+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome I
Partie -1- chapitre VII

De l'accroissement de la vie de la grâce
par le mérite, la prière et les sacrements

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
CHAPITRE VII
De l'accroissement de la vie de la grâce par le mérite, la prière et les sacrements

Nous ne pouvons traiter des fondements de la vie intérieure, de sa source, sans parler de l'accroissement de la grâce sanctifiante et de la charité. Nul ne peut être sauvé sans cette vertu surnaturelle, la plus haute de toutes, qui doit inspirer et animer les autres; et elle ne doit pas rester stationnaire, elle doit grandir en nous jusqu'à la mort. C'est un point de doctrine qui peut et doit donner une grande lumière en spiritualité et qui est le fondement de toute exhortation à avancer d'une façon à la fois très humble et très généreuse, en désirant ardemment la pleine perfection de la charité, l'union intime avec Dieu, en travaillant à l'obtenir et en la demandànt humblement. Les vertus d'humilité et de magnanimité doivent être toujours unies.

Voyons donc d'abord pourquoi la charité doit toujours augmenter en nous jusqu'à la mort, puis comment elle augmente de trois manières : par le mérite, par la prière, par les sacrements.

Pourquoi la vie de la grâce el la charrié doivent-elles augmenter en nous jusqu'à la mort?

Il faut noter d'abord que la vraie charité, reçue au baptême ou rendue par l'absolution, si infime soit-elle, aime déjà Dieu, auteur du salut, plus que nous-mêmes, par-dessus tout, et le prochain comme nous-mêmes pour l'amour de Dieu. Le moindre degré de charité infuse dépasse immensément déjà l'amour naturel que nous pouvons avoir pour Dieu, auteur de la nature, et pour les hommes, et la charité, si infime soit-elle; n'exclut personne, car cette exclusion serait déjà un péché grave qui la détruirait.

Cependant, cette charité des commençants n'est pas vic­torieuse de tout égoïsme, loin de là. Il y a en nous, pour ainsi dire à côté d'elle, un amour désordonné de nous- même, qui, sans être gravement coupable, est un obstacle qui enlève à la charité la liberté de son action ou son rayonnement. Entre le noir et le blanc, il y a le gris. Entre l'état de péché mortel et la charité . parfaite et rayonnante, il y a la charité infime dont l'exercice est fort gêné par une foule de péchés véniels habituels, d'amour-propre déréglé, de vanité, de paresse, d'injustice, etc.

Or, il n'y a pas doute, cette charité infime doit grandir. Saint Paul dit aux Éphésiens, iv, 15 : « Croissez dans la charité »; aux Philippiens, i, 9 : « Je prie pour que votre charité augmente de plus en plus », et dans la I' Épître aux Thessaloniciens, 111, 12 : « Que le Seigneur augmente toujours, parmi vous ét à l'égard de tous, cette charité que nous avons nous-mêmes pour vous, afin d'affermir vos coeurs pour qu'ils soient d'une sainteté irréprochable devant Dieu. » L'Apocalypse, xxii, 11, ajoute : « Que le juste pratique encore la justice et que celui qui qui est saint se sanctifie encore. » Dans l'Ancien Testament, le livre des Proverbes, iv, 18, disait déjà : « Le sentier des justes est comme la lumière resplendissante, dont l'éclat va croissant jusqu'au milieu du jour. »

Pourquoi la charité doit-elle ainsi grandir en nous? — Parce que le chrétien ici-bas est un voyageur, vialor, qui marche spirituellement vers Dieu ; et il marche spirituellement vers lui par des actes d'amour toujours plus parfaits « gressibus amoris », à pas d'amour, dit saint Grégoire. Il faut même conclure de là que la charité ici- bas peut et doit toujours augmenter, sans quoi le chrétien cesserait en un sens d'être viator, il s'arrêterait avant d'être au terme de son voyage.(2). La voie est faite pour marcher, non pour s'y installer, non pour s'y arrêter et y dormir. Aussi est-il dit en saint Luc, vi, 25 : « Vae vobis qui saturali estis, quia esurielis : Malheur à vous qui êtes rassasiés, car vous aurez faim », et, par opposi­tion, en saint Matthieu, y, 6 : « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés. » Jésus disait encore : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive..., et des fleuves d'eau vive couleront de sa poitrine. » (Jean, vii, 38.)

Si tout voyageur vers l'éternité doit ici-bas grandir dans la charité, non seulement les commençants et les progressants, mais les parfaits doivent toujours se rapprocher de Dieu. Bien plus ces derniers doivent marcher d'autant plus vile vers lui qu'il sont plus près de lui et qu'il les attire davantage. Saint Themas l'affirme en commentant ces paroles de saint Paul aux Hébreux, x, 25 : « Exhortons-nous les uns les autres, et cela d'autant plus que vous voyez approcher le jour. » Saint Thomas écrit dans son Commentaire sur cette Épître en cet endroit,: « Quelqu'un pourrait demander : Pourquoi devons-nous ainsi progresser dans la foi et l'amour? C'est que le mouvement naturel (ou con naturel) devient d'autant plus rapide qu'il se rapproche de son terme. Tandis que c'est l'inverse pour le mouvement violent. (De fait nous disons aujourd'hui : la chute des corps est uniformément accélérée, tandis que le mouvement inverse d'une pierre lancée en l'air, est uniformément retardé.) Or, continue saint Thomas , la grâce perfectionne et incline au bien à la manière de la nature ; il s'ensuit que ceux qui sont en état de grâce doivent d'autant plus grandir dans la charité qu'ils se rapprochent de leur fin dernière (et qu'ils sont plus attirés par elle). C'est pourquoi saint. Paul dit ici : Ne désertons pas nos assemblées..., mais exhorions-nous les uns les autres, et cela d'autant plus que vous voyez approcher, le jour, c'est-à-dire le terme du voyage. La nuit est avancée, le jour approche ( Rom. , xiii, 12). Le chemin des justes est comme la brillante lumière du matin dont l'éclat va croissant jusqu'au milieu du jour (Prov., iv, 18) (3). »

Cette remarque ainsi brièvement indiquée par saint Thomas , comme en passant, n'a pas été soulignée par les théologiens autant qu'elle le mérite. Il est pourtant frap­pant que saint Thomas l'ait ainsi notée d'une façon si simple, si rapide et si belle, avant la découverte de la loi de la gravitation universelle, lorsqu'on ne connaissait encore que de façon très imparfaite, sans l'avoir mesurée, l'accélération de la chute des corps.

Saint Thomas veut dire que, pour les saints, l'intensité de leur vie spirituelle s'accentue de plus en plus, la trajectoire du mouvement de leur âme s'élève jusqu'au zénith et ne descend plus; il n'y a pas pour eux de crépuscule; c'est seulement le corps qui, avec la vieillesse, s'affaiblit.

Telle est, dans l'ordre spirituel, la loi de l'attraction universelle. Comme les corps s'attirent, en raison directe de leur masse, et en raison inverse du carré de leur distance, c'est-à-dire s'attirent d'autant plus qu'ils se rapprochent; ainsi les âmes \sont attirées par Dieu d'autant plus qu'elles se rapprochent de lui : Notre-Seigneur, faisant allusion au terme de sa course, a dit en ce sens : « Lorsque je serai élevé de terre (sur la croix), j'attirerai tout à moi (4). » « Nul ne vient à moi, si mon Père ne l'attire (5). » Plus on s'élève, plus la cause efficiente, qui porte à l'action, et la cause finale, qui attire vers elle, tendent à s'identifier. C'est Dieu qui nous meut, et c'est vers lui-même qu'il nous attire; il est principe et fin dé tout, Souverain Bien, qui attire l'amour d'autant phis forternent qu'on se rapproche davantage de lui. C'est ainsi que, dans la vie des saints, le progrès de l'amour pendant les dernières années est beaucoup plus rapide que pendant les premières. Ils marchent, non pas d'un pas égal, mais d'un pas plus pressé, malgré l'appesantissement de la vieillesse et un certain affaiblissement des facultés sensibles, comme la mémoire sensitive. Malgré eela, ils entendent et vivent la parole du psaume : « Tà jeunesse sera renouvelée comme celle de l'aigle : Benovabitur ut aquilae juventus tua ». (Ps. cil, 5).

La grâce grandit toujours davantage en eux, en particulier la charité.

Ce progrès toujours plus rapide exista surtout dans la vie de la Vierge, car, en elle, il ne rencontrait aucun obstacle, et il était d'autant plus intense que la vitesse initiale ou la grâce première avait été plus grande. Il y eut eti elle une accélération merveilleuse de l'amour dé Dieu, accélération dont celle de la chute des corps est une image fort lointaine.

Nous voyons ainsi pourquoi la charité doit non seulement augmenter en nous jusqu'à la mort, mais augmenter de plus en plus, comme le mouvement naturel dont la vitesse s'accroît jusqu'à son but dernier.

S'il en est ainsi, comment la charité augmente-t-elle en nous?

Sans doute, à son degré infime, la charité aime déjà Dieu par-dessus tout d'un amour d'estime et le prochain en général, sans exclure personne; en ce sens, elle ne peut avoir une plus grande extension; mais elle peut croître en intensité, s'enraciner de mieux en mieux dans notre volonté, déterminer davantage l'inclination de celle-ci à se porter vers Dieu et à fuir le péché par des actes plus généreux.

La charité n'augmente pas, en effet, par addition, comme une pile de blé (6). Cette addition multiplierait la charité sans la rendre plus intense. Ce serait un accrois­ement de l'ordre de la quantité, non de la quatité; ce qui est tout différent (7). En réalité, la charité augmente en nous en tant qu'elle devient plus forte, s'enracine davantage dans notre volonté, ou, pour paler sans métaphore, en tant qu'elle inhère mieux dans notre volonté et la détermine plus profondément vers le bien surnaturel en l'éloignant du mal. De même que chez le savant la science, sans toujours s'étendre à des conclusions nouvelles, devient plus profonde, plus pénétrante, plus, certaine, ainsi la charité grandit en nous faisant aimer plus parfaitement, plus purement Dieu pour lui-même et le prochain pour Dieu. Si l'on comprenait bien cette doctrine telle que l'expose saint Thomas, on verrait de mieux en mieux la nécessité des purifications passives de l'esprit dont parle saint Jean de la Croix, purifications qui ont pour but de débarrasser de tout alliage les plus hautes vertus et de mettre en un, puissant relief leur objet formel : vérité divine et bonté divine.

La charité augmente donc, comme une qualité, comme la chaleur, en devenant plus intense, et cela de plusieurs manières : par le mérite, par la prière, par lés sacrements.

L'accroissement de la charité par nos mérites

L'acte méritoire est un acte qui procède de la charité ou d'une vertu inspirée, vivifiée par la charité, et qui donne un droit à une récompense surnaturelle, tout d'abord à une augmentation de la grâce et de la charité elle-même.

Les actes méritoires ne produisent pas eux-mêmes directement l'augmentation de la charité; car elle n'est pas une vertu acquise produite et augmentée par la répétition des actes, mais une vertu infuse. Elle nous a été donnée par le baptême, et comme Dieu seul peut la produire en nous, puisqu'elle est une participation de sa vie intime, lui seul aussi peut l'augmenter. L'augmentation de la charité et des vertus infuses qui l'Ili sont unies est comme une production continuée. Ainsi saint Paul dit : .« Moi, j'ai planté (par la prédication et le baptême), Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître. Celui qui plante n'est rien, ni celui qui arrose; Dieu qui fait croître (est tout)... Nous sommes ouvriers avec Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, l'édifice de Dieu » (I Cor., in, 6-9). « Il fera croître de plus en plus les fruits de votre justice » (II Cor., tx,•10).

Bien que nos actes de charité ne puissent produire l'augmentation de cette vertu, ils concourent à celte augmentationde deux manières : moralement, en la méritant,. et physiquement, én nous disposanl à la recevoir.

Le mérite est un droit à une réeompensé, il ne la produit pas, il l'obtient. Le juste, par ses bonnes oeuvres surnaturelles, mérite l'augmentation de la charité (8), comme l'a défini le Concile de Trente, sess. 6, can. 211 et 32. Le Seigneur lui donne dès ici-bas comme récompense, en attendant celle du ciel, de grandir dans l'amour divin, c'est-à-dire d'avoir un amour plus pur et plus fort. Le quiétisme, qui mésestimait la récompense divine sous prétexte de désintéressement absolu, oubliait que plus l'âme est désintéressée plus elle désire celte récompense : aimer plus purement et plus fortement son Dieu, ce qui ne va pas sans un accroissement de l'espérance, des autres vertus infuses et des dons du Saint-Esprit.

Les actes de charité et des vertus inspirées par elle ne méritent pas seulement, au point de vue moral, l'augmentation de la charité, mais ils disposent physiquement à la recevoir, en ce sens qu'ils ouvrent pour ainsi dire nos facultés pour qu'elles puissent recevoir davantage, ils les creusent, en quelque sorte, pour que la vie divine puisse les mieux pénétrer et les élever en les purifiant (9).

Cela est vrai surtout des actes intenses ou très fervents de charité; un acte très généreux d'amour de Dieu décide parfois de toute la vie et mérite une grande augmentation de charité en nous disposant à la recevoir aussitôt. C'est comme si l'on était élevé à un palier supérieur, et dans cette ascension on a comme un nouveau regard sur les choses de Dieu et un nouvel élan. Celui qui avait deux talents en obtient ainsi aussitôt un ou deux de plus, peut- être davantage, et, comme le dit saint Thomas, le Saint- Esprit nous est alors envoyé à nouveau, car il devient présent en nous d'une façon nouvelle, plus intime et plus rayonnante (10)

Mais cela posé un problème difficile qu'ont souvent discuté les théologiens et qui est de grande importance pratique. S'il est clair qu'un acte de charité intense ou fervent nous dispose à recevoir aussitôt une augmentation de cette vertu infuse et de toutes les autres qui lui sont connexes, il n'est pas du tout certain qu'un acte faible de charité, un acte sans intensité, peu généreux (remissus) obtienne aussitôt un accroissement de la vie de la grâce.

Celui qui a cinq talents et qui agit mollement, comme s'il n'en avait que deux, obtient-il aussitôt, par cet acte rhéritoire faible et imparfait, une augmentation de charité?

Plusieurs théologiens modernes, à la suite de Suarez, le pensent (11). Telle n'est pas la pensée de saint Thomas, et généralement des anciens théologiens. Le saint Docteur nous dit : « Chaqueacte de charité (même imparfait) mérite une augmentation de charité, cependant il ne l'obtient pas toujours aussitôt, mais seulement lorsqu'on se dispose par un effort généreux à cette augmentation (12). »

La raison en est que l'augmentation de la grâce sanctifiante et de la charité n'est conférée par Dieu que selon la disposition du sujet qui doit la recevoir, tout comme, à l'instant de la conversion ou justification, la grâce sanctifiante est donnée à un degré plus ou moins élevé selon la ferveur de la contrition de celui qui se convertit (13).

Il est assez manifeste, en effet, que celui qui, ayant cinq talents, agit comme s'il n'en avait que deux ne se dispose pas encore à en recevoir un sixième, car l'acte posé est notablement inférieur, quoique bon, au degré de la vertu dont il procède. Il y a en cela une analogie assez visible entre les actes surnaturels et les actes naturels l'homme très intelligent, mais peu appliqué à l'étude, fait peu de progrès dans les sciences, tandis qu'un autre moins doué, mais très travailleur, arrive à un sérieux résultat.

De même encore, dans l'ordre naturel, une amitié ne s'affermit que par des actes plus généreux ; des actes très imparfaits l'entretiennent seulement sans l'accroître. Il paraît donc nécessaire de conclure avec saint Thomas que les actes de charité imparfaits (remissi), quoique méritoires, n'obtiennent pas aussitôt l'augmentation de grâce qu'ils méritent (15)

Cette, doctrine doit nous porter à faire souvent des actes généreux de charité; à ce sujet il convient, en particulier un jour de retraite mensuelle ou le premier vendredi du mois, de multiplier les actes généreux d'amour de Dieu, non pas de façon mécanique, comme celui qui les compterait, mais dès que l'occasion s'en présente, pour conserver en soi l'esprit de ferveur et ne pas s'attiédir.

Rappelone-nous que l'Esprit-Saint meut généralement les âmes selon le degré de leurs vertus infuses et des sept dons ou de leur docilité habituelle. On ne comprendrait pas qu'il meuve sans raison à des actes imparfaits, car c'est en vain que les âmes auraient alors reçu un haut degré des vertus infuses et des dons. Si donc le juste ne pose pas d'obstacle à l'action divine, il recevra normalement des grâces toujours plus élevées de lumière et d'a­mour pour monter généreusement vers Dieu.

Comme l'enseignent de bons théologiens (16), Dieu est plus glorifié par un seul acte de charité de dix talents que par dix actes de charité d'un talent chacun. De même un seul juste très parfait plaît plus à Dieu que beaucoup d'autres qui restent dans la médiocrité ou la tiédeur. La qualité l'emporte sur la quantité. C'est pourquoi la plénitude de grâce en Marie dépassait dès le premier jour celle de tous les saints, comme le diamant vaut plus à lui seul que quantité d'autres pierres précieuses.

La charité doit donc par nos mérites grandir jusqu'à notre mort; avec cette vertu infuse s'accroît notre apti­tude à recevoir une augmentation nouvelle (17). Le coeur spirituel se dilate pour ainsi dire de plus en plus et notre capacité divine s'agrandit, selon la parole du Psaume cxviir, 32 : « Vian? mandalorum luorum cucurri, cum dilatas: cor meum. J'ai couru dans la voie de tes commandements, car tu as élargi mon coeur. » Mon coeur s'élargit par l'affection que je vous porte, dit aussi saint Paul ,.., étendez aussi, pour moi votre coeur, dilatamini el vos » (Il Cor., vi, 11).

Nous oublions trop souvent quernous sommes en voyage vers l'éternité, et nous cherchons à nous installer dans la vie présente comme si elle devait durer toujours, Nous ressemblons à ces voyageurs qui s'installent dans les grands trains internationaux où l'on dort, où l'on prend ses repas, comme dans un hôtel; ils oublient parfois qu'ils sont en voyage, puis'ils regardent par la fenêtre du wagon, voient le paysage qui s'enfuit, s'aperçoivent que quelques personnes descendent, et se disent qu'ils vont aussi bientôt arriver au terme. La vie présente est comme un de ces grands trains, où l'on oublie qu'on est en voyage, puis quelques personnes descendent, c'est-à-dire meurent, et. cela nous rappelle que nous devrons descendre aussi ; mais, bien que nous voyions beaucoup de personnes mou­rir, nous ne parvenons pas à « réaliser », comme disent les Anglais, que ce sera un jour notre tour. Vivons, au contraire, les yeux fixés sur le terme du voyage, alors nous ne perdrons pas le temps qui nous est dodue, et il devienJra pour nous de plus en plus rempli de mérites pour l'éternité.

L'accroissement de la vie de la grâce par la prière

L'augmentation de la charité, des vertus infuses et des dons qui l'accompagnent s'obtient non seulement par le mérite, mais par la prière. Nous demandons tous les jours, en effet, de grandir dans l'amour de. Dieu en disant : « Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, glorifié par nous, que votre règne arrive (de plus en, plus en nous), que votre vdlonté soit faite sur la terre comme au ciel (que vos préceptes soient observés par nous de mieux en mieux). » Le Concile de Trente, sess. 6, cap. x, rappelle que cet accroissement des vertus est demandé par l'Église lorsqu'elle prie ainsi : « Danobis, Domine, fidei, spei, caritalis augmenlum (Dom. 13 post Pentecost). Donnez-nous, Seigneur, une augmentation de foi, d'espérance et de charité. »

ri importe ici de rappeler la différence qui existe entre la prière de demande et le mérite. Le pécheur qui a perdu la grâce sanctifiante, ne peut pas, en cet état, mériter, car la grâce sanctifiante est le principe radical de tout mérite surnaturel; mais pourtant le pécheur, par' une grâce actuelle, transitoire, peut prier; il peut demander la grâce de la conversion, et s'il la demande humblement, avec confiance et persévérance, il l'obtient. Tandis que le mérite, qui est un droit à une récompense, a rapport à la justice divine, la prière, elle, s'adresse à la miséricorde de Dieu, qui souvent relève et exauce, sans aucun mérite de leur part, les âmes déchues (18). Le plus misérable, tlu fond de l'abîme où il est tombé, et où il ne peut plus mériter, peut pousser ce cri vers la Miséricorde, qu'est la prière. L'abîme de la misère appelle celui de la Miséricorde, abyssus abyssum invocal, et si le pécheur met tout son coeur dans cet appel il est exaucé : son âme est relevée et Dieu glorifié, comme il arriva pour Madeleine. La force impétratoire de la prière ne suppose pas l'état de grâce, tandis que le mérite le supppose.

Après la conversion ou justification, nous pouvons obtenir l'accroissement de la vie de la grâce et par le mérite et par la prière. Celle-ci, lorsqu'elle est humble, confiante, persévérante, nous. obtient une foi plus vive, une espérance plus ferme, une charité plus ardente, c'est ce que nous implorons dans les trois premières deman­des du Pater (19). L'oraison mentale du juste, qui aime à méditer lentement le Pater, à se nourrir profondément de chacune de ses demandes, à rester parfois une demi-heure dans la contemplation aimante de l'une d'entre 'elles, cette oraison est à la fois méritoire et impêtratoire (20). Elle donne un droit à une augmentation de la charité, dont elle procède, et, par la force impétratoire de la prière, elle obtient souvent plus qu'elle ne mérite. En outre, lorsqu'elle est vraiment fervente, elle l'obtient aussitôt. On voit par là combien l'oraison peut être fructueuse, comment elle attire fortement Dieu vers nous, pour qu'Il se donne intimement à nous et pour que nous nous donnions à Lui. Disons souvent la belle prière du Bienheureux Nicolas de Fliie « Herr Jesu, nimm mich mir, und gib Dira Seigneur Jésus, prends-moi à moi et donne-moi à Toi. » Il y a là un acte méritoire fervent qui obtient aussitôt l'augmentation de charité qu'il mérite et une supplication qui obtient plus encore qu'on ne mérite. Alors le coeur se dilate de plus en plus pour recevoir plus abondamment la grâce divine, l'âme se vide de tout le créé et devient plus avide de Dieu, où elle retrouve éminemment tout ce qui est digne d'être aimé. On ne saurait trop vivre de ces choses dans le recueillement; il est parfois donné d'en vivre profondément dans le silence absolu de la nuit, lorsque tout se tait et que l'âme se trouve complètement seule avec son Dieu, avec son Sauveur Jésus-Christ. Elle expérimente alors qu'il est immensément bon, et, par son oraison, qui est à la fois un mérite et une supplication, elle s'offre pleinement à Lui et le reçoit en une communion spirituelle prolongée qui a une saveur de vie éternelle. C'est la vie éter­nelle commencée « quaedam inchoatio vitae aeternae ». comme le dit saint Thomas (2I)

Souvent donc la force impétratoire de la prière s'unit au mérite pour obtenir une augmentation de charité, un amour de Dieu plus pur et plus fort.

De plus, le juste peut obtenir par la prière certaines grâces qu'il ne saurait mériter, en particulier le don-de la persévérance finale. Ce don ne peut être mérité,- car il n'est pas autre chose que la continuation jusqu'à la 'mort'. de l'état de grâce, qui est le principe du mérite. Il est clair que le principe même du mérite ne saurait être mérité (22). Cependant, la persévérance finale ou la grâce de la bonne mort peut être obtenue par une prière humble, confiante, quotidienne. C'est pourquoi l'Église nous invite à dire tous les jours avec ferveur, dans la seconde partie de l'Ave. Maria : « Sainte Marie, Mère de Dieu; priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et ,à l'heure de notre mort. Ainsi soit-il. »

La prière va ici plus loin que le mérite en s'adressant non pas à la Justice divine, mais à l'infinie Miséricorde.

De même nous pouvons demander à Dieu la grâce de le connaître d'une façon toujours plus vive et' plus intime, de cette connaissance qui s'appelle la contemplation infuse, et d'où résulte une union à Dieu plus étroite et plus féconde. En ce sens, il est dit dans le livre de la Sagesse, vii, 7 : « J'ai invoqué le Seigneur, et l'esprit de sagesse est venu en moi. Je l'ai préféré aux Sceptres et aux couronnes, et j'ai estimé de nul prix les richesses auprès d'elle. Tout l'or du monde n'est auprès d'elle qu'un peu de sable, et l'argent, à côté d'elle; ne vaut pas plus que de la boue. »

Il est dit aussi dans le Psaume 1.1v, 23 : « Jacta super Dominum curam tuam, et ipse te enutriet, Remets ton sort aux mains du Seigneur et lui-même viendra te nourrir; il ne laissera pas à jamais chanceler le juste. »-Non seulement il viendra nous soutenir, mais il viendra nous nourrir de lui-même et se donnera chaque jour plus profondément à nous.

Et encore le Psaume xxvi, a. 4 :« Unam petii a Domino, hanc requiram, ut inhabitem in domo Domini... Je demande au Seigneur une chose et je la désire ardem­ment : c'est d'habiter dans sa maison tous les jours de ma vie et de jouir de sa bonté », de voir chaque jour un peu mieux qu'il est infiniment bon pour ceux qui le cherchent, et pour ceux qui le trouvent.

La prière, on le voit, en s'adressant à l'infinie Miséricorde, dépasse le mérite: elle peut obtenir, chez le.pécheur encore incapable de mériter, la grâce de la conversion, et chez le juste elle obtient souvent des graces qui ne sauraient être méritées, comme la persévérance  finale et les grâces efficaces qui y conduisent.

L'accroissement de lci.vie de la grâcepar les sacrements

Il faut enfin rappeler ici que la charité et les autres vertus infuses, ainsi que les sept dons, augmentent en nous par les sacrements; le juste grandit ainsi dans l'amour de Dieu par l'absolution et surtout par, la commumon.

Tandis que le mérite et, la prière du juste obtiennent les dons de Dieu ex opere operanlis, à raison de la foi, de la piété et de la charité de celui qui mérite, les sacrements produisent la grâce ex opere operato en ceux qui n'y posent pas d'obstacle; c'est-à-dire qu'ils la produisent par eux-mêmes, du fait qu'ils sont institués par Dieu pour nous appliquer les mérites du Sauveur; ils produisent la grâce indépendamment des prières et des mérites, soit du ministre qui les, confère, soit de ceux qui les reçoivent. C'est ainsi qu'un mauvais prêtre, et même un infidèle, peut donner validement le baptême, à condition d'avoir l'intention de faire ce que fait l'Église en le donnant.

Mais si les sacrements produisent par eux-mêmes la grâce en ceux qui n'y posent pas d'obstacle, ils la pro­duisent plus ou moins abondamment selon la ferveur de celui qui les reçoit.

Le Concile de Trente, sess. 6, c: vii, dit : « Chacun reçoit la justice selon la mesure voulue pour chacun par le Saint-Esprit et selon sa propre disposition. » Comme le remarque saint Thomas, dans l'ordre naturel, bien qu'un foyer de chaleur réchauffe par lui-même, on bénéficie d'autant plus de son influence qu'on s'approche de lui davantage; de même, dans l'ordre surnaturel, on bénéficie d'autant plus des sacrements qu'on s'en approche avec une foi plus vive et une plus grande ferveur de volonté.

A ce point de vue, selon saint Thomas et beaucoup d'anciens théologiens, suivant que le pécheur reçoit l'absolution avec plus ou moins de repentir, il recouvre ou ne recouvre pas le degré de grâce qu'il avait perdu. « Il arrive, dit saint Thomas (23), que l'intensïté du repentir chez le pénitent est supérieure ou égale ou inférieure au degré de grâce qu'il avait perdu; el alors il recouvre la grâce soit à un degré supérieur, soit à un degré égal, soit à un degré inférieur. »

Il se peut qu'un chrétien qui avait cinq talents et qui les perd par un péché mortel n'ait ensuite qu'une contrition égale à deux talents, alors il recouvre la grâce à un degré notablement inférieur à celui qu'il avait eu autrefois. Il se peut, au contraire, que, par suite d'un repentir profond, il la recouvre à un degré plus élevé, comme il arriva sans doute pour Pierre quand il pleura amèrement sitôt après avoir renié Notre-Seigneur (24). Ceci est d'une très grande importance en spiritualité pour ceux qui viennent à tomber au milieu de leur ascension; ils peuvent se relever aussitôt et avec ferveur et continuer alors l'ascension où il en étaient arrivés. Mais ils peuvent aussi ne se relever que tardivement et sans énergie; il arrive alors qu'ils restent à mi-côte, au lieu de continuer l'ascension;

Il, suit aussi de ces principes qu'une communion fervente vaut plus que beaucoup de çommunions tièdes prises ensemble. Plus on s'approche avec foi vive, espérance ferme, amour ardent, ferveur: de volonté, du foyerde grâces "qu'est Notre-Seigneur présent dans l'Eucharistie, plus on bénéficie: de son influence par des grâces de lumière, d'amour et de force.

-La communion d'un saint François, d'un saint Dominique, d'une sainte Catherine de Sienne fut certains jours extrêmement" fervente et fructueuse à proportion; l'âme arrivait au Sauveur toute dilatée pour recevoir de Lui abondamment, et même surabondamment, pour donner ensuite dans l'apostolat à d'autres âmes.

Il se peut, au contraire, que le fruit de la communion soit minime, lorsqu'on s'approche de la sainte Table avec les dispositions juste suffisantes pour ne pas empêcher l'effet .du sacrement. Cela doit nous faire sérieusement réfléchir, s'il n'y a pas en nous de véritable avancement spirituel après des années de communion fréquente ou quotidienne (25),

Il se pourrait que, par suite,d'une attache croissante à tel péché véniel, l'effet de notre communion quotidienne soit toujours plus faible, comme le mouvement d'une pierre lancée en l'air verticalement est uniformément retardé, jusqu'à ce que la pierre retombe. Plaise à Dieu qu'il n'en soit pas ainsi pour nous!

Il faudrait, au contraire, qu'il y ait en nous une générosité suffisante pour que se réalise cette loi supérieure qui se constate dans la vie des saints : chacune de nos communions, du fait qu'elle doit non seulement conserver, mais augmenter en nous la charité, devrait être substantiellement plus fervente et plus fructueuse que la précédente; car chacune, en augmentant en nous l'amour de Dieu, doit nous disposer à recevoir Notre-Seigneur le lendemain avec une ferveur de volonté non seulement égale, mais supérieure. Mais souvent la négligence, la tiédeur empêchent l'application en nous de cette loi, dont celle de l'attraction progressive des corps n'est qu'un symbole. Les corps s'attirent d'autant plus qu'ils se rapprochent. Les âmes doivent marcher d'autant plus vite vers Dieu qu'elles se rapprochent de lui et sont plus attirées par lui.

On voit par là tout le sens de la parole du Sauveur : «quis situ venial ad me el bibal, et flumina de ventre ejus fluent aquae vivae. Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, et des fleuves d'eau vive couleront de sa poitrine » (26), les fleuves d'eau vive qui vont se jeter dans l'océan infini qu'est Dieu, connu comme il se connaît et aimé comme il s'aime, pour l'éternité.

RÉFÉRENCES
—(1) Cf. S. THOMAS, IP 1” , q. 24, a . 4 à Io, « de augmento caritatis ».
—(2) Cf. SAINT THOMAS, II' Il", q. a4, a. 4.
—(3) Cf. S. Tiromns, in Ep. ad Hœbr., a, 25 : « Motus naturalis quanto plus accodit ad terminum magis intendilur. Contrarium est de (motu) violento. Gralia autem inclinat in modum naturae. Ergo qui sunt in gratia, quanto plus accedunt ad finem, plus crescere debent. »

Voir aussi S. Thomas, in 1. 1, De Ccelo, ch. VIII, lect. 17 fin : « Terra (vel corpus grave) yelocius naovetur quanto magis descendit. » — 1° 11-, €1. 35, a . 6 : « Onanis motus naturalis intensior est iu fine, cum appropinquat ad terminum suae naturae convenientem, quam in principio... quasi natura. magis tendat in id quod est sibi conveniens, quam fugiat id quod est sibi repugnans. » — Cette vitesse croissante du mouvement naturel des corps a été mesurée par la physique moderne et s'exprime dans la loi d'accélération de la chute des corps, cas particulier de la gravitation universelle des corps, symbole de ce que doit être la gravitation des âmes vers Dieu. Nous avons étudié ailleurs assez longuement cette analogie, cf. l'Amour de Dieu et la Croix de Jésus (L'attraction universelle), I, pp. 15O-)62.
— (4) Jean, xii, 32.
— (5) Jean, vi, 44.
— (6) Cf. SAINT TflOMAS, Il' q. 24, a . 5.
— (7) Si, en effet, le deuxième degré de charité s'ajoutait ainsi au premier, il lui serait égal ou supérieur. S'il était égal, la charité serait seulement multipliée, comme fers grains de blé d'une pile, elle ne serait pas rendue plus intense. Si, au contraire, le second degré de charité était supérieur au premier, deviendrait. inutile.
— (8) Cr. SAINT THOMAS , P II", q. 114, a . 8.
— (9) 76id , II' II", q. ail, a. 7, corp. et ad 2"..
— (10) P, q. 43, a . 6, ad 2°.
— (I1) SUAREZ, De Gratia, 1. VIII, ch. nt
— (12) Il' II", q. 24, a . 6, ad 1. — Item, I' II", q. 114, a . 8, ad 3.
— (13) I' II", q. 112, a
— (14) . 2; II' IP°, q. 24, a . 3.
— ( 15 ) Quand l'obtiennent-ils? Il est fort difficile de répondre à cette question, sur laquelle les thomistes eux-mêmes sont divisés. Quelques thomistes, Banez, Cpntenson, etc., ont pensé que les actes méritoires imparfaits obtiennent l'augmentation de charité dès que le juste fait un acte fervent qui dispose à cette augmentation; mais ils ajoutent que :cette augmentation; qui correspond à cette disposition dernière, serait aussi grande si les actes méritoires imparfaits n'avaient pas précédé l'acte fervent.

Assez communément les. autres thomistes (Jean de Saint-Thomas, les Carmes de. Salamanque, Gonet, Billuart, etc.), répondent à cela.: Mais alors les actes méritoires imparfaits déjà accomplis se trouveraient frustrés de l'augmentation de grâce qu'ils ont méritée; ce ne serait donc plus un vrai mérite de condigno en justice. Par ces actes bons imparfaits le juste ne grandirait pas dans la charité, contrairement à cette déclaration du Concile, de Trente, sess. 6, c. x : « Le juste, par ses borines oeuvres, croît dans la grâce et la charité. » Si quelqu'un, ayant dix talents, agit pendant de longues années comme s'il n'en avait que huit, et, en mourant, fait un acte de charité de dix, il doit avoir, semble-t-il une plus grande récompensé essentielle (praeniivin essentiale) que celui qui fait en mourant un acte identique, après avoir passé toute sa vie dans le péché mortel. -Les actes bons imparfaits paraissent donc bien mériter une augmentation spéciale de grâce distincte de celle due à l'acte fervent qui les suit.

Mais alors, quand le juste reçoit-il cette augmentation spéciale de charité due à ses actes méritoires imparfaits, qui sont très fréquents dans nos vies?

Il est difficile d'admettre que ce soit ici-bas, quand on fait un acte plus fervent, car alors l'augmentation reçue paraît correspondre seulament à la disposition réalisée par ce dernier acte (cf. Salmanticenses, de Caritate, disp. V, dub. III, s 2).

On attribue parfois à Cajetan cette opinion que l'augmentation due aux actes faibles de charité peut être accordée au moment d'une fervente communion, car la gràce y est accordée selon les dispositions du sujet, dispositions dans lesquelles entrent les mérites des actes remissi. Cela peut se soutenir:

De bons thomistes, comme Jean de Saint-Thomas, les Carmes de Salamanque, Gonet, Billuart, estiment que le juste, s'il passe par le pulgatoire, y reçoit cet accroissement de grâce lorsqu'il fait des actes intenses de charité qui ne sont plus méritoires, puisque l'heure du mérite est passée, mais qui disposent l'âme erecevoir-l'augmentation déjà noéitée et non encore obtenue faute de dispositions suffisantes. Il y a en cela une sérieuse probabilité.

. Selon ces mêmes théologiens, si le juste dont il est question n'a pas à passer par le purgatoire, l'augmentation de charité due à ses actes méritoires imparfaits lui est accordée à l'instant de son entrée dans la gloire, car en cet instant l'âme séparée, qujne peut plus mériter, fait un acte d'amour de Dieu aussi intense que possible, qui correspond à tous lés mérites de sa vie passée. Cette manière de voir est conforme au principe-général : la dispositionultime à une forme ou perfection est réalisée au même instant indivisible que cette perfection Même, comme il arrive dans fa justification de l'adulte.

Là théologie, sur ces choses si élevées et si mystérieuses, ne peut guère dépasser ces solutions, qui sont sérieusement probables.
— (16) Cf. Salmanticenses, de Ca•itate, disp. V, dub.III, 5 7, n• 76, 8o, 35, g3, 117.
— (17) Cf. Saint Thomas, IP IP% q. 24, a . 7 : « Semper, caritate excresconte, super excresoit habilitas ad ulterius augmentum. »— Ibid., ad a° : « Capacitas creaturae rationalis per caritatem augetur; quia per ipsam cor dilatatur, secundum illud II ad Cor., vi, ii : Cor nostrum dilatalum est. Et ideo adhuc ulterius minet habilitas ad majus augmentum. »
— (18) Cf. SAiar THOMAS, II' II", q. 83,- a. 16; C. et ad 2°.
— (19) Ibidem, a. a, g, 15.
— (20) Ibid., a. 16..
— (21) q. 24, a . 3, ad 2", II", q. 69,2 .10Qik.kteritate, q. 14, a . 2.
— ( 22 ) Cf. SAINT THOMAS , P q. III', a. g.
—(23 III', q. 8g, a. 2.
—(24) Les mérites mortifiés par le péché mortel revivent ainsi selon la mesure dela Xerveur du pénitent, et ils revirent véritablement avec leur droit à une récompense essentielle spéciale.

Si,par exemple, un chrétien, qui a servi généreusement le seigneur soixante-dix ans vient à pécher mortellement, et se convertit avant de mourir avec une contrition égale à cinq talents, il aura au ciel un plus haut degré de gloire que celui qui aurait mal vécu toute son -existence, et qui avant la mort aurait eu une contrition égale aussi à cinq talents. Les longs mérites de la vie du premier revivent, et comme ils sont surtout un droit à la vie éternella, à la béatitude essentielle, .cadrou revit avec eux. On voit aussi en cela l'intervention de l'infinie \miséricorde. Cf,BILLuaryr, Cursus theoL de poenitentia, diss. III, c. v. de:reviriseentia meritoruna per pcenitentiam
— ( 25) Il faut, il est vrai, tenir compte de ce fait que l'âme qui avance connaît d'autant mieux sa misère qu'elle voit plus la grandeur de Dieu.
— (26) Joon..., vu, 37.

Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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