+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
L'Esprit de Saint François d'Assise
Titre de la page:

Tome 2- Partie - 4- Ch-2-
LA CONSERVATION DE L'ESPRIT DU FONDATEUR DOIT ÊTRE  L'OBJET DES SOINS DE CHAQUE RELIGIEUX ET DE CHAQUE ORDRE, SURTOUT DES ENFANTS DE SAINT FRANÇOIS

Nom de l'auteur:
P. Bernardin de Paris o.f.m.

CHAPITRE II

LA CONSERVATION DE L'ESPRIT DU FONDATEUR DOIT ÊTRE  L'OBJET DES SOINS DE CHAQUE RELIGIEUX ET DE CHAQUE ORDRE, SURTOUT DES ENFANTS DE SAINT FRANÇOIS

V1-La grâce de la vocation détermine pour tout religieux la sainteté à laquelle il est appelé : elle consiste dans la pleine acquisition de l'esprit de son Ordre.

Un secret des plus cachés à la pensée de l'homme, et néanmoins des plus importants à bien connaître, est le dessein de Dieu sur nous, la vocation où il nous appelle. Sans cette vue, nous sommes en danger d'aller où il ne veut pas, et de nous engager dans une profession qui ne nous est pas ordonnée par sa divine Providence .

De toute éternité, Dieu porte les élus en son sein; sa science, qui pénètre le futur, sait leur nombre et leur nom; son amour les élit et les prédestine. Dans ce conseil éternel où il forme le decret de leur élection, sa bonté prépare les grâces qu'elle veut leur dispenser, marque l'ordre et les moyens qu'ils doivent tenir dans le temps pour les mériter; et sa sagesse ordonne toutes les voies qui les doivent conduire, aussi infailliblement que suavement, à la fin de leur prédestination, qui est béatitude.

 Ces voies ne sont pas égales, parce que les degrés de grâce et de gloire où il destine les saints ne sont pas semblables. Ces voies ne nous sont pas connues, parce qu'elles sont cachées en Dieu , et n'ont de subsistance qu'en sa pensée, où pas et des mortels n'a entrée. Il appartient à la suavité de la divine Providence de nous les manifester. Elle nous les découvre par la disposition extérieure qu'elle ordonne sur nous, et par la vocation où elle nous appelle. Voilà comment elle nous déclare le secret de la pensée de Dieu, qui nous était inconnu, et nous manifeste le profond conseil que sa bonté a formé de toute éternité sur nous : c'est là l'exécution de notre élection.

Dieu n'a pas plus tôt fait sortir les saints de ses mains par la création, qu'ils sont l'objet le plus agréable de ses pensées, et il commence sur eux une conduite si pleine de douceur, que saint Paul assure que tout ce qui leur arrive contribue aussi bien à leur sanctification qu'à leur gloire.

Car tout ce que le Fils de Dieu ordonne sur nous est toujours accompagné de deux très aimables perfections, sa sagesse et sa bonté : l'une ne peut faillir en ses connaissances; l'autre ne peut tromper ceux qui marchent sous sa conduite. Comme sage, il connaît sans erreur ce qui est le meilleur ; comme bon, il nous le suggère l'inspire, le veut, l'ordonne : il est nommé l'Ange, du grand conseil, qui dispense avec une admirable largesse à chacun des élus les voies, marquées dans l'éternité, qui peuvent les conduîre infailliblement à la fin de leur prédestination, qui est la gloire.

Suivant, donc, ces grandes vérités, l'on peut solidement tirer cette douce conclusion : que la vocation où Dieu nous appelle, et à laquelle il nous applique, est la meilleure et la plus efficace que sa bonté ait connue pour nous conduire à Lui. Cette pensée doit calmer nos esprits et nous faire doucement reposer entre les bras de Dieu comme au sein de notre Père, croyant assurément que nous sommes dans l'état le plus conforme à ses desseins, et dans les voies qui peuvent le plus puissamment contribuer à notre sanctification.

Ici, les bonnes âmes doivent éviter deux choses: l'inquiétude ou l'inconstance; car il s'en trouve qui ne sont jamais contentes en leur vocation, ou par dégoût, ou sous le prétexte d'une plus grande perfection. On les voit toujours soupirer après une profession qu'elles se persuadent être plus parfaite, et elles se laissent surprendre à cette pensée : Oh! si j'étais en telle vocation, je serais bien plus sainte. C'est une des plus dangereuses tentations du démon. L'état de sainteté où Dieu nous appelle importe trop à sa gloire et à notre lut , pour n'être pas troublé par le commun ennemi des hommes : le diable, aussi rusé que malicieux, s'efforce de découvrir les voies de Dieu sur les âmes, pour nous y dresser des pièges.

Le premier effort de sa malice est de fermer notre coeur aux mouvements de la grâce; mais surtout il travaille à nous faire sortir de l'ordre et de la conduite qu'il croit que Dieu a établis sur nous. il emploie mille artifices contre les âmes qui sont déjà avancées; il ne leur présente pas le vice, ni le monde, ni le plaisir; mais, voilant son artifice du prétexte de la piété, il leur propose un changement; il leur donne divers désirs; il leur inspire d'autres actions, d'autres exercices, et d'autres manières de vie, lesquelles en apparence portent à une plus grande perfection. Mais le démon n'a dessein que d'embarrasser ces âmes-là, de les mettre dans la multiplicité, de les troubler, et, en les faisant soupirer après un état impossible, de leur donner du dégoût de leur propre état, et de leur en faire négliger la perfection.

En effet, ceux qui sont assez malavisés pour écouter ses tentations, on les voit ordinairement inconstants, changeants, dans de perpétuelles agitations. Le diable les a retirés de l'ordre de Dieu et de sa conduite, afin de les conduire lui-même et les mettre en péril.

C'est pourquoi saint Paul, qui est l'apôtre de la perfection religieuse aussi bien que de la perfection chrétienne, ayant appris de Dieu lui-même combien il importe que nous suivions les diapositions divines sur nous, donne cette grand truction : « Que chacun marche avec fidélité dans la voie où Dieu l'appelle; qu'il demeure invariablement dans la vocation où sa Providence l'applique (1). » Ce conseil, digne de celui qui a mérite d'être instruit en l'école du Ciel, est fondé sur cette vérité, que Dieu, qui sait accorder les moyens avec la fin, garde indispensablement cet ordre en sa conduite sur les âmes; il leur donne toujours deux sortes de grâces, l'une de vocation, l'autre d'exécution. La première les appelle; la seconde leur fournit le moyen de se rendre dignes de l'état où Dieu les appelle. La première, comme un germe divin, renferme les aides et les secours qui peuvent nous sanctifier en la vocation où il nous attire. « Chacun de nous, dit ce grand Apôtre, « a sa grâce; et Jésus-Christ, qui nous la mérite, nous la dispense avec tant de suavité, qu'elle est toujours proportionnée à la sainteté de l'état où il nous destine (2). » La première grâce qui nous appelle à la Pauvreté évangélique, est donc l'assurance que nous pourrons être fidèles à une seconde grâce, en la puissance de laquelle nous acquerrons la plénitude de l'esprit de notre Ordre.

Les hommes sont donc sans excuse, s'ils s'éloignent de la perfection de leur état, et n'arrivent Pas à la sainteté que demande l'éminence de leur vocation. Qu'ils ne soient donc pas téméraires au point d'accuser la grâce, comme si elle leur avait été refusée; qu'ils accusent leur lâcheté, toujours rebelle à ses motions divines. Puisque les secours célestes ne vous manquent point, « je vous condit saint Paul, de marcher dignement, d'un pas ferme et résolu, dans votre vocation, » sans vous relâcher de sa première pureté. (3)

De toutes les études , c'est donc la plus importante et celle où le religieux doit s'appliquer plus sérieusement, que de bien connaître jusqu'à quelle sublimité doit aller l'espérance de sa vocation, et de s'efforcer d'entrer dans les voies de Dieu : c'est en cela que consiste notre salut. Comme, de notre fonds, nous n'avons de droit à la gloire qu'autant que Dieu veut et comme il lui plaît, si nous voulons être sauvés, cela ne peut être sans que nous coopérions à son oeuvre et sans que nous suivions l'ordre prescrit.

Il faut donc souvent entrer dans les supplications de David; et saint Bonaventure veut qu'elles nous soient aussi familières que l'est aux enfants l'alphabet qu'ils répètent tous les jours. « 0 Seigneur, découvrez-nous vos voies, et que vos lumières nous instruisent des sentiers qui peuvent nous conduire à vous. Que votre main nous dirige dans un chemin droit et assuré; car la malice nos ennemis nous environne de tout côté (4), » pelle nous surprendre et nous détourner des voies de l'éternité : nous ne pouvons être assurés que sous votre conduite.

V2-En donnant au fondateur d'un Ordre ce caractère particulier qu'on appelle son esprit, Dieu voit d'avance tous les membres qui entreront en cet Ordre, et leur destine cet esprit. Le fondateur est chargé de l'inculquer à ceux qui vivent avec lui, et ceux-ci de le transmettre aux générations suivantes.

Dieu, éternel, ne forme que des desseins éternels sur la sanctification des âmes. Sa puissance commence les oeuvres de grâce, et sa bonté les veut continuer jusqu'à la fin des siècles, avec une magnificence qui ne s'épuise point par ses effusions, et une plénitude qui ne se lasse jamais de faire des largesses.

Sa charité n'arrêta point ses desseins à la personne de saint François; elle les étendit jusqu'à nous. Sa science, qui voit dans le présent tout ce ce qui doit arriver par la suite des temps, nous envisagea en la vocation de notre Père : la nôtre y était heureusement comprise. Comme en un céleste et très parfait exemplaire, il marqua dans le Patriarche des Pauvres toutes les dispositions que ses enfants doivent porter, et recueillit l'esprit dont ils doivent être remplis. Saint François laissé en héritage. Ceux qui l'ont reçu après sa mort l'ont communiqué à leurs successeurs, et ces derniers l'ont fait couler jusqu'à nous. Nous voilà donc dépositaires de ce premier feu, que Dieu avait allumé au coeur de nos aïeux; il dépend de notre fidélité de le conserver en sa première vigueur, et même de l'augmenter par notre zèle, ou de le laisser éteindre par nos lâchetés. Ne ressemblons pas à ces canaux d'argent, qui, recevant des eaux d'une source très pure, communiquent des eaux limoneuses parce qu'ils renferment du limon : à l'extérieur, nous sommes éclatants comme l'argent; nous portons le même habit que nos pères ; nous professons la Règle qu'a professée saint François; le voeu qu'il a fait n'est pas plus saint que les nôtres. Mais si, sous un habit de sainteté, et sous une apparence de pénitence, nous cachons les défauts, la tiédeur et l'imperfection, nous les communiquerons à ceux qui nous suivent.

C'est une vérité qui doit bien nous toucher, et qui mérite d'être bien comprise, que le salut ou la perte de ceux qui nous doivent suivre dépend en quelques façon de nous. Tout se fait par imitation : dans le monde de la nature, Dieu a imprimé pour cela une mutuelle et puissante inclination chez tous les êtres. Les inférieurs s'étudient à se rendre conformes aux supérieurs, et prétendent au degré d'excellence qu'ils voient en eux; les supérieur et ceux qui contribuent à la production d'autr êtres, s'efforcent autant qu'il est possible d'imprimer en eux leur image. C'est le même ordre qu'il a établi dans le monde de la grâce. il n,'y a que deux sortes de personnes dans l'Église dit saint Augustin : les unes précèdent, les autres suivent ; et il y a cette mutuelle intelligence, que les premières servent d'exemples aux secondes mais elles s'égareraient en leur conduite, si ell ne marchaient elles-mêmes sous les lumières d'un guide assuré. Or, c'est le Verbe qui est le grand exemplaire que tous les saints regardent et imitent. Vivant au sein de son Père, il avait trop de splendeurs pour notre faiblesse; il s'est fait homme, et, couvrant les éclats de sa Divinité sous les voiles d'une chair passible, il s'est rendu la voie qui nous conduit, et le souverain exemplaire sur lequel tout l'ordre de la grâce est formé. Mais, d'autant qu'il est maintenant invisible à nos yeux par la disposition des mystères qui nous le cachent, il s'exprime dans les saints comme dans de seconds exemplaires proposés au monde, auquel ils représentent sa vie et ses actions. Saint Paul ne craint pas de dire : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Jésus-Christ. » Ainsi , par la suite des saints qui se succèdent, l'Église conserve le premier esprit qu'elle a reçu de son Chef : les premiers sont les exemplaires des seconds, et les seconds sont les exemplaires ceux qui les suivent.

Selon le dessein de Dieu, et d'après l'ordre immuabie établi dans son Église, nous sommes en notre rang, et, durant le temps de notre vie, proposés pour servir de règle et de modèle à ceux qui nous succèdent. Ils doivent voir en nos actions et en nos paroles l'esprit de Jésus-Christ et de saint François, vivant, parlant et opérant. Nous devons leur tenir lieu de pères qui les engendrent et de maîtres qui s'étudient à formerà la grâce, Jésus-Christ en leur coeur par le spectacle d'une sainte vie, et qui les instruisent plus puissamment par l'efficacité des bons exemples que par l'éloquence des discours. Puisque nous leur sommes les premiers modèles de la vie de l'esprit, sans doute ils seront tels que nous sommes : ils se transformeront en nos moeurs, comme des enfants se forment sur leur père; ils attireront en eux ce qu'ils découvriront en nous de vice ou de vertu. Comme les brebis de Jacob faisaient des agneaux marqués de diverses couleurs, selon la diversité des baguettes qu'il leur proposait au temps de leur conception, les premières con-ceptions spirituelles dans les jeunes âmes auront infailliblement de la ressemblance avec les dispositions de ceux qui leur servent de père et de mère. Si nous leur communiquons un esprit fer-vent, ils seront fervents ; si tiède et languissant, ils deviendront tièdes et languissants.

Ils ne peuvent pas former le dessein d'une plus éminente vertu que celle qu'ils voient en nous.

Le moyen qu'ils soient silencieux, si le silence est violé ? qu'ils soient ponctuels, si la régularité est négligée ? qu'ils soient obéissants, si l'obéissance est méprisée? et qu'ils aient de l'amour pour la pauvreté, s'ils voient que ceux qui en ont fait profession la fuient et la dédaignent?

Entre les hiérarchies célestes, comme il y a d bons Anges , dont l'étude principale, selon saint Denis, est d'illuminer, purifier, perfectionner les esprits qui leur sont inférieurs, il s'en trouve aussi de mauvais : ce sont les démons, qui ne s'efforcent que de pervertir, obscurcir, corrompre ceux qui sont au-dessous d'eux.

Les Congrégations religieuses sont comme les cieux de la terre, dit saint Ambroise ; les religieux en sont les Anges : ils composent une hiérarchie toute céleste. Les bons exercent continuellement un ministère de sainteté, où ils s'éclairent, se purifient , se perfectionnent les uns les autres par une continuelle réflexion de bons exemples.

J'ai donc à prendre garde que, dans la communauté où je suis entré comme un Ange, je ne fasse l'office d'un démon au regard de ceux qui me doivent suivre, et, comme un mauvais ange, je ne les corrompe, obscurcisse, et pervertisse par l'exemple d'une vie relâchée. « Si le sel est corrompu , qui l'assaisonnera? » dit la Vérité éternelle. C'est-à-dire, le moyen qu'un désobéissant fasse un obéissant? qu'une âme lâche inspire, la ferveur? Ne ferons-nous pas des enfants, géhenne comme nous, et, après les avoir esclaves de notre corruption, ne les rendrons­,nous pas compagnons de nos supplices?

V3- Chaque ordre et chaque religieux ont un moyen très sûr de savoir s'ils possèdent l'esprit du fondateur : ce moyen consiste à rechercher s'ils sont en conformité intérieure et extérieure avec lui.

L'élection des saints à la gloire est un mystère si profond, qu'il est incompréhensible à la pensée humaine. De toute éternité il est caché dans les abîmes de la Divinité. Dieu connaît ceux qui appartiennent au royaume de sa dilection (5), ceux qu'il s'est acquis par son sang, et que sa bonté a prédestinés pour être les héritiers de sa béatitude. Mais, pendant les jours mortels de cette vie, tandis que nous sommes encore sous les obscurités de la foi, et que nous marchons parmi les ténèbres de ce monde, nul, dit saint Augustin (6), ne connaît sans révélation du ciel s'il est enfant de la promesse, et s'il compte au nombre de ceux que le Père a élus en Jésus-Christ pour participer à son héritage céleste. C'est un secret qu'il veut nous laisser ignorer, afin de nous tenir toujours dans l'humilité, et de nous obliger à nous attacher à Jésus-Christ, en opérant notre salut avec tremblement et crainte.

Mais Dieu, comme un amoureux Père, ne plaît pas dans l'inquiétude de ses enfants. Pou
donner lieu à l'espérance, son esprit inspire aux saints des vertus qui sont comme les marques de leur élection. Le décret qu'il en a fait en son divin conseil est immuable, dit saint Paul; mais, dans le temps, l'innocence de la vie en est le sceau et ceux qui marchent en ce monde sur les voie; de la sainteté, ceux qui s'éloignent de la coruption du péché, peuvent espérer qu'ils sont des enfants de la dilection et des vases d'honneur (7). qu'ils ont des lettres patentes, scellées du sceau du conseil éternel, leur donnant droit à la possession de la gloire que Jésus-Christ les reconnaîtra comme portant son image, au grand jour des récompenses.

Donc, pour connaître solidement quelles sont ces m'arques, il faut suivre la règle de saint Augustin, le plus savant Père de l'Église, qui nous a donné cette belle instruction : « De tous les exemplaires de la prédestination des saints, il n'y en a point de plus illustre que Jésus-Christ, notre Médiateur. Tous les saints étant prédestiné en Lui comme en leur chef , Dieu a marqué en ce premier-né des élus toutes les dispositions qu'iis doivent porter. Il faut donc jeter les yeux sur ce divin original, nous trouver en lui, et  plus nos actions auront de la ressemblance avec vie, plus les marques de la prédestination seront assurées (8): » les deux plus infaillibles sont la conformité à ses vertus et à son Esprit.

„ Ceux que Dieu a prévus, » dit saint Paul, il les a prédestinés pour être conformes à l'image de son Fils (9) » c'est-à-dire à sa gloire dans le ciel, qui est leur fin, mais auparavant à es abaissements sur la terre, comme aux moyens nécessaires pour arriver à cette fin, dit l'Ange de la Théologie (10). Or ces abaissements sont la pauvreté et les souffrances; « car il plaît au Père éternel de rétablir toute chose en Jésus-Christ son Fils, » dit encore saint Paul , et de nous ramener à lui par des moyens contraires à ceux qui nous en ont détournés. La cupidité et le plaisir d'Adam nous ont divertis du ciel ; enfants d'un si malheureux père , nous Portons tous l'image de cet homme terrestre. Le Fils de Dieu, pour nous reconduire là d'où nous étions égarés prend des voies tout opposées, la pauvreté et les souffrances, et le Père prédestine les saints être conformes à l'image de son Fils dans l'éternité, et il les appelle à l'état de pauvreté et de pénitence, pour porter dans le temps l'image de cet homme céleste.

C'est une très importante vérité et qui mérite d'être bien conçue, que, pour obtenir la fin de notre prédestination, nous devons marcher dans les voies que le Fils de Dieu a tenues pour commencer notre salut. Comme de nous-mêmes nous n'avons point de mérite à la gloire, il faut nécessairement pour fonder un droit légitime, que nous suivions les moyens ordonnés dans le conseil divin. Dieu les a marqués en son Fils : c'est en lui qu'il nous regarde, qu'il nous prédestine, qu'il nous accepte; c'est par lui qu'il nous veut conduire. Dans le temps, selon saint Paul, il dispense ses voies ; il appelle les saints par sa grâce à la pauvreté et aux souffrances de son Fils (11) et sur cette conformité est fondé tout leur droit aux couronnes du ciel; c'est en Jésus son Fils, et par lui, qu'il les admet en la communication de sa gloire; et ceux que Dieu fait entrer dans de plus étroites voies de pauvreté et de pénitence, et que sa grâce y conserve, ont le plus assuré sceau de la prédestination, parce qu'ils ont une plus expresses ressemblance aux états de Jésus-Christ, et qu'ils lui sont plus conformes.

Depuis que le Père nous a prédestinés en notre dédiateur, et qu'il a eu assez d'amour pour nous donner par grâce le titre que son Verbe possède par nature, c'est-à-dire pour nous admettre en pdaption des enfants de Dieu , les saints ne font qu'un tout avec son Fils, et sont animés du font Esprit. Le Père a d'abord recueilli la plénitude de cet esprit en son Fils, qui entre ses frères est le premier-né; puis il en répand les ardeurs vivifiantes dans les fidèles, pour détruire en eux l'esprit étranger, qu'ils ont recu d'Adam. Car, selon saint Paul , deux sortes d'esprit animent les hommes : le premier est un esprit de chair; Adam le transmit à ses enfants, auxquels (12) imprime des mouvements terrestres. L'autre esprit est celui de Jésus-Christ, qui le fait couler dans ses frères pour détruire en eux celui du premier homme, et leur donner des mouvements tout célestes. « Ceux qui vivent selon l'esprit, ne goûtent que les choses de l'esprit (14), » dit saint Paul.

Le Verbe incarné étant le chef des élus, le Saint-Esprit a commencé en lui, par ses divines ardeurs, une conduite qui semble un peu sévère.

Il l'a pressé de verser son sang sur le Calvaire;il l'a poussé dans les déserts pour y mener vie de pénitence. Après lui, venant aux saints il a répandu en eux par son intermédiaire les mêmes flammes, et leur a imprimé les m èmes mouvements. Toute l'Église, animée de l'Esprit de son Chef, ne respire que les souffrances, et  ne persuade à ses enfants que les rigueurs de la pénitence, afin qu'ils soient conformes à leur premier frère. Ceux qui sont enfants de Dieu dit saint Paul, ont le Saint-Esprit pour directeur et maître (14); il les dirige par ses lumières les conduit en leurs voies, devient l'esprit de leur esprit; ils n'ont point d'autres mouvements que ceux qu'il leur imprime, ni d'autres pensées que celles qu'il leur inspire.

Certes, de toutes les joies dont le coeur humain est capable en ce monde, la plus céleste et la plus solide est celle que la pensée de notre élection éternelle peut faire naître. Saint François n'en peut retenir les ardeurs : le Ciel lui donne l'assurance de la future gloire; à cette nouvelle, son cœur fond de douceur, tressaille de joie, éclate en transports tout divins, s'exclame en actions de grâces, chante des cantiques de louange.

Puisque saint François est notre Père, et que nous avons hérité de sa Règle et de son esprit, nous pouvons participer aux jubilations célestes de son coeur : c'est la plus douce et la plus divine consolation qu'une communauté puisse ressentir. En marchant dans les voies de son céleste fondateur, et en suivant son esprit, elle doit regarder sa fidélité comme la marque de son éternelle élection. Que ceux qui la composent rentrent au fond de leur coeur; le Saint-Esprit, qui y réside par la présence de sa grâce, portera re témoignage, et dira à leur esprit qu'ils sont enfants de Dieu, qu'ils en ont le caractère, étant conformes à Jésus-Christ leur exemplaire ; il leur donnera le pouvoir de s'élever au ciel, et, dans le mouvement d'une confiance filiale, de s'écrier à Dieu : « Abba, Pater! 0 mon Père célestes (15) » Ceux qui voient cet esprit primitif vivant en eux, qui ne se relâchent point de sa première vigueur, qui conservent en leur coeur, comme les Lévites faisaient dans le temple, ce feu éternel qu'ils ont reçu de leur Père, et qui marchent avec fidélité dans les sentiers de leurs ancêtres, peuvent avec humilité, mais aussi avec vérité, se consoler et tirer cette haute conclusion de saint Paul : « Ayant reçu l'Esprit de Dieu, nous sommes ses enfants, et, par conséquent, ses héritiers, et les cohéritiers de Jésus-Christ, si toutefois nous sommes associés à sa vie souffrante. Nos souffrances sont les semences de notre béatitude (16) » les assurances de notre gloire, les arrhes de notre future félicité, le sceau de notre élection éternelle et nous les devons chérir comme les préctei moyens qui nous conduiront infailliblement ortui gloire avec Jésus-Christ, qui est le consotnnlaa teur de l'espérance des saints.

V4- La conformité des religieux et des communautés avec leur fondateur et avec Notre- Seigneur Jésus-Christ doit être si vive, qu'elle transmette d'une génération à l'autre la ressemblance de ces divins modèles, et crée par là une véritable perpétuité à leur esprit

Le décret de notre prédestination éternelle, selon le plus grand Docteur de l'Église, ne s'est pas fait en nous, mais dans le secret du divin conseil. A la suite , Dieu exécute en nous trois choses : la vocation, la justification et la glorification (17) Ce grand oeuvre, de justifier les saints en cette vie pour les couronner en l'autre, oeuvre suprême après l'Incarnation, ne dépend que de Dieu en son principe et en sa fin. Toutefois, ce qui est admirable, c'est qu'il le commence et l'achève en la puissance de sa grâce, mais par l'entremise des hommes. Dieu nous appelle par des paroles intérieures, dlt saint Thomas (18); il parle en secret au coeur, c'est-à-dire par des inspirations divines qui nous instruisent par des motions spirituelles qui nous animent à la pénitence; puis il emploie une vois extérieure, par exemple le ministère de la parole, qui enseigne les sentiers de l'éternité, ou la vue des bons exemples qui nous édifient et sous montrent ce qu'il faut faire.

L'homme étant composé d'esprit et de corps, Dieu s'accommode à ses conditions; il lui fait, dit saint Augustin, une double leçon : l'une spirituelle, au fond de l'esprit, où il se fait son seul maître; l'autre sensible, à ses sens, par les prédications de l'Évangile et par la vue des créatures (19) Il le persuade, le presse de croire et de retourner à lui. C'est ainsi que, dans les bons exemples, Dieu marque ce que les élus doivent faire, et il conduit les saints à la fin où il les destine, qui est lui-même. Il veut que ce qui lui est glorieux leur soit utile. Tout ce que sa main puissante a créé en la nature et en la grâce, est pour conduire les élus au but de leur prédestination : «Tout est à vous, » dit saint Paul , « puis­que vous êtes à Jésus-Christ. »

En l'institution de l'ordre des Enfants de très haute Pauvreté, Dieu veut premièrement se glorifier. Il n'y a rien de plus juste : Souverain. du monde, il a d'abord sa propre gloire en vuein mais il veut la placer en ses élus, et dès lors il appartient à sa bonté de ménager les moyens de leur sanctification.

Qui doute qu'il n'ait résolu, en son divin conseil, de faire entrer en la famille des Pauvres évangéliques un grand nombre de ses élus Il les y attire par ses inspirations intérieures mais, selon la conduite ordinaire de sa grâce, il veut les appeler à la pénitence, soit par les leçons de l'Évangile, qui les instruisent, soit par la vue d'actions de sainteté qui les touchent. Ces ardeurs divines, que son Esprit fait naître en votre coeur pour la perfection religieuse, ce zèle de feu qu'il vous inspire pour la sainteté de votre état, cette grâce qui vous remplit de l'esprit des saints qui vous ont précédés, qui vous fait marcher avec courage dans les étroites voies de vos ancêtres, qui vous conserve inflexibles dans la plus rigoureuse observance de vot règle, ce sont des dons qui descendent du Père des lumières, et qui vous sont accordés pour votre propre sanctification.

Mais, en vous sanctifiant, il pense à la sanctification des élus qu'il veut appeler après vous. Comme dans un sujet qu'il s'est totalement approprié, il commence de loin à jeter en vous les premières dispositions de la grâce qu'ils doive percer; il marque en vos actions les vertus qu'ils doivent pratiquer; il vous remplit de l'esprit qu'il veut faire couler de vous à eux. Dans le ciel, le père s'exprime en son Verbe. En s'incarnant, celui-ci a rendu son Père en quelque manière visible : « Qui me voit, » dit-il, « voit aussi mon père. » Et ce Fils, caché maintenant à nos yeux sous les voiles de nos mystères, s'exprime en vous; il veut se rendre sensible en vos vertus ; il vous fait succéder à sa place, et il lui plaît que ceux qui vous suivront voient en vos actions la sainteté des siennes , et que vos vertus soient les exemplaires sur lesquels ils formeront leur conduite.

L'arrêt de mort porté contre tous les hommes est aussi prononcé contre vous : il faudra mourir aussi bien que le reste des mortels ; vous ne pourrez pas vous dispenser de cette loi commune. Mais votre zèle ardent pour la sainteté de votre profession et pour l'exacte observance de votre règle n'est pas sujet aux lois de la mortalité : vos bons exemples vous survivront; ils tiendront de la durée du principe qui vous les inspire, c'est-à-dire de l'éternité de Dieu. Vous perpétuez, en l'imitant, ce que vos prédécesseurs ont fait. En même temps, votre piété profite à tous ceux qui en sont témoins : vous confirmez les bons en leur bonté ; vous animez les faibles en leur faiblesse, vous instruisez les ignorants des règles de la vertu, et vous confondez les lâches qui négligent de vous imiter. Pour l'avenir, vous préparez la sanctification de ceux qui vous vront pendant tous les siècles.

C'est en ceci que la grâce est plus puissant que la nature. Vous ne serez plus, et vous opérerez avec efficacité : depuis tant de siècles les larmes de Madeleine animent les pécheurs à la pénitence, et la pauvreté de saint François porte les hommes au dégagement des choses de la terre! Vous serez mort à la nature, et vous ferez des productions de grâce. Vous continuerez dans les siècles suivants d'exercer l'office de Père et de Maître; vous engendrerez à Jésus-Christ ceux qui vous imiteront; vous le formerez en leurs coeurs, et vous les instruirez, par l'intégrité de vos actions, de ce qu'ils doivent être et de ce qu'ils doivent faire.

V5- Les religieux, fidèles à l'esprit de leur Ordre continuent au sein de l'Église les travaux de Notre-Seigneur Jésus- Christ.

Ce ministère de sainteté, si utile aux élus qui vous suivront, vous est extrêmement avantageux et glorieux. Si la gloire d'une action se tire de la dignité du principe qui la produit, et de l'excellence de la fin où elle est rapportée, que peut-on dire de la vôtre? Il n'y a rien de plus divin, dit saint Denis (20), que de faire ce que Dieu fait, de ancourir avec sa puissance à la production de ses oeuvres, et d'être employé avec sa grâce à la sanctification des âmes. Votre vocation est donc divine : Dieu vous appelle à l'exécution d'un dessein éternel. Quelle gloire ! Vous achevez ce que sa bonté a commencé; vous exécutez le conseil qu'il a formé de toute éternité sur ses élus ; vos travaillez en communauté avec le Saint- Esprit, lui par ses grâces, vous par vos exemples, à un ouvrage divin, la sanctification des saints.

« Tous les travaux où je m'expose, » dit saint Paul (21) « les périls de mort où je m'engage sur mer et sur terre, ne sont entrepris que dans le dessein de servir à la sainteté des élus , afin que par mon ministère ils arrivent au terme qu'ils poursuivent. J'achève en ma chair ce qui manque à la Passion de Jésus-Christ pour son Église, qui est son corps (22). Je marque en mes souffrances les rigueurs que les fidèles doivent souffrir pour être conformes à leur divin Chef. » Or ce que saint Paul a fait pour l'Église en général, Dieu vous appelle à le faire en particulier au regard de votre Ordre.

Jésus-Christ a deux corps : l'un naturel, formé au sein de la Vierge; l'autre mystique, formé en ses plaies sur le Calvaire. Tout est accompli dans le premier, mais non pas dans le second. Le Fils de Dieu, chef de ce corps, est saint et soutirant les fidèles, qui sont ses membres, doivent lui être semblables en sainteté et en souffrances c'est ce que la grâce achève tous les jours dans ses élus, par les rigueurs de la pénitence. Le: prédestinés qui doivent entrer en votre Ordre appartiennent à Jésus-Christ ; ils sont ses plus illustres membres. Mais ils ne peuvent pas arriver au terme de leur élection sans lui avoir été conformes en tous ses états. Il est maintenant immortel, et ne paraît plus sur le Calvaire ; les saints, ne le voyant plus, ne peuvent plus former leur conduite sur ce céleste original. Ce vous est donc un honneur incomparable, que le Fils de Dieu vous choisisse pour achever dans ses élus ce qui reste de sa Passion. Vous rendez son sang efficace sur eux; vous appliquez le fruit de sa mort, et, par l'intégrité de votre vie et les rigueurs de vos souffrances, vous instruisez ceux qui vous suivent de ce qu'ils doivent faire, non seulement pour être saints, mais pour être souffrants comme leur céleste Chef.

Votre ponctuelle observance, votre fidélité invincible à conserver le premier esprit de votre Règle, les rigoureuses pratiques de pénitence que vous gardez sans relâche dans cette communauté , ne se font pas par un coup du hasard: elles sont ordonnées dans le conseil divin ; elles sont comprises entre les moyens établis de Dieu; elles appartiennent à la divine économie que le saint-Esprit a formée en son Église pour la sanctification des prédestinés.

Les actions que vous pratiquez tous les jours ne sont donc pas du rang des choses basses; elles sont très hautes en leur dessein. Vous exécutez, au regard des élus qui vous doivent suivre, ces grandes pensées que Dieu a conçues de toute éternité sur eux; vous êtes coopérateurs du conseil éternel, et du nombre de ceux dont parle saint Paul, que Dieu emploie à la consommation des saints (23).

Si ce ministère vous est si honorable, il ne vous est pas moins avantageux. Ayant concouru en terre par votre pénitence à la sainteté des élus, vous participerez dans le ciel à l'abondance de leur gloire. Tout ce qu'ils opéreront de vertus et souffriront de rigueurs en vue de vos bons exemples, augmentera votre béatitude par une réflexion de gloire sur vous, qui en avez été l'organe divin.

V6- Jésus- Christ honore d'une présence singulière la communauté fidèle à son esprit.
Dans le grand monde de la nature, Dieu a créé un monde nouveau de la grâce, pour en faire l'objet singulier de son Coeur et de ses pensées C'est son Église, qui est aussi sa maison. Le Fils de Dieu y a dressé « un jardin céleste, éloigné des flots tempêtueux de ce monde, qu'il était venu arroser des eaux fécondes de sa grâce et de sa doctrine. Ce petit paradis de la terre, » dit un grand pape, « est la religion des Frères Mineurs qui, fortifiée de tout côté des murs de la régulière observance, recueillie en soi-même, et contente de Dieu seul, s'enrichit tous les jours des nouvelles plantes de ses enfants. Cet Ordre est , entre toutes les congrégations religieuses, particulièrement cher au Verbe incarné, qui arrête sur lui deux sortes de pensées, l'une de complaisance et l'autre de bienveillance , afin de demeurer en lui et de combler de ses grâces tous ces enfants célestes, qui sont zélés de la sainteté de leur Règle (24)»

Le Verbe chérit d'un amour de complaisance un ordre zélé en sa profession, parce qu'il découvre quelque chose de soi-même en ceux qui le composent. Il y voit vivre son esprit; ses vertus y sont imitées, les lois de son Évangile gardées, ses commandements accomplis, ses conseils suivis, sa pauvreté professée, sa virginité reproduite, son obéissance observée, sa pénitence embrassée. Il y voit des hommes tout transformés en lui-même; sa grâce est en leurs âmes, sa charité en leurs coeurs, sa croix en leur esprit amour, en leur corps par expression : ils par amour, au dehors comme ses images vivantes.

Le Fils de Dieu a fait cette grande promesse des fidèles de la terre : « En quelque lieu où se airoveront deux ou trois assemblés en mon noui, je serai au milieu d'eux (25). » Une communauté fervente est assemblée au nom de Jésus-Christ; il est le principe qui attire ses membres, et le lien qui les unit. Quoiqu'il soit vivant au sein de son Père comme Fils, et régnant entre les anges comme leur Chef, il trouve digne de sa sagesse de quitter en quelque manière ces bienheureux esprits, et de descendre derechef en terre pour se rendre au milieu de ces saintes compagnies, et les honorer de sa présence. Il faut donc nécessairement qu'il découvre en elles quelque chose qu'il ne voit pas dans les anges mêmes.

Le ciel et la cellule, selon saint Bernard, ne sont pas des demeures bien différentes; on y reçoit les mêmes grâces , et on y fait les mêmes exercices. La cellule jouit du Dieu que possède le ciel; elle l'aime et le contemple comme font les bienheureux en la béatitude (26)

Ce que ce grand saint a dit de la cellule d'un solitaire, on peut bien mieux le dire des congrégations religieuses. Elles sont les cieux de l'Église militante, et, comme hiérarchies d'anges terrestres, elles sont voisines des hiérarchies célestes, ayant avec elles ce privilège commun, qu'elles aiment, adorent et contemplent le même Dieu.

Je ne crains point de dire que le Fils de tji se plaît plus au milieu d'une communauté zéleé de sa profession, qu'entre les anges de la gloire.

Ces esprits, tout dégagés de la matière, peuvent aimer, mais pas souffrir; ils sont les images de son amour jouissant et glorieux, mais non de ses souffrances. Il descend dans une communauté assemblée en son nom, animée d'un même esprit et poursuivant un même dessein. Il contemple en ceux qui la composent ce qu'il ne voit pas dans le ciel, l'image de sa charité et de ses douleurs. Les corps y sont des autels, où il découvre tous les jours avec une complaisance nouvelle les cir­constances du sacrifice du Calvaire. Et, comme dit un saint pontife de Rome, « il descend dans l'ordre des Frères Mineurs comme dans un jardin, pour y cueillir, avec les fleurs de toutes les vertus, la myrrhe de la pénitence (27). »

Entre ces congrégations saintes, le Fils de Dieu se trouve présent, non seulement d'une présence d'immensité comme dans les autres, ou d'une présence de grâce comme dans les justes, ou d'une présence de mystères comme dans nos temples, mais d'une présence d'opération et de bienveillance, avec les mains chargées de grâces. En vérité dit saint Bonaventure après saint Paul , Ia paix et la miséricorde du ciel descendent sur ceux qui suivront cette règle de la croix et de la pauvreté.

Le Fils de Dieu, qui n'a point d'autre exemplaire de ses ouvrages que lui-même, ne se rend pas présent à une communauté qui est dans le zèle de sa profession, sans de grands desseins, dignes de lui. Dans le ciel, il est avec son Père en trois sociétés, d'objet, d'esprit et d'exercice : il lui plaît de faire une image de sa divinité en cette sainte congrégation, et d'admettre ceux qui la composent en ces trois sociétés.

Par la pauvreté et la retraite du monde, les religieux sont éloignés de la vue de tous les objets sensibles. Le Fils de Dieu, les attirant dans le cloître, se présente pour être le prix de leur pauvreté et le charme de leur solitude, en sa divinité par une présence intime de sa grâce, et en son humanité par le mystère de l'Eucharistie. De la sorte, il est le terme aussi bien de leurs coeurs que de leurs yeux. Objet des pensées et des amours de son Père céleste, il lui plaît d'être aussi celui des regards et des amours de ses frères.

Par le voeu de pureté, ils ont rompu tous les liens du sang et de la nature. Il les admet avec lui dans une société divine ; il les unit à son Père par son Esprit, et entre eux par sa charité, qu'il répand dans leurs coeurs, selon cette grande parole de l'Apôtre : « Quiconque est uni à Dieu est un même esprit avec lui (28). »

Par l'obéissance , ils ont renoncé à suivre in, mouvements de la volonté humaine. Le Fils de Dieu les fait entrer en société de ses propre exercices : tous les entretiens du Père et du Fil: sont de contempler et d'être contemplés, d'aimer et d'être aimés ; tels sont les célestes exercices des saints religieux. Ils contemplent Jésus-Christ, et sont regardés de lui ; ils l'aiment, et ils sont aimés ; il se fait une mutuelle réflexion de lumières et de flammes, d'amour et de regards, entre le Créateur et la créature. Elle se termine par un divin embrassement de tous les coeurs, qui rend le cloître un petit ciel, moins étendu que l'empoyée, mais non moins digne. Dieu le remplit de sa présence, et les religieux, comme des anges, sont dans de perpétuels exercices d'amour et de contemplation.

Le Fils de Dieu, résidant au ciel par son Ascension, et sur la terre par ses mystères, est dans un état perpétuel d'hostie de louange. Il ne veut pas demeurer solitaire en cet office; or les anges ne le peuvent pas exercer, parce qu'ils sont immatériels et sans corps; il lui plaît donc d'attirer des âmes choisies, pour les faire entrer avec lui en société. Il est présent en chaque cloître, comme un pontife en son temple ; il regarde comme les victimes de son sacrifice les saints religieux qui le replissent. Tous les jours il offre à son Père, comme autant d'hosties saintes, vivantes et agréables, leurs corps chargés de pénitence.

La paix et la miséricorde reposent sur ceux qui suivent la règle de la croix, comme dit l'Apôtres (29) C'est-à-dire, Dieu verse tout ce qu'il a de grâces sur leur communauté ; d'autant que la persévérance jusqu'à la mort dans une vie si élevée au-dessus des sens n'est pas un effet de la nature, mais de la miséricorde. Dieu, qui connaît bien nos inconstances, se rend présent au milieu d'une sainte communauté, comme un père qui la nourrit afin qu'elle ne défaille pas ; ou comme un maître qui l'instruit de peur qu'elle ne s'égare; ou comme un roi puissant qui la soutient de crainte qu'elle ne tombe. Son œil est toujours ouvert sur ceux qui la composent; ses grâces les animent, ses lumières les dirigent, sa force les défend. Il éloigne les occasions qui pourraient les détourner des voies de la sainteté ; il leur fournit celles qui peuvent les aider ; il ménage tous les moments de leur vie avec une économie si admirable, qu'il les fait arriver infailliblement au terme de leur élection, qui est la gloire.

RÉFÉRENCES

— (1) Unusquisque in quâ vocations vocatus est, in ea permaneat. (I Cor., vii, 20.)
— (2) Ephes. ev, passim. Gratiœ dantur unicuique secundo mensuram, quam Christus statua, respondentem Mique cujuslibet vocationi. (Guillandus in Paul. Hic.)
— (3) Ephes., iv, 1.
— (4) Vias tuas demonstra mihi, et semitas tuas edoce me. Dirige me in viam rectum propter inimicos meos. (Psalm• XXIV, 4.)
— (5) Cognovit Dominus qui sunt ejus. (II Tim., u, 19.)
— (6) 2 Aug•, de Corrept. et Gralia, cap. mir.
— (7) Firmum fundamentum spei stat habens signaculum hoc : Cognovit Dominus qui sunt sui. Discedit ab omni iniquitate, qui invocat nomen Domini. (Guilland., in Paul. hic.)
— (8) Nullum est illustrius prœdestinationis exemplum quam ipse mediator. Quisquis vult eum fidelis bene intelligere, auenclat ipsum atque in illo inveniat et seipsum. (Lib. Predest. sanct., cap. xxiti.)
— (9) Quos prœscivit et prœdestinavit conformes fieri, etc. ( Rom. , vm , 29.)
— (11) Voeamur predicatione pcenitentiœ; sic enim ccepit Do- minus evangelizare : Agite poenitentiam, appropincluavit, enim regnum coelorum. (Aug., in fine preefat. Psalm. ct•
— (10) Prmdestinati conformes sunt Filio, in jure participandœ Ive reditalis , et in participatione splendoris ejus. (D. Thom.,in Paul. Rom
— (12) Lex spiritus vitaa in Christo Jesu liberavit me a lege peccati et mortis. ( Rom. , VIII 2.)
— (13) Qui enim secundum carnem sunt, glue carnis sunt sa— Mut. Qui vero secundum spiritum sunt, quffl sunt spiritus Ittiunt. (Ibid., 5.) — (14) Quicumque enim Spiritu Dei aguntur, ii sunt filii Dei. ( Rom. , wu , 14.)
— (15) Accepistis Spiritum adoptionis filiorum, in quo clama— mus: Abba, Pater. ( Rom. , vitt, 15.)
— (16) Si autem filii et hieredes, hseredesque quidem Dei,cohleredes autem Christi, si tantum compatimur ut et conglorificemur. ( Rom. , vin, 17.)
— (17) Praedestinatio nostra non in nobis facta est, sed in oc­culto apud ipsum , in ejus prœscientia. Tria vero reliqua nobis fiunt : vocatio , justificatio, glorificatio. (Aug., Psalm. cf., in prœfat.)
— (18) D. Thom., in Rom. viii.
— (19) Aug., de Spiritu et Hist., cap. xxxiv.
— (20) Dion., de div. Nominibus.
— (21) I Tim., 1, 16.
— (22) COIOSS., 1, 24.
— (23)
Et ipse dedit quosdam... ad consummationem sanctorum in opus ministerii. (Ephes., iv, 11, 12.)
— (24) Greg. IX Papa, in Declarat. Reg. Min.
— (25) Matth., 20.
— (26) Bern., ad. Frat. de Monte Dei.
— (27) Ad hune hortum veniens dilectus Dei Filius mortificantis prenitentim myrrham matit cum aromatibus. (Greg. IX, Papa.)
— (28) Qui adhaaret Domino, unus Spiritus est. (I Cor., In, 17.)
— (29) Gal., v1,16.

Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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