+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
L'Esprit de Saint François d'Assise
Titre de la page:

Tome 2- Partie 3- Ch-9-

LA STIGMATISATION DE SAINT FRANÇOIS A ENCORE POUR BUT  DE RENDRE PLUS VIVE DANS L'ESPRIT ET LE CŒUR DES HOMMES LA MÉMOIRE DU MYSTÈRE LA RÉDEMPTION, ET DE LEUR APPRENDRE A LE REPRODUIRE  DANS LEURS ÂMES ET DANS LEURS CORPS

Nom de l'auteur:
P. Bernardin de Paris o.f.m.

CHAPITRE IX

LA STIGMATISATION DE SAINT FRANÇOIS A ENCORE POUR BUT  DE RENDRE PLUS VIVE DANS L'ESPRIT ET LE CŒUR DES HOMMES LA MÉMOIRE DU MYSTÈRE LA RÉDEMPTION, ET DE LEUR APPRENDRE A LE REPRODUIRE  DANS LEURS ÂMES ET DANS LEURS CORPS

V1- Par la faute de beaucoup d'hommes, la Passion de Jésus-Christ leur reste inutile. Ne pouvant point satisfaire son désir de leur salut en quittant de nouveau sa gloire pour remonter sur la Croix, ce divin Sauveur leur offre en saint François l'image de son crucifiement.

Le salut du monde est un dessein éternel de Dieu. Quand sa main puissante nous tenait encore sous l'empire du néant, son amour pensait à nous : par sa science infinie, qui pénètre le futur, il nous voyait; par sa bonté, qui est immense, il nous destinait à participer à sa propre gloire; mais,ar la même lumière, ayant prévunotre perte, sa miséricorde résolvait de nous relever de nos misères.

Dans ce conseil où se forment les décrets incompréhensibles de la prédestination des saints toutes les divines personnes sont d'un même accord pour concourir au dessein de notre salut : la charité en inspire la pensée, l'amour le veut, la miséricorde le demande, la justice y consent, et la sagesse éternelle dispose les voies, ordonne les moyens, prépare les grâces qui peuvent dans le temps nous conduire au ciel.

Pour l'exécution d'un si amoureux et important conseil, le Fils de Dieu fut envoyé en notre terre comme un principe du salut. Son Père lui donna toute puissance pour nous sauver, et, comme en l'exemplaire qui nous devait conduire, il recueillit en lui toutes les lumières pour nous instruire, les grâces pour nous sanctifier et les aides pour nous secourir. Ce Verbe divin ne fut pas plus tôt un homme dans le temps, qu'il commença d'accom­plir avec autant de fidélité que de miséricorde l'oeuvre que son Père lui avait commise; il parla, il agit , il souffrit , il enseigna les voies du ciel par ses paroles, les marqua par ses exemples, obtint les grâces par ses douleurs. Sa doctrine montra ce qu'il faut croire; la sainteté de ses ac­tions, ce qu'il faut pratiquer; et ses souffrances, ce qu'il faut souffrir pour obtenir le salut. Après tant de lumières si divinement communiquées, tant de grâces si efficacement acquises, tant de mystères si solidement établis, les hommes sevent sauver, et néanmoins beaucoup se perdent. Il faut que ce malheur vienne de Jésus-Christ de nous. Sa doctrine ne serait-elle pas assez assurée, ses actions assez saintes, et sa passion assez efficace? Il y aurait une insigne impiété à le prétendre. Le défaut est donc chez les hommes : les uns ignorent ce que le Fils de Dieu a fait et enduré pour eux; d'autres l'oublient et n'y pensent pas; les délicats, par lâcheté, refusent d'entrer dans les voies de la croix, qui paraissent trop amères; les orgueilleux les méprisent parce qu'elles sont trop humbles. Si Jésus-Christ suivait les ardeurs de son amour, du sein de son Père il s'élancerait derechef entre les bras de la croix pour y renouveler son sacrifice, rouvrir ses plaies, répandre encore une fois son sang; mais son Père céleste en a ordonné autrement, et l'état glorieux du Fils de Dieu ne le permet pas. Toutefois, le monde ne peut pas être sauvé s'il n'est instruit du mystère de la croix; il faut donc lui en représenter l'image et lui en faire voir le sacrifice. Qui pourra l'entreprendre, s'il n'a de l'amour pour le vouloir et en même temps la capacité de souffrir? Dans le ciel, entre les anges, les séraphins, qui sont les plus ardents en charité, ont assez d'amour pour le vouloir; mais ils hommes peuvent la capacité de souffrir pour le pouvoir; il faut donc recourir à la terre : là tous les hommes peuvent souffrir, quoique tous n'aient pas l'amour pour le vouloir.

Le Fils de Dieu, du sein de son Père, regarde François et découvre en lui l'amour des séraphins et la capacité de souffrir. Je sais bien que le Fils de Dieu est le seul auteur du salut par la puissance de ses grâces et l'efficacité de son mais je n'ignore pas qu'il emploie les hommes comme causes secondes, pour nous appliquer l'usage de ce bien infini par des moyens properr tionnés à nos faiblesses; et saint Paul ne craint point de dire que « nous sommes les coadjuteur, de Jésus-Christ », qui achevons par notre ministère ce que sa puissance a commencé par ses grâces. Donc , de la plénitude du pouvoir qu'il a reçu de son Père, et avec l'autorité souveraine de cette puissance que l'on appelle d'excellence, selon laquelle il peut établir et créer les ministres du salut des fidèles, il associe François à ce grand oeuvre de sauver le monde.

Il n'y a rien de plus divin, dit saint Denis, que de faire ce que Dieu fait, d'être associé à l'exécution de ses oeuvres comme coopérateur (1), et de représenter par des actes tous les effets de sa puissance. Le Fils de Dieu voulant donc relever le monde de sa ruine, l'éclairer de ses lumières, l'embraser de son amour, appelle François sur le mont Alverne , et à la vue de la cour céleste, comme souverain pontife de la loi nouvelle, il sacre son serviteur; par l'imposition de ses mains stigmatisées, il l'établit coadjuteur du salut éternel et l'associe à son entreprise de sauver les hommes ; afin que l'on ne doute pas de sa commission , il lui imprime ses plaies comme les sceaux qui autorisent son ministère.

Aussi François ne sort d'entre les bras de ce séraphin que comme légat a latere de Jésus-Christ, ainsi que l'appelle le pape Grégoire IX, qui a composé une hymne à sa louange, ou comme garde des sceaux de la Passion, bien instruit des intentions de son Maître. Et, comme un autre Moïse, il descend de cette montagne avec une loi d' a feu, non pas gravée sur des tables de pierre dure, mais imprimée dans sa chair tendre , par les mains qui ont créé le ciel et la terre; et nous pouvons dire qu'il est cet ange que vit saint Jean, qui s'élevait du côté de l'orient, et portait le sceau de Dieu avec pouvoir d'arrêter la sanglante exécution que les autres anges s'apprêtaient à faire, jusqu'à ce qu'il eût marqué le front des serviteurs de Dieu.

V2- L'Eucharistie est un mémorial perpétuel de la passion de Jésus-Christ, à laquelle il a voulu que son corps mystique participât toujours, surtout par les douleurs des martyres. Comme le Fils a été martyr du Père, ainsi les justes mis à mort en haine de la foi sont martyrs de la divinité du Fils; mais saint François est martyr de son humanité: les plaies de ce saint montrent aux hommes combien Coeur d'homme du Verbe incarné les a aimés.

Entre les plaies dont la nature humaine a été frappée par le péché d'origine, l'ignorance de Dieu et l'oubli de ses bienfaits sont les plus profondes : l'une est le principe de l'impiété et de l'irréligion, l'autre de l'ingratitude. Les hommes ne peuvent pas adorer une divinité qu'ils ne connaissent pas, ni rendre des actions de grâces à un bienfaiteur qu'ils oublient.

De tous les bienfaits sortis de la bonté divine, celui de la rédemption étant le plus précieux, ce qui est étonnant , c'est qu'il soit le plus oublié ou le plus méconnu. Un prophète s'en, plaint avec larmes : Voilà le Juste qui meurt, qui donne son sang et sa vie pour le salut du monde : personne ne pense à cette grâce si signalée; les hommes ne daignent pas jeter les yeux sur les mains qui ont rompu leurs chaînes. »

De l'oubli de ce mystère, comme d'une source malheureuse, coulent trois déplorables effets dans les âmes selon saint Thomas, le maître de la théologie. Elles perdent la grâce, demeurent du démon , et tombent dans un étrange dérèglement des moeurs (2)

Telle était la condition du siècle où naquit saint François; la pensée de la croix était tellement éteinte dans les coeur des hommes, que plusieurs ignoraient que Jésuss -Christ fût mort pour eux.

Le monde ne se souvenait plus de la Passion, et occupés aux choses de la terre, les hommes, avaient perdu le sentiment d'un mystère qui leur a mérité le ciel ; mais le Fils de Dieu, toujours riche en ses miséricordes, admirable dans les inventions de sa sagesse, n'a jamais montré un amour plus ingénieux pour donner lumière à ces ténèbres, relever le monde de son ignorance, et rafraîchir la mémoire de sa mort, qui était effacée.

L'homme, composé de corps et d'âme, se conduit par la foi et par les sens. Pour s'accommoder à notre condition et nous faire une démonstration sensible et raisonnable du sacrifice de la croix, Jésus a voulu qu'il fût perpétuel en deux sacrifices qui le représentent : l'un non sanglant en son corps naturel , l'autre sanglant en son corps mystique, qui est son Église. Le premier, plus divin et plus auguste, est l'Eucharistie, qui n'est qu'une continuation du sacrifice primitif du Calvaire : la même hostie est immolée en l'un et en l'autre; et ce mystère est établi sur nos autels comme un mémorial perpétuel du sacrifice de croix.

Le second, qui est sanglant, a lieu en son corps mystique. Il n'y a personne qui ne sache que le Fils de Dieu a deux corps : l'un naturel, fermé au sein de la Vierge ; l'autre mystique, engendré en ses plaies : c'est son Église, composée de fidèles. Étant leur chef, il est la personne qui soutient ce corps, et son Église ne fait avec lui qu'un Jésus-Christ. Tout ce qu'elle opère et souffre, c'est Jésus-Christ qui le fait et qui le souffre : il parle en ceux qui prêchent ; il opère en ceux qui font les miracles; il sacrifie par les mains des prêtres; il vit dans les justes; il a faim dans les faméliques ; il souffre en ceux qui pâtissent; il est crucifié dans les baptisés, et immolé dans les martyrs (3). Il était glorieux dans le ciel quand il se plaignit que Paul le persécutait en terre. Mais, pour notre séraphique saint, qui a l'honneur d'être un des plus illustres membres de l'Église, le Fils de Dieu veut renouveler le plus signalé miracle de son amour, celui de s'élancer du sein de son Père sur la croix; il descend donc derechef du ciel, et réitère en François son sacrifice. Son amour a trouvé le moyen, dans l'état même de sa gloire, de recommencer sa Pas­sion, rouvrir ses plaies et répandre de nouveau son sang.

Par ce double sacrifice, le Fils de Dieu fait une n°nstration divine et sensible du sacrifice primitif de la croix. L'Eucharistie anime les fidèles à ne pas oublier la mort de leur Dieu qu'elle leur rend présent ; et si la dureté de plusieurs ne veut rpas se rendre à l'autorité de la foi, il leur fait  voir une image sensible de son sacrifice : il s'expose à leurs yeux, en la chair de François, comme l'agneau immolé et fraîchement déposé de la croix, encore tout sanglant, ainsi que dit Lucas Tudensis, évêque, en l'Histoire des Albigeois, et par les plaies de son serviteur il montre la réalité des siennes.

C'est en ce sens que notre séraphique Père peut être au nombre des martyrs, puisque ses plaies produisent le même effet, qu'elles sont un témoignage de la mort de Jésus-Christ, et qu'elles en donnent de grands sentiments.

Je trouve trois sortes de*martyrs en l'Église, qui ont un même dessein et néanmoins différents objets.

Le premier, le plus divin, le roi des martyrs est Jésus-Christ sur la croix. Il y est martyr du Père; il meurt pour manifester sa divinité et publier son nom. Les justes qui ont versé leur sang dans les supplices, sont les martyrs de la divinité du Fils, que l'impiété a osé nier, ne pouvant se persuader que Celui que leurs yeux voient étendu sur une croix soit le Dieu de la gloire : les saints ont signé cette vérité de leur sang.

Mais il fallait aussi un martyr pour soutenir la vérité de sa chair et la réalité de ses plainte car il est également important à la gloire du Fils et au salut du monde, qu'on voie en lui un Dieu et un homme. Si on l'estime simplement homme, sa divinité ne sera pas adorée, et ses souffrait ne paraîtront pas plus efficaces que celles d'un autre homme. Si on le croit seulement Dieu, on conclura que ses douleurs sont feintes, et que mort est une pure illusion. Au temps où vives saint Francois, l'hérésie combattait le mystère de l'Incarnation ; elle réveillait l'impiété de Marcion , qui avait soutenu que le corps, la vie, les actions et la mort de Jésus-Christ étaient des choses fantastiques , des apparences sans réalité. Cette erreur étouffait dans les coeurs tous les sentiments de piété que les hommes doivent à Jésus-Christ : en effet, si sa chair est imaginaire, sa mort est une fiction, et on n'en doit être non plus touché que d'une vaine peinture; s'il n'est point mort, il n'est point notre Sauveur ; si sa passion n'est qu'une feinte, nous sommes sans espérance, et les Juifs qui en ont été les auteurs sont sans crime. « 0 le plus méchant des hommes, » disait autrefois Tertullien à Marcion, « pour établir cette doctrine impie, que Jésus-Christ n'a pas une véritable chair, tu excuses le déicide des Juifs. Malheureux, ne nous ravis pas le seul objet de notre espérance, l'ornement de la foi, la gloire de la religion, en soutenant que Jésus- Christ n'est homme qu'en apparence. »

Il a paru si important au conseil des divines Personnes d'établir la foi en un Sauveur vrai Dieu et vrai homme, que l'Écriture ne parle et les prophètes ne donnent leurs oracles que pour la confirmer ; les sacrifices, le sang des martyrs et les plaies de saint François ne tendent qu'à ce dessein, d'établir qu'en Jésus-Christ se trouvent utiles une divinité adorable et une chair véritable et mortelle. Les plaies de notre séraphique Père, qui portent témoignage de la vérité de la mort de Jésus, donc être placées au rang des miracles qui ont le plus puissamment, servi à prouver cette grande vérité, qui est le fondement de notre bienfaits que nous recevons sans relâche des mains de Jésus-Christ , il y en a trois dont la mémoire ne doit jamais se perdre dans la pensée des hommes : l'amour qu'il nous porte, l'oeuvre de la rédemption qui nous délivre, les grâces qui nous sanctifient et qu'il nous acquiert par sa mort.

L'homme, parmi les excellences de sa nature, a ce défaut, que, étant attaché à un corps, il ne s'élève à la connaissance des choses divines que par le secours des choses corporelles. Comme il ne commence à croire que par l'ouïe, qui écoute la parole de l'Évangile, souvent il ne commence à aimer que par l'oeil. Le Fils de Dieu étant caché dans le ciel par les lumières dont il est investi, et le voile,autels par la disposition du mystère qui le voile, les hommes pourraient avoir quelque excuse d'être sans amour pour un objet dont n'ont point la vue. Afin de s'accommoder à la condition, il se rend en quelque manière sensible en saint François. Ceux qui ont été prives bonheur de le contempler au Calvaire, sur le trône de ses souffrances, le peuvent envisager: en la chair de François comme en une nouvelle croix, que sa charité s'est formée, et comme sur autel où il renouvelle son sacrifice pour causer un nouvel embrasement d'amour dans le monde. Par ses plaies, il découvre un Coeur tout étincellant d'amour, et les hommes peuvent y lire ccm. bien il les aime. Saint François peut bien dire avec saint Paul : « Je viens à vous de la part de Jésus-Christ, comme son légat. Si je parle, c'est Jésus-Christ qui parle par ma bouche et qui crie par mes plaies ; voilà le traité de paix avec Dieu que je vous présente (4). »

Quand je contemple ce séraphique père stigmatisé, allant par les villages et les bourgs, me semble voir une image vivante de Jésus crucifié, et prêchant avec autant de bouches qu'il a de plaies. « Chrétiens, dit-il, lisez dans le serviteur ce qu'a souffert le Maître. Si vous êtes criminels, je porte les sceaux pour sceller l'abolition de vos crimes ; si vous les voulez laver dans le bain de mon sang, voilà les canaux par lesquels je le veux verser. » Saint François est donc assicier à cet office de saint Paul, et il peut dire avec grand apôtre : « Moi le plus petit des saints, j'ai reçu cette grâce, et le commandement m'est fait de vous publier les richesses incompréhensibles de la charité de Jésus-Christ, et de vous découvrir en ma chair la dispensation du mystère ineffable caché à vos yeux, et qui s'est passé sur le Calvaire (5), »

V3- Le Verbe a empreint sa beauté dans les créatures en les appelant à l'existence. Incarné et crucifié, il prétend imprimer l'image de ses douleurs en tous les chrétiens; aussi la Croix est-elle l'insigne du christianisme, et l'Église la place-t-elle partout sous les yeux des fidèles, afin qu'ils apprennent à la porter en leurs corps. Beaucoup d'entre eux la mettent en oubli : Dieu suscite donc saint François, et imprime en lui le mystère de la Croix et la loi de l'Évangile, pour que tous puissent les apercevoir.

Notre corps et notre âme, également déréglés par le péché, ne peuvent trouver leur réparation parfaite qu'en la grâce de Jésus-Christ, qui est le Sauveur de tous les deux ; car il est mort pour rendre au corps sa beauté aussi bien que la grâce à l'âme.

Le Verbe divin est le premier exemplaire de la nature et de la grâce ; c'est en lui et par lui que Dieu a créé toute chose. Toutefois , il faut observer les notables différences avec lesquelles Verbe empreint son image sur les créaior la Tandis qu'il est vivant au sein de son Père leur original par sa beauté, dont il répand les rayons dans l'univers ; et, du plus petit être jusqu'au plus grand, tous portent les traits leur Créateur. Mais, depuis qu'il a changé de trône, que du sein de son Père il a passé dans celui de la croix, et qu'il est couvert de plaies, c'est sur cet original de douleur et de souffrances qu'il forme son Église. La religion chrétienne, le regardant comme l'idéal qu'elle imite, ne port, plus qu'un visage de croix; elle en grave le signe sur les bronzes, les marbres et les pierres; elle l'élève sur la pointe des clochers, afin que tous ses enfants en aient la vue; le sommet et les frontispices de ses temples en sont ornés; les prêtres paraissent en leurs plus augustes cérémonies en un habit de mépris, chargés de liens, tête nue, avec des gestes qui ne forment que des croix; et c'est une chose étonnante, que la loi nouvelle, qui est celle de la douceur et de la grâce, porte un visage si austère, et que toutes ses apparences soient d'une rigueur qui semble combattre toutes les affections de la nature. C'est mur instruire les hommes; c'est pour leur rappeler cette grande vérité : que leur vie doit porter les traits de leur Sauveur, et leurs corps l'image de celui qui les a rachetés.

Si les hommes étaient fidèles à conserver la mémoire de la Croix, ils seraient tous puissamment animés du désir de conformer leurs actions aux dispositions de ce mystère ; mais l'oubli de Jésus-Christ crucifié fait couler le désordre dans dans de l'âme, et porte le dérèglement jusque dans les moeurs du corps. Dans cet oubli, la plupart se contentent du nom de chrétiens ; ils portent des visages de païens , et, sous la profession d'un Dieu crucifié, ils font des actions d'infidèles.

Le Fils de Dieu, ayant dessein non seulement de renouveler la mémoire de sa mort dans la pensée des hommes, mais aussi de les amener à rendre leur extérieur conforme à ses souffrances, a fait en la chair de saint François ce qu'il avait opéré dans le corps du premier des hommes.

Tertullien est admirable quand il nous assure que les divines Personnes, tenant en leurs mains le morceau d'argile dont notre chair est pétrie, avaient deux exemplaires de leur ouvrage: d'abord leur divinité pour créer l'âme à son image, et la marquer de leur sceau; puis Jésus crucifié, pour en reproduire les traits sur la chair (6)

Les divines Personnes ont eu le même dessein sur saint François. Au temps où il vivait, dit le grand Baronius , la corruption s'était tellement répandue dans les moeurs des hommes, qu'ils ne paraissaient plus chrétiens. Pour leur faire voir en une copie vivante ce que l'original avait souf fert, Dieu forma François dans la fournaise Saint-Esprit, et le Fils s'exprima comme au naturel en sa chair (7)

Ainsi , François est comme un second exemplaire du christianisme, où les hommes peuvent s'instruire de ce qu'ils doivent être , de ce qu'ils doivent faire, de ce qu'ils doivent souffrir. Un exemplaire, pour être parfait, doit être infaillible visible, afin que, comme vrai, il soit cru sans erreur, et comme visible il puisse être suivi. Ces de conditions ne se peuvent trouver ni en Dieu seul, ni en un pur homme : Dieu est infaillible, mais invisible; l'homme est visible, mais sujet au mensonge. Le Verbe incarné a heureusement uni ces deux propriétés en lui: comme Dieu, il est vérité et peut être cru sans erreur; comme homme, il est visible, et peut être suivi sans égarement. Caché néanmoins à nos yeux par sa retraite dans le ciel et par la disposition du mystère de nos autels, qui le voile, il s'est rendu visible en saint François , et ce saint peut être suivi sans erreur, parce que ses plaies sont conformes à celles du Fils de Dieu , qui est voie et vérité infaillible.

Notre séraphique saint , couvert de ses plaies, peut donc tenir lieu d'un second Évangile ; il approche de l'autorité du premier, puisqu'il est émané du même principe, et que l'Église l'approuve , elle qui a droit de juger de celui qui est canonique. Il a néanmoins deux privilèges signalés: l'un est de se trouver écrit, non pas de la main des hommes sur le parchemin, comme l'ancien l' Évangile, mais du doigt de Dieu sur sa propre  chair La parole écrite sur le papier peut être altérée par la malice des hommes : tous les jours, l'hérésie corrompt son légitime sens, en impose au Saint-Esprit , lui fait dire ce qui n'est pas , et rend contraireà lui-même; mais la parole imprimée sur la chair de François tient de l'incorruptibilité de son principe, et si l'Évangile écrit par les Apôtres avait été consumé par le feu, comme, par une impiété insigne, il y fut condamné sous Dioclétien, on en trouverait une fidèle copie en la chair de saint François. Par une conduite singulière, la divine Providence a voulu que les stigmates fussent en son corps comme un monument éternel, et comme les tables de la loi nouvelle où les hommes pussent apprendre , quand ils les auraient oubliées, les règles du christianisme. Et si le Juif  Philon appelle Abraham une loi exemplaire, s'il dit que tous les commandements divins se faisaient lire à tout le monde dans ses actions, nous pouvons dire avec bien plus de raison que saint François est une loi exemplaire : ses plaies en sont les caractères ; elles forment une courte mais très haute théologie de toute la morale chrétienne, où sans les longueurs du temps qu'il faut apporter en la lecture de l' Évangile écrit, le simple peut lire aussi e savant.

Le Verbe incarné, dit saint Grégoire de Nysse, est un divin sculpteur, qui a gravé sa loi sur sachair comme sur une pierre de feu , afin que ceps qui en avaient rompu les tables en leur intérieur, la vissent en son corps (8). François , dit saint Bonaventure, est une pierre de feu tirée de la fournaise du Saint-Esprit : c'est en sa chair que Jésus-Christ a imprimé les lois du christianisme, et il me semble que les plaies de ce grand saint sans dire mot, répètent hautement à tous les hommes : Soyez mes imitateurs comme je le suis de Jésus-Christ; portez en vos corps sa mortification, comme je la porte en ma chair, afin que vous soyez une manifestation de sa vie, et que vos actions soient conformes à ses souffrances, Voyez en moi ce que vous devez être en vous; et apprenez que, si vous êtes chrétiens, vous devez être en vos corps semblables à la mort de Jésus-Christ, votre Chef et votre Maître

V4- Notre corps est destiné à porter la ressemblance de Jésus crucifié, comme notre âme porte celle de Dieu. Cela découle des titres qui nous relient à Jésus-Christ comme à notre Chef, à notre Rédempteur et à notre Souverain.

Il ne faut plus que les philosophes méprisent notre corps, l'appellent un germe de corruption,un cachot plein d'obscurité, l'accusent de conjurer contre l'âme, d'être son ennemi, de la tenir en esclavage, et d'empêcher l'action de ses plusnobles puissances . Il est très bas en sa naissance, très vil en sa matière; mais, depuis que Dieu a pris la nature humaine, il l'a ennobli par son alliance.

Notre chair est entrée dès lors avec l'âme en communauté de ses privilèges: celle-ci à gloire de porter les traits de Dieu en ses grandeurs, et le corps a l'honneur d'être seul porter la ressemblance de Dieu en ses souffrances et de représenter au monde les marques de sa mort.

Les stigmates ne sont donc pas seulement pour saint François , mais aussi pour nous ; de son corps, ils doivent passer dans le nôtre : si ce n'est pas avec les mêmes douleurs, en déchirant notre chair par des plaies sanglantes, ce doit être au moins en nous faisant porter en notre corps mortel la mortification de Jésus-Christ, dont trois qualités nous y obligent : il est notre Chef, notre Rédempteur et notre Souverain.

C'est au sein de la Vierge que le Fils de Dieu a commencé d'être notre Chef, par l'union de sa divine Personne avec notre nature; mais c'est sur le Calvaire qu'il est entré en l'usage de cette qualité, parce qu'il y a engendré son Église, qui est son corps; et il se l'est unie, dit saint Paul, en la dignité de son sang.(9) Il a donc alors marqué en sa propre chair la forme extérieure qu'elle doit porter jusqu'à la fin des siècles, et, comme chef, il l'a remplie de son esprit, qui est un esprit de souffrance.

« Ceux qui sont à Jésus-Christ, » dit saint Paul « font d'eux-mêmes un Calvaire, où ils crucifier: leur chair (10); » parce que, selon saint Augustin, la grâce qui a fait de Jésus-Christ notre chef, n'est point différente de celle qui nosu rend ses mebres, et l'esprit qui l'anime est celui qui nous sanctifie.

Le titre de Rédempteur nous acquiert à Jésus. Christ par un autre droit. Nous étions serfs du péché et esclaves du démon ; mais , ayant été rachetés de notre servitude par la dignité du sang du Fils de Dieu, nous sommes à lui comme esclaves à leur seigneur. « Glorifiez Dieu, et portez-le en votre corps (11) » conclut saint Paul ; il lui appartient ; il se l'est acquis. Rien n'est plus juste que, étant à Jésus-Christ, nous portions en notre chair ses livrées, qui sont celles de sa croix.

Tertullien nous assure que le Fils de Dieu a consacré notre corps pour être son temple et son sépulcre : un temple où il veut être entretenu vivant par de continuels sacrifices, dont notre chair est la victime ; un sépulcre , en ce que le chrétien , portant partout les marques de la Pas­sion par la mortification de sa chair, fait voir à tout e monde quelle a été la mort de Jésus-Christ (12).

Il faut donc que le chrétien, comme saint Paul , Iire toute sa gloire de la croix de Jésus- Christ ; que pour son amour il paraisse crucifié aux yeux du monde, qu'il soit une victime perpétuelle, et de s'estime jamais plus honoré que de porter en cli,echair les stigmates de Jésus-Christ, comme des 'narques qui publient qu'il tient à gloire d'être au rang des esclaves de son Prince.

Le Fils de Dieu est notre Souverain et notre Juge tout ensemble : ces deux titres se trouvent unis enlui sur la croix. Il s'est abaissé devant son Père, et le Père lui a donné toute souveraineté sur ses créatures ; il a en sa présence porté des peines extrêmes par la malice des hommes, et le Père l'a établi leur Juge souverain, il demande que nous nous abaissions comme des vassaux devant leur Seigneur. Juge, il requiert que nous souffrions et fassions pénitence comme des criminels obligés de satisfaire à la justice infinie. Et, par un excès digne de son amour, afin que les hommes ne diffèrent point d'entrer dans les voies de cette pénitence, il diffère d'exercer les actes de Juge jusqu'au grand jour des récompenses. En attendant , sans prendre nos péchés,il en prend sur sa chair la pénitence ; sans serendre pécheur, il se présente à son Père comme  une hostie expiatrice du péché. C'est la raison pour laquelle la religion chrétienne est une profession singulière de souffrances et d'himilité. Pour se rendre conforme à celui qui, de Juge s'est fait sa victime sur le Calvaire, l'Église, après avoir reçu de ses plaies les grâces qui c sanctifient, veut entrer en communication de pénitence : bien instruite des intentions de son Chef, elle sait qu'il n'est mort sur la croix que, pour offrir à son Père ceux qu'il rachète, comme autant d'hosties de pénitence vivantes en esprit mais mortifiées en leur chair, et que jamaieds ne peuvent espérer de participer aux douceurs de sa miséricorde, qu'ils n'aient satisfait à sa justice par la pénitence (13)

L'obligation de souffrir et de porter sa croix n'est pas seulement de bienséance ; elle est de nécessité très étroite au salut. Il n'y a point de condition qui s'en puisse dispenser, parce qu'elle est générale, regarde le grand comme le petit, les rois comme les sujets, et qu'il n'y a personne qui n'appartienne à Jésus-Christ, ou comme membre à son Chef par la foi et par la grâce, ou comme racheté à son Libérateur, ou comme criminel à son Juge.

RÉFÉRENCES

— (1) Nihil enim est praestantius ac omnibus divinius est, quam Dei cooperatorem fieri. (Dion., de ecel. Hier., cap. III.)
— (2) D. Thom., opus de Sacrant. ult., cap. II.
— (3) Dubium non est quin in martyribus occidatur, et in iis qui pro fide vincula, verbera patiuntur, quia eadem in iis patiatur Christus. (Lbr.)
— (4) Pro Deo legatione fungimur, tanquam Deo exhortas per nos. Reconciliamini Deo. (II Cor., y, 20.)
— (5) Eph., au, 8.
— (6) Quandocumque limus exprimebatur, Christus cogitabatur homo futurus : ita limus hie jam tune imaginem induens Christi futuri in carne non tantum Dei opus erat sed et pfgnus. (Tertul., de &sur. Garnis, cap. vt.)
— (7) Baron., t. XI, Ad ann. 1181
— (8) Greg. Nyss., de vita Mosis.
— (9) Facti estis prope in sanguine Christi. (Ephes., ii, 13.)
— (10) Qui sunt Christi carnem suam crucifixerunt cum vitiis et concupiscentiis. (Gal., y, 24.)
— (11) Glorificate et portate Deum in corpore. (I Cor., v, 20.)
— (12) Tertul., de Resurr., cap. wv.
— (13)
Christus mortuus est, ut nos offerret Deo mortificatus carne, viviticatos autem Spiritu. Tanquam victimas. (10 Hieron., I Pe tr., m.)

Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
1
9
2
10
3
11
4
12
5
13
6
14
7
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P.Bernardin-de-Paris-ofm.cap.-Tome-2-Partie-3-Ch-15-La-gloire-de-St-Francois-au-ciel-et-sur-la-terre-jusqu-a-la-fin-du-monde.html
Restaurant de mon fils François Pour choisir une autre série Le commerce de mon fils Marcel