+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
L'Esprit de Saint François d'Assise
Titre de la page:

Tome 1- Partie 2- Ch-1- 11 à 15

CONVERSION TOTALE DE SAINT FRANÇOIS A L'ESPRIT DE L'ÉVANGILE
PAR LA VERTU DE PAUVRETÉ

Nom de l'auteur:
P. Bernardin de Paris o.f.m.

Tome 1- Partie 2- Ch-1- 11 à 15

CONVERSION TOTALE DE SAINT FRANÇOIS A L'ESPRIT
DE L'ÉVANGILE PAR LA VERTU DE PAUVRETÉ

V11- Le Fils de Dieu a donné naissance à son Église par sa parole et par ses plaies; il veut que saint François donne de la même manière naissance à son Ordre.

De tous les titres que le Fils de Dieu porte vis- à-vis de nous, un des plus doux et des plus suaves est celui de Père : nom infiniment aimable, qui montre sa puissance sur nous, mais aussi sa compassion pour notre bassesse. Nous étions serviteurs et esclaves par la condition de notre être; Dieu, descendant de sa grandeur en sa miséricorde, nous a envoyé son Fils, qui nous a retirés de notre servitude, et nous a fait entrer dans la condition honorable d'enfants adoptifs du Très-Haut. Ainsi, se rendant notre Père, il nous a faits ses enfants.

Deux principes ont concouru à cette nouvelle génération, la parole et le sang de Jésus. Il s'est regardé soi-même, et a formé cette filiation adoptive sur l'exemplaire de sa filiation naturelle dansl le ciel. En l'éternité, il est engendré par la fécondité de la parole et de la vie de son Père. Dans le temps, par la fécondité de sa propre parole donne naissance à ses enfants, qui composer son Église. Toute la différence est qu'il les engendre comme principe non pas vivant, mais mourant, et néanmoins vivifiant. Ayant enferra: une source de vie dans ses plaies, il veut que son sang en soit la divine semence; il est le grain de froment qui meurt, et qui en sa mort cache et produit la vie.

Le Fils de Dieu, retiré au ciel comme au lieu digne de sa gloire, voulant que la filiation des enfants de Dieu soit continuée sur la terre, pré­voyant que ceux qui portent cette honorable qua­lité tomberaient souvent par le péché dans une honteuse servitude, a établi un ordre sacré auquel il donne la puissance d'engendrer des enfants à Dieu. Il lui communique ses deux principes de fécondité, sa parole et son sang : l'une est distri­buée par le ministère de la prédication de l'Évan­gile ; l'autre est dispensée par les sacrements, qui sont les vaisseaux chargées de recueillir le sang du Fils de Dieu coulant du Calvaire. Et, par l'ad­ministration de la parole et des mystères, la terre le toujours des enfants de Dieu selon l'esprit, et cette génération céleste est toujours continuée en l'Église.

Le Verbe incarné, ne se lassant jamais de nous bien faire, a eu dessein de former en son Église une nouvelle lignée d'enfants non seulement selon la grace, mais en l'esprit de pauvreté ; à cet effet, il a voulu honorer François de ce privilège. Il lui a plu que le saint donnât naissance à cet famille par sa parole et par ses plaies, comme lui-même il avait engendré son Église par sa parole et ses divines cicatrices.

Si saint Paul se donne la qualité de Père au regard des Corinthiens auxquels il prêche, et si l'Évangile qu'il leur annonce est la raison de ce titre(1), l'humble François peut dire en vérité aux pauvres évangéliques : « Mes petits enfants, que j'engendre derechef par la parole de l'Évangile, Jésus-Christ vous fait enfants de Dieu selon l'es­prit et vous rend chrétiens; et moi, en la puis­sance de l'Évangile qu'il me commande de vous annoncer, je vous donne un second être, et vous fais enfants de la sainte Pauvreté. » Nous devons donc l'existence chrétienne au prêtre qui nous a baptisés, et à François la vie de Pauvres volontaires, et, ce qui est admirable! nous tirons cette faveur de la personne d'un Père couvert de plaies. Je ne sais quelle fécondité Dieu a cachée le sang des victimes ; mais jamais il n'a voulu un nouveau peuple et adopter de nouveau enfants qu'en l'effusion du sang.

Moïse, pour fonder l'état de la loi écrite, qui faisait des serviteurs, et pour en confirmer l'aliance, prit du sang des victimes, en arrosa tout le peuple, et trempa de ce même sang le tabernacle et tous les vaisseaux qui servaient aux sacrifices (2) Médiateur d'une alliance plus parfaite et d'un testament bien plus divin, qui donne au Très-Haut non plus des serviteurs, mais des enfante Jésus-Christ veut que cette adoption se fasse en l'effusion de son sang, et que la plaie de son coeur soit le sein où ils sont engendrés. « Il était convenable, » dit saint Paul, « que celui qui était des­tiné de Dieu son Père pour élever les hommes à la gloire des enfants de Dieu donnât sa vie et répan­dît son sang (3) » Or, il plaît à Jésus-Christ que la famille des Pauvres reçoive doublement ce bien­fait. Après lui avoir donné une première naissance sur le Calvaire, dans ses plaies, il veut qu'elle naisse une seconde fois dans les plaies de Fran­çois, son second Père.

Les divines plaies du Fils de Dieu se sont trouvées réunies en sa personne à la pauvreté et à la s.ée5 relé rien de plus pauvre que le Fils de Dieu erbia croix , et rien de plus pur. Il est l'agneau sur, tache, et, s'il est vrai qu'en la nature les surs sances impriment aux enfants les qualités des al% aui les engendrent , l'Église naît pauvre et cierge "du sein de Jésus. François, lui aussi, est pur et pauvre, et le sang de ses plaies, coulant du milieu de la pureté et dela pauvreté, fait surgir la famille des Pauvres ; il imprime cette pureté et cette pauvreté à ses enfants, obligés, pour ressembler à leur Père, d'être les purs et les plus pauvres qui soient dansl”Église.

Puisqu'ils ont la gloire d'être ses enfants, ils lui doivent la reconnaissance et l'imitation; et, si la gratitude doit avoir de la proportion aux bien­faits, nous sommes plus redevables à saint Fran­çois qu'à nos pères naturels. La qualité que ceux­cinous ont donnée est humaine ; celle que François nous imprime est divine; il nous fait enfants de Dieu selon l'esprit, et enfants de la Pauvreté, qualité plus honorable que celle de fils d'un mo­narque : celle-ci nous donnerait droit à un héri­tage périssable; la première nous fait prétendre un bien éternel.

Après la reconnaissance, nous lui devons l'imi­tation. Saint François nous peut faire ce grand raisonnement de saint Paul : « Je vous ai engen­drés en Jésus-Christ, par l'efficacité de l'Évan­gile» et par mes plaies. « Soyez donc mes imitateurs : » puisque toute génération se fait par voie de ressemblance, faites ce que j'ai pratiqué. (4)

V12- Jésus-Christ communique à saint François sa sagesse et autorité pour devenir le législateur de son Ordre; il renouvelle en sa personne les merveilles qui ont precede la proclamation de la loi évangélique, et il vient l'assister dans celle de la Règle des Frères Mineurs.

De tous les actes de saint François, le plus important pour ses enfants a été l'institution de sa Règle, puisqu'elle devait fixer la conduite de leur vie, leur servir de guide dans le cours de tous les siècles, et déterminer leur salut.

Celui qui entreprend de fonder un État et de lui prescrire des lois, doit avoir l'autorité, pour que ces lois soient légitimes ; une sublime sagesse, pour qu'elles soient justes ; une insigne bonté, pour qu'elles soient utiles. Toutes ces perfections se retrouvent originellement en Dieu dans un éminent degré. Par le titre de Créateur, il a un droit souverain pour régir toutes les créatures: par son infinie sagesse, il connaît sans faillir les lois les plus convenables à leur conduite; et sa suave bonté les leur propose et ordonne (5) En son suave tenement, il porte une loi éternelle dont la simplicité comprend toutes les raisons originaires du gouvernement du monde : saint Augustin l'appelle « la souveraine raison des choses (6). » cette loi primitive est la source d'où toutes les autres émanent comme autant de rayons ; elles en tires leur autorité, leur justice et leur utilité. quoique simple en son essence, elle prend différents noms selon les différents aspects sous les lois elle nous est communiquée. Ainsi, dans l'ordre naturel, elle est appelée loi naturelle ; dans dans la société des hommes, loi humaine ; et dans les commandements de Dieu , loi divine. Toutes ces lois, en leur origine, sont la loi éternelle et primitive qui est en Dieu ; elle a été néanmoins altérée dans l'ordre naturel par la corruption du péché, et dans la société des hommes par leur malice, qui est même allée jusqu'à corrompre le véritable sens des lois divines.

Afin de remédier à cette corruption, Dieu a donné naissance au monde nouveau de la grâce par le moyen de son Verbe incarné, qu'il en a établi chef, lui communiquant tout pouvoir pour fonder son Église, toute sagesse pour la régir, toute autorité pour publier ses lois, toute sainteté pour les consacrer en lui-même par ses exemples (7)

Ce même Fils de Dieu , disposant par la suite d'avoir en terre une famille de Pauvres évagéliques, lui donne François pour père et pour chef. A cet effet, il le fait entrer en partage de son autorité et de sa puissance. François forme la première famille des Pauvres, d'abord composée de douze disciples à l'exemple de l'Église. Chargé de régir, il ne le peut pas sans lui prescrire une Règle et cette Règle il ne la peut tracer qu'à l'aide d'une très haute communication de la Sagesse incarnée qui est le législateur de la grâce. Alors le Fit; de Dieu, qui aime à se reproduire en François comme en sa fidèle image, veut que l'institution de la Règle des Pauvres soit préparée par des merveilles semblables à celles qui ont précédé la première publication de l'Évangile.

Le Fils de Dieu, lorsqu'il avait voulu donner au monde la loi de grâce, s'était retiré sur une montagne, où, après de longues prières et des jeûnes très étroits, il la proclama devant ses douze apôtres. Ainsi attire-t-il maintenant François à l'écart, dans le secret d'un désert ; il l'élève dans la solitude d'une haute montagne; il l'inspire de se disposer par de profonds gémissements, de ferventes oraisons, et d'autres abstinences pendant l'espace de quarante jours ; puis il lui manifeste le secret du conseil éternel sur le salut du monde; et lui doit être publiée par celui qui en a le pouvoir, le Fils il l'introduit dans les trésors de sa sapience, révèle les lois qu'il doit proposer à sa petite famille. Et comme toute loi, pour être reçue, de Dieu publie lui-même celle-ci de vive voix, infirme en la présence des ministres de l'Ordre. Ils avaient par avance refusé de s'y soumettre, prétendant qu'elle serait trop étroite; saint François, se retournant vers le Fils de Dieu, lui dit: « 0 mon Seigneur, je vous avais bien dit qu'ils ne me croiraient pas ! Mais pour moi, je serais content de l'observer jusqu'à la mort avec mes pauvres Frères. » Chose admirable! le Fils de Dieu, lui apparaissant sur une nuée tout éclatante de lumière, lui tint ce discours : « Petit homme, de quoi te troubles-tu? cette Règle est- elle ton ouvrage? N'est ce pas moi qui te l'ai dictée (8)? Je n'ignore pas la faiblesse de l'homme, et je sais combien ma puissance a dessein de le secourir. Je veux donc que cette règle soit observée à la lettre, à la lettre, à la lettre, sans glose, sans glose, sans glose. » Paroles dignes d'être accueillies avec une sainte joie de tous les professeurs de la Pauvreté.

Cette Règle ne doit donc pas être mise au rang les lois naturelles ou humaines ; l'esprit humain se saurait former le dessein d'une vie qu'il ne eut comprendre. Mais elle mérite d'être estimée divine, soit en son principe, c'est un Dieu qui la révèle, soit au ciel soit en sa fin, qui est de conduire les hommes au ciel.

V13-Jésus-Christ n'a donné son Évangile aux chrétiens que les mains et sous l'autorité de l'Église; il veut de même donner la Règle des Frères Mineurs par les mains de saint Frainois et sous l'autorité de l'Église.

Le Fils de Dieu, établi par son Père chef des hommes, est aussi leur Maître; il les instruit des vérités qu'ils doivent croire, et des lois qu'ils doivent suivre. Cette sagesse éternelle et incarné, emploie deux sortes de paroles pour enseigner la doctrine céleste. La première consiste en ce que, sur l'ordre de son Père, après avoir traité long temps avec les hommes par l'organe des prophètes, sa grandeur a usé d'une telle condescendance, qu'elle est venue s'entretenir bouche à bouche avec nous (9).

Le cours de sa vie mortelle étant achevé, il est retourné à son Père. A sa parole vivante, il a fait succéder celle de ses apôtres et de ses saints, en la soumettant au jugement de son Église, afin que les fidèles soient assurés que cette parole n'est pas des hommes, mais du Saint-Esprit, et qu'après cet oracle ils l'honorent avec un profond respect. Saint Augustin ne craint point de dire qu'il recroirait pas à l' Evangile, si l'Église ne lui disait qu'il y faut croire (10).

La piété a toujours persuadé les fidèles que la règle des professeurs de la très haute pauvreté ne venait pas des hommes; le Fils de Dieu a voulu que le chef visible de son Église en terre prononçât et déclarât que François l'avait reçue de Dieu, due les paroles qu'elle comprend sont de Jésus-Christ, et qu'en son institution, elle est du même auteur que l'Évangile.

Lorsque, pour la première fois, saint François soumit cette sainte Règle à l'approbation du chef de l'Église, qui était pour lors Innocent III, le cardinal de Saint-Paul, homme aussi pieux que savant, voyant que le Pape faisait difficulté de la confirmer, fut inspiré du Saint-Esprit pour dire au Saint-Père et à tous les cardinaux du sacré collège : « Si nous refusons la requête de ce pauvre, comme nouvelle et trop étroite, puisqu'il ne demande que la confirmation de la forme de la vie évangélique, il est à craindre que nous n'offensions l'Évangile de Jésus-Christ. Car si quelqu'un osait dire que, dans l'observance de la perfection évangélique, et dans les voeux que l'on en fait, il y a quelque chose de nouveau, de déraisonnable, ou d'impossible, il serait coupable de blasphème contre Jésus-Christ, auteur de l'Évangile.

Après ce discours, Sa Sainteté dit à François: « Mon fils, priez Dieu qu'il Nous manifeste sa volonté, afin que Nous puissions vous accorder plus assurément votre demande. Le serviteur de Dieu, ayant eu recours à foraison, obtint de Dieu que le Pape ressentît intérieurement ce qu'il devait faire, et il connut aussi ce qu'il lui devait dire. Étant retourné vers ce souverain Père des chrétiens, il lui tint ce discours: « Il ne faut point craindre, très saint Père, cpi, les enfants et les héritiers du Roi céleste, qui sont déjà nés de la Pauvreté par la vertu du Saint. Esprit, et qui doivent encore naître dans la reli­gion par l'esprit de la Pauvreté, portant tous les traits de l'image de Jésus-Christ, puissent mourir de faim. Si le Roi des cieux promet son royaume éternel à ceux qui l'imitent, il ne leur refusera pas ce qu'il accorde avec tant de libéralité même aux mauvais qui l'offensent. »

Le Saint-Père, ayant entendu ce discours, con­nut infailliblement que Dieu parlait par la bouche de François. Une vision céleste le confirma dans cette pensée. Il lui semblait voir que l'église de Saint-Jean de Latran tombait en ruine, et qu'un homme fort pauvre , la soutenant, empêche qu'elle ne tombât. Le Saint-Père se dit : « Assu­rément, c'est ce pauvre qui doit soutenir l'Église par ses paroles et par ses exemples. » Il confirma donc sa Règle.

Plusieurs autres souverains Pontifes en ont parlé avec de magnifiques éloges. « C'est ici, dit Nicolas III, «la religion pure et immaculée aux yeux de Dieu, descendant du Père des lumières, donnée par les exemples de Fils aux apôtres, de nos jours inspirée par le saint-Esprit au B. François et à ceux qui le suivent, et contenant en soi le témoignage de toute l'adorable Trinité. C'est à cette religion que selon saint Paul, personne ne doit être fâcheux;car jésus-Christ l'a confirmée de ses sacrés stigmates, voulant, par une faveur signalée, que son fondateur en fût marqué. »

« La religion des Fères Mineurs » dit Clé­ment V, « est le jardin bien fermé de tout côté des murs de la vie régulière; elle est contente de Dieu qui au dedans de soi, et s'enrichit toujours des cuvelles plantes de ses enfants. C'est en ce jardin que Jésus-Christ, Fils du Très-Haut, vient cueillir ;à myrrhe de la mortification et les parfums de toutes les vertus qui ravissent le monde. C'est la forme et règle de vie céleste que l'excellent confesseur de Jésus-Christ saint François a écrite et enseignée par ses exemples et ses paroles à ses enfants. »

Le Fils de Dieu a honoré cette Règle d'un nouveau témoignage, en disant à sainte Brigitte, en ville de Jérusalem : « La Règle de François n'a le fruit ni de son esprit ni de sa prudence; elle est mon oeuvre : chacune des paroles qu'elle contient est inspirée par mon Esprit, et c'est cet Esprit qui l'a présentée et suggérée par l'entremise de François à ceux qui la professent (11)

De ces illustres témoignages , on peut conclu, que, après l'Écriture et les Conciles, rien n'est plus authentiquement divin que la Règle des Frères Mineurs.

V14- La vie extérieure et apparente du Fils de Dieu révèle sa, intérieure, c'est-à-dire son Esprit, qui est tout amour connaissance de son Père, et par conséquent anéantiaa, ment de soi-même. C'est cet Esprit qu'il transmet à Église, en ce que, apprenant aux hommes l'amour de la Croix, il leur fait repousser le péché qui les empêcheet tendre à leur véritable et unique fin, qui est Dieu.

L'Esprit de l'Église, qui doit être celui des saints de la loi de grâce, est aussi caché que celui de Jésus-Christ, puisqu'il en est un écoulement. L'Esprit de Jésus-Christ consiste dans sa très intime union avec lui-même. Pour le comprendre, il faut jeter les yeux sur les mystères et l'Évangile : les mystères nous découvrent ses états ; l'Évangile nous manifeste ses divins actions.

Quand je parle de l'Esprit de Jésus-Christ, je n'entends pas simplement celui qui procède de lui et du Père ; mais je considère cet Esprit comme imprimant les dispositions, les inclinations, la forme et l'état nouveau du Christianisme et traçant à Jésus-Christ et à son Église les voies pour aller à Dieu. Le Verbe incarné, chef de son Église, exemplaire des saints, a mené sur la terre une vie intérieure et extérieure. La première est la source la seconde ; elle la consacre et la sanctifie. Cette dernière a été visible aux yeux des hommes; la première n'etait connue que de son Père.

Privation de tout ce qui peut élever le coeur par la superbe et flatter le corps par les plaisirs ; support de tout ce qui humilie l'esprit et afflige ;sens, telle a été la vie extérieure du Fils de pieu, Ces deux états ont leur fond en deux mys­tères, qui commencent et finissent sa vie terrestre, c'est-à-dire en sa naissance et en sa mort. En sa naissance, il a souffert la privation de toute chose; en sa mort, il a supporté le poids de toutes les peines.

Sous cette forme extérieure était une vie cachée, secrète et intérieure, qui consistait dans sa très haute application à son Père par amour et par connaissance. Cette vue causait en l'âme Jésus-Christ une estime et un amour de tendresse pour la pauvreté, la nudité, les abaissements, les souffrances, les mortifications et les croix, comme pour les moyens les plus convenables le glorifier son Père et de sauver les hommes. Le Fils de Dieu, chef de son Église, en est le premier exemplaire ; c'est sur cet original primitif qu'il la forme et qu'il la dresse. Elle est son corps; il l'anime de son esprit,et lui imprime ses dispositions. Afin qu'elle lui soit semblable, il la fonde sur les deux grands principes de la pauvreté et des souffrances; et, dans le premier de ses discours, informant ses Apôtres de l'esprit nouveau de l'Église , il dit hautement: « Bienheureux les pauvres et les souffrants, parce que le royaume des cieux leur appartient ? (12)

Voilà comme l'Église de Jésus-Christ, qui est son corps, est semblable à son Chef par la pauvreté et les souffrances. Peut-être que la faiblesse de l'esprit humain, qui ne juge des choses que par les sens, aura de la peine à comprendre que le Fils de Dieu, aimant son Église, qui est son corps et sa fille, lui imprime un esprit si austère. Mais que cette conduite est convenable à sa miséricorde

Les divines personnes n'ont jamais tenu un conseil plus haut, plus profond, plus important sur le salut du monde, que lorsqu'il a été nécessaire d'ordonner les voies qui doivent conduire les hommes à leur souverain bien, et de prescrire l'esprit de la Loi nouvelle. Car Jésus-Christ, qui est l'Ange du grand conseil , a trouvé digne de sa sagesse et de sa miséricorde de descendre ici- bas pour instruire les hommes par lui-même de ces voies.

Deux mondes sont également sortis des mains de Dieu, celui de la nature et celui de la grâce.

Adam, par origine, est chef du premier: tous les hommes naissant de lui Jésus-Christ est chef du second par origine et par autorité: tous les saints doivent sortir de lui, comme de leur Père selon la grace.

Adam, comme chef de la nature humaine, a reçu de Dieu l'esprit et la grâce, esprit très doux et grâce très condescendante, qui s'accommodaient avec les inclinations de la nature.  Il pouvait être délicat sans être criminel, goûter présentaient, sans offenser le Créateur, et, selon saint Augustin, il lui était permis de passer d'un paradis de délices en cette vie, en un paradis je gloire dans l'autre, parce qu'il était innocent. Il avait en cet état des lumières si pures, et il était tellement adhérent à Dieu par la grâce, que la vue des créatures ne pouvait ni divertir son esprit par leur beauté , ni charmer sa volonté par leurs délices; toutes les commodités qu'il tirait de leur usage étaient comme autant de rayons qui élevaient doucement son coeur à Dieu. Mais, depuis qu'il est devenu rebelle à son Sou­rerain par sa désobéissance, les créatures lui sont devenues pour l'ordinaire un sujet de perte; leur presence occupe son esprit ; leur vue divertit ses pensées, leur plaisir charme sa volonté, et leurs commodités arrêtent son coeur ; un malheureux poids empêche qu'il ne s'élève à Dieu, son souverain bien.

Adam, ayant perdu la grâce par son contracté le péché qui le rend criminel, Jale, a l'esprit délicat qui le fait sensuel. Chef des hommes selon la nature, leur comrnuniquant la chair et son péché, il leur communique son esprit, qui les rend également sensuels et criminels.(11). Cet esprit ne cherche que les plaisirs; ne fuit et n'abhorre que la souffrance et la Péritence : c'est ce que saint Paul appelle « esprit de ce monde, esprit de la chair, prudence de chair », qui ne veut, ne recherche et ne poursuit que la chair.

Jésus-Christ, dont les voies sont miséricorde ne peut voir l'homme tombé sans le relever de sa chute. Sa puissance, s'accordant avec sa sagesse a créé un monde nouveau, où il est le Chef, et les fidèles sont les membres. Pour ne faire qu'un corps avec eux, il anime ce corps d'un nouvel esprit et d'une nouvelle grâce : esprit de pureté: grâce qui ne vient pas flatter la nature, mais lui faire la guerre. Dans ce corps, c'est-à-dire dans l'Église et dans les saints, cet esprit n'imprime d'inclinations que pour les croix , les souffrances, les humiliations et les anéantissements; il porte à chercher Dieu non pas dans les créatures, mais en sa pureté et en lui-même, c'est-à-dire dans la privation de toutes les satisfactions naturelles.

V15-„Malgré l'unité de son Esprit, Jésus-Christ le distribute diversement à ses saints; toutefois, il en se communiqué la plénitude à saint François, dont la Règle le reproduit en­tièrement.

L'Esprit de Jésus, quoique simple en son essence, est diversement distribué aux fidèles ; car l'homme en sa faiblesse, n'a pas la capacité d'en porter la plénitude. Dieu a donc créé une multitude de saints pour le leur communiquer ; mais, selon saint Paul, chacun a son don et sa grâce, en que si l'Église, en la singularité d'un de ses membres, ne peut pas être totalement semblable son Chef, au moins dans la multitude elle le représente (13)Ainsi, cet Esprit demeurant toujours un en sa simplicité, tous les saints reçoivent différemment de sa plénitude ; les uns sont les images de sa vie extérieure, les autres de sa vie intérieure ; et tous conviennent en ce dessein qu'ils achèvent la perfection de l'Église, et que par leur différence ils la rendent conforme à son céleste Chef.

L'art de discerner l'esprit qui anime les saints est un secret caché et très difficile à découvrir. Nous serions dans l'impuissance de comprendre quel esprit vit en saint François, si nous ne remontons à la source de cet esprit, c'est-à-dire à Jésus-Christ.

Le Fils de Dieu est souverainement libre mesure ses faveurs ; il ne garde pas toujours une même mesure en la distribution de ses graces. Comme il souffle où il lui plaît , par un privilège spécial et un effet de sa puissance, il recueille en saint François la plénitude de l'esprit qu'il partage dans les autres saints, renouvelant en lui le pur esprit du Christianisme et de la grâce de l'Évangile (14)

La grâce et la charité sont les deux principes de tout ce qui se passe dans la personne des saints. En saint François, elles ont opéré cet admirable effet, de le remplir de l'esprit de son Maître : la grâce lui en a donné la capacité ; la charité est venue achever la ressemblance. Car l'arnour divin ne peut souffrir de distinction entre ceux qui aiment ; il a donné tant d'étendue au coeur de François, qu'il ne peut voir le Fils de Dieu en ses états, sans se transformer en son image, et se faire un même esprit avec lui.

L'esprit de saint François consiste donc dans une haute privation de tout ce qui enfle l'esprit et flatte le corps, et dans une parfaite tolerance de tout ce qui humilie le coeur et affige les sense privation et tolerance qui tirent leur source d'un intime amour de la pauvreté et des souffrances.

C'est un double amour: amour pauvre qui se prive de tout, amour crucifié qui souffre tout. Et voila ce grand saint est en si étroite liaison avec la naissance et la mort du Fils de Dieu. Il représente l'indigence de l'une par sa pauvreté, et les souffrances de l'autre par ses plaies.

Ainsi, cet homme céleste exprime au naturel le pur esprit de l'Évangile ; il est une image expresse de la vie intérieure et extérieure de Jésus-Christ. Et c'est avec justice que sa Règle est appelée évangélique, puisqu'elle est remplie de son esprit et composée de ses paroles, comme le montre clairement le bienheureux Césaire de Spire, qui, par le commandement de saint Fran­çois, mit à la marge les paroles de l'Évangile auxquelles elle était conforme, et en fit l'explication. Aussi le saint fondateur n'a-t-il jamais appelé sienne la Règle des Frères Mineurs ; mais il a dit que la Règle qu'il leur proposait, et la vie qu'il leur prescrivait, était d'observer le saint Évangile ; et il lui a donné ces éloges : « C'est le livre de vie, l'espérance du salut, les arrhes de la gloire, la moelle de l'Évangile, la voie royale de la croix, l'état de perfection, et la clef du ciel (15). » Dans ce même sentiment, étant en la présence du pape Honorius III, qui l'entretenait de quelque chapitre de la Règle, cet homme de Dieu lui dit : « Saint-Père, ce n'est pas moi de ai mis ces paroles dans la Règle ; c'est Jésus-Christ. Il sait mieux que moi ce qui est st utile et nécessaire au salut des âmes, aux intérêt et Frères, et au bien commun de la religion : je ne dois ni ne puis entreprendre de changer ses paroles

Entre les flammes ardentes de la fournaise Babylone, les trois jeunes enfants donnaient louange à l'adorable Trinité ; un quatrième part auprès d'eux, qui était tout semblable au Fils de l'homme. Parmi les ardeurs de la fournaise de ce monde, les trois Règles de saint Basile, de saint Augustin et de saint Benoît rendent témoignage aux divines personnes ; une quatrième est ajou­tée, celle de saint François, qui est toute sem­blable au Fils de l'homme, parce qu'elle entre­prend d'observer ce que Jésus a fait, et de suivre ce qu'il a ordonné.

Un prince de l'Église, Jacques de Vitry, car­dinal, aussi éminent en science qu'en piété, considérant l'éminence de la vie de saint François. lorsqu'il était encore vivant sur la terre, dit ces grandes paroles, qui confirment celles que nous venons d'avancer :

« Afin que l'ordre de ceux qui vivent régulièrement soit fondé sur la fermeté de la Pierre carrée et demeure immobile sans pouvoir etre ébranlé, aux trois religions des ermites, des moines, et des chanoines, est ajoutée une quatrimes qui est la splendeur des ordres religieux et la règle de toute sainteté. Si vous considérez attentivement la face florissante de l'Église naissancte, François a moins fait une nouvelle règle, qu'il a renouvelé l'ancienne (16) relevé celle qui était tombée, et ressuscité la religion de l'Église primitive, qui paraissait presque morte. Dans un temps où il semble que nous soyons menacés de la venue du fils de perdition, il prépare de nouveaux soldats contre les entreprises de l'ennemi de Jésus-Christ, et , en fortifiant l'Église de ce secours du ciel, la rend invincible pour soutenir ges dangereuses attaques. C'est la véritable religion des Pauvres de Jésus crucifié, que nous appelons Frères Mineurs, parce que, de tous les religieux, ils sont les plus humbles des mépris des choses du monde, les plus pauvres ès habits et eu la nudité. Ils s'étudient tellement de faire revivre en eux le premier esprit de l'Évangile, refleurir la pauvreté, l'humilité de l'Église primitive, qu'en puisant avec ardeur les pures eaux les sources de l'Évangile, et se rendant les plus parfaits imitateurs de la vie apostolique, ils s'effacent en vigueur d'esprit, non seulement d'observer les préceptes de l'Évangile, mais encore les plus étroits de ses conseils. Ils renoncent à tout ce qu'ils possèdent et à eux-mêmes, et, en prenant la croix, ils suivent nus celui qui pour notre amour est mort tout nu sur une croix, Tel est l'ordre sacré des Frères Mineurs et la religion admirable des hommes apostoliques, qui est digne d'être imitée de tous les fidèles (17

Du discours de ce pieux prélat, ceux qui profession de cette Règle peuvent recueillir Cette grande vérité : Si, dans les naissances humaines, les pères font une transfusion de leur esprit dans leurs enfants ; si la perfection des enfants c'est d”être semblables à leurs auteurs, et de porter en l'âme le caractère de leurs vertus, comme leurs traits sur le visage, c'est la même chose dans les générations spirituelles

Saint François, nous ayant engendrés en Jésus-Christ par l'Évangile, nous donnant sa Règle comme à ses disciples, a dessein de nous commupiquer son esprit comme à ses enfants; et c'est un honneur imcomparable que la Providence les ait choisis pour succéder à leur Père en un dessein si glorieux, et pour continuer en terre, après sa mort, de représenter au monde le premier aspect du Christianisme en leurs corps, en même temps que dans leurs coeurs ils conserveront le pur esprit de Jésus-Christ et de son Évangile.

Leur extérieur, pauvre et mortifié, doit être une image perpétuelle du Fils de Dieu, afin que, voyant, les hommes se souviennent de sa pauvreté et de ses souffrances, et connaissent ce que Jésus-Christ a fait, ce que l'Église a été en son origine, et ce qu'ils doivent être en son progres.  Mais, comme l'extérieur ne serait qu'une illusion et une vaine apparence, s'il était vide de l'intérieur et ils doivent porter en leurs coeurs le pur esprit de l'Évangile, en sorte que, s'il était éteint dans le reste des chrétiens, il fût toujours vivant en eux.

De toutes les sciences, la plus importante pour eux et celle à laquelle ils doivent plus s'appliquer, est de bien connaître l'esprit de leur Fondateur, afin de s'en remplir : ils le doivent pour sen honneur ; car la gloire d'un père c'est d'avoir des enfants qui lui soient semblables. Leur propre intérêt les y oblige : leur salut est d'imiter leur Père. La qualité de membres de Jésus-Christ, comme chrétiens, les y engage ; ils doivent lui être conformes, et s'animer de son esprit. L'Église l'exige d'eux pour sa gloire : étant le corps de Jésus-Christ, sa perfection est d'avoir des mem­bres semblables à son divin Chef en tous ses états. Enfin, il y va du salut du monde : les hommes ne vont au ciel qu'en imitant Jésus- Christ ; ils ne le peuvent imiter sans le connaître, ni le connaître sans l'entendre et le voir. Jésus-Christ est invisible par la condition de ses mystères, qui nous le cachent ; il choisit saint François et ses enfants pour s'exprimer en eux, et ils doivent accomplir ce que faisaient les Apôtres  « Nous portons continuellement la mortification de Jésus-Christ en nos corps, » dit saint-Paul , « afin que sa vie cachée soit manifestée en nos actions, qui l'imitent et qui la publient monde.»

     RÉFÉRENCES
— (1) Filioli mei quos iterum parturio, in Christo enim per Evangeliurn. (Gal., iv, 19.)
— (2) Lecto enim mandato legis a Moyse, accipiens sanguines vitulorum.., omnem populum aspersit. (Hebr., ix, 19.)
— (3) Decebat enim eum... qui multos filles in gloriam ad: duxerat auctorem salutis eorum per passionem consumman. (Ibid., u, 10.)
— (4) In Christo Jesu per Evangelium ego vos genui; rsgo ergo vos, imitatores mei estote, sicut ego Christi. (I Cor. 15 et 16.)
— (5) Lex. Aeterna est ratio seul conceptus gubernationis rerum, in Deo(1.2.,q.90,q.1)
— (6) Lex aeterna summa ration, (Aug.,lib.I de lib.arb,cap,vi”)
— (7) Non veni legem solvere, sed adimplere(Matth.,v,17.)
— (8) Homuncio, quid turbaris quasi tuum hoc opus esset ? Legislator? Nonne omnia reguloe prścepta a me prś­:npla? Tu dumtaxat tenue hujus operis instrumentum. (Va ding f. 295.)
— (9) Novissime... locutus est nobis in Filio. (Hebr. 1,2 )
— (10) Non crederem Evangelio , nisi me Ecclesiaa Catholicaecormoveret authoritas. (Aug., t. VI, contra Epist. funda­menh, cap. y. )
— (11) S. Brigitet., vii, xx.
— (12) Beati pauperes spiritu, beati qui persecutionem palietur. (Mattli., y, 3, etc.)
— (13) Ex Christi plenitudine accepimus, pro modulo nostro , huilas nostras ut bene vivamus. (Aug., t. VII de Grat. arb., cap. ix.)
— (14)Unde in omnibus sanctis sunt alii aliis sanctiores, DIS' abundantius habendo habitatorem Deum? (Aug., t. VII de Gras. et lib. arb., cap. ix.)
— (15)Franciscus vocat regulam librum vitś spem salutis, armedullam Evangelii, viam crucis, statum Per— (Apudl2Clionis. Vading. Id. , lib. I Conformit. fruct. 9. )
— (16)Religionis institutionem , ordinis decorem , et vitś Francisons non tam novam regulam addidit, arn veterem renovavit. (Vitriac. Hist. Occident., cap. xxxl.)
— (17)Hic est Fratrum Minorum sanctus ordo, et apostolicontś virorum admiranda Religio, et imitanda. ( Vitriao. HisL Occident., cap. mi.)
Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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