+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome I
Partie -1- chapitre V
L'influx du Christ rédempteur sur son corps mystique

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
Partie -1- chapitre V
L'influx du Christ rédempteur sur son corps mystique

La Sainte Trinité qui habite en toute âme juste est, nous l'avons vu, la source incréée de notre vie intérieure. Mais notre sanctification dépend aussi de l'influence constante du Christ rédempteur, qui nous communique incessamment, par les sacrements et en dehors d'eux, les grâces qu'il nous a méritées pendant sa vie terrestre, et surtout pendant sa Passion.

Aussi convient-il de parler ici de cette influence sancti­ficatrice en général, et de considérer comment elle s'exerce en particulier par le plus grand de tous les sacrements, qui est celui de l'Eucharistie (1). Comment le Sauveur nous communique-t-il les grâces qu'il nous a méritées autrefois?

Comment le Sauveur nous communique-t-il les grâces qu'il nous a méritées autrefois ?

Il nous les communique comme l'instrument animé tou­jours uni à la divinité, souce de toute grâce. « De sa plénitude nous avons tous reçu », dit saintJean, 1, 16 (2).

Notre-Seigneur lui-même nous l'a dit d'une façon sym bolique très expressive, comme il est rapporté dans le quatrième Évangile, xv, 1-7 : «Je suis la vigne, vous éles les sarments. Comme le sarment ne peut lui-même porter du fruit, s'il ne demeure uni à la vigne, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi... Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, porte beaucoup de fruit; mais séparés de moi vous ne pouvez rien faire... Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez et cela vous sera accordé.» Jésus a dit ailleurs de même :« Si vous cherchez avant tout le règne de Dieu, tout le reste vous sera donné par surcroît. » Il veut dire : Si vous deman­dez surtout de me mieux connaître d'une connaissance vive, intime, profonde ( celle que donne l'Esprit Saint) et de m'aimer d'un amour plus pur et plus fort, vous serez exaucé. Qui oserait dire que Jésus ne parle pas ici de la prière par laquelle ses membres demandent la contem­plation infuse des mystères du salut? « C'est, ajoute-t-il, la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez mes diciples. »

Cette belle image de la vigne et des sarments est des plus expressives. Saint Paul la reprend sous la forme de l'olivier franc sur lequel nous sommes entés ( Rom. , xi, 16), et il en donne une autre, non moins frappante. Le Christ, dit-il est, comme la tête, qui communique aux membres l'influx vital, qui a son principe dans l'âme. L'Église est le corps mystique du Christ, les chrétiens sont les mem­bres de ce corps. Il le dit et le redit souvent (1 Cor., xii, 27) : « Vous êtes le corps du Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. » — Eph., iv, 15 : e Continuons à croî­tre à tous égards dans la charité en union avec celui qui est le chef, le Christ. C'est par lui que tout le corps coor- dlaoczéritet,uni par les liens des membres... grandit dans charité. » — Col. , iii, 15 : « Que la paix du Christ à Christ} à laquelle vous êtes appelés de manière à former un seul corps, règne dans vos coeurs. »

D'après cette doctrine, le. Sauveur nous communique l'influx vital de la grâce (dont la source est Dieu même considéré en sa nature divine) comme la tête commun; que aux membres l'influx vital dont le principe est dans l'âme. Pour bien entendre cet enseignement, il faut dis­tinguer en Notre-Seigneur sa divinité et son humanité. Jésus, comme Verbe, habite, ainsi que le Père et le Saint. Esprit, au centre, au fond^de notre âme. Il est plus intime à elle qu'elle-même, lui conserve sa vie naturelle et sa vie surnaturelle; il la porte , par la grâce opérante, aux actes les plus profonds, les plus secrets, qu'elle ne pourrait pro. duire d'elle-même (3).

Quant à l'humanité du Sauveur, elle est, dit saint Thomas (4), l'instrument toujours uni à la divinité par lequel toutes les grâces nous sont communiquées. De même que les sacrements, l'eau du baptême, par exemple, et la formule sacramentelle, sont cause physique instru­mentale de la grâce sacramentelle, en ce sens que Dieu se sert de cette eau et de cette formule, leur communique mie vertu divine transitoire pour produire cette grâce (5); ainsi l'humanité du Sauveur et surtout les actes de sa sainte âme sont causerphysique instrumentale de toutes les grâces que nous recevons, soit par les sacrements, soit en dehors d'eux (6).

La sainte humanité du Sauveur n'habite pas en notre âme; son corps ne saurait se trouver en notre âme, il n'est qu'au ciel (comme dans son lieu naturel) et sacramentellement dans l'Eucharistie. Mais, si l'humanité de Jésus n'habite pas en nous, l'âme juste est constamment sous son influence, puisque c'est par son intermédiaire que toute grâce nous est communiquée, comme en notre corps la tête communique aux membres l'influx vital. Et comme à chaque instant de l'état de veille nous avons quelque devoir à accomplir, l'humanité du Sauveur nous communique de minute en minute la grâce actuelle du moment présent, comme l'air vient incessamment à notre poitrine.

Dieu, auteur de la grâce, se sert de l'humanité du Sauveur pour nous la communiquer comme un grand artiste se sert d'un instrument pour nous transmettre sa pensée musicale, ou comme un grand penseur se sert de son style à lui, de sa langue plus ou moins riche, pour s'exprimer. Les sept sacrements sont ainsi comme les cordes d'une lyre que Dieu seul sait manier, surélever par sa touche divine. L'humanité du Sauveur est un instrument supé­rieur, conscient et libre, toujours uni à la .divinité pour nous communiquer toutes les grâces que nous recevons, et que Jésus nous a méritées sur la Croix.

Ainsi nous viennent actuellement du Sauveur toute illumination de l'intelligence, toute grâce d'attrait, de con­solation ou de force, sentie ou non sentie. C'est, pour chacun de nos actes salutaires, une influence constante, beaucoup plus profonde que celle qu'exerce meilleure des  mères sur son enfant lorsqu'elle lui apprend à prier.

Cette activité du Sauveur transmet, en dehors des sacrements, aux infidèles qui n'y résistent pas, les lumières de la foi, aux pécheurs la grâce de l'attrition, qui les invite à s'approcher du sacrement de pénitence. Mais c'est su­tout par l'Eucharistie que s'exerce son influence, car l'Eucharistie est le plus parfait des sacrements, qui contient non seulement la grâce, mais l'auteur de la grâce, et elle est de plus un sacrifice d'une valeur infinie. C'est le point sur lequel il convient ici d'insister en parlant des fonde, ments ou des sources de la vie intérieure.

L'influence sanctifiatrice du Sauveur par l'Eucharistie

l convient d'en parler .dans les termes mêmes dont Jésus s'est servi dans l'Évangile.

Pour mieux profiter spirituellement de cette influence, et pour en remercier le Seigneur, rappelons-nous comment, par amour pour nos âmes, il nous a d'abord promis l'Eucharistie, comment il nous l'a donnée à la Cène, en instituant le sacerdoce, comment il la renouvelle tous les jours au sacrifice de la messe, comment il veut rester parmi nous en assurant la continuité de sa présence réelle, et comment il se donne enfin à nous par la communion quotidienne, jusqu'à la dernière que nous espérons faire avant de mourir. Tous ces actes de générosité divine dérivent d'un même amour et sont tous ordonnés à notre sanctification progressive. Ils méritent, certes, une action de grâce spéciale; c'est le sens vrai de la dévotion au Cœur eucharistique de Jésus, appelé eucharistique parce qu'il nous a donné l'Eucharistie et nous la redonne incessamment. Comme on dit que l'air est sain, lorsqu'il rend ou entretient la santé, le Cœur du Sauveur est appelé eucharistique, parée qu'il nous a donné le plus grand des sacrements, ou il est lui-même réellement et substantiellement comme foyer de grâces toujours nouvelles.

Les paroles de la promesse de l'Eucharistie en saint Jean (vt, 26-59) nous montrent mieux que toute autre ce que doit être cette influence vivifiante du Sauveur sur nous et comment nous devons la recevoir.

Jésus promet d'abord un pain céleste. Après le miracle de la multiplication des pains, il dit : « Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui demeure pour la vie éternelle et que le Fils de l'homme vous donnera... C'est mon Père qui donne le vrai pain du ciel. Car le pain de Dieu, c'est le pain qui descend du ciel et qui donne la vie au monde (7). »

Alors plusieurs de ceux qui s'étaient rassasiés après le miracle de la multiplication des pains dirent : « Seigneur, donnez-nous toujours de ce pain ». Jésus leur répondit : «Je suis le pain de vie... Mais vous m'avez vuet vous ne croyez point... (8) » Les Juifs murmuraient, dit saint Jean (9) parce qu'il avait dit : « Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel.» Jésus leur répondit : « Ne mur­murez point entre vous... En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit, en moi a la vie éternelle. Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts. Voici le pain descendu du ciel, afin qu'on en mange et qu'on ne meure point. Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je don­nerai, c'est ma chair, pour le salut du monde... Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment un breuvage... Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie (10). »

Beaucoup ne crurent pas et se retirèrent. Jésus alors dit aux Douze : « Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous? Vous avez les paroles de la vie éternelle (11). »

Cette promesse de l'Eucharistie nous fait entrevoir tout ce que ce sacrement doit produire en nous, chez les commençants, chez les progressants ou avancés et Chez les parfaits.

L'institution de l'Eucharistie nous montre la portée de cette promesse. Elle est ainsi rapportée en saint Matthieu(12), et presque dans les mêmes fermes en saint Marc, en saint Luc, et dans la Fe Épître aux Corinthiens :

« Pendant la Cène Jésus prit le pain ; et, ayant prononcé une bénédiction, il le rompit et le donna en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps. Il prit ensuite la coupe, et, ayant rendu grâces, il la donna en disant : Prenez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, répandu pour un grand nombre en rémission des péchés. »

Les paroles de la promesse s'éclairaient. Pierre était récompensé d'avoir dit avec foi : « Seigneur, à qui irions- nous? Vous avez les paroles de la vie éternelle, Jésus, à la Cène, eut de fait une'parole plus efficace que jamais, une parole transsubstantiatrice, par laquelle il convertit la substance du pain en celle de son propre corps pour rester sacramentellement parmi nous.

Au même instant, il instituait le sarcerdoce pour perpétuer de façon sacramentelle, par l'Eucharistie, le sacrifice de la Croix, jusqu'à la fin des temps. Il dit, en effet, comme il est rapporté en saint Luc ( \xi), 19) et en saint Paul (I Cor. xi, 2f-23) : ic Faites ceci en mémoire de moi.» Les Apôtres reçurent alors le pouvoir de consacrer, d'offrir le sacrifice eucharistique, qui perpétue en substance le sacrifice de la Croix pour nous en appliquer les fruits, les mérites et la satisfaction jusqu'à la fin du monde.

A la messe, le prêtre principal est Notre-Seigneur, qui continue de s'offrir lui-même sacramentellement, « Le Christ toujours vivant ne cesse d'intercéder pour nous », dit saint Paul (Ilébr., vit, 25). II le fait surtout au saint sacrifice, qui a ainsi une valeur infinie, à raison du prêtre principal et de la victime offerte, du précieux sang sacramentellement répandu.

Le Christ Jésus offre en même temps à son Père nos adorations. nos supplications, nos réparations, nos actions de grâces, tous les actes salutaires de son Corps mystique.

L'amour du Christ ne nous a pas donné une seule fois l'Eucharistie, il nous la redonne tous les jours. Il aurait pu vouloir que la messe fût célébrée seulement une ou deux fois par an, en quelque grand sanctuaire. où l'on serait venu de très loin. C'est, au contraire, incessamment, à chaque minute du jour, que la messe et de nombreuses messes sont célébrées à la surface de la terreà l'heure où le soleil se lève. Ainsi il vient accorder à son Eglise les grâces dont elle a besoin aux divers moments de son histoire. La messe fut un foyer de grâces toujours nouvelles dans les catacombes, plus tard pendant les grandes invasions des barbares, aux siècles de fer du moven âge; elle l'est toujours aujourd'hui pour nous donner la force de résister aux grands périls qui nous menacent.

De plus, quotidiennement, le Christ revient réellement et substantiellement parmi nous, non seulement pour une heure, pendant la célébration du sacrifice eucharistique, mais pour rester constamment avec nous au Tabernacle, pour y être « le compagnon de notre exil, patient à nous attendre, pressé de nous exaucer », et pour y offrir incessamment à son Père une adoration d'une valeur infinie.

Enfin la communion est la consommation du don de soi. La bonté est essentiellement communicative, elle attire, elle se donne pour nous vivifier et nous enrichir spirituellement. Cela est vrai surtout de la bonté rayonnante de Dieu et de son Christ. Dans la communion, le Sauveur nous attire et se donne, non pas seulement à l'humanité en général, mais à chacun de nous, si nous le voulons, et d'une façon toujours plus intime, si nous sommes fidèles. Il se donne, non pas pour que nous nous l'assimilions, ce serait l'appauvrir; mais pour que nous soyons rendus de plus en plus semblables à lui. « Le pain que nous rompons, dit saint Paul , n'est-il pas une commu­nion au corps du Christ (13). » C'est la Vie même quw nous recevons.

Cette communion doit nous incorporer au Christ de plus en plus, en aùgmentant notre humilité, notre foi, notre confiance, surtout notre charité, pour rendre notre coeur semblable à celui du Sauveur qui est mort pour nous par amour. En ce sens chacune de nos communions devrait être substantiellemeht plus fervente que la précédente, d'une ferveur de volonté; car chacune doit, non pas seulement conserver, mais augmenter en nous l'amour de Dieu et nous disposer ainsi à recevoir Notre-Seigneur le lendemain avec une ferveur de volonté, non seulement égale, mais supérieure, quoi qu'il en soit d'ailleurs de la ferveur sensible, qui est accidentelle (14). 11 devrait y avoir là comme une marche accélérée vers Dieu, qui rappelle l'accélération de la gravitation des corps vers le centre qui les attire. Comme la pierre tombe d'autant plus vile qu'elle se rapproche de la terre qui l'attire, les âmes devraient marcher d'autant plus vite vers Dieu qu'elles se rapprochent de Lui et qu'elles sont plus attirées par Lui.

C'est ce que nous dit sous bien des formes la liturgie, en particulier dans l'Adoro Te de saint Thomas d'Aquin :

Adoro Te, devote, biens Deitas...

Je vous adore, ô Divinité cachée, qui êtes réellement sous ces figures. Mon coeur se soumet entièrement à vous, et se sent défaillir en vous contemplant...

Fac me tibi semper mugis credere,
In te spem ltabere, te diligere.

Augmentez sans cesse ma foi, mon espérance en voue: et mon amour pour vous.

O rnemoriale mortis Doniini!
Punis vivus, vitam praestans homini,
Praesta meae menti de te vivere
Et te Mi semper dulce sapere.

O mémorial de la mort du Seigneur ! Pain vivant donnant la vie à l'homme, accordez à mon âme de vivre de vous et de toujours vous gôûter avec délices.

Pie pellicane, Jesu Domine,
Me immundum munda tuo sanguine...

Miséricordieux pélican, Seigneur Jésus, purifiez mes souillures par votre sang, dont une seule goutte \suffit. pour effacer tous les péchés du monde entier.

Jesu, quem velatum nunc aspicio,
Oro fat illud quod tain sitio
Ut te revelata cernens facie
Visu sim beatus tuae gloriae. Amen.

O Jésus, que je regarde maintenant sous ces voiles, réalisez, je vous en prie, mon ardent désir. Que, vous, contemplant face à face, la vision de gloire me rende bienheureux. Ainsi soit-il. »

L'âme qui vivrait ainsi chaque jour du Sauveur à la sainte messe et à la communion arriverait certainement à une grande intimité avec Lui, à cette intimité qui est celle de la vie mystique. Les dons du Saint-Esprit grandirarent en elle proportionnellement, et elle parviendrait à une contemplation toujours plus pénétrante et savoureuse du grand mystère de nos autels, de la valeur infinie de la messe, qui est comme une source éminente de grâces toujours nouvelles, à laquelle doivent venir boire toutes les générations qui se succèdent dans le temps, pour avoir la force d'arriver au terme de leur voyage vers l'éternité. Ainsi le prophète Élie, accablé de fatigue, renouvela ses forces en mangeant d'un pain descendu du ciel, et put marcher jusqu'à l'Horeb, figure du sommet de la perfection.

Le Christ nous dit à la communion, comme il le disait à saint Augustin : « Cibus sum grandium,... cresce et manducabis me; nec lu me mulabis in le sicut cibum carnis !Irae, sed tu mulaberis in me. » a Je suis le pain des forts..., mais tu ne me changeras pas en toi, comme la nourriture de ta chair; c'est toi qui seras changé en moi (15) ». Celui qui communie vraiment au Christ lui est de plus en plus incorporé, en vivant de sa pensée, de son amour; il peut dire avec saint Paul « Mihi uivere Christus est, et lucrum »,« le Christ est ma vie, et la mort m'est un gain.», car elle est l'entrée dans la vie qui ne finit pas.

L'Incorporation progessive au Christ et la sainteté

L'incorporation progessive au Christ et la sainteté,

La doctrine de l'incorporation progressive au Christ apparaîtra d'une merveilleuse fécondité à qui voudra en vivre (16).

D'abord, pour mourir au péché et à ses suites, rappellons-nous ce que dit saint Paul : « Nous avons été ensevelis avec le Christ par le baptême pour mourir au péché (17). » « Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses convoitises (18) »; c'est la mort au péché par le baptême et la pénitence.

Puis, à la lumière de la foi et sous l'inspiration du Saint-Esprit, le chrétien « doit se revêtir de l'homme nouveau, qui s'éclaire et se renouvelle selon l'image de son Créateur... Revêtez-vous donc, comme élus de Dieu, ajoute saint Paul , de tendresse et d'entrailles de miséricorde, de bonté, d'humilité, de modestie, de patience... Mais surtout revêtez-vous de la charité, qui est le lien de la perfection (19) ». C'est la voie illuminative de ceux qui imitent Jésus-Christ, qui prennent ses sentiments, l'esprit de ses mystères, de sa passion (20), de son crucifiement (21), de sa résurrection (22). C'est la voie de la contemplation des mystères du Sauveur, qu'ont vécue tous les saints, même ceux de la vie active, en se rappelant ces paroles de l'Apôtre : « Tout me semble une perte, au prix de cette haute connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur, pour l'amour de qui je me suis privé de toutes choses; je les regarde comme des ordures, afin de gagner Jésus-Christ (23). »

Ce chemin conduit à l'union pour ainsi dire conti.. nuelle avec le Sauveur, selon ces paroles sublimes de l'Épure aux Colossiens, ru, 1-4 :ci Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d'en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu. N'ayez de goût que pour les choses du ciel, et non pour celles de la terre. Car vous êtes morts (au monde), et votre vie est cachée en Dieu avec le Christ. » Alors la paix du Sauveur règne dans l'âme qui aime à lui dire : « Seigneur, donne-toi à moi, et donne-moi à toi. » C'est, chez les saints, comme une communion spirituelle presque ininterrompue. Un regard, un mouvement de l'âme vers le Sauveur lui disent nos désirs, lui présentent notre faiblesse, notre bonne volonté, notre disposition à lui être fidèle et la soif que nous avons de Lui. Telle est la voie de contemplation aimante des grands mystères du Christ, elle a ses aridités et ses joies; ceux qui la connaissent voient en elle le prélude normal de la vision du ciel.

Plusieurs se font illusion qui prétendent parvenir à l'union à Dieu, sans recourir constamment à Notre-Seigneur; ils ne pal-viendront guère qu'à une connaissance abstraite de Dieu, et non pas cette science savoureuse, appelée sagesse, vivante, quasi expérimentale, à la fois élevée et pratique, qui fait voir Dieu et sa Providence dans les moindres choses. Les quiétistes sont tombés dans cette erreur en prétendant que l'Humanité sainte du Sauvenr était un moyen seulement utile au début de la, vie spirituelle (24). Sainte Thérèse a particulièrement réagi sur ce point, nous rappelant que nous ne devcins pas de notre propre mouvement laisser, dans l'oraison, la considération de l'humanité du Sauveur ; elle est le chemin qui conduit doucement nos âmes à sa divinité (25). Pensons souvent aux richesses spirituelles immenses de la sainte âme de Jésus, de son intelligence, de sa volonté, de sa sensibilité, et nous entendrons ainsi de mieux en mieux le sens de sa parole : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. » Il est la voie selon son humanité, et, comme Dieu, il est la Vérité même et la Vie par essence.

Références
—(1) Cf. EMILE MERSCII, S J. : i.e Corps mystique du Christ. Etude de théologie historique, ig36. — Morale et Corps mystique, 1937. — ERNEST MURA : Le Corps mystique du Christ, sa nature et sa vie divine d'après saint Paul et la, théologie, 1' éd., 1936
—(2) Cf. SAINT THOMAS , III', cf. 8 : De gratia Christi, secundum ploc' est caput ecclesiae (huit articles). — Commentum in Joannem, zv, 1-7 « Ego sum vitis vera, 'vos palmites, etc... »
— (3) dr SAINT THOMAS P ii, a. a.
— (4) ln., q. 43, a .
— (5) ; q 48, a . 6. L'acte de charité toujours vivant au Coeur du Christ peut toujours être cause physique instrumentale des grâces que nous recevons; il suffit du reste que l'instrument trank­mette l'influx de la cause principale, comme le porte-voix transmet la parole humaine
— (6) III', q. 62, a . 4.
— (7) Jean, oi, 27-33.
— (8) Jean, vt, 35, 36.
— (9) Jean, vc, 4i.
— (10) Jean, vi, 43, 65.

— (11) Jean, vi, 66, 68
— (12) Matth., xtvi, 26, 29 , Marc, xlv, 12, à5; Luc., 1.2u, 15, ao; l Cor., xi, 23, 25
(13) I Cor., x, ie.
—(14) On peut faire une excellente communion dans une grande aridité rimaible, comme fut excellente la prière de Jésus à Gethsémante
— (15).Confessi6ns, I. VII. c. i.
— (16) Voir sur ce point les ouvrages de Dom Marmion;Abbé de Mared­sous : Le Christ vie de lame, Le Christ et ses mystères, Le Christ idéal du moine
— (17) Rom., vi, 4, 6.
— (18) Galat., v, 24.
— (19) Coloss., ut, Io, la.
— (20) Rom. , vul, 7.
— (21) Rom., vi, 5.
— (22) Col., lu, t.
— (23) Phil., tu, 8.
— (24) Cf. DENZINGER, Enehtrulion, 1255.
— (25) -Cf. SAINTE THÉRÈSE, Le Chriteau intérieur, IP' Demeures, ch. I, VI*' Demeures, ch. vu. — Autobiographie, ch. :in
Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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