+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
L'Esprit de Saint François d'Assise
Titre de la page:

Tome 2- Partie - 4- Ch-3-A-
LES MOYENS DE CONSERVER L'ESPRIT D'UN ORDRE
DANS SA PURETÉ PRIMITIVE

Nom de l'auteur:
P. Bernardin de Paris o.f.m.

Tome 2- Partie - 4- Ch-3-A-
LES MOYENS DE CONSERVER L'ESPRIT D'UN ORDRE DANS SA PURETÉ PRIMITIVE

V1-Le premier moyen de conserver dans sa pureté primitive l'esprit d'un Ordre est l'estime de la vocation et de la fin spéciale de cette vocation, qui, en l'ordre de Saint-François, est la vie évangélique.

La persévérance dans les voies de sainteté est une grâce si précieuse, que Dieu en a réservé le don à sa seule miséricorde. L'homme a trop peu de dignité pour l'obtenir par ses propres mérites, et trop de faiblesse pour en continuer la poursuite jusqu'à la mort, entre tant d'ennemis qui le divertissent et l'attaquent. Dieu, qui est le principe de notre sanctification, en est aussi le milieu et la fin : il la commence par des grâces qui préviennent notre volonté ; il la continue par des grâces qui affermissent nos pas, fortifient nos imbécillités, assurent nos inconstances ; il l'achève par cette grâce que l'on nomme finale. C'est la grâce de persévérance, par laquelle le Saint-Esprit embrase tellement notre volonté, que nous seulement elle veut le bien, mais elle l'opère jus'quà la fin, sort de ce monde en exercice. Cette grâce et de persévérance, Dieu son la donne el;pas selon nos mérites, mais selon sa très secrète et toutefois très juste, très libérale et très sage volonté, dit saint Augustin, afin que l'homme humilie devant Dieu, ne se glorifie point en ses forces, mais apprenne à recourir à la grâce, et à se glorifier en Jésus seul, qui est sa vertu et sa lumière.(1)

Pour ménager la dignité de sa grâce, Dieu veut que la volonté humaine ne reste pas oisive. Quoique notre persévérance dépende de sa seule miséricorde, il lui plaît que l'homme travaille avec sa grâce, et il use de cette suave condescendance, que la persévérance est de lui par nous : il donne la grâce, et nous coopérons avec elle; le mutuel accord de ses secours et de nos fidélités forme le don de persévérance, en l'efficacité duquel nous pouvons conserver ce premier feu que le Saint- Esprit a commenceé d'allumer en nos coeurs au jour de notre profession. Et si nous voulons persévérer jusqu'à la fin dans la pureté de notre sainte Règle, il faut employer les moyens que sa grâce nous inspire, que ses lumières nous découvrent, et que les saints nous ont marqués leurs exemples.

Entre ces moyens, le premier est de bien connaître la fin de notre vocation, et de l'envisager sérieusement.

En l'ordre des causes naturelles, selon les principes de la philosophie des hommes, la fin celle qui se présente la première dans notre intention. Elle donne le mouvement aux autres et c'est par les attraits de son excellence que celles ci déploient tout ce qu'elles ont d'activité. C'est- à-dire, avant de venir à l'exécution des moyens l'ordre des causes demande que l'on envisage premièrement la fin, d'autant que, de cette vue, nos actions doivent prendre leur ordre, tirer leur dignité et sans cette connaissance elles deviendraient déréglées, lâches, ou confuses.

Ceux qui entrent dans les voies de la grâce et de Dieu, doivent commencer par un envisagement sérieux et une connaissance intime de la fin qui les attire, s'efforcer de bien connaître le conseil de Dieu sur eux, la grandeur de l'état, de l'esprit, et de la vocation où il les appelle.

Le séraphique saint François a reçu sa Règle non des hommes, mais de Dieu ; il a mérité d'être instruit en l'école de Celui qui enseigne les anges. Or il n'a rien mis de lui-même en cette Règle : toutes les paroles dont elle est composée, ne sont, pas selon ses propres lumières; elles lui ont été prescrites du Ciel. L'ordre qu'il lui donne, en sa fin et en son commencement, n'est pas de son invention; il lui est marqué ar Jésus-Christ, qui n'a pas de trouvé indigne de sa sagesse de la lui dicter de la même bouche qui a publié la loi de grâce. Ayant reçu ses instructions d'un si céleste Maître, il nous les propose. Ils apprend d'abord que nous devons commencer d'aller à Dieu par l'envisagement de la fin de notre vocation, et il la marque au commencement de sa règle « La vie et la règle des Frères Mineurs est d'observer le saint Évangile. »

Cette manière d'entrer dans les premières voies  de notre vocation par l'envisagement de la fin de
notre état, n'est donc pas de l'institution des hommes, ni de saint François. Elle est toute divine en son principe : c'est Dieu qui la révèle.  Elle est toute chrétienne en son état : il s'agit de vivre selon l'Évangile, et de suivre Jésus-Christ.  Elle nous est plus spéciale qu'à tous les fidèles.
Une communauté qui veut donc se rendre fidèle à sa vocation et en conserver le premier esprit,
doit sérieusement envisager quelle en est la fin.

Cet envisagement ne doit pas être une spéculation  froide, sèche, ou curieuse, pour en savoir parler, disputer ou écrire, mais une application intime, humble et amoureuse, dans le but de tendre à cette fin et de suivre le conseil de Dieu. Cela s'apprend n mieux par l'humilité et l'onction de l'esprit, dans le secret de la prière et de la contemplation, que par l'étude ou la lecture.

De cette première vue découleront plusieurs signalés fruits : en cette connaissance, une communauté trouvera le pôle et l'aimant qui la peuvent conduire dans tout le cours de la marchera d'un pas ferme et résolu, commele souhaite l'Apôtre, dans la vocation où Dieu l'appelle, sans crainte de s'égarer dans les chesmins où se jettent ceux qui ne voient pas le terme où ils doivent tendre. Par ce regard, elle deviendra capable de faire un grand progrès dans les voies de Dieu et de la grâce, puisqu'elle marchera dans celles que Dieu lui a marquées, et suivra l'ordre que le Saint-Esprit lui a prescrit. Et comme dans la nature la lumière est le principe de toutes les fécondités, ainsi, cet envisagement fera naître dans les coeurs une céleste ardeur, parce que c'est la lumière de l'esprit qui porte la volonté à la poursuite d'un bien.

C'est ici que les saints ont apporté une étude singulière, pour concevoir le dessein de Dieu sur eux. Le séraphique saint François estimait la connaissance de ce secret si importante à son propre salut et à celui de ses frères, qu'il employa tout ce qu'il avait de grâce pour mériter que son Dieu le lui découvrît. Il se retrancha dans le fond d'un désert; il s'imposa un jeûne de quarante jours; il passa tout ce temps en veilles, abstinences et prières; puis il se crut assez heureux, et ses travaux assez récompensés, quand le Seigneur eut daigné lui révéler qu'il devait vivra selon le saint Évangile.

Tous ses enfants doivent apporter la même diligence à bien comprendre la grandeur de la vocation où Dieu les appelle. Qu'ils gravent profrodément dans leurs coeurs les paroles d'un grand let qui se demandait souvent à soi-même : pourquoi es-tu venu? » Elles répandront des lainières dans leur entendement, relèveront leur courage, exciteront leurvolonté, les feront marcher généreusement vers la fin où Dieu les attire. Que les enfants de saint François n'oublient jamais ce grand secret que le Ciel leur a révélé : qu'ils sont appelés à vivre selon le saint Évangile!

V2- La vie évangélique est recommandable per sa dignité, par l'abondance des biens spirituels qu'elle fournit, et par la sécurité où elle place le salut. De son estime naissent la générosité, la vigilance, l'amour de l'état religieux, la joie et la reconnaissance envers Dieu.

L'estime d'un objet est le principe de tous les mouvements de la volonté humaine vers lui. Elle fait naître au coeur l'amour et le désir du bien, soit pour l'acquérir s'il est absent, soit pour en conserver la jouissance si déjà on la possède. En la vie de la grâce, l'estime de Dieu est le principe de la vertu de religion et de ses actes les plus importants, comme l'hommage, le sacrifice, l'adoration, le voeu, les louanges. La foi, par sa lumière, nous découvre les éminentes perfections de la Divinité; elle nous en inspire de très lonII1s sentiments, qui nous font voir Dieu avec de profonds respects. De cette estime naît la révérence. la révérence opère l'affection; l'affection porte l'âme à Dieu ; l'âme, unie par l'affection, craint de lui déplaire; cette crainte filiale engendre l'attention de ne le point offenser; l'attention forme la pureté, et la pureté nous rend dignes de posséder Dieu. Ainsi, l'estime de Dieu appelle toute; les vertus, les embrasse, les lie; et, comme elle est leur mère, elle est aussi la nourrice qui les conserve.

L'estime de la vocation religieuse est si importante pour conserver le premier esprit en un Ordre, que si jamais elle est solidement établie dans les coeurs, elle sera une source féconde de tous les devoirs de religion. Il n'est pas possible qu'une communauté ne soit animée d'un même zèle, et embrasée d'un feu commun pour la perfection, qu'elle ne marche dignement selon la grandeur de sa vocation , tandis qu'elle en conservera au fond de son coeur une entière estime. Par conséquent, ceux qui élèvent les jeunes âmes dans les premières voies de l'esprit, doivent très soigneusement les fonder dans un très haut sentiment de leur état.

Éclairé d'une lumière céleste, et instruit à l'école de Jésus-Christ, saint François a voulu, pour faire naître au coeur de ses enfants l'estime de leur vocation , leur en découvrir l'excellence. Il les a donc assurés que Dieu lui avait révélé qu'ils devaient vivre selon le saint Évangile. Paroles bien courtes, mais bien étendues en leur sens, qu'elles comprennent les divins motifs qui peuvent gagner un coeur chrétien , et l'obliger à estimer sa profession. Ces motifs sont la dignité roi, elle l'élève, les richesses qu'elle lui fait espérer, et la sécurité où elle l'établit.

L'observance du saint Évangile porte ceux qui le professent à une si haute élévation , qu'ils entrent en société de qualité avec Notre-Seigneur : il est Fils de Dieu par nature; ils le sont par adoption, et ils commencent dès la terre à vivre d'une vie toute céleste. Vivre selon la forme du saint Évangile, qui est la loi de l'esprit, c'est ne plus suivre les inclinations de la nature cor­rompue, mais s'élever au-dessus des sens, pour ne plus vivre que de la vie de Jésus- Christ : vie de grâce, vie d'esprit, vie de sainteté, vie digne de Dieu.

A la dignité, l'observance de l'Évangile ajoute des richesses immenses, puisqu'elle nous donne droit à la gloire éternelle. « Voilà, mes Frères, » disait le grand saint François, « quelle est la grandeur de la très haute Pauvreté, qui nous rend rois et héritiers du royaume du ciel : nous avons promis, à la vérité, de grandes choses ; mais Dieu nous en promet de bien plus grandes. Soupirons après les divines couronnes qu'il nous prépare, et gardons avec fidélité les hautes promesses qui nous les font mériter. Les travaux que nous souffrons en cette vie passent avec le temps la gloire que nous espérons est éternelle (2)

La vie selon la forme du saint Évangile nous met dans la voie la plus sûre pour le ciel, puis, qu'elle est consacrée en Jésus-Christ, sanctifiée par ses exemples, marquée en ses actions die vines; et après la première grâce qui nous tire de la captivité d'Adam pour nous faire entrer par le baptême en la vocation chrétienne, Notre-Seigneur ne peut pas nous en élargir une plus grande, que de nous appeler à l'observance du saint Évangile. Cette vocation a sa source en Dieu, et procède d'un grand fonds d'amour; et en nous attirant, il découvre qu'il nous aime de trois sortes d'amour. D'un amour de charité puisque notre vocation est un fruit de sa croix et de son sang, et qu'il l'a demandée à son Père par l'efficacité de ses souffrances ; d'un amour de dilection, ou élection, car sa miséricorde nous choisit entre une infinité d'autres, qu'il laisse dans le monde; d'un amour de magnificence, puisque, en nous attirant à l'observance du saint Évangile, il nous établit dans les infaillibles voies du ciel. Sa sagesse ne peut nous en découvrir ni de plus assurées, ni de plus saintes, et, par une libéralité digne de son amour, sa bonté se dispose à nous donner les secours qui peuvent nous y conduire.

Après de si admirables avantages que l'on peut recueillir de l'observance du saint Évangile, il faudrait être ou extrêmement ignorant pour ne les Pas reconnaître, ou extrêmement stupide pour ne pas estimer une vocation qui nous y appelle.

L'estime de la vocation, ainsi comprise d'une communauté, et solidement établie dans les esprits, produira de merveilleux fruits. Premièrement, elle inspirera la générosité chrétienne, pour ne point s'abaisser à des actions indignes de la sublimité de cet état. Elle fera naître la vigilance, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, pour conserver ce premier esprit, principe de bonheur, trésor très précieux, que les religieux portent dans des vaisseaux très fragiles, entre des ennemis qui font tous leurs efforts pour le leur ravir.

En second lieu, cette estime, faisant goûter aux religieux leur vocation, les liera à leur état d'un lien inséparable. Elle les rendra insensibles à tous les charmes qui flattent les sens; ils regarderont avec dédain tout ce que le monde adore, mépriseront tout ce qu'il estime. « Celui que la grâce élève au-dessus du monde, » dit un saint Père, « ne peut plus être touché d'aucune chose du monde. » lis s'estimeront plus heureux d'être humbles en la maison de Dieu, que d'être riches dans les palais des princes. Et, dans le sentiment de leur bonheur, toutes les grandeurs de la terre leur sembleront des bassesses, les richesses des charges importunes, les honneurs des niaiseries, les voluptés des occupations de bêtes. Ce qui ravit les autres ne les touchera point. Ils diront, avec joie, au fond de leur coeur « Qu'y a-t-il mon Dieu, au ciel et en la terre, qui vous soit comparable? qui puisse ravir mes yeux ou toucher mes affections? J'ai dit, en l'excès de mon amour Vous êtes, ô Dieu, le Dieu de mon coeur dès cette vie, et vous serez mon partage dans l'éternité (3) „

En troisième lieu, par cette assurance où les placera la foi, qu'ils sont dans les voies du ciel toutes les amertumes qui se trouvent à la suite de Jésus-Christ leur sembleront douces, toutes les peines légères, les abstinences délicieuses, les travaux agréables. Quelle consolation ne sera-ce point pour eux de savoir qu'ils sont dans le chemin du ciel, que tous leurs pas les rapprochent de ce dernier terme, que s'ils sèment dans les larmes , Dieu leur prépare des couronnes qu'ils rectfeilleront en joie. « Mes Frères, » disait le séraphique saint François, « soyez patients dans les tribulations, vigilants dans les oraisons, généreux dans les travaux. Portez au fond de votre coeur cette grande vérité, qui adoucira toutes vos peines, et vous les fera estimer bien précieuses : Pour toutes ces choses que nous souffrons, le Royaume éternel nous est préparé. Que celui qui vit en la Trinité de ses divines Personnes, et en l'unité de son essence, vous le concède ! Et il vous le concédera , si vous accomplissez avec fidélité les vœux que vous lui avez faits si volontairement et avec tant d'amour. 0 mes Frères, mes très chers enfants, que Notre-Seigneur s'est contré admirablement miséricordieux envers nousquand il nous a donné cette Règle! C'est le livre de vie, l'espérance du salut, le gage du Ciel, lainoelle de l'Évangile, le chemin de la Croix, la clef du Paradis, le contrat du Testament éternel.» La quatrième lieu, pénétrée de si grands bienfaits, une communauté entrera dans des mouvements de reconnaissance infinis. Redoutant de tomber dans la plus noire des ingratitudes après la plus signalée des grâces, elle offrira un sacrifice de louange à Dieu. Elle ne pourra regarder qu'avec un gémissement intérieur ces âmes que Dieu laisse encore captives dans les liens du monde, et, élevant les yeux au ciel, elle bénira le moment où ses chaînes ont été brisées, et adorera celui qui les a rompues par sa miséricorde, et qui l'a tirée de la puissance des ténèbres pour l'admettre dans le Royaume de la dilection. 0 Dieu de nos coeurs, nous chanterons éternelle­ment vos miséricordes ! C'est par elles que nous n'avons pas péri avec les autres. Nous voilà dans le port, et ils sont encore au milieu de la tempête! « 0 Dieu très saint et très puissant, tout bien, souverain bien, et qui êtes seul bon, nous vous rendons toute louange, toute gloire, toute bénédiction, et à jamais nous publierons que vous êtes le seul principe de nos grâces (4). »

V3- Pour apprécier la vie évangélique comme elle mérite ; faut méditer attentivement et fréquemment la Règle séraphique, qui la prescrit aux enfants de saint François.

Dieu a donné à notre âme, en sa vocation, plusieurs facultés ; la volonté est comme une princesse chargée de régenter ce petit monde. Créée pour produire le phis noble des actes, aimer le souverain bien, par la plus noble des habitudes la charité, elle est la plus noble des puissances raisonnables. Parmi ses excellences, elle a néanmoins cette imperfection, qu'elle est dans la dépendance; car, aveugle de sa nature, elle ne peut aimer ce qu'elle ne connaît pas; elle a donc besoin d'une lumière qui l'éclaire et l'instruise.

Dieu a déployé toutes les richesses de sa bonté en la formation de notre âme; et il a fait voir les merveilles de sa sagesse en l'ordre des facultés spirituelles dont il l'a ornée. L'ayant singulièrement produite et formée pour toujours aimer Celui qui est toujours aimable, il a joint à la volonté, qui doit être l'organe du saint amour, l'entendement et la mémoire. L'un, éclairé des lumières de la foi, lui découvre les beautés divines, eur l'exciter à les aimer; et, de peur que par oubli elle n'interrompe l'exercice du divin amour, la mémoire recueille toutes les divines idées de l'entendement, et les conserve : son office est de les représenter sans cesse à la volonté, afin que par ce spectacle elle soit toujours animée.

Ce n'est pas assez à une communauté religieuse d'avoir employé toutes les lumières de son esprit pour reconnaître la fin de sa vocation, en concevoir l'excellence, la goûter et l'estimer autant qu'elle le mérite. Les volontés peuvent tomber dans la tiédeur, les actions dans le relâchement, et les coeurs, par inapplication ou par oubli, peuvent laisser éteindre le premier esprit que les religieux ont conçu au jour de leur profession. Pour le conserver en sa ferveur comme un feu éternel, ils doivent s'appliquer à la sainteté de leur vocation, non seulement par un envisageaient rapide, mais par une pensée continuelle, et par un souvenir qui ne vieillisse jamais, afin que la volonté soit toujours dans l'exercice de ses devoirs, en la vue et en la connaissance de ses obligations.

C'est ici que saint François est tout divin, et ses instructions toutes célestes, et dignes de l'esprit qui le dirigeait. Voulant instruire ses chers enfants des voies qu'ils doivent tenir pour conserver le premier esprit de leur règle, il leur donne celle-ci : « Mes Frères , il n'y a pas un d'entre vous qui ne sache, par sa propre expérience, les précieux fruits qu'il a recueillis parla grâce de notre sacrée Règle. Plusieurs parmi vous; auraient déjà misérablement péri, ou auraient été dans un péril imminent de se perdre, s'ils n'avaient été tirés du naufrage par le bienfait de la religion. Apprenez donc tous votre Règle. Qu'elle soit toujours devant vos yeux. Faites-en votre lecture, le sujet de vos entretiens et de vos dis cours. Parlez-en avec votre homme intérieur, peur ne la jamais oublier, et dans l'intention de l'observer. Enfin, mourez avec elle (5) »

Dans ce discours tout céleste, nous voyons quatre divins enseignements pour conserver un premier esprit : la lecture, les entretiens spirituels, la méditation et la prière.

Ne vous contentez pas de porter votre Règle, ou entre vos mains, ou dans la poche; exposez-la souvent à vos yeux par une lecture dévote, fervente et attentive. Commencez cette lecture par une élévation de coeur vers Notre-Seigneur, comme à celui seul que vous cherchez sous l'écorce de la lettre, et qui doit être l'unique fin où vous la référez. En lisant, ne vous attachez pas tant à la lettre qui sonne, qu'à l'esprit qui vivifie. Ayez plus de soin de remplir votre coeur de la charité qui édifie, que votre entendement des connaissances qui éclairent. Étudiez-vous à être plutôt un séraphin en ardeur qu'un chérubin en lumières. Estimez-vous assez savant, si vous savez Jésus-Christ crucifié. Lisez-la avec le même respect que si Notre-Seigneur vous parlait : il est l'auteur de votre Règle; c'est donc son esprit qui vous l'enseigne. Recevez avec docilité toutes les lumières dont il vous éclaire, les inspirations dont il vous touche : ce sont, dit saint Bonaventure, autant de célestes semences qu'il jette dans votre coeur, et qui vous feront porter des fruits de grâce dignes de votre vocation sainte (6). Les ayant reçues, réunissez toutes les vérités qu'elles vous découvrent, et, par une humble et paisible considération, convertissez-les en votre propre substance. Finissez votre lecture comme vous l'avez commencée, par l'oraison, qui soit brève mais fervente, et par un pur regard vers Notre-Seigneur, afin qu'il lui plaise de faire que sa sainte vérité vous serve d'aliment et de suc spirituel, pour vous nourrir de plus en plus de sa charité.

Quand la charité ou la bienséance vous obligera de vous trouver dans la compagnie de vos Frères, que votre Règle, qui est le sommaire de l'Évangile, soit le plus familier sujet de vos entretiens. Si vous avez donné attention à sa lecture, votre bouche aura de grandes vérités à découvrir. Parlez sans cette vanité qui veut paraître pour s'attirer de l'estime, sans cette suffisance; Qui semble vouloir instruire comme maître, et version : « 0 Dieu très glorieux et très haut, mn Seigneur Jésus-Christ, je vous supplie d'éclairer es ténèbres de mon esprit. Donnez-moi une foi droite, une espérance ferme, une charité accomplie. Faites, ô Seigneur, que je vous connaisse, afin qu'en tout j'accomplisse votre tris sainte et véritable volonté. »

V4-Le second moyen de conserver dans sa pureté primitive l'esprit de l'Ordre, est de s'appliquer à faire un progrès constant dans les bonnes oeuvres.

Notre profession, qui nous consacre à Dieu, est une naissance céleste, où, derechef après le baptême, nous sommes faits une nouvelle créature en Jésus-Christ, pour toujours avancer dans les bonnes oeuvres, afin d'arriver à l'âge parfait et d'approcher de la plénitude de Jésus-Christ, qui est la charité. Il importe donc extrêmement, après notre consécration, que nous employions le cours entier de notre vie à correspondre à la grâce que nous y avons reçue, avec le désir d'aimer Dieu de plus en plus, par une obéissance prompte, totale, générale et persévérante.

La grâce, selon saint Augustin , étant donnée pour guérir la volonté de ses infirmités, la régir en ses ténèbres et surmonter ses résistances, il n'y a point de temps où nous ne soyons obligés de lui oeir sans remise. Mais nos obligations aug­mentent aussitôt que notre bouche a prononcé les voeux, parce que Dieu acquiert un nouveau droit sur nous par cette tradition que nous faisons de nous-mêmes. Plus la grâce augmente, plus elle a d'autorité sur la volonté, et plus celle-ci a d'obligation de lui obéir. La grâce de la vocation étant la plus grande que nous puissions recevoir après le baptême, le nouveau profès se trouve donc obligé plus que jamais de lui être fidèle, et le moment où cette obligation commence est celui qui suit immédiatement les voeux.

De tous les instants de la vie d'un religieux et de tous les actes qu'il peut produire, un des plus importants est la première obéissance qu'il rend à la grâce après sa profession. Cet acte commence cette admirable chaîne : Dieu donne la première grâce, qui nous justifie; notre premier acte à la suite mérite qu'elle soit augmentée; ainsi, par un mutuel concours, à mesure que nous sommes fidèles, Dieu nous donne de nouvelles lumières en l'entendement, de nouvelles ardeurs en la volonté, qui nous conduisent par un continuel progrès dans les voies droites des Justes, pour nous faire arriver à la plénitude de la charité — (7)

La grâce ne peut pas rester oisive. Donne pour l'exercice du bien et la fuite du mal elle n'est pas plus tôt née en l'âme, qu'elle y opera des effets dignes de sa présence. Elle y détruit le restes du vieil homme, et commence à y former l'homme nouveau. Si elle trouvait des volonté aussi promptes à ses mouvementsqu'elle est fidèle à les imprimer, la vie du religieux serait comme les sentiers du juste, semblable à la lumière qui ne cesse, depuis la première pointe de son aurore, d'avancer vers son midi. N'est-il donc pas juste qu'un nouveau profès emploie aux usages de la piété ses puissances aussitôt qu'il les a consacrées ? Et ne lui est-il pas très utile que sa volonté suive sans remise les premiers attraits de la grâce, et que son obéissance commence avec ses obligations?

Jamais la grâce ne travaille avec plus de soin que dans notre enfance spirituelle, parce que les effets qu'elle opère alors importent à tout le reste de notre vie : elle veut jeter les fondements d'un dessein éternel. C'est donc en ces premières an­nées que le religieux doit singulièrement veiller; c'est en ce printemps de la grâce qu'il doit semer, pour recueillir en l'automne de sa vie. Qu'il prenne ses dispositions, forme ses habitudes et commence d'être tel qu'il désire être trouvé à la mort. De nos premières fidélités ou infidélités, Dieu forme souvent le décret de notre élection ou de notre réprobation. Si nous sommes fidèles, sa bonté ajoute de nouvelles grâces qui nous se courent et nous conduisent; si nous nous rendons infidèles, sa justice nous ôte ce qu'elle nous avait donné. Un des plus sensibles regrets du religieux, à l'heure de la mort, sera de se trouver tes mains vides, tandis qu'il aurait recueilli le centuple, s'il avait fait profiter le talent que Dieu lui avait si libéralement donné. Sa justice lui fera ce reproche : « J'ai beaucoup de choses a dire contre vous. Par votre négligence, vous avez abandonné votre première charité. Souvenez-vous de l'état éminent d'où vous êtes tombé; faites pénitence, et rentrez dans votre premier esprit. Autrement, je vous arracherai du lieu où ma bonté vous avait placé; qui est ma maison (8) » Ce n'est pas assez d'avoir rendu à la grâce de notre vocation ces premières obéissances durant quelques années; elles doivent être aussi constantes que notre vie sera longue. Dieu nous demande cette fidélité perpétuelle ; il en est digne; sa grâce nous en donne le pouvoir; nous le devons par intérêt. Dieu, éternel, est semblable à lui-même dans toutes les différences des temps: les motifs qui vous ont attiré à son service sont les raisons qui vous y doivent inséparablement attacher. Si la vue de sa bonté vous a ravi, elle est maintenant aussi aimable que jamais, parce qu'elle est, comme son essence, éternelle et invariable; si l'espérance de la gloire a gagné votremir, l'éternité qu'il vous promet maintenant est aussi longue, le paradis aussi délicieux, et félicité aussi heureuse que celle qu'il vous a promise autrefois. L'âge ne peut vous dispenser de vous acquitter de ce que vous devez à Dieu . st vous lui avez fait vos voeux comme à votre s'ouverain ou comme à votre Père, ces qualités sont inséparables de sa divinité; il est toujours votre Souverain par l'être qu'il vous conserve, et votre Père par la grâce qu'il vous continue ; il n'y a point de temps auquel il n'ait droit de vous demander les hommages et les amours de votre coeur, et vous n'avez aucun moment où vous ne soyez obligé de les lui rendre, ou comme fils, ou comme créature. Ne vous excusez point sur les longues années que vous avez coulées en son service, ou sur les faiblesses de l'âge : la grâce et la charité ne sont pas sujettes à ces défaillances. La nature s'affaiblit en vieillissant; la grâce se fortifie en avançant. Le vieil homme que nous tirons d'Adam se corrompt avec l'âge; il ne meurt que par un défaut de chaleur : l'homme nouveau, que nous avons reçu en notre profession, a cet avantage, et la nouveauté de la grâce a ce privilège sur la corruption du péché, qu'ils ne se consument point par le temps, et qu'ils mesurent leur âge, comme Dieu, par l'éternité.

La longue possession de la grâce en votre coeur vous est infiniment avantageuse. S'étant rendue victorieuse de votre volonté au moment de votre consécration, elle vous donne maintenant plus de capacité pour l'exercice du bien, parce qu'elle est plus forte et plus abondante, qu'elle peut donner des secours plus efficaces, et sa présence a dompté la nature et assujetti les passions. Si l'âge vous fait souffrir des défaillances dans le corps, la charité vous doit inspirer plus de vigueur dans le coeur. Les humiliations vous doivent sembler maintenant plus agréables, les souffrances plus délicieuses, l'obéissance plus facile. Si vous avez plus de peine à obéir, plus d'amertume dans les oeuvres de pénitence, n'accusez pas la grâce, comme si elle vous avait manqué : c'est vous qui avez manqué à la grâce; Vous êtes tombé dans la corruption du vieil homme; en avançant en âge, vous avez diminué en ferveur.

Mais ce qui vous doit toucher davantage est que votre salut dépend de votre persévérance. Ce n'est pas le commencement du combat qui donne la victoire ; c'est la fin. L'entreprise serait assez inutile, si l'on quittait avant la mort la poursuite du bien avec autant de lâcheté qu'on avait eu de courage pour le commencer. Souvenez-vous toujours de cette grande parole de Jésus-Christ votre Maître, et de saint François votre père : « Qui persévérera jusqu'à la fin, sera sauvé. »

Eh! pourquoi, par une fin languissante, perdriez-vous le fruit du travail passé et de tant de souffrances endurées ? Donnez une vive et ferme conclusion aux dernières périodes de votre vie. Un peu de combat, et puis le triomphe! Un moment suivi d'une éternité de gloire! Vous n'en êtes pas bien éloigné; un petit pas vous y fera entrer. La couronne n'est promise qu'à la persévérance. Le dernier zèle que vous faites voir su; la fin de votre vie, est un pressentiment de l'éternité d'où vous approchez, et c'est une des marques les plus assurées de votre prédestination.

 

RÉFÉRENCES
— (1) Salis dilucide ostenditur et inchoandi et usque in finem perseverandi gratia Dei non secundum merita nostra darite!ernd justis imam, decpuonndoumperisp:iucsap. seic. etissimam , eamdemque r imam, beneficentissimam, sapientissimam volunta-tem(Aug., de Dono pers.cap.I) À— (2) Magna promisimus, majora promissa sunt nobis; ser­vemus heec, suspiremus ad illa; voluptas brevis, pela œterna; modica passio, gloria infinita. (Francise., in serin. ad Frat.)
— (3) Psalm. LXXII , 26.
— (4) Omnipotens sanetissime, altissime Deus, omne bonum et summum bonum, totum bonum, qui solus es bonus, tibireddamus laudem omnem honorem, omnem benedictionem, et omnia bona tibi referamus. (lta Francise., apud Pisan., Conf., lib. II, 11. )
— (5) FI ancisc., apud Pisan., Conf., lib. I, 9.
— (6) Lectio et collatio bonac, sunt quasi semina et materia meditationis. (Bonav. de Profeci. relig., lib. I1, 58.)
— (7) Habet homo bonum meritum, cum in omnibus gratiœ Dei bona in se operanti non resistit, sed cooperator existit. (Aug., Hypol., lib. III.)
— (8) Apocal., ir, passim.

 

Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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