+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
L'Esprit de Saint François d'Assise
Titre de la page:

Tome 2- Partie 3- Ch-13-

LA MORT DE SAINT FRANÇOIS A POUR CAUSE UNE CHARITÉ  PARFAITEMENT SEMBLABLE A CELLE DE JÉSUS-CHRIST

Nom de l'auteur:
P. Bernardin de Paris o.f.m.

CHAPITRE XIII

LA MORT DE SAINT FRANÇOIS A POUR CAUSE UNE CHARITÉ
PARFAITEMENT SEMBLABLE A CELLE DE JÉSUS-CHRIST

V1- Toutes les grâces que saint François a reçues pendant sa vie ont tendu à l'élever à un degré de charité qui soit la consommation de cette vertu.

La sainteté du séraphique François est l'ouvrage commun de la grâce et de la charité ; ces deux divines formes ont différemment concouru à sa production : l'une l'a commencée et l'autre l'a achevée. La grâce a séparé son âme du péché et de la créature, et a disposé son coeur pour recevoir la charité, qui n'entre jamais que dans un sujet dignement préparé. Étant la reine de toutes les vertus, elle couronne les mérites des justes; ils sont autant saints qu'ils ont d'amour : la plénitude de leur sainteté est la plénitude de leur charité.

Cette faveur relève bien l'état de saint François, elle le fait entrer dasn une admirable
ressemblante avec les divines Personnes dans le ciel où le Père et le Fils achèvent tout le commerce de leurs mutuels regards et lumières en la reproduction du Saint-Esprit, dans lequel ils se reposent et se consomment en amour; aussi est-il appelé la consommation de l'adorable Trinité. La sainteté de notre homme céleste étant une effusion de la divine, elle imite son principe en ceci, que toutes les lumières et les ardeurs, les inspirations, les grâces, les flammes de charité qui ont commencé et continué sa sainteté, se sent terminées divinement ce un éminent amour, qui en est la consommation.

Au ciel seulement, la charité est dans un degré d'élévation qui ne peut être augmenté, parce qu'elle est unie à la fin après laquelle elle soupire. Durant cette vie, qui est un voyage où l'on avance toujours, l'amour divin suit les conditions du séjour où il réside : il n'est pas parfait aussitôt qu'il est formé ; il a ses âges, ses temps et ses différences. « Il ne prend naissance au coeur des justes, » dit saint Augustin, « que pour y être élevé par un continuel progrès, et avancer sans relâche vers sa perfection dernière; il est parfait quand l'âme , toute défaillante à elle-même, désire se voir libre des liens du corps pour se joindre sans empêchements à Dieu, qui est son terme final (1) »

Nous sommes assez instruits par l'Écriture sainte que dans les méchants il y a une suite, une tissure et une malheureuse chaîne de péchés, de crimes et d'offenses, que Dieu connaît, c qui s'achève par la dernière de leur vie. Ce et final où ils meurent, est la consommation de leur infortunée vie ; Dieu forme d'après lui le décret effroyable de leur réprobation, et coupe le fil de leur existence, pour faire d'eux un objet de sa justice.

En la lumière de la même foi , nous savons que dans chaque saint il y a une mesure de grâce que Dieu sait, et qu'il a ordonnée dans le même conseil où il fait les décrets incompréhensibles de l'élection des saints ; sa main la leur confère durant le cours de leur vie, et elle s'achève par le dernier acte d'amour que leur coeur produit (2). Selon saint Augustin, cette mesure n'est pas égale. Quoique Dieu soit indivisiblement tout en tous les saints , ce n'est pas également. Maître de ses grâces, il les souffle où il veut, et les distribue dans le degré qui lui plaît ; chacun a son don, différent d'un autre : celui qui est moins saint participe moins à l'amour du Saint-Esprit (3). Je n'ai pas dessein de faire comparaison de notre séraphique Père avec les autres saints, et de rechercher s'il les devance en grâce et en amour, quoique l'on pourrait dire avec assez de solidité qu'il y en a beaucoup qu'il surpasse puisqu'il a commencé les voies de sa perfection où plusieurs la finissent. Je pourrais être accus de témérité si j'entreprenais de découvrir quelle est la mesure de la grâce et de la charité que Dieu, en son divin conseil, avait destiné de lui conférer : c'est un secret réservé à la science. Néanmoins je puis sans crainte dire deux choses :

La première est que le comble de sa grâce et de son amour a été très haut; car telle est la conduite de Dieu sur ses saints : il proportionne toujours la charité à la grâce. Saint François ayant donc reçu des grâces très singulières, a dû posséder une charité très éminente. Selon saint Bonaventure, Dieu a créé dans chaque homme une capacité pour la grâce : c'est en Jésus-Christ qu'il l'a totalement remplie, et après lui en Marie; mais ensuite François est un des saints en qui la bonté divine a le plus hautement ouvert et comblé cette capacité.

En second lieu, on peut assurer que ce grand saint a toutes les marques, soit extérieures, soit intérieures, d'une charité parfaite et d'un amour consommé.

V2- Les marques extérieures d'une éminente charité ont paru en Notre-Seigneur et en saint François. Elles consistent dans le désir de mourir pour la gloire de Dieu et le salut des hommes, dans l'amour des ennemis, dans le dépouillement des biens de la terre, et enfin dans les plaies.

La charité qui fait les saints de la terre n'est pas du rang des choses sensibles. De sa nature, elle est spirituelle, éloignée de la vue des sens, cachée au fond de l'âme, où les yeux ne peuvent pénétrer. Étant une effusion de la charité de Dieu même, elle tient de la condition de son principe : il nous aime, et son amour nous est invisible; c'est une douce, tendre et amoureuse affection qu'il porte dans le secret de son essence. Pour nous la découvrir, il est sorti de lui-même en la production des créatures ; ce sont autant de rayons qui nous la manifestent. Mais c'est sur la croix qu'il nous en donne des preuves plus éclatantes : la mort qu'il souffre, la dilection des ennemis qu'il pratique, la nudité où il expire, et les plaies qu'il porte, font une démonstration sensible de son éminente charité.

De cet original qui a autant d'amour que de douleur, saint Bonaventure tire les marques extérieures de la charité parfaite (4), qui est de deux sortes, l'une de nécessité et de suffisance, l'autre de privilège et d'excellence. L'observance des commandements et l'exemption de péché sont les marques d'une charité de nécessité suffisentee à salut ; mais les preuves d'une charité d'éminence et d'excellence sont formées sur celle que le Fils de Dieu a exercée sur la croix; elles ont été admirablement recueillies en saint François sur la fin de sa vie.

La première est le désir de mourir pour la gloire de Dieu et le salut de ses frères.

De tous les présents que l'homme a reçus, en la nature, des mains de son souverain Créateur, celui de la vie est le plus précieux ; elle est la fin du monde sensible, car il rapporte à la vie tout ce qu'il a d'utile et d'agréable pour son entretien ou pour ses délices. Le ciel n'a de lumières et d'influences, la terre n'a de fruits , et la mer de nourrissons que pour entretenir la vie ou la flatter. L'homme aime donc la vie par- dessus toute chose, d'un amour naturel et sensible ; il chérit tout ce qui peut la conserver, fuit tout ce qui la peut détruire; il ne peut donc par inclination vouloir la perte de la vie; s'il s'y expose, il faut que ce soit par un puissant motif.

Saint François aimait sa vie d'un double amour: comme homme il l'aimait d'un amour naturel; comme vertueux il l'aimait d'un amour raisonnable. L'homme vertueux aime d'autant plus sa vie, qu'il la connaît être meilleure. Notre saint ne pouvait pas naturellement en désirer la privation, et néanmoins il s'expose jusqu'à quatre fois au péril de la perdre; il passe en Égypte , il vole en Afrique, pour trouver l'occasion de satisfaire son zèle. Vers la fin de ses jours il monte sur l'Alverne , pour éprouver si les mains de l'amour lui seront plus favorables que celles des hommes, si ses flèches lui ôteront une vie que la cruauté des bourreaux lui a conservée.

Cette ardeur de mourir est l'effet d'un amour consommé. Le feu d'une charité médiocre est suffisant pour observer les commandements ordinaires de Dieu ; mais il faut les flammes d'une charité très ardente pour vouloir lui donner sa vie et son sang. « En vérité, » dit Jésus-Christ, « l'amour est à son plus haut point d'ardeur quand il entreprend de mourir pour la gloire de Dieu et le salut de ses frères ; s et je puis dire, avec Origène, que la volonté qu'il avait de souffrir montre que véritablement il aimait, et que son amour était d'autant plus éminent qu'il était prêt à mourir pour l'Église (5)

La dilection des ennemis est une seconde marque de la charité parfaite, parce que cet amour fait violence à la nature, qui arme toutes les passions pour se défaire d'un homme dommageable. Aimer celui qui nous offense, c'est l'effet d'un amour consommé, c'est la charité des parfaits , dit saint Augustin (6) elle nous fait imiter Dieu même, qui oblige de ses bienfaits ceux qui viole ses lois et outragent sa gloire. Et le verbe incarné, comme Fils de son Père céleste, a consacré cet amour en la croix, et a voulu finir sa vie par cette divine dilection, en priant pour ceux qui la lui ravissaient.

Je ne vois point que saint François ait pu avoir des ennemis sur la terre, parce qu'il était mort à tous les objets qui font les inimitiés entre les hommes, c'est-à-dire à l'amour des biens, de la vie et de l'honneur. Son éminente pauvreté, sa profonde humilité et le désir de mourir éloignaient de son coeur tous les mouvements qu'excite la vengeance. La main qui lui eût ravi la vie, ou l'honneur, ou quelque chose temporelle, sans y penser, se serait accordée avec ses vertus, et aurait contenté ses inclinations.

Il est vrai qu'il aimait trois objets d'un amour singulier : la gloire de Dieu, le salut de ses frères et la religion qu'il avait fondée. L'offense de ces trois objets était bien capable d'allumer avec justice son zèle et d'animer sa colère : c'est ce qui a eu lieu.

Frère Élie, son ministre général, ayant altéré la sainteté de son Ordre, avait par ce relâchement offensé la gloire de Dieu, intéressé le salut de ses frères, et outragé saint François en la partie qui lui était le plus sensible. Mais ce grand saint, à l'imitation de son Maître qui avait prié sur la croix et obtenu des grâces pour ceux qui lui êtaient la vie, exerça deux actes d'une singulière dilection envers cet ennemi de toute sainteté; il pria, fit révoquer a condamnation éternelle, et en lui donnant sa bénédiction avant de mourir il lui obtint des grâces. François mourut-il dans l'exercice de la dilection des ennemis, qui est l'amour des parfaits.

Le mépris des richesses et l'amour de la pauvreté est une troisième marque de la charité parfaite. La où cette vertu est souveraine, dit saint Bonaventure, elle bannit du coeur tout ce qui peut l'arrêter de s'élever au ciel (7) Or, l'avarice est le poison de la charité, dit le grand docteur de l'Église; c'est la racine de tous les vices qui nous détournent de Dieu, assure saint Paul. Aussitôt que la reine des vertus, c'est-à-dire la charité, est née dans un coeur, elle le purifie de ce venin mortel; à mesure qu'elle augmente, elle élimine le désir des biens temporels; et quand elle est arrivée à son dernier degré de perfection, comme un feu consumant elle éteint totalement l'amour des choses de la terre, dit l'incomparable saint Augustin. Jésus-Christ, le grand maître de la charité, a voulu nous instruire par lui-même du haut de la croix, comme de la première chaire du monde. Pour nous découvrir l'éminence de son amour, il est mort nu, couvert seulement de ses plaies. De cette source de feu, la charité a répandu ses flammes sur le pauvre François, pour produire en lui le même dépouillement qu'en son Maître. Et il faut avouer que l'amour régna dans son coeur en souverain : il l'échauffa tellement de ses divines chaleurs, que le pauvre François ne put même plus souffrir son habit. Avant de mourir, il se dépouilla de tous ses vêtements; et se mit nu sur la terre : c'était un or qui achevait de s'affiner; la charité avait consumé en lui tout ce qui était terrestre, et l'avait rendu comme ces essences qui n'ont plus de matière et sont devenues tout esprit.

Enfin, les hommes étant insensibles au point de ne pas se rendre à tant de preuves de l'éminent amour de Jésus-Christ sur sa croix, il cherche encore à les convaincre par les yeux et par les sens; il leur fait une démonstration plus éclatante de sa dilection par ses plaies. Ce sont autant de bouches qui publient l'éminence de sa charité. En vérité, » dit saint Paul, Jésus-Christ a bien fait voir avec éclat combien sa charité est illustre, glorieuse et généreuse, en mourant pour des impies qui ne méritaient que la mort (8). »

François était arrivé à ce degré d'amour que saint Bonaventure appelle violent (9), et dont ardeur blesse et lie le coeur. C'est cet amour qui était monté sur la croix, et qui de sa flèche aigue avait blessé l'immortel, et de ses liens avait lié le Tout- puissant : et c'est de ce trône de dilection que l'amour plein de feu, armé de ses flèches  et chargé de liens, vient fondre sur François, le blesse, et le lie à son Maître des liens de la charité.

L'amour, né au coeur de saint François dans les premières années de sa conversion, n'avait pas tant de chaleur qu'il ne se pût tenir renfermé dans ses veines; mais dans le progrès de sa vie, s'étant converti en ardeur, et de l'ardeur ayant passé à la ferveur, s'est fait jour avant que le saint sortît de ce monde, et, comme une flamme que l'épaisseur de quelque matière a tenue enfermée, il s'est répandu, s'est exhalé, a éclaté parnlérae, autant d'ouvertures qu'il avait de plaies, publiant que la charité l'avait blessé.

L'oeil ne peut plus jeter la vue sur le Maître et le serviteur qu'en eux il ne lise partout Amour. Ne voyez-vous pas, disent-ils, comme l'amour s'est gravé lui-même en notre chair, avec ses caractères de sang et de feu? Si vous voulez savoir qui nous a navrés de la sorte, ce sont les mains de la belle dilection. Elle nous a frappés ; l'amour a triomphé de nous; nous sommes ses trophées; qu'il a planté en nos corps ses enseignes, victorieux qu'il est de nos coeurs.

François, le bien-aimé de l'Époux, est une pierre de feu que les flammes de la charité ont embrassée, qui en jette que des étincelles d'amour, parce qu'il m'a renfermé dans son coeur, moi qui suis tout feu , » dit le Fils de Dieu à sainte Brigitte (10)

V3- Les marques extérieures d'une éminente charité ont été en saint François, ses soupirs vers l'objet de son amour, ses désirs, ses langueurs, ses extases.

La charité était au fond du coeur de saint François comme une reine sur son trône. Elle y exerçait deux sortes d'actions : les unes qu'elle commandait et faisait exécuter au dehors par les puissances du corps, l'oeil, la main, le bouche. les autres qu'elle produisait immédiatement au dedans par elle-même, et qui coulaient de son essence comme de leur principe.

Ces actes découvrent d'autant plus assurément la grandeur de l'amour, qu'ils sont intérieurs: ce sont, dit saint Bonaventure, les signes d'une charité parfaite (11)

Dès que notre grand saint eut reçu la promesse solennelle de sa future béatitude, son coeur fut touché de deux mouvements : la joie et la tristesse. Il se réjouissait, se consolait, tressaillait à la pensée d'une si admirable promesse; mais il gémissait de se voir encore éloigné de son Bien-Aimé et, du plus intime de son coeur, il en croyait vers lui de profonds soupirs, comme entant de messagers d'amour. « Du milieu de 'a on bannissement, » disait-il, « de toute l'étendue de ma voix j'ai crié au Seigneur et l'ai conjure d'écouter les soupirs de ma bouche. Mes lèvres ont répandu mes prières et mes gémissements au pied de son trône. 0 Seigneur, tirez mon âme de la prison qui la captive. Que votre puissance brise les fers qui l'empêchent de se rendre entre vos bras et de s'élancer dans votre sein comme dans celui de mon Père, afin que, entrée dans la liberté des enfants de Dieu, elle loue éternellement votre nom adorable (12). » L'amour tiède, dit saint Bonaventure, laisse le coeur sec et aride; mais l'amour ardent le fond, le dissout en pleurs, larmes, soupirs et gémissements sensibles.

Des profonds soupirs François passa à de hauts désirs de Dieu : ce sont les secondes marques d'une parfaite charité. Comme tous les êtres, selon saint Augustin, ont un poids qui les porte à leur centre, Dieu étant celui des coeurs, l'amour divin les élève à lui comme avec des ailes de feu, quand ils sont dans la privation de sa présence. « Le don de votre amour, que vous répandez en nos coeurs, » dit ce grand saint, « les brûle et les enlève de terre; et plus cet amour est ardent, plus les désirs amoureux des eoel sont puissants pour les enlever de terre et les porter en Dieu (13). »

Les douces pensées de l'éternité et l'amour de son divin Maître avaient allumé tant de feux  et tant de flammes au coeur de François, qu'il possédait les ardeurs et tous les mouvements de élément, qui va toujours s'élevant. Rien ne pouvait plus l'arrêter en terre : il aimait, il brûlait, il désirait, il montait, il volait ; la charité l'enlevait de terre. « Je me suis adressé au Seigneur,» disait-il quelques moments avant de mourir, et en l'excès de mes plus grandes ardeurs j'ai dit: Vous êtes, ô mon Dieu, l'objet de mes espérances ; votre bonté sera mon heureux partage en la terre des vivants (14)

Les ardeurs et les ferveurs, les soupirs et les désirs ont fait tomber ce séraphin de la terre dans une divine langueur. La charité, comme un feu céleste, a consumé en son coeur les esprits en les faisant servir aux ardeurs de la volonté et aux actes de l'amour. Comme une flèche, elle a épuisé par ses blessures le reste de ces esprits dans l'ardeur des désirs et des soupirs. A mesure que les forces de l'âme augmentent, celles du corps diminuent, parce que le coeur ne lui fournissant pas assez d'esprits, qui sont les ministres de la vie, il tombe dans les défaillances et dans langueurs. C'est pourquoi saint François, pendant dant les deux ans qui ont suivi la réception de stigmates, a souffert sans relâche une divine langueur : l'amour, comme un feu domestique, consurmait insensiblement ce qu'il avait de vie.

«Il y a cette notable différence, » dit Origène, entre le simple amour, l'ardeur et la langueur: ceux qui commencent aiment; les profitants dans je progrès brûlent ; mais les parfaits languissent (15) » François, arrivé au degré de la charité parfaite, faite languissait, et, sous les ardeurs et les violences de l'amour divin, il s'écriait amoureusement à son Dieu : « Ah! que je meure ! mais que je meure de la flèche du saint amour, ô ma douce langueur ! »

Ou bien, disons que cette divine langueur ne procédait pas tant de l'épuisement des esprits naturels de la vie que de l'effet des divines touches sur son coeur. Doucement ravi des torrents des délices éternelles, il avait un dégoût de tout ce qui était de la terre, et, tout languissant, il regardait avec dédain ce que le monde a de plus sensible. Rien ne le pouvait satisfaire que son unique Dieu ; il n'aimait et ne chérissait que lui, n'avait soif que de lui, ne désirait que lui, ne respirait que lui, ne soupirait que pour lui, ne brûlait qu'en lui, ne se reposait qu'en lui, ne goûtait que lui. « Allez dire au Bien-Aimé de mon coeur que je languis d'amour; que les ardeurs de la sainte charité me ravissent si doucement à moi-même, que je méprise tout ce que le monde adore, et je dédaigne tout ce qu'il me présente de plus sensible. »

Ces amoureuses langueurs ont enfin jeté notre séraphique saint dans de divines extases. Elles sont de deux sortes : d'esprit et d'entendements de coeur et de volonté. Les premières ont lien la vue d'une vérité rare et inconnue, dont la lueur ravit si puissamment l'esprit, qu'il sort comme hors de lui-même, et, s'élevant au-dessus de toutes les opérations des sens, il se donne tout, entier à la contemplation de cette lumineuse vérité. L'extase du coeur est causée par les touches du saint amour. Dieu, découvrant à l'âme la face de sa douce beauté, l'attire suavement mais fortement à l'aimer; la volonté, ainsi ravie à la splendeur de cette suraimable beauté, ne pouvant plus résister à ses doux attraits, sort d'elle-même pour s'en donner la jouissance.

François a porté cette double extase, d'entendement et de volonté. Cette seconde est bien plus divine que la première. Depuis la réception de ses sacrés stigmates, sa vie était une perpétuelle extase de coeur et d'affection en son divin Maître. Dieu, lui montrant les splendeurs de son aimable beauté, lui ravissait si puissamment le coeur, que souvent, le corps se laissant aller aux mouvements de la volonté, on le voyait élevé de terre au-dessus des plus hauts arbres, et quelquefois jusqu'à la moyenne région de l'air.

Ces grandes opérations sont les effets d'un amour consommé. Il n'y a qu'une charité par-faite, dit saint Bonaventure, qui puisse causer ces miraculeuses extases, et qui imprime à l'âme une si forte tendance vers l'objet aimé, qu'elle sort d'elle-même pour le joindre. L'amour était trop violent au coeur de notre saint pour le laisser en sa propriété naturelle ; la charité consommée le tirait toujours hors de lui-même pour faire vivre son âme plutôt là où elle aimait que là où elle animait; c'est-à-dire pour le faire vivre en Dieu d'une vie toute divine, élevée au-dessus des sens, qui enfin l'a conduit à un état où, son coeur ne pouvant plus soutenir les efforts de l'amour, son âme s'est déliée de son corps, et ç'a été sa sainte mort.

V4- Malgré l'utilité que leur présence apporte à la terre, les saints la doivent quitter par une mort qui, unie à celle de Jésus-Christ, est un sacrifice offert à la souveraineté, à la justice et à la sainteté de Dieu.

Je me suis souvent étonné que les saints, qui sont les plus justes des hommes, soient soumis aux lois de la mortalité aussi bien que les plus criminels. La mort frappe en aveugle l'innocent et le coupable, le religieux et l'impie. La vie des saints étant si glorieuse à Dieu par leurs miracles, qui manifestent sa puissance; si utile l'Église par leur grâce et leur doctrine, qui l'éclairent et l'édifient; si profitable au monde par la sainteté de leurs actions, qui servent d'exemplaire plaires aux hommes, ne devrait-elle pas être éternelle ? Si leur puissance attire les bénédictions du ciel sur la terre, pourquoi en sont-ils retirés? Et ne peut-on pas dire des saints ce qu'on disait d'un empereur, qu'il aurait dû ne jamais naître ou ne jamais mourir, parce qu'il était homme de bien et qu'il eût été juste que Rome ne le connût pas, puisqu'elle devait être privée de lui ?

Quoique nos regrets de la mort des justes soient assez bien fondés, la raison, éclairée de la foi, nous apprend que trois principes les soumettent à cette dure nécessité : ce sont la nature où ils sont nés, le péché originel où ils ont été conçus, et la grâce où ils ont été baptisés; ils doivent mourir comme hommes, comme pécheurs et comme chrétiens.

Notre naissance est la cause de notre mort, dit Tertullien. Notre corps étant composé de qualités contraires, il faut qu'il périsse sous la violence du combat qu'elles se livrent sans relâche. Les saints, ayant reçu de Dieu l'être qui les rend hommes, doivent mourir ; leur mort est un sacrifice que la nature offre à la souveraineté divine , et il peut être appelé un sacrifice de louange. Car les saints s'anéantissent par la mort, qui détruit leur être; elle honore l'éternité de l'être divin et proteste qu'il est seul existant Par lui-même. Dans ce sentiment, saint Paul appelle la mort un sacrifice. (16)

Les saints, comme enfants d'Adam, doivent encore un sacrifice d'expiation à la justice divine. Nés criminels en ce père, ils doivent comme luisubir la mort, que saint Paul appelle le fruit et le salaire du péché. (17)

Les saints, enfantd d'un Dieu crucifié, doivent mourir, parce qu'ils sont régénérés en la mort de ce divin Père. La grâce qui les fait chrétiens, selon saint Paul, leur imprime la disposition d'offrir leur mort comme un sacrifice qui honore la sainteté divine de Jésus-Christ, ainsi que par la sienne il a honoré la sainteté de son Père. « Ne savez-vous pas, mes frères, » dit ce grand apôtre, « que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous sommes purifiés en sa mort et ensevelis avec lui? » Parce que, comme l'enseigne le plus grand Docteur de l'Église (18), la grâce qui a fait cet Homme-Dieu Christ, nous a faits chrétiens. Cette grâce, ayant été en son coeur comme un poids perpétuel qui l'inclinait à la mort, imprime la même inclination à tous les chrétiens, afin d'honorer par leur mort celle de leur Chef, qui, en sa qualité d'homme, a offert la sienne à son Père comme un sacrifice de louange à sa souve­raineté ; en sa qualité de fils de l'homme ou d'Adam, l'a offerte comme un sacrifice d'expiation à la justice de son Père, et en sa qualité Christ, saint et Fils de Dieu, l'a offerte comme un sacrifice à la sainteté divine. C'est ce qui nous doit inspirer une particulière dévotion à la mort des chrétiens : nous n'y devons assister que comme à un sacrifice public, à un dernier devoir rendu à Dieu

V5- -Saint François doit mourir, d'abord pour offrir à Dieu tin triple sacrifice, comme homme, comme juste et comme saint; puis il le doit encore comme stigmatisé.

Saint François, né homme en la nature, pécheur en Adam, chrétien en Jésus-Christ, devait donc mourir. Comme les autres justes, il était obligé d'offrir trois sacrifices : celui de louange à la souveraineté de Dieu , celui d'expiation à sa justice, et celui d'imitation à la sainteté de Jésus-Christ. Mais, par-dessus ces raisons de mort communes à tous les hommes, il avait un principe de mort singulier ; c'était l'état d'hostie perpétuelle, qu'il portait par ses plaies.

La mort et la destruction de la victime sont de l'essence du sacrifice. Celui-ci a quatre parties: la préparation, la consécration, l'oblation et la mort. Cette dernière est la consommation de l'hostie, et l'achèvement du sacrifice en ce qu'elle détruit et anéantit tout pour référer à Dieu tout comme à la fin où toute chose se rapporte. saint François était une hostie préparée, consacrée, offerte sur la montagne d'Alverne , des latins de Jésus-Christ. La mort devait donc suivre ces dispositions et consommer totalement Ssan sacrifice sur le même mont qui lui avait servi d'autel et de temple; mais, par une dispensation divine, elle fut suspendue pour quelque temps, et, par un dessein spécial, Dieu voulut qu'il vécût encore après ses plaies, pour l'honneur de ean Maître et l'utilité de l'Église, afin que pendant l'espace de deux ans il fût une hostie vivante, et honorât l'état singulier de Jésus vivant trois heures sur sa croix, entre des blessures mortelles, pour instruire le monde de ses paroles et l'édifier de ses exemples.

Mais prenons les choses de plus haut :

Le Fils de Dieu est l'auteur des trois baptêmes que l'on nomme baptême d'eau, de feu et de sang. Ces trois baptêmes coulent également du fond de son Coeur ; ils ont leur source en ses divines plaies. Au moment où le côté lui a été ouvert par le fer d'une cruelle lance, il a fait échapper par cette amoureuse ouverture l'eau pour laver, le feu pour embraser, le sang pour consacrer. L'eau lave du péché ceux qu'elle baptise pour en faire des justes ; le feu embrase les justes pour en faire des saints; le sang consacre les saints pour en faire des hosties.

Jésus-Christ n'a pu être baptisé du baptême d'eau de la loi nouvelle; il n'avait point en lui le péché, qui en est la matière et l'occasion. Mais il a été baptisé sur la croix du baptême de feu et de sang : le Saint-Esprit était au fond de son Coeur, qui le portait à la mort, dit saint Paul .

Tous les saints sont baptisés du baptême d'amour ; mais le baptême de sang il l'appelait son baptême, et il entendait en parler lorsque, en l'excès de son amour, il disait ces profondes paroles : « J'ai un baptême que mon Père m'ordonne que je me forme moi-même, et dont je dois être baptisé. Ah! je me vois ardemment pressé qu'il s'achève : mon coeur soupire après le moment où je me verrai plongé, lavé, et tout baigné de mon sang (19) »

C'est à la participation de ce baptême sanglant qu'il appelle quelques âmes éminentes en sainteté. Il conduisit sur le Calvaire sa divine Mère, son bien-aimé saint Jean et sa chère amante Madeleine; il les baptisa du baptême de son propre sang.

François participe à ce privilège. Jésus-Christ, l'ayant conduit sur la montagne d'Alverne, fit couler sur lui, du fond de son Coeur et du milieu de ses plaies, deux fleuves, l'un de feu et l'autre de sang ; il le baptisa de son double baptême, du feu dont il embrasa son coeur, et du sang dont il trempa sa chair, la consacrant comme une hostie destinée à la mort.

Nous pouvons donc, en faveur de saint François, tirer cette conclusion de saint Paul : « Qui- conqueest baptisé, est baptisé en la mort de Jésus-Christ; il doit donc mourir et être enseveli avec lui. » Le séraphique saint François, ayant été baptisé du sang de Jésus-Christ d'une manière spéciale, doit donc mourir; en ce baptême il a contracté une très grande obligation de mort.

Sa consécration comme hostie a confirmé cette obligation; car Jésus-Christ, sur l'Alverne aussi bien que sur le Calvaire, n'a que des ordonnances de mort ; et au moment où ses plaies ont été imprimées en son serviteur, François a reçu une réponse de mort, comme parle saint Paul (20).

Sa mort est donc l'accomplissement de tout le mystère admirable qui s'est passé sur l'Alverne; le principe qui lui a infligé ses plaies lui doit ôter la vie ; le pontife qui l'a consacré comme hostie sur cette sainte montagne doit être présent dans la maison de Notre-Dame-des-Anges, où ce saint va expirer, pour consommer son sacrifice, l'immoler par la destruction de sa vie et le rendre une victime parfaite. Et Dieu, qui ne fait rien sans un profond conseil sur ce grand saint, va l'élevant toujours à lui par des voies adorables. Il veut qu'en mourant François prenne son corps sacrifié sous les voiles de l'Eucharistie, parce qu'il tient, comme Pontife, à se trouver présent, afin de rendre le sacrifice de son serviteur plus agréable à son Père, de sanctifier sa dernière immolation, et de l'achever par les mains qui l'avaient commencée. Il faut donc regarder la cellule où est mort saint François comme un temple, la terre où il a expiré connue un autel, son corps comme une victime, et Jésus comme le Pontife qui l'immole.

V6- Jésus-Christ, sur sa croix, a obtenu de son Père que tous les justes mourraient en état de charité, et que plusieurs saints éminents en vertu mourraient par l'effet même de cette charité. Saint Grégoire de Nysse et saint Augustin expliquent cette mort pour les saints en général Saint François de Sales l'explique particulièrement pour saut François d'Assise.

Deux sortes d'hommes remplissent le monde : les pécheurs et les justes. Leurs vies étant différentes, l'ordre de la justice demande que leurs morts soient dissemblables. Le Saint-Esprit nous assure que celle des pécheurs est très malheureuse, et que la mort des justes est très précieuse devant les yeux de Dieu. Adam, qui nous a faits pécheurs, est cause de la malheureuse mort des réprouvés, et Jésus-Christ, qui nous a rendus justes, est le principe de l'heureuse mort des saints. Or, c'est sur la croix que, comme Médiateur et Pontife, il l'a demandée à son Père, avec les prières de sa bouche, les gémissements ede sep Coeur et les larmes de ses yeux, qu'il offrait en sacrifice, comme dit saint Paul , pour un dorieux effet (21). Aussi a-t-il été exaucé pour la référence que méritait sa divine Personne.

Jésus-Christ, étendu sur cette croix, était bien plus occupé de ses élus que de ses propres souffranees. Avec sa science qui devançait l'existence des choses, il les envisageait tous ; non seulement il demandait à son Père qu'ils mourussent en lui, mais il fixait le jour, l'heure et la qualité de leur mort. Il obtenait à tous de mourir en l'habitude de la charité : c'est la grâce générale accordée à tous les justes et à un très grand nombre de saints. Mourir pour la charité, c'est je privilège des martyrs. Mais Jésus-Christ portait en son Coeur quelques saints éminents en amour, et il obtint de son Père qu'ils mourraient par les mains de la charité même, et que la sainte dilection leur ravirait la vie.

Le séraphique François était trop gravé au Coeur de son Maître, et Jésus-Christ l'aimait trop pour ne pas le mettre au rang de ces heureux mourants qui expirent d'amour, et qui sont comme autant d'hosties de la sainte charité. Je suppose cette vérité tirée du Saint-Esprit même, « que l'amour est fort comme la mort » (22) qu'il peut opérer les effets de la mort. La violera de la maladie sépare l'âme du mourant d'avec ce corps, et l'amour sacré est quelquefois si violent qu'il peut également causer la séparation corps et de l'âme, faisant mourir les amants d'une mort très heureuse. Si l'on attribue ce miracle à l'amour divin, c'est avec solidité que nous di sons qu'il l'a fait en saint François, et que ce rare privilège était dû à sa vie, à son amour et à ses prières.

La charité avait porté le Fils de Dieu à faire en saint François une transfusion si pleine de tout ce qu'il est et de tout ce qu'il a, que ce grand saint était en communauté de toute chose avec son Maître : il aimait de son amour ; il souffrait de ses souffrances; il était blessé de ses plaies; il vivait de sa vie; il devait donc mourir de sa mort. Ce n'est pas la meurtrière des vivants qui a fait mourir l'auteur de la vie sur la croix; les mains de cette cruelle étaient trop ensanglantées pour plonger ses flèches envenimées dans le sein aimable de Jésus-Christ ; elle n'a que des sujets criminels, et il est innocent. Seule la charité pouvait faire cette entreprise de blesser l'Immortel. L'amour, qui est le Saint-Esprit, ayant fait l'union du corps et de l'âme de Jésus-Christ au sein de la Vierge , il appartenait au même amour de délier sur le Calvaire cet admirable composé.

La pensée de ce saint est admirable (23), qui nous représente le Père éternel comme un archer ayant pour flèche la charité, qu'il décoche contre nous: or, la charité étant Dieu même, cette aiche ne blesse point qu'elle ne le fasse entrer d'ans le coeur. Le Père s'est donc trouvé présent sur le Calvaire, et, archer puissant, il a lancé dans le Coeur de son Fils la charité comme une flèche d'or, qui lui a ravi la vie. « Jésus-Christ m'a aimé, » dit saint Paul , « et il s'est livré pour moi (24)

François était trop intimement uni à Jésus-Christ pour mourir d'une autre mort que de la sienne : la charité, d'un même coup, a blessé deux coeurs, celui du serviteur et celui du Maître. Une mort si précieuse était justement due aux prières de notre saint; car le Ciel lui avait inspiré d'en faire la demande. Ses pleurs, ses gémissements avaient pressé la bonté divine de lui accorder cette rare faveur. « Ah! Seigneur, » disait-il, « je vous conjure non seulement que la douce force de votre amour, mais que la puissance de votre charité m'enveloppe dans ses flammes, qu'elle consume en moi tout ce qui est de moi et de la créature. Permettez, ô mon Dieu, que je meure d'amour pour vous, comme vous êtes mort pour moi par les ardeurs de la cha­rité sainte. » C'est ce que rapporte saint Bernardin (25)

Si Dieu entend les prières de ceux qui le craignent, n'écoutera-t-il pas les gémissements de ceux qui l'aiment? Consolez-vous, ô François vous serez exaucé et vous mourrez des mains de l'amour qui vous a donné la vie. Dieu vous le promet. « Je frappe et je guéris; je fais mourir pour vivre, » proteste ce Dieu d'amour. Jésus-Christ est un divin archer; il ne cherche que des coeurs, pour y décocher ses sagettes Ouvrez votre sein; exposez votre cœur à de si belles flèches (26). » Notre grand saint, ne pouvant plus résister aux efforts de l'amour divin, s'étend nu sur la terre : le voilà, abattu aux pieds de la sainte charité bien plus par les coups violents de l'amour que par les langueurs de ses maladies. Une flèche lui a été lancée du ciel; il en est terrassé, et, se livrant au pouvoir céleste de la sainte dilection, il ouvre son sein et son coeur à son amoureux dard pour en recevoir la mort.

L'heure du trépas de saint François ne doit pas être comptée du moment où il expire dans Assise. Il y avait déjà longtemps que l'amour avait entrepris de lui ôter la vie. Ce grand saint a commencé à mourir aussitôt qu'il a commencé à aimer; le premier acte d'amour que son coeur a produit a été son premier pas vers la mort. La charité, dit saint Augustin (27) commence toujours à tuer en nous ce que nous étions, pour nous rendre ce que nous n'étions pas, à nous faire ilourir à notre première vie pécheresse, à notre vie sens, pour nous faire vivre d'une vie divine. A mesure que François aimait, il avançait, vers la mort, parce que l'amour le séparait de soi-même et sur la fin de sa vie, il a été si violent, qu'il a séparé l'âme de son corps. Comment cc miracle s'est-il fait en ce bienheureux saint ? Un prélat de nos jours, aussi grand en piété qu'on doctrine, nous le décrit de la sorte, et d'autant qu'il dit mieux que je ne saurais parler, je fais gloire de parler par sa plume :

« L'âme, attirée puissamment par les suavités divines de son Bien-Aimé, pour correspondre de son côté à ses doux attraits, s'élance de force et tant qu'elle peut vers ce désirable Ami; et, ne pouvant tirer son corps après elle, plutôt que de s'arrêter avec lui parmi les misères de cette vie, elle le quitte et se sépare, volant seule, comme une belle colombe, dans le sein délicieux de son céleste Époux. Elle s'élance en son Bien-Aimé, et son Bien-Aimé la tire et la ravit à soi. Et, comme l'époux quitte père et mère, ainsi cette chaste épouse quitte la chair pour s'unir à son Bien-Aimé. Or, c'est le plus violent effet que l'amour fasse à une âme, et qui requiert auparavant une grande nudité de toutes les affections qui peuvent tenir le coeur attaché ou au monde ou au corps; en sorte que, comme le feu, ayant (28) séparé petit à petit l'essence de la masse et l'ayant du tout épurée, fait enfin sortir la quintessence ainsi le saint amour ayant retiré le cœur de tous honneurs, inclinations et passions autant qu'il peut, il en fait après sortir l'âme, afin que, par cette mort précieuse aux yeux divins, elle passe en la gloire immortelle.

Le grand saint François, qui, en ce sujet de l'amour céleste, me revient toujours devant les yeux, ne pouvait pas échapper qu'il ne mourût d'amour, à cause de la multitude et grandeur des extases, langueurs, défaillances, que la dilection envers Dieu lui donnait. Mais, outre cela, Dieu, qui l'avait exposé à la vue du monde comme un miracle d'amour, voulait que non seulement il mourût pour l'amour, mais qu'il mourût encore d'amour; car voyez, je vous supplie, son trépas: Se voyant sur le point de son départ, il se fit mettre nu sur la terre; puis, ayant reçu un habit en aumône, duquel on le vêtit, il harangua ses frères, fit lire la Passion du Sauveur, puis commença avec une ardeur extrême à prononcer le psaume cent quarante-unième : « J'ai crié de ma « ma voix au Seigneur ; j'ai supplié de ma voix « le Seigneur, » et, ayant prononcé ces dernières paroles : « 0 Seigneur, tirez mon âme de la prison, afin que je bénisse votre saint Nom; le justes m'attendent jusqu'à ce que vous ayez récompensé mes services, il expira. » Qui ne voit, je vous prie, que cet homme séraphique, qui avait tant désiré d'être martyrisé et de mourir pour l'amour, mourut enfin d'amour, et des plus belles vies ne soit morte de la belle de toutes les morts, son âme ayant été trée de son corps par les mains de la charité ? 0 heureuse mort, de mourir des flèches de la sainte dilection! Une si divine vie était digne d'une si divine mort.

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RÉFÉRENCES
— (1) Cum perfecta fuerit dixit, cupio dissolvi et esse cum Christo. (Aug., in Joan.)
— (2) Aug., in Evang. Joan., tract. 74.
— (3) Et unde in omnibus sanctis sunt alii sanctiores, nisi abundantius habendo habitatorem Deum? (Aug., Epist.)
— (4) Bonav., de Septem itineribus œternit., dist. 5, a . 3.
— (5) Orig., in illud cant. 7: Ascendam ad palmam.
— (6) Aug., Enchir., cap. LXXIII.
— (7) Bonav., de Septern itinerib. œtern., dist. 4, a . 3.
— (8) Commendat autem charitatem suant Deus in nobis; quoniam... Christus pro nobis mortuus est. ( Rom. , v, 8, 9.)
— (9) Bonav., de Septem itin.
— (10) Brigittœ Recelai., cap. ix.
— (11) Bonav., de Septon itiner. nternit., d. 4, art. 4.
— (12) Psalm. cxci. Pa Franc. Paulo ante mortem. In lib. fut, do Gestis S. Franc., part, I.
— (13) Aug., Conf., lib. XIII , cap. lx.
— (14) Psalm. cxm. Ita Francise.
— (15) Orig. apud Bonav., de Septem itinerib. ntern., d. 4, a . 4.
— (16) Immolor supra sacrificium fidei vestrm. ( Philip., n, 17.)
— (17) Stipendia peccati mors. ( Rom. , vi , 23.)
— (18) Aug., de Don. persev., cap. i.
— (19) Baptismo autem habeo baptizari; et quomodo coarctor usquedum perficiatur ! (Luc., xi' , 50.)
— (20) psi in nobismetipsis responsum mortis habuimus. (II Cor.,', 9.)

— (21) Hebr., y, 7, 9.
— (22) Fortis ut mors dilectio. (Cant., vm, 6.)
— (23) Greg. Nyss., in Cant. Hom I.
— (24) Dilexit me et tradidit semetipsum pro me (Gal., n , 20.)
— (25) D. Bernardin., serm. de sacris  Stigm.
— (26) Tu denuda membra , illo formoso jaculo si guidera Deus sagittarius est. (Aug. in Psalm. xmv, 44.)
— (27) Aug., in Psalm. cxxi.
— (28) SaintFrançois de Sales, Traité de l'amour de Dieu,
Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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