+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
L'Esprit de Saint François d'Assise
Titre de la page:

Tome 2- Partie 3- Ch-11-

LE CŒUR DE JÉSUS TRANSMET LA VIE DIVINE EXCLUSIVEMENT AUX HOMMES QUI ACCEPTENT DE PARTAGER SES DOULEURS, ET CELLES-CI DEVIENNENT LA SOURCE DE LEUR GLOIRE. LA STIGMATISATION DE SAINT FRANÇOIS REND SENSIBLES CES DEUX FAITS

Nom de l'auteur:
P. Bernardin de Paris o.f.m.

CHAPITRE XI

LE CŒUR DE JÉSUS TRANSMET LA VIE DIVINE EXCLUSIVEMENT AUX HOMMES QUI ACCEPTENT DE PARTAGER SES DOULEURS, ET CELLES-CI DEVIENNENT LA SOURCE DE LEUR GLOIRE. LA STIGMATISATION DE SAINT FRANÇOIS REND SENSIBLES CES DEUX FAITS

V1- Les plaies de Jésus-Christ sont ce que tous les chrétiens, et spécialement les enfants de saint François, doivent le plus étudier et honorer en sa personne. A cet effet, il faut les contempler, s'y introduire, et s'y établir à demeure.

De tout ce que la piété chrétienne peut contempler dans le Fils de Dieu, ses plaies sont ce qui inspire plus d'amour et plus de douleur. Elles nous montrent combien il nous a aimés et combien nous l'avons offensé ; elles sont les preuves sensibles de son éminente charité pour nous et de notre insigne cruauté envers lui. S'il ne nous avait pas aimés, il ne serait pas blessé, et si nous n'étions criminels il n'aurait pas de blessures ; nos péchés les ont faites, et son amour les a reçues.

Sa charité infinie, tirant de nos crimes le motif de ses plus grandes miséricordes, a pris des plaies. Comme Pontife, il voulait verser son sang ; comme Médiateur, il entreprenait de nous réconcilier avec notre Père , devenu notre Juge par l'effet de nos ingratitudes ; comme Avocat, il désirait obtenir miséricorde pour nous, en plaidant notre cause par ces amoureuses bouches que sa charité a formées ; enfin, comme un bon Père, il nous voulait préparer une douce retraite près de son aimable Coeur, et convier tous ses enfants à s'y rendre suivant ces divines paroles : « Venez, ô ma colombe, vous cacher dans les ouvertures de la pierre. »

Si tous les chrétiens doivent honorer les plaies du Fils de Dieu comme les premières sources de leur salut et de leurs grâces, ceux qui portent la qualité d'enfants de saint François y sont plus singulièrement obligés par l'exemple de leur Père. Il leur importe donc de pratiquer les trois exercices suivants au sujet de ces sacrées plaies.

Contemplation assidue des plaies de Jésus-Christ.

L'âme a ses yeux aussi bien que le corps : les uns envisagent les choses spirituelles et invisibles; les autres regardent les choses corporelles et matérielles. Les yeux de l'âme sont l'entendement et la foi. Jésus-Christ leur présente deux sortes de plaies ; les unes, matérielles et sensibles, tracées par la main de l'ouvrier sur le bois, le bronze et le marbre, ne sont que les ombres et les images des secondes, imprimées en sa chair sur le Calvaire. Quoique sensibles et réelles, celles-ci nous sont maintenant invisibles, par la condition de l'humanité de Jésus-Christ, glorieuse au ciel et voilée sur nos autels. L'oeil corporel sait les premières; l'oeil de la foi voit seul les secondes. L'impie peut regarder les premières, les saints envisagent les secondes ; et c'est à cet envisagement cordial que je convie tous les enfants de saint François. Il n'est pas nécessaire que vous alliez au Calvaire, ou que vous montiez au ciel pour les contempler; cet envisagement cordial auquel vous vous appliquerez tirera le Sauveur de sa croix et de son trône, et, du milieu des Anges, le fera passer dans votre sein; car, selon saint Paul, telle est la puissance de la foi, qu'elle rend Jésus-Christ présent au milieu de nos coeurs.

Entre tous les objets de vos pensées, que Jésus-Christ couvert de ses divines plaies soit le plus familier : c'est celui que l'Église notre mère propose le plus souvent à ses célestes enfants. A votre réveil, envisagez ses saintes blessures : quelles soient le premier objet qui se présente à votre esprit et touche votre coeur.

Pratiquez ce regard par un retour cordial vers lui comme vers votre centre, ou par une conversion amoureuse, comme celle d'un enfant vers son aimable père, ou par un sentiment tendre e douloureux, comme celui d'une âme pénitent vers son Sauveur qu'elle a cruellement outragé.

Étant levé, prosterné à deux genoux, la croix en main, les yeux tout baignés de larmes, baisez ces cinq douloureuses plaies, ou bien, en leur bonheur, baisez cinq fois la terre. Inclinez-vous devant celles des pieds comme un criminel qui se reconnaît coupable de ces cruelles blessures, ou comme un pénitent qui implore miséricorde de son Sauveur et de son Juge. Devant celles des mains, humiliez-vous, comme un suppliant qui demande des grâces, ou comme un pauvre et un indigent qui demande assistance. Abaissez-vous profondément devant la plaie du côté, comme un enfant qui veut baiser le très aimable Coeur que son amoureux Père lui présente.Pratiquez les mêmes exercices à midi, et le soir avant de vous coucher.

Que le regard des plaies de Jésus-Christ soit continuel , autant qu'il vous sera possible : ne les perdez jamais de vue le long du jour; vivez, agissez, parlez, souffrez, mangez, buvez dans cet envisagement cordial. Au choeur, qu'elles vous animent à publier les divines louanges; en la pénitence, qu'elles vous touchent de douleur ; en la communion , qu'elles vous enflamment d'a­mour; au réfectoire, qu'elles vous enseignent à s mortiller  en toutes vos actions, à mourir en vous-même.

Êtes-vous retiré dans votre cellule, qu'elles soient runique objet que vous contemplez. La porte fermée, donnez liberté aux soupirs, élancements, regards, transports, protestations, embrassement, employant tout ce que vous avez de puissances à vous entretenir avec un si aimable objet : vos yeux à contempler ses amours et ses douleurs, votre cœur à l'aimer et à lui compatir, votre langue à protester que vous êtes tout à lui puisqu'il est tout à vous, vos bras à l'embrasser, votre poitrine à le serrer, votre bouche à le baiser amoureusement. Baisez ses pieds, ils vous conduiront à la gloire; baisez ses mains, elles vous embrasseront et couronneront dans le ciel; baisez sa bouche, vous entendrez d'elle les paroles de salut ; mais surtout baisez son divin côté, qui vous découvre son très aimable Coeur : c'est la couche des chastes, et le lieu du repos des saints.

Demandez souvent à Jésus-Christ couvert de ses plaies qui l'a blessé si cruellement. Il répondra à votre coeur qu'il a reçu ces coups de ceux qui le devaient le plus aimer. Admirez l'éminence de son amour, qui porte des plaies pour ceux qui l'outragent; la douceur de sa miséricorde, qui emploie ces divines ouvertures comme de célestes canaux pour faire couler ses grâces sur ceux qui ne méritent que des peines. Étonnez-vous de votre cruauté, qui ose blesser le Coeur d'un si amoureux Sauveur; de votre ingratitude qui répond par des plaies cruelles à des bienfaits, insignes. Gémissez d'avoir été si impitoyable envers un si aimable Rédempteur. Ayez regret d' avoir si cruellement déchiré le sein de votre père et d'avoir porté des coups si douloureux dans, son Coeur, qui vous aime et qui veut vous donne; des grâces. Ne regardez jamais ces plaies sanglantes, que vous ne produisiez un acte d'amour ou un mouvement de douleur. Protestez ne vouloir jamais plus commettre aucun péché, puisque nos crimes sont les causes de ces cruelles plaies.

Entrée amoureuse dans les plaies de Jésus-Christ

Le Coeur du Verbe incarné est le centre de tous les coeurs ; ils doivent rayonner vers lui Jésus-Christ, dit saint Paul, est la fin de la loi; c'est-à-dire, la loi n'a fait que le désirer et le rechercher. Il nous a donc préparé une retraite et un séjour au fond de cet aimable Coeur, pour que nous reposions en lui comme en notre chef, et habitions avec lui comme avec notre père ; et c'est à ce doux repos qu'il nous convie. Avant que son humanité, qui est son temple, fût ouverte par les plaies, l'accès de son Coeur nous était interdit; mais, aussitôt que son sacré côté a été blessé, cette amoureuse brèche ayant été faite par les mains de l'amour aussi bien que par celles des hommes, l'entrée nous en a été permise.

Si l'oeil de la foi attire le Fils du Dieu du ciel dans nos coeurs, la charité l'y fait entrer, et son Esprit vient y répandre la grâce et l'amour, dit saint Paul: ces deux faveurs, émanées du Coeur de Jésus comme de leur source féconde, font remonter les nôtres à lui comme à leur première  origine. Donc, pour entrer en ce sacré Coeur, qui s'ouvre à nous, il faut sortir de nous-mêmes, abjurer les inclinations de la nature et briser les liens du péché; car un coeur superbe, vindicatif ou déshonnête, ne peut pas avoir accès au Coeur de jésus-Christ, aussi humble que chaste et de débonnaire.

Pratiquez cette amoureuse entrée par voie d'élancement de votre coeur dans celui du Fils de Dieu comme une flèche ardente, ainsi que parle saint Bonaventure ; ou par voie d'une douce sortie de vous en lui; ou par voie d'une extase amoureuse qui, vous ravissant à vous-même, vous transporte en Dieu; ou par voie d'effusion de votre coeur, qui s'épanche dans le Coeur de Jésus-Christ comme dans un abîme de douceur ; ou par voie d'écoulement d'un coeur qui se fond, se distille et s'écoule dans un vase divin que le Saint-Esprit vous présente. Élancez donc souvent votre coeur dans ces amoureuses ouvertures ; priez , conjurez Notre-Seigneur qu'il vous y conduise et vous y attire ; faites-lui cette protestation : « Voilà, ô mon Dieu, le lit de mon repos. A jamais je me reposerai dans vos divines plaies. »

Admirez la complaisance de Notre-Seigneur pour vous : il vous admet en ses plaies quand vous ne méritez que d'être rejeté de devant sa face. Étonnez-vous de votre insensité vous voyant encore en vous-même et non pas dans ce Coeur aimable. Déplorez, avec saint Bonaventure, ce votre cécité : Aveuglement des enfants d'Adam qui ne savent pas entrer par ces divines ouvertures ! Ils travaillent sans relâche, et voilà pourtant les portes du repos ouvertes ! Ne soyez donc jamais content que vous ne vous sentiez entré, dans ces sacrées plaies. Rompez, brisez tous les liens qui vous attachent à vous-même et à la créature, pour vous écouler et fondre dans le très aimable Coeur de Jésus.

Les regards, les vues, les désirs et la recherche des plaies du Fils de Dieu, ne sont pratiqués que dans le but de demeurer en elles comme en d'amoureuses retraites , et comme au terme où se doivent achever tous les mouvements de nos coeurs. La grâce et la charité sont en eux un poids qui les porte au Coeur de Jésus, comme au centre où ils pourront amoureusement se reposer. L'amour nous conduit à ses plaies, les ouvre, nous y introduit, et y établit notre demeure, selon cette grande parole de saint Jean : « Dieu est charité, et celui qui est en charité demeure en Dieu. » Aimez donc, et vous êtes heureusement dans ses plaies, et vous demeurez dans cet aimable Coeur.

Emparez-vous de cette demeure par une douce mais forte adhésion de votre coeur au Coeur de Jésus, l'amour divin en devant être le lien eternal; ou par un recueillement intérieur de toutes vos puissances, comme autant de rayons qui, tendant au fond du Coeur du Fils de Dieu, s'y réunissent et y trouvent leur centre; ou par une amoureuse et cordiale transformation de tout vous-même, qui vous conduise à ce sacré séjour du Coeur de Jésus dont parle saint Bonaventure, l'appelant la secrète retraite des saints.

Choisissez des cinq plaies celle qui sera plus propre à votre présente disposition. Saint Augustin est d'avis que les pécheurs doivent prendre pieds avec Madeleine, en esprit d'humilité; ils en recevront miséricorde. Les âmes timides recourront à celles des mains en esprit de confiance , elles en tireront la force. Mais les épouses doivent se loger en la plaie du côté; parce qu'elle est proche du Coeur, qui est la source du saint amour et le séjour du bien-aimé. Le Fils de Dieu vous ayant admis si miséricordieusement, reçu si amoureusement en ses plaies et en son propre Coeur, vous lui devez de grandes reconnaissances.

De tous les objets qui sont en l'humanité de Jésus-Christ, les plaies sont les plus aimables et les plus adorables, parce qu'elles ont le plus contribué à notre salut. Aimez-les, mais sur toutes celle du côté, d'un amour filial : elle est le sein où vous avez été conçu enfant de la grâce. Aimez-les d'un amour de révérence : elles vous ont racheté; sang qui en coule est le prix de votre rédemption. Aimez-les d'un amour de reconnaissance, elles sont les bouches qui ont de mandé pardon pour vous sur la croix, et qui crient tous les jours miséricorde pour vos lui fenses. Aimez-les d'un amour de bienveillance, c'est du fond du Coeur de Jésus-Christ que sortent les sacrements qui vous purifient. Aimez-les d'un amour d'admiration : Dieu vous admet en son sein, qui est le séjour des divines personnes.

Aimez et admirez les inventions de sa charité, qui vous a écrit en ses mains avec des caractères de sang, pour ne jamais vous oublier et vous perdre de vue. Aimez et admirez les artifices de son amour : il a ouvert son sein et déchiré sou côté pour vous faire lire, dans ce temple du saint amour, combien il vous aime. Exclamez-vous donc avec saint Paul : « Ah ! il m'a aimé et s'est livré pour moi; » ses divines plaies en sont les témoignages sensibles ! Aimez-les d'un amour douloureux et d'un coeur contrit : vous êtes coupable de ses cruelles blessures; gémissez d'avoir été assez inhumain pour percer le Coeur et déchirer les entrailles d'un si aimable Père.

Le coeur charnel, en la nature, est le principe de la vie naturelle et de tous les mouvements du corps humain; le Coeur divin de Jésus, en l'ordre de la grâce, est le principe de la vie surnaturelle de son corps mystique, qui est son Église. C'est ce Coeur nouveau qu'il donne à son corps nouveau; il a ouvert son côté pour admettre tous les coeurs de ses célestes enfants dans le sien ; il veut que son coeurs soit la vie du nôtre et le principe de son mouvement.

Étant proche de cet aimable Coeur, donnez une profonde attention à ses divines paroles quand il vous parle; soyez d'une très humble docilité, pour croire à toutess les avec lumièressoum que sa sagesse vous sugguière ; suivez avec soumission tous les mouvements que son esprit vous imprime; tirez votre vie de la vie divine de cet aimable Coeur; n'agissez qu'en lui, par lui et pour lui.

Qu'il vous soit tout en toute chose : un port assuré, si vous êtes surpris de la tempête; une topr de défense, si vos ennemis vous attaquent; une retraite, s'ils vous poursuivent comme le milan fait la colombe. Enfin, parmi les lassitudes de la vie, que ces plaies soient le lieu de votre repos; vous y trouverez Jésus-Christ, qui vous comblera de ses grâces en cette vie, pour vous couronner en sa gloire.

V2- L'amour divin, né sur la terre des souffrances de Jésus-Christ, ne peut être communiqué aux hommes qu'avec celles-ci : cet amour est insatiable de douleurs. Saint François en désirait encore, alors qu'il en était plus accablé.
L'amour divin a deux naissances, dont les conditions sont bien différentes : l'une a lieu au ciel, l'autre sur le Calvaire. Le sein de la Divinite, est le lieu de son origine, dit saint Bernard; il est né, il y a été élevé et nourri (1) il a donc le ciel pour patrie et Dieu pour père; né dans un séjour si délicieux, et engendré d'un Père si glorieux il tient de la nature de son principe et du feux, pérarnent de son air natal : il est plein de suavité ; la douceur est inséparable de son essence.

C'est l'amour que les divines Personnes avaient créé pour le premier homme, et dont elles firent présent en même temps que de la vie portait exemption de toute amertume, autorisat la jouissance de tout ce qui flatte, et s'accordait si doucement aux inclinations de l'homme , que celui-ci pouvait être délicat et saint tout ensemble et, sans se divertir de l'amitié de son Créateur, il lui était permis de goûter toutes les délices que lui présentaient les créatures, parce qu'elles étaient innocentes, et que leurs plaisirs le reportaient à son Dieu, comme à la source primitive d'où il les recevait.

Cet homme, par sa désobéissance, devint criminel et perdit la grâce. L'amour que son Créateur lui avait donné avec tant de largesse s'éteignit en son coeur ; il demeura sans charité, comme les démons sont sans dilection. Dieu, voulant rallumer ce feu et faire renaître cet amour, changea de lieu : pour une si divine production il choisit le Calvaire, et voulut que le Verbe incarné en fût le principe, non pas comme glorifié sa Majesté, au trône de sa gloire, mais comme crucifié en la croix, au trône de ses souffrances.

Les hommes, en la mort, cessent leurs productions : Jésus, mourant, commence la génération des enfants de Dieu selon l'Esprit, et celle de l'amour divin qui les doit embraser. Car cet amour est singulièrement créé pour le monde nouveau de la grâce; aussi est-il bien différent en ses inclinations de l'amour que les hommes eussent possédé en la nature tandis qu'elle fût demeurée Innocente : celui-là était délicat, celui-ci est austère; le premier était toujours accompagné de douceur, le second est inséparable de l'amertume. Cet amour tout nouveau, ainsi né en un lieu rempli d'épines , engendré d'un Dieu si plein de douleur, a le Calvaire pour patrie, Jésus crucifié pour Père, les plaies de son côté pour sein où il est conçu : c'est une loi éternelle, écrite en ce temple du saint amour, que Jésus souffrant ne communique plus sa charité sans communiquer en même temps ses souffrances.

Cet amour du Coeur de Jésus écoulé par ses plaies dans les blessures de François, ne fut pas plus tôt en son coeur, qu'il y fit naître deux mouvements : ardeur de toujours souffrir, joie céleste dans les souffrances. C'étaient les deux ailes de ce séraphin souffrant ; elles dilataient son coeur, et lui donnaient une nouvelle soif de douleur. Son corps, travaillé de maladies très aiguës et différemment compliquées, tout entr'ouvert plaies qui lui causaient les plus cruelles douleur: il semblait que le feu de sa charité dût s'éteindre: dans l'abondance de tant d'amertumes; mais soi; amour, tirant sa force de sa faiblesse, lança une nouvelle flamme.

Un religieux, touché de compassion de le vair tant souffrir, lui dit : « Mon Père , demandez à Notre-Seigneur qu'il adoucisse vos peines ; il semble qu'il appesantisse un peu sa main sur vous plus que jamais. » Notre saint homme, ayant entendu ce discours, s'écria : « Ah ! mon Frère, si je ne connaissais votre simplicité, votre compagnie me serait dorénavant en horreur, puisque vous avez osé reprendre la conduite de Dieu sur moi. » Et avec une grande ferveur d'esprit, s'élançant de la couche où il était, et jetant son corps tout usé de maladie rudement contre terre, la baisant avec tendresse, il s'écria : « Je vous rends grâce , ô Seigneur mon Dieu , de toutes mes douleurs. Je vous conjure , ô mon Seigneur, de les augmenter cent fois autant s'il vous plaît. Ah ! qu'elles me seront douces, quand je saurai qu'elles vous sont agréables ! Ah ! qu'elles me paraîtront délicieuses, quand je connaîtrai qu'elles me sont dispensées par les mains de mon Père céleste. Ne me pardonnez point en cette vie; affligez, frappez, brisez : l'accomplissement de vos divines volontés en moi fait mes souveraines délices : les peines que votre justice m'inflige sont mes soeurs bien-aimées. »

Depuis l'impression de ses stigmates, il brûlait d'un grand désir de retourner à ses premiers xercices d'humilité, et , quoique son corps fût tout usé de pénitence, il soupirait de le réduire tomme au commencement, de le consacrer au service des lépreux : « Commençons, mes Frères, » disait cet homme céleste, « commençons de servir pieux : jusqu'à présent nous avons encore peu fait et peu avancé. »

La langueur et l'oisiveté ne peuvent trouver place dans un coeur que les ardeurs d'un amour fervent pressent d'entreprendre touj ours des choses plus généreuses. Les forces de son corps, l'espace de deux ans , se consumant sous la violence de tant de douleur, celles de son esprit se rendaient plus vigoureuses ; son coeur tirait une plus grande vigueur des défaillances de sa chair, et , comme un second Job, dit saint Bonaventure, à mesure que son corps s'affaiblissait par les souffrances, la force de l'esprit s'augmentait d'une façon admirable par des ferveurs toujours nouvelles.

V3- On n'a point part aux souffrances de Jésus-Christ sans êt en même temps associé à sa gloire. Ce sont là deux face de sa Croix : la seconde rend la première aimable. C'est ainsi que saint François a aimé les souffrances, voyant en elles la pénitence du Sauveur et la semence de gloire.

Quoique saint François, par l'éminence de sa grâce , fût élevé au-dessus du commun des hommes autant que les cieux surpassent la terre, il n'était néanmoins ni un Dieu ni un ange. Les saints ne sont pas d'une espèce différente de la nôtre; pétris d'une semblable matière, ils portent dans un vaisseau fragile le grand trésor de la grâce qui les sanctifie, et ils sont sensibles comme nous à la douleur et au plaisir. Si donc notre saint a fait des choses si grandes, s'il a conçu tant d'ardeur pour des souffrances que notre nature n'aime pas, s'il a goûté des douceurs dans des amertumes que les sens fuient, c'est une vertu qui lui est venue d'en haut : il en faut découvrir les sources et les principes.

C'est une secrète puissance que saint Paul attribue à la grâce de la loi nouvelle, que ceux qui participent aux souffrances du Fils de Dieu, communiqueront à l'abondance de sa gloire. Il n'y a rien de plus juste : les âmes qui ont eu assez de courage pour s'associer aux épines du alvaire, partageront avec Jésus-Christ la gloire de ses triomphes.

Le Verbe incarné, comme homme , étant composé de corps et d'âme , de chair et de coeur, a deux sortes de croix, selon saint Bernardin (2) : l'une matérielle, l'autre spirituelle. Son corps est attaché à la première, bâtie de bois, taillée par la main des hommes. La seconde est toute spirituelle : la douleur en forme un côté, et la joie compose l'autre. Ces deux affections sortent du fond de l'amour, qui est l'inventeur de cette admirable croix. Pareillement, deux branches qui s'étendaient formaient la croix intérieure où le Coeur de Jésus s'est attaché pendant tout le cours de sa vie mortelle : c'étaient la douleur et la joie. Il souffrait des douleurs extrêmes, et néanmoins il ressentait une souveraine joie, parce qu'en ses douleurs il voyait la volonté de son Père accomplie, et la rédemption des hommes achevée. Notre séraphique saint, selon saint Bernardin, a participé à cette double croix du Fils de Dieu. Par ses stigmates, il a communiqué à la première, sensible et matérielle ; ensuite l'amour lui a préparé la seconde. Son coeur y a trouvé des douleurs à la vérité très sensibles ; mais il les a caressées, flattées et appelées ses chères sœurs. Ne vous en étonnez pas : Jésus crucifié lui ayant communiqué ses souffrances, il a dû ressentir trois mouvements vers la croix (3) : d'amour, parce qu'il l'aimait ; de douleur, parce qu'elle est tout hérissée d'épines; mais aussi de joie, parce qu'il y trouvait son Jésus, qui lui faisait partager les douleurs de sa chair. C'est ainsi que ceux qui sont liés à ce mystère , portent au fond de leur coeur une secrète mais violente soif et ardeur pour les souffrances, et néanmoins goûtent une manne cachée dans les amertumes; et, à mesure que leur amour s'enflamme, l'ardeur de souffrir s'accroît, et la joie s'augmente admirablement dans les souffrances.

Une seconde cause de l'ardeur et de la joie de saint François dans les peines, était qu'il les portait en esprit de pénitence. Ç'a été une disposition admirable et constante en ce grand saint. Quoique la grâce l'eût élevé à un très éminent degré de perfection et de justice, et qu'il en eût reçu la confirmation par ses stigmates, jamais il n'a perdu le sentiment de son néant, de sa bassesse et de ses offenses : c'était en lui un effet de la croix.

Ce mystère est le terme de la plus profonde humiliation où le Fils de Dieu ait été réduit; car jamais il n'a paru plus éloigné de la sainteté de son Père, que lorsqu'il a été estimé le dernier des hommes et le plus criminel de tous. Revêtu de la figure honteuse des pécheurs, chargé volontairement de tous les péchés du monde, il a entrepris d'en faire la pénitence publique, et de satisfaire en rigueur à la justice divine. Le zèle de cette justice allumait la soif qui, dans les plus grandes ardeurs de ses douleurs, le faisait soupirer après de nouveaux supplices, pour égaler sa pénitence à la sainteté de son Père.

Le Fils de Dieu, ayant communiqué au corps de François les douleurs de sa chair par les stigmates, a fait en son esprit l'impression des senments de son Coeur et de son âme : en lui donnant sa croix, il lui a imprimé aussi sa pénitence. Toutes les grâces et les lumières de ce mystère ont fait voir à François combien Dieu était saint, et combien il était lui-même pécheur. Cette vue l'a rempli du zèle de la justice divine, et du désir de la satisfaire par une rigoureuse pénitence.

Il a porté ses peines dans cet esprit, il les a reçues non comme de simples épreuves de pa­tience, ou des occasions d'augmenter ses mérites; ses pensées étaient bien plus humbles : il les a regardées comme des coups de la justice qui châtiait ses offenses. Il avait une si haute vue de la sainteté de Dieu et de la difformité des moindres péchés, que toutes les peines lui semblaient douces; il en demandait de plus sensibles, afin que la justice fût plus satisfaite; il se consolait en ses douleurs, voyant châtier une chair qui s'était autrefois rendue rebelle, et voyant humilier un esprit qui avait osé s'élever.

Depuis l'impression des stigmates, les larmes ont été si familières à notre céleste souffrant qu'elles lui étaient presque continuelles. Elles tiraient leur source, non pas du sentiment de ses douleurs, quoique très sensibles, mais bien de la vue de ses moindres offenses. Le Fils de bien ayant offert deux sacrifices sanglants sur la Croix l'un du sang de ses veines par ses plaies, du sang de son Coeur par ses larmes, qui est le sacrifice de l'esprit humilié, du coeur contrit et de la pénitence, il lui plut que François devînt l'image de ce double sacrifice, de son sang pau ses stigmates, de sa pénitence par ses pleurs et par ses larmes : elles étaient les étincelles qui allumaient au milieu de son coeur ces divines ardeurs de toujours souffrir.

Une autre source de la joie et des ardeurs du coeur de notre grand Saint, était qu'il regardait Ses souffrances comme les semences de sa gloire. Dans les pointes de ses plus sensibles douleurs, le Fils de Dieu lui donna un jour l'assurance è sa future béatitude. A cette heureuse nouvelle, son coeur ne put plus se contenir, il tressaillit de joie, et depuis ce moment fortuné il estima ses souffrances plus précieuses que tout l'or du monde; il n'aurait pas voulu les changer contre toute la terre, quand elle eût été convertie en perles et en pierreries.

Les Saints ont sur les peines bien d'autres pensées que celles de la nature; le Fils de Dieu les informe, d'exemple et de parole, de cette grande vérité, que les souffrances sont le chemin du ciel. C'est chose admirable qu'il ait fondé le mérite de sa ch° Rur son humiliation , et que le Père ait tiré motif de glorifier son Fils de ses abaissements, comme nous le décrit saint Paul. Cela nous découvre le secret du conseil de Dieu : il lui plaît de nous reconduire au ciel par des voies toutes contraires à celles qui nous en ont détournés; la superbe et le plaisir nous ayant fait perdre le droit à la gloire, il ordonne que nous rentrions dons ce droit par l'humilité et la pénitence, et, yuulant être notre voie, il marque en soi-même ce deux chemins. Les Saints, instruits d'un si divin Maître, reçoivent avec respect les occasions qui les humilient et les affligent ; ils les estiment comme les voies marquées par leur céleste Père, qui les doivent infailliblement conduire à leur dernière fin, et ceux qui ignorent les vérités de l'Évangile regardent seuls les souffrances avec mépris, et en portent les rigueurs avec impatience ou avec inquiétude.

Saint François, instruit de ces grandes vérités de l'Évangile, avait une si haute estime des souffrances, qu'un jour, dans un doux ravissement, il dit à son Dieu : « Mon Seigneur, je chéris les péchés, que vous m'envoyez plus que toutes les pierres précieuses du monde : je sais que par leurs pointes votre justice punit en cette vie mes péchés, afin de me pardonner en l'autre. » — «Réjouis-toi donc, ô François, » lui répondit une voix d'en haut, « c'est par ce chemin que l'on va au ciel et que l'on arrive à la béatitude. »

V4-Pieux entretiens de saint François avec Jésus-Christ après la stigmatisation. Saint François à Jésus-Christ

O aimante charité, pourquoi derechef attaquez-vous un cœur tout navré de blessures? L'amour me l'a déjà ravi, et il y a longtemps qu'il le tient; captif sous des feux continuels; il est maintenant également l'objet de vos coups et de vos brûlures : vous le blessez de vos flèches, et le consumez de vos ardeurs. Il brûle; il dessèche; il se fond comme un morceau de cire devant le feu: il cherche partout quelque lieu pour se rafraîchir, et partout il ne rencontre que des brasiers. S'il pense s'échapper de vos flammes, il est arrêté par vos liens. La vie lui est une mort continuelle; il meurt en vivant; il vit en languissant; la langueur le consume et le conduit au trépas. S'il médite la fuite, il se voit prisonnier au milieu des brasiers. Hélas ! où m'enfuirai-je, pour me sauver de tant de douleurs? 0 aimante charité! ne connaissant pas le naturel de l'amour divin, j'ai toujours soupiré après sa présence; je me promettais, en le possédant, une vie de profonde paix ; je croyais qu'il n'avait que du miel pour ceux qui le poursuivaient. Eh! je l'ai trouvé les mains chargées de feux et de fléches, et tout son exercice est de blesser et de ler les cœurs. Hélas! croyant trouver du je n'ai rencontré que des plaies et des suppplices ses brasiers me dévorent tellement, que a bouche ne le peut exprimer; seuls mes plaies nies gémissements le publient.et brayant ouvert le sein d'un coup de ses flèches, ah! il m'a arraché le cœur! Je vis maintenant sans coeur et sans sentiment. Il m'a tellement t changé de nature et d'humeur, que je suis insensible à tout ce qui est du monde. Ni la volupté ne me touche par ses plaisirs, ni les richesses ne me peuvent gagner par leur éclat. Je méprise toutes les délices des sens, et je foule aux pieds toutes les pierres précieuses. Depuis que je l'aime, je me suis dépouillé de tout, et il ne me reste plus que des plaies. Ne semble-t-il pas que je sois bien infortuné d'avoir aimé?

Jésus-Christ à saint François.
Arrêtez vos plaintes, et cessez vos discours, ô François, mon amour est le prix de mes amants et de ceux qui me servent. De tous mes dons il est le plus précieux; ils ont tout donné pour en acquérir la jouissance. Tenez vos larmes et vos travaux bien récompensés par la possession de non amour : si vous en jouissez, vous me possédez moi-même , qui suis le souverain bien.
Saint François à Jésus-Christ.

Seigneur, si j'étais roide tout le monde, oh! que volontiers je le quitterais pour acquérir votre
amour : je suis assez riche si je le possède.

Que ces âmes, donc, qui ne savent ce que c'est que d'aimer Jésus, ne pensent plus me détourner de courir dans les voies de l'amour après Jésus qu'ils cessent de me crier : « Arrête ta course, pauvre infortuné ; en désirant l'amour, tu cherches ton supplice ! » Ah! ils ignorent que je suis maintenant captif de l'amour, et qu'il est mon Roi. La dureté des rochers s'amollira plutôt que l'amour ne règne sur mes affections. Comme un feu il brûle mon coeur; je suis fait un autre amour à l'amour; j'aime et je suis aimé; j'ai de l'amour pour Jésus, et, par un heureux retour, il a de l'amour pour moi; mon coeur est l'objet aussi bien de ses complaisances que de ses largesses. Depuis qu'il m'a uni divinement à son Coeur, je suis en communauté de ses plaies et de ses flammes; un même amour triomphe de lui et de moi ; en blessant son Coeur il blesse le mien. Les eaux n'ont pas assez de glace pour éteindre nos amours; les feux de la terre sont trop froids pour dissoudre nos coeurs ; les tranchants des épées sont trop mous pour rompre notre lien. Ni le ciel, ni la terre, ni la vie, ni la mort ri pourra me séparer de l'amour de mon Dieu.

0 mon âme, qui est celui qui t'a si hautement élevé et rendue si heureuse? N'est-ce pas Jésus amour ? Attache-toi donc amoureusement à son Coeur d'un lien inséparable, comme à la source de in divine douceur.

Saint François méprise toutes les créatures  pour aimer Jésus.

Charité sainte, depuis que vous m'avez découvert vos célestes beautés, je n'ai plus d'yeux pour les beautés de la terre, ni de coeur pour les aimer. Eh ! qu'elles me semblent difformes, comparées aux vôtres! je ne les regarde qu'avec dédain. Mon doux Jésus, que les douceurs du monde me sont amères, au prix des délices de votre chaste amour ! Le soleil, tout éclatant de rayons, paraît à mes yeux comme un flambeau éteint, près des divines splendeurs qui sortent de la majesté de votre divine face. Chérubins du ciel, esprits de lumière, séraphins ardents de feu, je n'ai plus besoin ni de votre science, ni de vos flammes, pour apprendre l'art d'aimer, depuis que je contemple le divin visage de Jésus.

Que celui qui n'a jamais ressenti le pouvoir du saint amour ne condamne point les célestes amants comme s'ils étaient hors d'eux-mêmes. Qu'il n'accuse pas mes paroles d'être trop excessives: celui qui porte la flèche de la charité dans le sein ne peut résister à ses efforts. Qui que tu Sois qui me blâmes, éprouve en toi-même ce peut l'amour sur les coeurs qu'il frappe et lue brûle.Que ferais-tu si tu étais au milieu des br siers? Si tu savais ce que c'est d'être blessé des mains de l'amour, et de porter au fond de son coeur la plaie de la charité, tu compatirais aux ardeurs de nos coeurs.

Quoi ! le ciel et la terre ne crient qu'amour toutes les créatures nous pressent d'aimer l'a beauté de celui qui les a faites : puis-je ne pas aimer, au son de tant de voix qui me pressent, et demeurer sans amour entre tant de brasiers?

Hommes qui ne savez ce que c'est que d'aimer Jésus, remplissez vos coeurs des douceurs de son chaste amour; buvez largement de ses flammes, puisqu'il vous les présente. Pour moi, si j'avais plus de forces, je l'aimerais davantage; si j'étais plus riche, je serais plus libéral et donnerais tout ce que je possède pour augmenter mon amour. La pauvreté m'ayant dépouillé de tout, je lui présente le coeur qui me reste. 0 charité, versez tous vos feux, vos flammes et vos étincelles en mon coeur ; brûlez-le, et le consumez de vos di­vines ardeurs.

Transport de saint François vers Jésus, pour l'aimer plus que jamais.

Touchés des douceurs du saint amour, ravis de ses divines délices, mon âme, recueille toutes les pensées, et toi, mon coeur, appelle toutes tes  forces. Écoulez-vous dans les chastes embrassements au céleste Époux. C'est une beauté dont la vue ne donne jamais ni dégoût ni lassitude à ceux qui l'aiment : plus on la voit, plus on la veut aimer ; plus on la regarde, plus elle brûle : sa présence continuelle augmente l'amour et le désir. 0 beauté toujours nouvelle et toujours ancienne, agréable Jésus, que vos attraits sont doux! Vous me ravissez l'esprit et me fondez le coeur. Aux feux et aux splendeurs de votre divine Face, que mon sort est heureux de vous avoir aimé. Mon Jésus, aussitôt que mon coeur se revêt de votre amour, il se quitte soi-même.

Admirable commerce! précieux échange de la charité! En perdant la créature on trouve le Créateur; mon âme, revêtue de Jésus-Christ, s'est oubliée soi-même; elle s'est dépouillée de tout, et toutefois, très riche, si hautement élevée, transformée en Jésus-Christ, elle est une avec Jésus-Christ. Unie à la Divinité, elle devient toute divine; enrichie de ses grâces, elle est reine du monde. Mon âme, tressaille de joie : que le moment fut précieux où tu te livras au pouvoir du saint amour! Sa présence t'a purifiée de tes crimes, t'a guérie de tes infirmités, a fait mourir le vieil homme, et t'a rendu une parfaite santé.

Renouvelé si miséricordieusement en Jésus-Christ, je ne cesserai de publier que je n'ai perdu que mes offenses, pour trouver des grâces ; j'ai quitté les noms honteux de l'ancien Adan, et suis maintenant enfant du saint amour. En la vue de ces signalées miséricordes, une gare s'élève violente au milieu de mon coeur! Au même temps qu'il se consume d'ardeur, il me semble qu'un tranchant le fend en deux ! ô Jésus, souveraine beauté, vous me ravissez si suavement à moi-même, que je me rends à la douceur de vos attraits, et en m'exclamant de toute ma voix je m'écrie : « Faites, ô Jésus, que je ne meure jamais que des mains de l'amour. Abattu à vos pieds comme votre captif, je languis, et, tout demi-mort que je suis, je brûle de vos divines ardeurs. »

0 amour, si vous m'abandonnez, qui sera ma joie? Je ne cesserai de gémir et de pleurer, de crier jour et nuit : « Retournez, ô amour ; les pleurs et les larmes ne peuvent modérer les inquiétudes d'un coeur qui aime; votre retour seul le peut, ô amour. »

Plainte amoureuse de saint François à Jesus-Christ.

D'où vient, ô Seigneur, que vous êtes si longtemps à retourner vers celui qui vous appelle avec tant de soupirs? Il semble que votre grandeur ait déjà oublié mon âme, qui ne respire que votre présence. Eh! jetez, ô Jésus, vos doux regards sur ce coeur navré, qui ne vit et ne languit que pour vous. Les douceurs de votre amour sont, à la vérité, bien délicieuses; mais que les pleins qu'elle cause dans les coeurs sont douloureuses ! C'est assez, Seigneur, c'est assez! Hé! cessz de frapper et de brûler mon coeur; il ne esta plus ni porter les douceurs de votre amour, Irsnuffrir les rigueurs de vos coups! il m 'a jeté dans de si grands transports, que je ne sais ce je je suis, où je suis, ce que je dois dire, pensser ou faire. M'ayant enlevé le coeur par sa violence, il me presse si fort de ses ardeurs, que, pour donner jour à mes flammes, je cours jour et nuit tout hors de moi-même, par les places publiques, avec tant d'ardeur, pour vous chercher, ô le bien-aimé de mon coeur, que souvent je tombe pâmé, sans pouls et sans haleine. 0 Jésus, approuvez-vous l'amour qui est dans l'impuissance de rien faire? Si vous le condamnez, hélas! où les ardeurs de l'amour m'ont-elles réduit? Je suis sans vigueur et sans force.

Autrefois, l'amour me rendait éloquent, et maintenant il m'ôte la parole. J'ai des yeux, et je ne vois rien. Quand je me tais, je parle. Je fuis, et je suis lié. Je cours étant assis. Jamais les siècles ont-ils vu quelque chose de semblable? 0 amour! que tu es excessif, pourquoi fais- tu mourir mon coeur en une fournaise si ardente?

Jésus-Christ répond à saint François.

Modère, ô François, les ardeurs de ton coeur. Arrête ses transports et ses saillies, qui tiennent trop de l'excès. Le saint amour est bien rée la vertu, sa compagne, n'est jamais extrêrme en sa conduite. Veux-tu apprendre de moi les voies qu'il faut tenir pour me trouver ? Considère lies ouvrages sortis des mains de ma sagesse: l'ordres le poids et la mesure y éclatent d'une façon admirable ; la multitude y est sans confusion, la disposition des parties sans désordre; chaque chose est placée dans le degré qui lui est propre, et te; lois que j'ai imposées ont été invariablement gardées par toute la nature avec une constance immobile. Ma charité, qui est ma production doit être bien mieux ordonnée que la nature. Si la sagesse du Fils est la gloire du Père, c'est mon honneur que ceux qui m'aiment soient bien réglés en leurs actions. Je suis la Sagesse qui conduit toute chose avec ordre; le dérèglement me déplaît; l'ordre, qui est mon image, m'est agréable. Tempère donc, ô François, les bouillons de ton amour; tempère la violence de ses flammes: il semble qu'elles te jettent hors de toi-même. Tu parais aux yeux du monde comme si tu avais perdu l'esprit. Mon amour, ô François, ne jette point mes amants dans des transports qui passent les termes de la raison.

Saint François répond à Jésus- Christ.

Votre Majesté, ô Seigneur, m'a enlevé le coeur par la violence de son amour, et vous m'obligez d'être modéré et de vivre sans excès. Le fer, au d'une fournaise, change de nature et prend les propriétés du feu; l'air, investi des rayons du soleil devient tout lumineux. Ainsi, entre les ardeurs de votre charité, ô Jésus-amour, vous  fondez les coeurs pour les transformer en vous-même.

Depuis que François s'est livré au pouvoir du saint amour, que peut-il faire? J'ai cessé d'être ce que je suis, pour devenir ce que vous êtes ; j'ai quitté mes conditions pour prendre vos qualités. N'êtes-vous pas le feu qui me brûle, et le soleil qui m'éclaire? Mon coeur est heureusement renfermé dans le vôtre; il n'a de vie que celle que vous lui inspirez ; il ne vit qu'en votre Coeur; il n'opère que par lui, et tous mes mouvements procèdent de lui. Seigneur, tout ce que je fais, c'est l'amour qui me le fait faire; si je m'emporte dans quelque excès, l'amour m'y pousse. L'amour, qui m'a dépouillé de tous les biens, me rend pauvre aussi d'esprit.

Si votre bonté aime les amours réglés qui se conduisent avec ordre, pourquoi m'a-t-elle placé au milieu d'un feu? Si elle voulait que je fusse modéré en mes transports, quel est votre dessein sur moi, que votre amour m'ait toujours nourri de flammes et élevé entre les brasiers? Seigneur, si je m'emporte dans ces excès qui passent les bornes, c'est votre faute et non la mienne; je ne fais que suivre les impressions de l'amour, obéir à ses mouvements : c'est vous- même qui m'en donnez les exemples.

Votre puissance, quoique infinie, ne s'est pu défendre des coups de l'amour. Ne vous a-t-il jeté dans des transports que le monde condamne de folie ? Sur le Calvaire, il blesse votre coeur de ses plaies; dans le ciel, il vous enlève du sein de votre Père; dans la terre, il vous expose nu sur la paille ; il vous rend pauvre pour nous faire riches. 0 Jésus, pour nous donner vos grâces vous brûlez d'amour et en la vie et en la mort. Enivré des douceurs de l'amour, comme tout hors de vous-même, vous alliez courant les villes, les mers et les campagnes, et l'amour vous traînait après lui comme son captif chargé de ses chaînes. Vous vous épuisiez pour nous remplir, et, d'une voix puissante au milieu des temples, vous criiez si amoureusement à tous les coeurs : « Celui qui a soif vienne boire : je ne veux point d'autre prix que son amour. »

Votre sagesse, avec toutes ses inventions, n'a pu retenir le feu d'un éternel amour caché au coeur de la Divinité, qu'il n'ait exhalé ses flammes au dehors. Du sein glorieux où vous êtes né dans le ciel, il vous a fait fondre dans le sein d'une Vierge. 0 charité incarnée, l'amour, plutôt que la chair, vous a fait homme ; l'amour vous a rendu sans parole devant vos juges ; l'amour vous a élevé sur la croix ; l'amour, brûlant votre Coeur, ayant fait un bûcher, vous a rendu sa victime; il a lié votre puissance plus que les clous ; il a obscurci votre sagesse, qui a paru folie; il vous a consumé comme un holocauste d'amour.

Si donc l'amour enivre de ses douceurs ceux qu'il posséde ; si par sa violence il jette dans des transports les divins amants, et leur ôte les forces, ô Jésus, et qui êtes aussi mon Dieu, l'amour atriomphé de vous avant d'avoir triomphé de moi; il vous a rendu son captif avant de me rendre son esclave. Puis-je résister à une puissance souveraine qui a triomphé de la vôtre ? Quelles forces me reste-t-il pour souffrir ses brasiers et ses ardeurs violentes ? S'il m'a poussé dans des actions que les hommes condamnent de folie, il vous avait déjà fait paraître comme insensé aux yeux du monde. S'il m'a ôté les forces, il vous a rendu faible. Je ne veux ni ne puis davantage soutenir la violence de ses coups. Oui, amour, vous avez vaincu ; je me rends votre captif ; je donne les mains; prononcez la sentence que je meure. Je vous présente mon coeur ; brûlez, frappez, consumez, et que je meure des plaies de l'amour !

Les soupirs d'amour de saint François à Jésus crucifié après l'impression des stigmates.

Que mon coeur et ma langue ne prononcent plus que le doux nom d'amour ! Mon coeur se fond sous la douceur de ses flammes. 0 amour, après tant de plaies et de coups puis-je survivre? Permettez que je meure d'amour. Jésus-amour, après m'être sauvé des flots cruels de la trier du monde, je touche déjà le port!  0 mon amour Jésus, quels brasiers souffre mon coeur! je meurs, et ma vie s'écoule; ouvrez, ouvrez Ille amour, votre sein pour me recevoir : que je sois tout transformé en amour; que je meure à moi-même, et que je ne vive qu'à l'amour; que sois fait un nouvel amour ! Amour !  Amour!  Amour! Toute chose crie : Amour ! Plus en vous possède, plus on vous recherche; plus vous remplissez plus on vous désire. 0 cercle admirable, en remplissant le coeur de vos douceurs, vous le dilatez pour plus donner, afin que les divins amants puissent davantage aimer. 0 amour, que vous êtes doux aux amants!

Que je meure d'amour! Eh! que je meure, ô ma douce langueur! Bienheureuse mort, abîme de douceur, plongez, noyez, submergez, abîmez-moi dans le profond des eaux d'une si délicieuse mer; autrement, si on me refuse une si juste demande, mon coeur se fond, s'écoule, se brise, éclate. Amour! Amour! Amour! vous êtes la vie de mon coeur languissant, qui ne respire que par vos saintes flammes. Doux Jésus, n'êtes-vous pas l'époux de mon âme? Souffrez que j'use de la liberté des amants, que je m'élance entre vos bras, mon amour! Que j'expire sur votre coeur! Si vous avez de la pitié pour écouter les larmes de ceux qui vous aiment, permettez que François cesse d'être ce qu'il est, et qu'il commence d'être ce que vous êtes; qu'il vive de votre vie, et qu'il meure de votre mort ; que l'amour qui vous a donné le coup de la mort coupe le fit nia vie. Heureuse douleur ! fortuné coup I de, ieuses plaies! si mon coeur peut s'écouler, comme un baume fondu, dans votre amoureux sein.

Hélas! où irai-je? que dirai-je? que ferai-je, si le iel m'est toujours inexorable ? Mon Jésus, qui ni êtes mon amour, vous êtes aussi mon espérance; soyez propice à mes voeux. Or sus, mon coeur, puisque cette faveur vous est accordée, lourez d'amour sur le sein de Jésus; dormez et reposez en lui : c'est le centre des divins amants, et la couche sur laquelle doivent expirer tous ceux aiment Jésus.

O mon âme, qui est-ce qui t'a si hautement élevée et rendue si heureuse? N'est-ce pas l'amour de Jésus-Christ? Attache-toi donc amoureusement à son Coeur d'un lien inséparable.

RÉFÉRENCES
— (1) Primus locus nativitatis qua Deus est : ibi natus, ibi alitus, ibi provectus. (Bern., de dilig. Deo.)
— (2) Bern., de Stig., sema. III, cap. ix.
— (3) Franciscus triplicem sensum de cruce Christi experie-batur, scilicet doloris et gaudii juxta guantitatem amonis. (Bern., de Stig., serm. III , cap. ix.)
Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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P.Bernardin-de-Paris-ofm.cap.-Tome-2-Partie-3-Ch-7-Stigmatique-sur-le-Mont-Alverne.html
16
P.Bernardin-de-Paris-ofm.cap.-Tome-2-Partie-3-Ch-15-La-gloire-de-St-Francois-au-ciel-et-sur-la-terre-jusqu-a-la-fin-du-monde.html
Restaurant de mon fils François Pour choisir une autre série Le commerce de mon fils Marcel