connaissance quasi expérimentale » de Dieu présent en lui, que s'ensuit-il ? Il s'ensuit que cette connaissance, loin d'être quelque chose d'extraordinaire en soi, comme les visions, révélations, les stigmates, est dans la voie normale de la sainteté (18).

Cette connaissance quasi expérimentale de Dieu présent en nous dérive de la foi éclairée par les dons (pin telligence et de sagesse, qui sont connexes avec la charité. Il suit de là qu'elle doit normalement grandir avec le progrès de la charité, soit sous une forme nettement contemplative, soit sous une forme plus directement orientée vers l'action. Aussi dirons-nous plus loin que la contemplation infuse, où s'épanouit cette quasi expérience, commence, selon saint jean de la Croix, avec la- voie illuminative et se développe dans la voie unitive (19).

Cette connaissance quasi expérimentale de Dieu, de sa bonté grandira, avec celle de notre néant et de notre misère, selon la parole divine qui fut dite à sainte Catherine de Sienne « Je suis celui qui est, tu es celle qui n'est pas.,»

Il s'ensuit aussi que, lorsqu'il y a en nous une aug­mentation notable de la charité, les personnes divines sont à nouvean envoyées, dit saint Thomas (20), car elles deviennent présentes plus intimement en nous, selon un mode ou un degré nouveau d'intimité. Il en est ainsi, par exemple, au moment de là seconde conversion, qui marque l'entrée dans la voie illuminative.

Enfin elles sont en nous, non pas seulement comme objet de connaissance et d'amour surnaturels, mais comme principes d'opérations surnalltrelles. Jésus a dit: « Mon Père opère toujours, et moi avec lui », surtout dans l'intimité du coeur, au centre de l'âme.

Seulement il importe de se rappeler pratiquement une chose : Dieu ne se communique d'ordinaire à sa créature que dans la mesure de ses dispositions. Quand celles-ci deviennent plus pures, les personnes divines deviennent essi plus intimement présentes et agissantes. Alors Dieu est à nous et nous sommes à Lui, et nous désirons surtout progresser dans son amour.

« Cette doctrine des Missions invisibles des divines personnes en nous est un des plus puissants motifs d'avance- /Tient spirituel, dit le P. Louis Chardon (21), parce qu'il tient toujours l'âme soigneuse de son progrès, éveillée à produire sans cesse des actes plus forts et plus fervents de toutes les vertus, afin que, croissant eu la grâce, ce nouvel accroissement amène Dieu de nouveau en elle... pour une union... qui a plus d'intimité, plus de pureté et plus de viguevr. »

Nos devoirs envers l'hôte divin; quels sont-ils?

Nos devoirs envers l'hôte divin; quels sont-ils?

Il nous dit :« Mon fils, donne-moi ton coeur (22). » «Voici que je me tiens à la porte et frappe ; si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte , j'entrerai chez lui, je souperai avec lui et lui avec moi (23). »

L'âme du juste est comme un ciel encore obscur, puisque la SainteTrinité est en lui, et qu'un jour il l'y verra à découvert.

Nos devoirs envers l'hôte intérieur se peuvent résumer ainsi : Penser souvent à lui, se dire : « Dieu vit en moi. » — Consacrer aux Personnes divines notre journée, notre heure, en disant : « Au nom du Père, du Fils, du Saint- Esprit. » — Se souvenir que l'hôte intérieur est pour nous source de lumière, de consolation, de force. — Le prier selon la parole du Seigneur : « Prie ton Père qui est présent dans le secret (de ton âme); il te le rendra (24). »

- Adorer l'hôte intérieur, en disant : Magnificat amincimea Dominum. » — Croire en Lui, se fier absolument à Lui, et l'aimer d'un amour chaque jour plus pur, plus généreux et plus fort. L'aimer en l'imitant, surtout par la bonté, selon les paroles du- Seigneur « Soyez parfait comme le Père céleste est parfait (25)» ; « Que tous soient un, comme vous, mon Père et moi, nous sommes un (26).»

Tout cela porte à penser, et nous le verrons de mieux en mieux dans la suite, que la vie mystique, caractérisée par l'actualité de la connaissance quasi expérimentale de Dieu présent en nous, loin d'être de soi extraordinaire, est seule pleinement normale. Seuls les saints, qui la vivent tous, sont pleinement dans l'ordre. Avant d'avoir trouvé cette union intime avec Dieu présent en nous, nous sommes un peu comme des âmes encor- e. à demi endormies, l'éveil spirituel ne s'est pas encore produit. Nous n'avons encore du mystère si consolant de l'habitation de la Sainte Trinité en nous qu'une connaissance qui reste trop superficielle et livresque, alors que c'est la vie débordante qui s'9ffre à nous.

Avant d'être entrés dans l'intimité de l'union à Dieu, nous n'avons pas pour Lui toute l'adoration ni tout l'amour qu'il faudrait avoir, et nous considérons trop souvent l'Unique nécessaire comme s'il n'était pas pour, nous le principal. De même nous n'avons pas encore pris réellement et profondément conscience du don qui nous a été fait dans, l'Eucharistie, et nous ne connaissons que de façon très superficielle ce qu'est le Corps mystique de Jésus-Christ

Le Saint-Esprit est l'âme du Corps mystique dont le Christ est la tête. Comme en notre corps l'âme est toute dans tout le corps et touteen chaque partie, et exerce ses jonctions supérieures dans la tête, ainsi le Saint-Esprit est tout entier dans tout le Corps mystique, tout entier en chaque juste, et il exerce ses fonctions les plus hautes dans la sainte âme du Sauveur, et plr elle sur nous.

Le principe vital qui fait ainsi l'unité du Corps mystique est singulièrement plus nt ditif 'unue f q lam'âmeille ou d'un qui faie l'unité de notre corps, que l'es unitif nation. L'esprit d'une famille est une certaine manière de voir, de juger, de sentir, d'aimer, de vouloir, d'agir. L'esprit du Corps mystique est infiniment plus unitif; t'est le Saint-Esprit sanctificateur, source de toutes les grâces, source d'eau vive jaillissant en vie éternelle. Le fleuve de grâce, qui vient du Saint-Esprit, remonte inces­samment vers Dieu sous forme d'adoration, de prière, de mérite et de sacrifices; c'est l'élévation vers Dieu, prélude de la vie du ciel. Telles sont les réalités surnaturelles dont nous devons prendre conscience de plus en plus, et ce n'est braiment que dans la vie mystique que l'âme s'éveille tout à fait, et qu'elle a du don de Dieu la conscience vive, profonde, rayonnante qu'il en faut avoir pour répondre pleinement à l'amour de Dieu pour nous.

RÉFÉRENCES
— (1) Ce sujet a été bien traité par le P. FROJET, 0.P.,- dans son livre De l'habitation du Saint-Esprit dans les âmes justes, Lethielleux, Paris, 3* éd., i9oe. Plus récemment par le P. GARDEIL, 0."P., La structure de l'âme et l'expérience mystique, Paris , Gabalda, 7927, t II, pp. 6-60. — Nous l'avons exposé aussi assez longuement dans L'Amour de Dieu et la Croix de Jésus, t. I, pp. 763-206, et t. Il, pp. 657-686.
— (2) On voit bien, dans le cas présent, l'importance de la Tradition proprement divine, qui nous transmet, par les pasteurs légitimes de l'Église, une doctrine révelée oralement, soit qu'elle ait été ensuite fixée ou non dans l'Écriture. Tous les organes de la Tradition divine Peuvent être invoqués dans le cas présent : le -magistère solennel de, de l'Église, et aussi son magistère ordinaire exprimé par la prédication moralement unanime des évêques, par le consentement des Pères et des théologiens et par le sens chrétien des fidèles.
(3) Ep. I ad Serap., 3i, p. G., t. 26, c. soi.
(4) De Spirilu Saneto, cap. lx, et. 22 sq; cap. avili, n. 47.
(5) Pia/Og., VII, P. G., t. 75, c. )085.
(6) De Spirila Safielo, I, I, c. 5-6,
(7) De Fide et symbolo, c. is, et De Trinitale, XV , c. 27.
(8) DENZINGER, Enrichidion, n• :3.
— (9) Ibid., n" 799.

(10) Nous les avons exposées ailleurs (L'Amour de Dieu et la Croix de Jésus, t. I, pp. 167-205), et nous avons comparé celle du Docteur angétique, telle que l'ont comprise Jean de Saint-Thonias, et plus récemment le P. Gardeil, avec celles de Vasquez et de Suarez. Il suffit ici de rappeler brièvement ces opinions.

Vasquez réduit toute présence RÉELLE de Dieu en nous à la présence générale d'immensité, selon laquelle Dieu est présent en toutes les choses qu'il conserve dans l'existence. A titre d'objet connu et aimé, Dieu n'est pas réellement présent dans le juste, il y est seulement comme représenté à la manière d'une personne absente, mais très aimée Suarez, au contraire, soutient que, même si Dieu n'était pas déjà présent dans les justes, par la présence générale d'immensité, il devien- rait réellement et substantiellement présent en eux, à raison de la charité qui nous unit à Lui. Cette opinion se heurte à cette très forte objection : bien que, par la charité, nous aimions l'humanité du Sauveur et la Sainte Vierge, il ne s'ensuit pas qu'ils soient réellement présents en nous, qu'ils habitent en notre âme. La charité par elle-même constitue une union affective et fait désirer l'union réelle, mais comment constituerait-elle celle-ci?

Jean de Saint-Thomas (in P", q. /13, a. 3, disp. XVII, n" 8-ro) et le P. Gardeil (op. cit., t. Il, pp. 7-6o) ont fait voir que la pensée de saint Thomas domine les deux conceptions bpposées de Vasquez et de Suarez.

Selon le Docteur angélique, contrairement à ce qu'a dit Suarez, la présence spéciale de la Sainte Trinité dans les justes suppose la présence générale d'immensité; mais pourtant (et c'est ce que n'a pas vu Vasquez), par la grâce sanctifiante Dieu est rendu RÉELLEMENT présent d'une nouvelle manière comme objet expérimentalement connaissable dont l'âme juste peut jouir."Il n'y est pas seulement comme une personne absente très aimée, mais il y est réellement, et parfois il se fait sentir à nous. De la sorte, si, par impossible, Dieu n'était déjà dans le juste comme cause conservatrice de son étre naturel, il deviendrait spécialement présent en lui comme cause productrice et conservatrice de la grâce et de la charité, et comme objet quasi expérimentalement connaissable, et, de temps en temps, connu et aimé.

(11) Les systèmes, qui ne parviennent pas à une synthèse supérieure, sont généralement vrais en ce qu'ils affirment, et faux en ce qu'ils nient, et ce qu'il y a de vrai en chacun d'eux se retrouve dans la synthèse supérieure lorsque l'esprit a découvert le principe éminent qui permét de concilier les divers aspects du réel. Dans le cas présent, Vasquez parait bien avoir tort de nier que la présence spéciale soit celle d'un objet réellement présent, expérimentalement connaissable, et Suarez semble bien faire erreur en niant que cette présence spéciale suppose ta Présence générale d'immensité par laquelle Dieu conserve toutes choses dans l'existence.

(12) Saint Thomas l'avait déjà dit dans son Commentaire sur les Sen­tences, I dist., 14, q. 2, a . 2, ad 3 : u ./Vn qualiscumque cognitio suiTicit ad rationem missionis, sed soliun illa quae accipitur ex aliquo dono appro­priato personae, per quod efficitur in nobis conjunctio ad Deum, secundum modum proprium illius personae, scilicet per amorem, quando Spiritus Sanctus datur, unde cognitio ista est quasi experimentalis. » Item, ibid., ad an.

Cette connaissance quasi expérimentale de Dieu, fondée sur la dia- lité, qui nous donne une connaturalité aux choses divines, procède sur­tout du don de sagesse, comme ledit saint Thomas, 11' Il", q. 45, a .

(13). (a) Ainsi notre lime est toujours présente à elle-même, comme un objet expérimentalement connaissable, sans être toujours actuellement connue, par exemple dans le profond sommeil.

(I4) « Spiritus lestimonium reddit spiritui nostro per effectum amoris filialis, quem in nobis facit. i Saint Thomas , in Ep. ad Rom. , vin, 16. — Item, P q. iia, a.5 : « Ille qui accipit gratiarn, per quarndarn experientiarn dulcedinis novit, quam non experitur ille, qui non accipit. » C'est un sign.e qui permet de conjecturer et d'avoir une certaine certitude morale qu'on est en état de grâce;
(15) Lue, txtv, 32.
(16) Jean, "Jr, 23. ,---
(17) Jean, alv,
(18) Le P. Gardeil s'exprime comme nous à ce 'sujet et dit, op. cit., t. II, p. 8g : « Le meilleur de l'effort de cette quatrième partie sera consacré à montrer que l'expérience mystique est l'épanoUissernent final de la vie du chrétien en état de grâce... », et (p. 368) « La connaissance myitique,l 'épanouissement suprême, mais normal-, de l'état de grâce,,,»

(19) Cf. SAINT JEAN DE LA Choix, Ndit obscure, 1.1, ch. xiv : « Les pro­gressants ou avancés se trouvent dans la voie illuminative, c'est là que Dieu nourrit et fortifie l'âme par contemplation infuse. »
(20) P, q. 43, a . 6, ad 2m.
(2I) Lu Croix de Jésus, édition orginale, p.457, Hi' entretien, e. IV,
(22) Proverbes, 3.1111, Tt, ---
(23) Apocalypse. ut, 30.
— (24) maet 6*

—( 25) Matt., V. 48.
— (26) Jean, xvii, 21.

Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
1
21
P.Garrigou-Lagrange.o.p._Tome-I
2
22
P.Garrigou-Lagrange.o.p._Tome-I
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