+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
L'Esprit de Saint François d'Assise
Titre de la page:

Tome 1- Partie 2- Ch-2- 1à 4

Afin que l'image du Verbe incarné soit parfaite dans le fondateur et dans l'Ordre. Dieu donne la pauvreté pour épouse à Saint François et pour mère à ses enfants.

Nom de l'auteur:
P. Bernardin de Paris o.f.m.

Tome 1- Partie 2- Ch-2- 1à 4

Afin que l'image du Verbe incarné soit parfaite dans le fondateur et dans l'Ordre. Dieu donne la pauvreté pour épouse à Saint François et pour mère à ses enfants.

V1- Pour dissiper les ténèbres qui empêchent les hommes de voir et de connaître Dieu, Jésus-Christ leur a montré dans sa personne l'image de son Père, et dans l'Église sa propre image. L'Eglise nous la présente dans l'Evangile écrit de la main des apôtres, et dans l'Evangile pratiqué par les saints.

De toutes les faiblesses qui arrêtent les hommes sur la voie de leur salut, la première consiste dans les ténèbres de leur esprit. Comme la lumière de la foi ouvre la porte pour aller à Dieu, l'ignorance la ferme. C'est d'elle, comme d'une malheureuse source, que sont sortis l'erreur dans Ies esprits et le dérèglement dans les moeurs. Les hommes, comme insensés, ont rendu des honneurs divins à des créatures qu'ils devaient.mépriser ; ils ont fait ce qu'ils devaient omettre, les plus criminelles de leurs actions ont été part les estimées les plus saintes ; leur entendement était plein d'obscurités ; leur volonté, puissance aveugle, était dans l'impossibilité de former le dessein de tendre à Dieu, qu'ils ne connaissaient plus

Le Verbe incarné, voie et vérité du monde a voulu lui ouvrir le chemin du ciel. Pour cet effet_ il, a employé deux évangiles : l'un que sa divine bouche a prononcé, l'autre que ses actions divinement humaines ont publié. « Parce que, » dit saint Augustin, « le Verbe est la parole du Père il s'ensuit que ses actions nous tiennent lieu de paroles ; elles sont autant d'évangiles célestes qui nous préchent (1). » Ce divin Maître, qui a fait en lui-même l'union de deux natures si diverses, a tellement voulu faire en sa doctrine l'alliance de la parole et de l'exemple, qu'il lui a plu de consacrer et de sanctifier en lui-même par la pratique toutes les vertus que sa sacrée bouche annonçait aux hommes. Il a fait, et puis il a dit ; ses actions ont devancé ses paroles, et il a plus instruit l'univers par la sainteté de ses exemples que par l'efficacité de ses discours.

C'est en cette disposition, qu'il est l'exemplaire du ciel et de la terre, et qu'il a une double resemblance, selon l'Ange de l'École, avec son Père et avec son Église. Au regard de son Père , il est exemplaire expressif, parce qu'il exprime son essence, sa divinité, et toutes ses perfections infinies: « Il est la splendeur de sa gloire, et la figure de sa substance », (2) dit saint Paul. Au regard de son Église, il est un exemplaire effectif ; parce que tout ce qu'il reçoit de son Père, il le reproduit en son Église, lui imprimant son esprit sa divnité, ses graces et ses perfections. Il lui plait qu'elle soit son image grâces en terre, comme Il est l'image de son Père dans le Ciel. Ainsi, l'Église regarde le Verbe non seulement comme son chef, de qui elle reçoit les grâces qui la sanctifient, mais encore comme l'Évangile vivant qui l'instruit par ses paroles, et comme l'exemplaire sur lequel elle se forme; et le Fils de Dieu regarde son Église comme une glace dans laquelle il s'exprime et se représente.

Un exemplaire, pour être utile, doit avoir trois conditions : la visibilité, afin d'être aperçu ; la vérité, pour instruire sans erreur, et la sainteté, pour être imité sans impureté. Dieu, en sa divinité, est aussi saint que véritable : il est la sainteté et la vérité par essence ; il peut être cru sans faillir, et imité sans dérèglement ; mais il est invisible à nos yeux. L'homme est visible, et peut être suivi ; mais il a le mensonge dans l'entende­ment, et le péché dans ses moeurs : en le suivant, on s'égare et on se souille. Il a donc été nécessaire que le Fils de Dieu unît sa divine personne à notre nature, et c'est en l'unité de ce divin composé que nous avons un parfait exemplaire comme homme, il est visible à nos sens, et peut être suivi à vue d'oeil ; comme Dieu, il est aussi véritable que saint ; les hommes peuvent croira à ses paroles avec assurance, et imiter ses actions avec pureté.

Le Verbe incarné, toujours semblable à lui-même, veut notre salut aussi bien que celui des premiers chrétiens ; mais il semble que non; ayons sujet de nous plaindre, car nous n'avons pas comme eux le bonheur d'être instruits de sa divine bouche, et animés de la sainteté de ses exemples : Jésus-Christ n'est plus visible à nos yeux.

C'est vrai ; mais il a fait succéder à sa parole et à ses divines actions deux Évangiles, l'un que son Esprit a révélé aux hommes, et qu'ils ont écrit sur le papier avec une encre matérielle; l'autre gravé aux coeurs des saints, par le Saint- Esprit, en caractères de lumière et de feu toujours vivants (3) L'Évangile écrit contient les règles de la vérité pour la réformation de notre entende­ment, et les lois de la sainteté pour le règlement de nos moeurs ; les saints réduisent en pratique et expriment par la sainteté de leurs actions les vertus que cet Évangile publie.

Le Fils de Dieu continue donc en son Église l'office qu'il a exercé sur la terre en instruisant les hommes par sa parole, et les édifiant par ses actions: et il se rend en quelque manière sensible. Sa parole se fait entendre en l'Évangile, qui est son organe ; sa puissance opère dans les saints qui sont ses instruments. Étant ses membres, ils n'agissent qu'en la vertu et par la vertu de leur Chef, et, comme dit saint Paul, Jésus-Christ est tout dans les fidèles : il parle dans les évangélistes; il prêche dans les prédicateurs; il sanctifie dans les sacrements ; il opère dans ses ministres. Ainsi, les hommes s'entretiennent-ils dans la créance de la Foi et dans le règlement des leurs ; ils trouvent dans l'Évangile les vérités qu'ils doivent croire, et dans les justes la sai­teté qu'ils doivent imiter.

C'est saint Paul qui nous découvre cette douce conduite du Fils de Dieu sur son Église, et qui nous apprend la notable différence de la Loi an­cienne avec la nouvelle. Dans la première, les lois étaient écrites du doigt de Dieu sur la pierre ; eu la seconde, elles sont imprimées dans les coeurs par la vertu de l'Esprit du Dieu vivant. Le temps est venu, » dit ce grand apôtre„ e et nous voyons l'effet des promesses de Dieu : je graverai mes lois dans leurs esprits, et les impri­merai dans leurs coeurs » (4)

La loi de la grâce, dit saint Augustin, est la présence du Saint-Esprit dans les âmes, fidèles (5) ; il grave en leurs esprits les vérités éternelles, et dans leurs coeurs les lois divines, parce que la loi nouvelle est la loi de l'esprit (6), dit saint-Paul. Cet apôtre souhaite que tous les fidèles soient autant d'évangiles vivants ; que leurs droles enseignent la vérité ; que leurs actions soient les règles de la sainteté, et que les hommes, en les voyant, apprennent ce qu'ils doivent croire et opérer. « Vous êtes , » dit-il écrivant aux Corinthiens , « autant de lettres et autant d'évangiles de Jésus-Christ : c'est en vous que tout le monde doit lire ses lois, et connaître les vérités qu'il annonce. »

V2- Bien que la sainteté de l'Église soit toujours immaculée, certains nuages l'obscurcissent parfois à l'extérieur: c'est ce qui avait lieu au temps où vivait saint François. Alors le Fils de Dieu demanda à son Père de donner au monde un homme rempli de son Esprit et éclatant de sa sainteté; le Père lui accorda saint François, et Jésus voulut que ce saint et son Ordre fussent un Évangile vivant.

L'esprit de l'Église, qui est celui de Jésus-Christ, est éternel, comme lui, en la vérité de la doctrine qu'il enseigne, en la sainteté des sacrements qu 'il établit, et en la pureté des moeursqu'il propose. Cet esprit, toujours semblable à lui- même dans tout le cours des siècles, parmi l'inconstance des choses humaines, enseigne invariablement les mêmes vérités aux fidèles, continue les mêmes mystères en son Église, donne les mêmes règles aux hommes pour la conduite des meurs.

Comme le soleil, qui est la source des lumières, souffre souvent des éclipses ; comme les pierreries, qui portent un feu immortel, sont quelquefois ensevelies dans la fange, ainsi la religion chrétienne, conservant son intégrité intérieure, et demeurant toujours sainte en elle-même, peut souffrir à l'extérieur des taches qui la déshonorent et la rendent difforme. L'hérésie combat sa vérité par les erreurs ; l'impiété profane ses mystères par les mépris ; et le dérèglement des moeurs offense sa sainteté. Mais l'Esprit divin , sous la conduite duquel elle marche en la terre, ne manque jamais de la secourir en ses besoins ; il lui envoie des docteurs qui soutiennent les intérêts de la vérité, des prélats qui défendent l'honneur de ses mystères, et des saints qui, par la sainteté de leurs moeurs et la pureté de leur vie, toujours extérieure, et la font paraître Telle était la condition du siècle où parut saint François. Les vérités de la foi étaient obscurcies par le nuage d'une troupe d'hérétiques; la sainteté des mystères était profanée par l'impiété plusieurs empereurs soulevés contre le Pontife de Rome; les moeurs des fidèles étaient tellement corrompues, que , comme dit un auteur eme lit temps, dans l'Église il n'y avait plus aucune parente de religion (7). Celle dont le visage éclatant comme les saphirs, blanc comme la neige, était couverte de la noirceur des charbon: les vérités de la foi étaient inconnues, les maximes chrétiennes ignorées ; les hommes , se contentant du nom de chrétiens , portaient un extérieur de païens, et faisaient des actions d'infidèles.

Si le Fils de Dieu, à la vue de tant de maux, avait suivi les mouvements de son amour, il serait descendu derechef en terre pour instruire les fidèles de la pauvreté par sa propre bouche, et leur donner les règles de la sainteté par la pureté de ses exemples. Mais son Père en ayant disposé autrement, il lui demanda un homme qu'il pût remplir de son esprit, et rendre éclatant par la sainteté de son Évangile et les marques de ses souffrances (8). Cette requête étant conforme aux desseins de la piété du Père, il accorda François à son Fils.

Voilà donc François bien élevé; il entre en société d'office et de qualité avec le Fils de Dieu; il va être après lui un Évangile vivant, et un second exemplaire où les fidèles apprendront les vérités qu'ils doivent croire, et les règles de la sainteté qu'ils doivent imiter et pratiquer. « La grâce de notre Sauveur, » dit saint Bonaventure, est apparue de nos jours, en la personne de François, à ceux qui sont véritablement humbles, et qui aiment la Pauvreté (9). » En effet, Dieu très haut l 'a regardé avec une condescendance si douce et si puissante, que non seulement il l'a tiré de la poussière des choses du monde, mais il l'a proposé à son Église comme le véritable professeur de la perfection évangélique, chargé de ervir de guide à tous ceux qui voudraient marcher dans les voies étroites de l'Évangile.

Si nous voulons donc suivre cet homme évangelique sur la montagne où le Fils de Dieu l'attire, nous le verrons écrire sa Règle, qui est la moelle de l'Évangile, puis devenir un Évangile vivant, portant en son coeur la loi nouvelle gravée du doigt du Dieu vivant, et en ses actions les vertus de Jésus-Christ. Il a donc, après ce divin Maître, la gloire d'être le plus parfait exemplaire de la vie chrétienne, l'image de son Père et le modèle des élus. Jésus reproduit en lui tous ses traits ; il lui imprime si bien sa grâce et ses vertus, que François devient l'homme nouveau, créé en justice et en vérité. Jésus se voit vivant, opérant, prêchant, pauvre et obéissant en lui, comme Dieu le Père se voit et se reconnaît en son Fils. Le monde, à son tour, voit l'image de Jésus en François, qui lui est envoyé pour renouveler par paroles et l'exemple de sa sainteté le premier esprit du christianisme.

« Cet ordre envoyé de Dieu en nos jours, dit le savant Eneas Sylvius, « que prétend-il, sinon accomplir les intentions de l'Evangile, purger le champ de l'Église des ronces et des épines on„ ; malice du démon y a plantées, y semer le bon grain, arracher la zizanie, éteindre l'ovariee combattre les dissolutions, détruire les piaisirs, étouffer les voluptés, bannir l'ambition, et par l'efficacité des paroles et la sainteté des exemples instruire les ignorants , animer les lâches, et porter tous les pécheurs au devoir de la pénitente (10)? » — « Que l'Église maintenant se réjouisse! » dit un autre, « par le secours de saint François et la sainteté de ses enfants, elle a repris sa première beauté, elle paraît toute chrétiennes (11)

Ce zèle doit donc animer tous les enfants de ce bienheureux Père ; c'est à eux de poursuivre ce qu'il a commencé, de paraître au monde comme autant d'Évangiles vivants, qui en publient les lois non seulement de vive voix, mais davantage par la pureté de leur vie, l'innocence de leurs moeurs , et la sainteté de leurs actions. Qu'ils instruisent ceux qui les voient , et les animent à l'observance de l'Évangile ! Le Fils de Dieu pensait. à eux, et il les a compris dans sa requête, en demandant François à son Père céleste. C'est leur gloire qu'il les ait élus pour être autant d'emplaires de la vie chrétienne ; et qu'il ait voulu faire dans leurs coeurs une impression de son esprit, de ses lois et de sa grâce, afin qu'en eus il fasse voir au monde les vertus qu'il a exercées sur la terre.

V3- Le pauvreté du Verbe incarné a pour but de faire participer son humanité à la simplicité et à la sainteté du Père, et de les communiquer aux hommes; aussi veut-il que l'éclat extérieur de cette sainteté soit répandu par la pau­vreté plus que par les miracles.

Nous savons par les lumières de la foi que le Fils de Dieu a deux naissances, l'une divine dans l'éternité, l'autre humaine dans le temps. Comme elles ont deux principes différents, elles produisent en lui des effets bien dissemblables. En la première, engendré de son Père, il est la splendeur de sa gloire, la figure de sa substance, l'héritier universel de tous ses biens, égal avec lui di puissance, pareil en richesses. En la seconde, naissant de Marie sa Mère, il est accueilli par toutes les misères de la vie, et la première qualité qu'il se donne est celle de pauvre. «Je suis pauvre et mendiant, » dit-il par la bouche de son prophète (12)

Le très haut mystère de l'Incarnation étant l'oeuvre du Saint-Esprit, rien ne se passe dans  le Verbe incarné qui ne soit ordonné pour de grands desseins : cet état de pauvre, dont il se revêt est digne de sa sagesse, et contribue autant à sa gloire qu'à notre salut.

La divine personne étant engendrée aussi bien au sein de Marie qu'au sein de son Père, il est de Dieu en l'une et en l'autre de ces deux naissances. Il semble que, en toutes les deux, il devrait être égal à son Père; et néanmoins, en lune sa divine personne est revêtue de lumière, en l'autre elle est couverte de pauvreté. Mais Dieu sait bien tirer l'élévation de la bassesse : cette pauvreté communique à l'humanité de son Fils trois perfections du Père céleste, la pureté, la simplicité et la sainteté.

Dieu est pur, parce qu'il est tout recueilli en la solitude de son être divin ; il est simple, parce que son essence exclut tout élément étranger; il est saint, parce que, uni à soi-même, il se suffit.

La pauvreté opère des effets semblables en ceux où elle règne : car, l'avarice, ou la cupidité des choses de la terre, étant, selon saint Paul , la racine de tous les dérèglements des hommes, elle porte l'impureté dans tes coeurs, qui vivent nécessaire là où est leur trésor. Au contraire, la pauvreté, en retirant l'espprit et et le coeur de l'affection des biens extérieurs, les réunit à Dieu, et par cette union, elle fait entrer l'homme en une divine participation de ses perfections : par la pureté, le coeur ne veut plus que Lui ; par la simplicité, l'âme ne s'occupe que de Lui; par la sainteté n'est plus unie qu'à Lui.

Le Verbe incarné est saint de trois saintetés intérieures: l'une éternelle et essentielle , la seconde substantielle , et la troisième accidentelle. L'essentielle, en le séparant de tout être créé unit à son Père en unité d'essence ; la seconde le sépare de la subsistance humaine, et l'unit à sa Divine personne; l'accidentelle est une sainteté de grâce, qui le sépare du péché et des pécheurs (13). Or, ces saintetés ne seraient pas achevées, s'il n'avait en son humanité une sainteté extérieure, c'est la pauvreté qui la lui donne, parce que le séparant d'esprit, de coeur, d'affection et d'effet, de e toute liaison avec les biens de la terre, elle imprime en lui, autant que la créature la peut porter, l'image des perfections de son Père céleste.

Je crois que saint Paul pensait à la profondeur de ce mystère, quand il a représenté Adam et le Fils de Dieu sous des qualités si différentes. « Le premier homme, » dit ce grand apôtre, « étant de terre et tout terrestre, le second, sorti du Ciel, est céleste (14). » Le Verbe incarné avait un corps, composé de la même boue, de la même terre qu'Adam; mais saint Paul veut dire que, le premier des hommes étant créé entre les délices d'un lieu voluptueux et dans l'abondance des commodités de la vie, son coeur est devenu tout terrestre, et ses affections sont animales ; mais que Jésus-Christ, ayant pris naissance parmi les pauvretés d'un lieu, très vil et dans l'indigence de toute chose, paraît tout céleste. « Il est appelé Christ, dit Tertullien, « parce que, homme céleste, il a mené une vie toute céleste, exempte de la corruption du péché (15). »

En effet, la pauvreté volontaire, en son état a quelque qualité céleste; et en la désappropriation qu'elle fait des biens de la terre, elle passe au rang des choses divines, qui sont indépendantes de la matière. C'est une conduite admirable, que le Verbe incarné, en qui Dieu était se réconciliant le monde, ait donné des preuves de sa divinité plutôt par la pauvreté que par les miracles, « Vous verrez , » dit l'ange aux pasteurs, « la grandeur divine de l'enfant que je vous annonce, non pas investie de lumières ni assise sur un trône éclatant d'or et de pierreries, mais sur un peu de paille, enveloppée de pauvres langes. » Ainsi, la vileté de la crèche est la première annonce de la presence de Dieu ici-bas, et c'est sous les pauvres haillons de la plus humble naissance que la Divinité veut paraître aux yeux de l'univers.

V4- Jésus-Christ communique à l'Église sa sainteté intérieure au moyen de la grâce et des sacrements. Pour lui faire partager sa sainteté extérieure, il l'a fait naître pauvre avec lui dans la crèche, et l'a rendue encore pauvre dans lai personne des apôtres et des premiers fidèles. Par la suiite des temps, les miracles et surtout la pauvreté ont continué à faire éclater cette sainteté; cependant, elle a subi quelques vicissitudes, auxquelles le Saint-Esprit a mis fin par la vocation de saint François et de son Ordre.

C'est une maxime, entre celles de saint Augustin, que la grâce qui fait l'Homme-Dieu Jésus-Christ nous rend chrétiens, et que l'esprit qui l'établit notre Chef  nous constitue ses membres.

De cette vérité nous inférons que le Fils de Dieu, n'ayant pour former son Église d'autre exemplaire que soi-même, a voulu la marquer du sceau de sa double sainteté, intérieure et extérieure. Pour lui communiquer la première, il a établi la grâce et les sacrements, qui la purifient de toute tache en effaçant le péché dans l'âme des fidèles : ainsi devient-elle sainte en son intérieur. Pour qu'elle le soit pareillement à l'extérieur, c'est- à-dire en ses mœurs et en ses action, il a ordonné que la pauvreté sanctifiât son origine que, comme il se faisait voir lui-même pauvre dès sa naissance, ellle parût pauvre aussi dès sa première formation.

En effet, l'Église de la Loi nouvelle a été formée en la crèche : là où le Chef a voulu naître, le corps a dû naître aussi. Elle était trop près naître le pour ne point revêtir sa ressemblance : ainsi l'équipage sous lequel elle a paru a été celui de pauvreté. Jésus-Christ n'avait pas où reposer tête; Marie, sa mère, et Joseph, son père putatif, manquaient de retraite; les pasteurs qui les vinrent adorer étaient dans l'indigence : la pauvreté est donc la première et naïve beauté avec laquent l'Église s'est fait voir.

La grâce qui a coulé de ce même divin Cher dans les apôtres et les fidèles de l'Église naissante, a produit le même effet. La pauvreté était si étroite parmi eux, que nul n'avait rien en propre ; ils renonçaient à tous leurs biens (16)

C'est donc en ce dégagement que l'Église reçoit sa dernière perfection, et que sa sainteté est accomplie. Par cette désappropriation, elle est purifiée, comme par un feu divin, du mélange des choses terrestres ; elle devient en quelque façon divine et conforme à la sainteté extérieure de son divin Chef. Elle reçoit donc sa sainteté extérieure de la pauvreté ; elle a paru pauvre plus tôt que miraculeuse; elle a triomphé du monde plutôt par la pauvreté que par les prodiges, et, ce qui est admirable, le premier miracle opéré par le prince des apôtres a été fait par cet homme apostolique très pauvre sur la personne d'un pauvre. Ce premier chef visible des fidèles montant un jour avec saint Jean dans le Temple pour y faire sa prière, un pauvre invalide qui ne pouvait marcher leur demanda l'aumône; il lui réporbndit « Je n'ai ni or ni argent ; mais ce que j'ai te te donne : lève-toi , et marche. » Paroles sublimes, qui nous découvrent le premier esprit de l'Église. Saint Pierre était si pauvre, selon saint Grégoire de Nazianze, et il s'était prescrit une manière de vie si austère, qu'il ne vivait que de pois sauvages très amers (17) Il a donc voulu dire : Si j'étais riche et abondant en argent, je pourrais remplir tes mains d'une bonne aumône; je serais néanmoins dans l'impuissance de te secourir dans ton infirmité ; mais la pauvreté me revêt d'une puissance infinie : lève-toi, et marche. » Pour conserver à son Église l'éclat de cette sainteté intérieure, le Fils de Dieu se sert du des choses prestige des miracles, mais bien davantage de la pauvreté. Les miracles ravissent l'esprit et rendent l'Église admirable ; la pauvreté , qui édifie coeurs la rend vénérable et découvre en elle des qualités divines, en la montrant indépendante des choses de la terre. Les miracles doivent être rares; mais la pauvreté doit être perpétuel, afin que la sainteté soit éternelle.

On voit les eaux qui sont nettes en leur source se salir dans leur cours par les terres où elles coulent. Ainsi la sainteté de l'Étglise était-elles toute pure du temps des premiers fidèles, qui se dépouillaient de leurs biens. Elle a conservé cette intégrité tandis qu'elle a vécu dans les mêmes conditions ; mais lorsque, semblable à un grand feuve qui ne se peut plus contenir en ses limites, elle commencé à se répandre par tout l'univers; lors. que,que , des premiers fidèles, elle a passé jusques à nous comme en des vaisseaux corrompus, sa pureté s'est altérée. Croissant en nombre, elle diminué en sainteté extérieure ; la multitude des fidèles ne permettant plus qu'on pût entretenir leur union dans cette désappropriation totale, il a fallu , pour condescendre à la tiédeur de plusieurs, accorder la propriété des biens. Ainsi, l'Église, commençant d'être plus riche, a commencé d'être moins sainte.

Sous Constantin le Grand, des richesses immenses l'ayant comme inondée, une voix fut entendue, au rapport de Baronius, qui criait que le venin s'était introduit dans le corps de l'Église, et qu'il y étoufferait les principes de la vie. Les biens de la terre ont diminué ceux de la grâce; les richesses lui ont donné plus d'éclat et moins de sainteté ; elles lui ont fait perdre sa première beauté, et lui ont imprimé des taches qu'elle n'avait pas en sa naissance ; elles l'ont revêtue d'une couleur étrangère, tandis que la pauvreté sa naïve couleur étrangère, tandis que la pauvreté est sa naive couleur.

Le saint-Esprit, qui dirige l'Église aussi bien en son progrès qu'en sa naissance, s'efforce toujours de la faire rentrer dans son premier esprit, de la réduire à la sainteté de sa première origine. Pour lui rendre la beauté qu'elle possédait eté étant pauvre, il a regardé saint François, l'a choisi, et a consacré en lui la pauvreté du Fils de Dieu. Ce dessein, éternel sur le Père, passe aux enfants ; son exécution, commencée dans le Fondateur, doit continuer dans ceux qui lui succèdent: de tous les hommes ils doivent être les plus pauvres, non seulement parce qu'ils sont les membres de Jésus-Christ, leur Chef indigent, mais parce qu'ils sont élus avec leur Père pour entretenir la sainteté extérieure de l'Église par leur étroite pauvreté évangélique.

La sainteté, selon saint Denis, est séparante et unissante : elle sépare de la créature, qui est impure, et du péché, qui souille le coeur ; elle unit celui-ci à Dieu, qui est pureté (18) Deux principes concourent donc à la perfection de la sainteté : la pauvreté fait la séparation ; la charité fait l'union ; Trouvant le coeur déchargé du poids des biens terrestres, elle l'unit à Dieu, qui achève la sainteté. Ainsi, la pauvreté est le premier degré qui prépare à la sainteté, parce qu'elle sépare de la créature ; et la sainteté se mesure à la pauvreté.

Plus il y a séparation, plus il y a union, et où il y a plus d'union, il y a plus de sainteté. Les enfants de saint François sont donce obligés d'être les plus pauvres, parce qu'ils sont élus non seulement pour être saints à leur regard, mais pour continuer la sainteté de l'Église.

Saint Paul est admirable quand il nous représente deux familles composées d'enfants dont les conditions sont aussi différentes, que les pères dont ils naissent sont dissemblables. Le premer, tout terrestre, n'engendre que des enfants terre terrestres comme lui ; mais le second, étant tout célestse, rend célestes les siens (19). Ces deux sortes d'homme sont tellement opposés, que l'un détruit ce que l'autre édifie : les enfants de la terre, qui reconnaissent pour père Adam le convoiteux, tâchent de faire couler dans l'Église la convoitise des biens, la superbe. de la vie, la satisfaction des sens. Mais nous autres, enfants du Ciel , qui reconnaissons Jésus-Christ pauvre pour notre premier Père, et François pour second, nous devons détruire cet esprit impur, conserver l'esprit de sainteté, et entretenir la première beauté de l'Église.

Que les autres dorent l'extérieur de l'Église leurs richesses ; nous devons, nous, l'embellir notre pauvreté. Que les autres la rendent éclatante par leurs grands biens, la fassent voir avec une tête d'or par leurs trésors, qui sont des marque de sa puissance ; pour nous, nous sommes appelés à faire voir combien elle était pauvre en origine , et elle est sainte en ses moeurs. « Nous avons porté » dit saint Paul, « l'image d'Adam le terrestre ; il faut que nous portions l'image de l'homme céleste, qui est Jésus-Christ. (20) » par le dégagement des biens de la terre, fin que les hommes, nous voyant , connaissent que l'Église a été en sa naissance, et ce qu'ils doivent être s'ils veulent être parfaits chrétiens, et rentrer dans le premier et le plus pur esprit du christianisme

RÉFÉRENCES
— (1) Aug., tract. 24. in Joan
— (2) Hebr., 1, 3.

— (3) Non atramento, sed Spiritu Dei vivi, non in tabulissed in tabulis tordis carnalibus. (II Cor., m, 3.)
— (4) Dado leges meas in mentem cortum, et in corde eorum, superscribam esas.(Héebre., vii,10)
— (5) Quae sunt loges Dei ab ipso Deo scriptre in cordibus eorum, nisi ipsa prœsentia Spiritus sancti? (Aug., in Exod., cap. xxi. )
— (6) II Cor., in, 6. Amb., in Ps. MS. Justi sanat aspectus,e1 rpsi oculorum radii virtutem quandam infundere videntur iis qui fideliter eum videre desiderant.
— (7) Nulla religionis facies in Ecclesia Dei cognosceretur. (Bergom., lib. XIII, simp. ad annum 1217.)
— (8) Pisan., Conf. lib. I, fruct. 9
— (9) Bon, in prologo Legend.

— (10) Quid, inquit , haec religio aliud agit quam que jubere Evangelium novimus? sentes et tribulos ex agro donainico divellit; bonum semen seminat. (iEneas Sylv. Epist. 141.)
— (11) Ejus meritis gaudeat Ecclesia , exultet Christians qua? tanti Patris auxilio ejusque filiorum pristinuna reh­gionis candorem recuperavit. ( Rapia, de Reb. relig .,lib.XIX.)
— (12) Ego vero egenus et pauper sum. (Psalu. Lxix, 6.)
— (13) Sanctus, segregatus a peccatoribus. (Hebr., vu, 26.)
— (14) Primus homo de terra terrenus, secundus homo de ccebcoelestis. (I Cor., xv, 47.)
— (15) Christus dicitur quia ecelestis vitam ccelestem duxit. semperque fuit impeccabilis. ( Tertull., 1. de Carne Christi, cap. vin.)

— (16) Erant omnia illis communia... et gratin magna erat in omnibus illis. (Act., iv, 32, 33.)
— (17) Adeo pauper vivendi genus sibi Petrus prEescripsit ut em expelleret. (Naz. orat. 27, de Aurore paup.)
— (18) Sanctitas est ab omni inquinatione libera, incontami­4tissima et perfectissima puritas. (Dion. de Div. nornin.)
— (19) Crualis terrenus, tales etierreni, et q'ualis melestis, talc et craléstes. (I Cor., xv, 48. )
— (20) Igitursicut portavimus imaginem terreni , portemus Imaginera coelestis. (I Cor., xv, 49.)
Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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Restaurant de mon fils François Pour choisir une autre série Le commerce de mon fils Marcel