| Tome 1- Partie 2- Ch-1- 1à 5
CONVERSION TOTALE DE SAINT FRANÇOIS A L'ESPRIT
DE L'ÉVANGILE PAR LA VERTU DE PAUVRETÉ |
CHAPITRE I
DE PERPÉTUER L'IMAGE DU VERBE INCARNÉ REPRODUITE EN SAINT FRANÇOIS
DIEU LE CHARGE DE FONDER UN ORDRE DONT IL REND
LES ORIGINES SEMBLABLES A CELLES DE L'ÉGLISE
|
|
V1- Dieu n'a manifesté que par degrés successifs la sainteté de son Verbe incarné ; sa grâce observe un progrès semblable dans la sanctification de son serviteur François.
|
La sanctification qui fait les saints en la terre pour les couronner dans le ciel, est un pur écoulement de l'Incarnation du Verbe, une haute participation de sa grâce, une douce effusion de on esprit, qui, descendant en leurs coeurs, les attire hors d'eux-mêmes, les unit à Jésus-Christ,et les fait vivre de sa vie divine. Tous les s de la cité de Dieu se trouvent ainsi recueillis en lui comme les membres en leur Chef, heureusement compris en lui comme des copies en original et des effets en leur principe. Ils ont lui ce privilège commun et du tout admit,: qu'ils sont sous la conduite du même Esprit ne font avec lui qu'un tout et un corps, qui est son Église, comme l'enseigne saint Paul .
Aussi puissant que souverainement libre tous ses ouvrages, cet Esprit-Saint, qui était Jésus-Christ réconciliant le monde, et qui avait toute la céleste économie et la divine dispensation de ce grand mystère, n'a pas opéré dès la naissance du Sauveur tout ce que sa puissance vait produire d'admirable en lui. Sa sagessesi pas déployé toutes les richesses de ses inventions ; sa bonté ne s'est pas épuisée des effusion de ses largesses sur lui dans les premières année de sa vie divinement humaine. Ce grand sacrement, caché de toute éternité en Dieu, renfermait trop d'élévation en ses grandeurs, trop de profondeur en ses abaissements, pour être manifesté aux yeux des mortels aussitôt qu'il a été formé par la vertu puissante du même Esprit; les hommes avaient trop peu de lumières et Ir, d'ignorance pour concevoir d'une première , les incompréhensibilités d'un mystère que tous les sages du siècle n'ont pu comprendre. Il a nécessaire que Dieu l'accommodât à notre portée, capable seulement des choses médiocres: trop grand éclat nous éblouit, et nous ne pouvons rien concevoir qu'avec suite et succession de temps. Le Saint-Esprit a donc, par une miséricorde condescendance, dispensé les effets de mystère avec un ordre digne de sa sagesse; il va conduit avec suite et par degrés. Il a fait voir aux hommes le Verbe sous les différents aspects et états d'un enfant conçu, d'un enfant né, d'un jeune adolescent qui avance en âge, enfin d'un homme parfait et achevé. La grâce et la sagesse même suivaient en Jésus-Christ le progrès de la nature ; il paraissait devant Dieu et devant les hommes marchant et avançant, comme par un cours continuel, dans les voies de la grâce et de la sapience (1). Le Saint-Esprit allait ainsi, disposant et préparant l'univers par ces petits essais à recevoir ces immenses inondations de lumières et de grâces que le Fils de Dieu devait répandre.
Dès que François, par la grâce de sa première conversion eut la gloire d'être lié à Jésus-Christ, au point de ne faire qu'un avec lui , il eut cet honneur incomparable, d'être tellement en la main de Dieu, que tout ce qui se passait en lui était ordonné dans les célestes conseils. Les trois divines personnes concoururent à son élévation : le Père voulait faire éclater en lui les plus grandes merveilles de sa puissance ; le Fils prétendait
produire la plus expresse et la plus vivante de ses souffrances ; le Saint-Esprit déployant les plus grandes richesses de sa bonté, se proposait de faire voir en son corps et en son coeur: les plus grands miracles du divin amour. L'auuste Trinité n'exécuta pas immédiatementau: prodigieux desseins ; les premières grâces de la sanctification ne rendirent pas encore François capable de supporter de si hautes opérations. il fallait l'y disposer par degrés. Les grands bien se doivent distiller peu à peu sur le monde, pour lui profiter, comme les pluies du ciel sur la ter: pour la pénétrer et la rendre féconde.
Donc, quoique la sainteté de François l'effet d'une grâce extraordinaire, tout ce qu'en, a fait en son coeur dans les premières années , sa conversion, n'a été que comme un premier essai. Le Saint- Esprit ébauchait son oeuvre et la maison de l'évêque d'Assise, quand le saint dépouillait ses vêtements mondains et renonçai; à la succession paternelle ; il le perfectionner bientôt en la chapelle de Notre-Dame-des-Anges. il l'achèvera enfin sur la montagne d'Alverne. Par ces conversions successives, la sainteté de François croîtra d'une façon admirable ; le Fils de DieuL répandra sur lui un déluge de grâces plus hautes. versera des lumières plus vives en son entendement, embrasera son coeur de flammes plus ardentes, et le remplira des dispositions du plus, pur esprit de son Evangile. Ainsi, cette vie de grâce sera- t- elle semblable aux voies et aux sentiers des justes : en sa conversion première, été une lumière naissante, sortant du sein des ténèbres ; en la seconde, François avancera par un continuel progèrs dans de nouvelles splendeurs et de nouvelles flammes, qui le conduiront enfain sur la montagne d'Alverne; à, il éclatera comme un soleil en son midi, avec la majesté de sese aradeurs et de sa glaire
|
V2- Saint François commence à concevoir le pur esprit de l'Évangile en la chapelle de Notre-Dame-des-Anges, en présence de la Vierge, et pendant la célébration du mystères des autels; aussitôt il revêt un habit dont la forme rappelle celle de la croix. |
Tandis que notre saint jeune homme, dans les premières ardeurs de sa conversion, ne pense quu'à suivre les impressions de la grâce, pour obéir avec une admirable promptitude à ses mouvements, Dieu, du plus haut du ciel, pense à lui, et l'observe. Son Esprit l'attire et le conduit dans la chapelle de Notre-Dame-des-Anges, pour commencer sur lui de nouveaux desseins dignes de son amour, en présence de la Mère de la sainte dilection.
Sous le pontificat d'Innocent III ; régnant en j'empire d'Occident Othon IV, duc de Saxe ; l'année de Jésus-Christ 1208 , saint François ayant achevé de réparer la troisième église nommée Notre-Dame-des-Anges, passait les jours et les nuits en veilles et en prières dans ce lieu vénérable, pressant, par les gémissements de coeur et les larmes continuelles de ses yeux, divine Vierge qui a conçu en son sein le Verbe fait homme, de ne pas dédaigner de se rendre son avocate. Il fut trouvé digne d'être exauce par les mérites de cette Mère de miséricorde conçut l'esprit de la conversation et de la évangéliques.
Un certain jour de fête, que quelques-uns croient avoir été celui de saint Luc, François pria un saint ecclésiastique nommé Pierre, qui demeurait à Saint- Damien, de célébrer le divin na tère de l'Eucharistie dans la petite chape la très sainte Vierge. Il entendit de sa bouche prononcer l'évangile où Notre-Seigneur, voyant ses apôtres prêcher par le monde, prescrit la manière de vivre selon l'Évangile: N e possédez,» leur dit ce divin Maître, «ni or ni argent; ne portez ni monnaie dans vous, bourses ni besace dans vos voyages ; ne vos chargez point de deux tuniques ; n'en retenez qu'une pour la simple nécessité ; laissez chaussures, et, pour marcher plus librement, quittez le bâton qui pourrait vous soulager. »
Ayant ouï cette divine instruction avec in profonde attention, après que les sacrés mystère, furent achevés, il en demanda le sens littéral: ce bon prêtre, l'imprima en sa mémoire, le rumina sérieusement, et, le coeur tout détrempé miné suavité céleste, il s'écria dans un transport d'amour « Voilà ce que je désire »
Cet amateur de la pauvreté apostolique n'a pas plus tôt compris le secret de ces paroles, qu'il envient aux effets. Véritable disciple de Jésus-Christ, il exécute ce qu'elles signifient; incontinent, dans le même lieu, par une obéissance total aux mouvements de l'Esprit, il quitte les souliers et se met nu-pieds ; il laisse le bâton dont il se servait en ses voyages, jette la besace, et l'argent comme une exécration: se contente d'une tunique, et, au lieu de la ceinture de cuire dont il s'était servi, il prend uen grosse cordre. Dès lors il n'applique plus son esprit qu'aux moyens d'accomplir le dessein des paroles qu'il a entendues, et de se conformer totalement aux règles de l'Évangile.
Vincent de Beauvais, Marianus et saint Antonin observent que le saint, non content de l'habit d'ermite qu'il avait porté jusqu'à présent, prit une tunique très vile et négligée, semblable aux vêtements dont les bergers se servent contre les injures du temps. Rodolphe et le B. Ange de Clarène en décrivent la forme. Cette tunique était vile en sa matière, d'une couleur pâle et mourante qui ressemblait à la cendre, et qui représentait la mortification de Jésus-Christ; elle était rapiécée dedans et dehors ; sa longueur ne lui permettait pas de toucher la terre les manches allaient jusqu'au bout des doigts, et étaient d'une
telle largeur, que les mains pouvaient et entrer et sortir aisément.
Saint François n'avait qu'un simple habit de ce genre, dont il se servait hiver et été ; il n'avait point honte de paraître dans ce vil accoutrement devant les plus grands princes.
Le capuce , cousu à l'habit , était de forme carrée, se terminant en pointe ou pyramide, et d'une telle longueur, qu'il pouvait couvrir tout la face ; en sorte que tout l'habit figurait la croix, prêchait par sa vileté le mépris de la vanité mondaine, et par sa figure publiait que François était crucifié avec Jésus-Christ, qu'il faisait gloire de porter les marques des souffrances son Maître, et qu'il ne rougirait point devant les hommes de l'ignominie du Calvaire.
Entre ceux que l'on compte au nombre des e! fiants de ce grand saint, les Capucins ont cet honneur de ressembler le plus à leur Père part la forme de l'habit : c'est le sentiment de Wading très illustre écrivain de tout l'ordre. Voici son témoignage : « Les très religieux Pères de la Congrégation des Capucins approchent le plus près de la forme de l'habit de saint François,: ce n'est qu'ils excèdent un peu en la longueur du capuce. » Il ajoute néanmoins ailleurs que l'on ne peut pas donner une mesure assurée de son capuce, d'autant que, selon la quantité du drag qu'on lui offrait, saint François le taillait plus long ou plus court ; mais il assure que ce capuce n'était point comme le porte presque tout l'ordre depuis le temps de saint Bonaventure, et qu'il n'avait point cette partie ronde, pendante sur la poitrine que l'on nomme mozette. Plusieurs habits de se saint Père se conservent encore comme précieuses reliques ; ils portent témoignage de cette vétié, ayant tous le capuce carré, en sorte que, placé sur la tête, forme une pyramide.
Or cette première année, saint François n'a pas eu de disciples ; on ne saurait donc dire que sa religion ait été dès lors instituée. Il lui a néanmoins en quelque manière donné commencement, avant pris la forme de l'habit qu'il a ensuite prescrite à ses enfants dans sa règle : telle est l'opinion de saint Antonin et de Marc de Lisbonne.
|
V3- L'Église est née, en la personne de son chef, du sein de la Vierge par le mystère de l'Incarnation, et en ses membres, grâce au concours de cette même Vierge, par le mystère de la Rédemption. |
De toutes les oeuvres sorties des mains de Dieu, l'Église est la plus grande après l'Incarnation. Elle est divine, en ce qu'elle comprend en un seul corps le Verbe incarné, qui est Dieu, et les hommes, devenus ses membres.
Le Père a envoyé son Fils sur la terre pour donner naissance à un monde nouveau, qui est cette Église : » Je te donnerai, » liu dit-il, « les nations pour héritage(2). » Par la puissance d'excellence qu'il reçut à cet effet, le Fils pouvait former son Église sans l'entremise d'aucune créature : il est indépendant de leurs secours en es productions. Néanmoins, il en choisir singulièrement une c'est Maire, sa divine mère. Il se l'associa pour concourir avec lui à la formation de son corps, et lui plut que cette céleste Vierge fût présente aux deux mystères de l'Incarnation et de la Croix, où l'Église recevait sa première naissance. Par le premier, Jésus-Christ commençait son Église au sein de sa Mère et l'autre, il la demandait à son Père, et l'obtenait par l'efficacité de son sacrifice.
Le Verbe incarné est chef et souverain de son Église non pas comme Dieu, mais bien comme homme, parce que le Chef doit être e d'une même nature avec son corps. La Vierge concourt donc d'une manière très haute et très singulière à la formation de l'Église, en tant qu'elle fournit è Jésus-Christ une chaire que, le rendant homme, le fait notre Chef. Et c'est un honneur incomparable à l'Élise, que le Fils de Dieu, ne faisait qu'un avec elle, la veille honore comme lui-même. Il lui plaît qu'elle soit formée dans le même sein virginal où il est né, et que la Vierge soit également le lieu saint, le temple sacré, le lit nuptial, où le Chef soit né et le corps formée.
Ainsi, la Vierge est mère de Jésus-Christ et de son Église. Quoique le Fils de Dieu ait eu assez d'amour et de condescendance pour s'unir aux hommes et devenir leur Chef, ceux-ci sont frappés d'une double incapacité de devenir ses membres : c'est la bassesse de leur nature, et l'indignité du péché, et ils ne se peuvent relever ni de l'une ni de l'autre. Mais Jésus-Christ, connaît bien notre impuissance, sait les moyens de nous secourir. Saint Paul nous le représente montant sur le Calvaire par charité pour son Église : » C'est là, » dit ce grand d'Apôtre, « qu'il a offert un sacrifice à son Père et qu'en la dignité de son offrande il a obtenu pour son Église la grâce qui relève la nature humaine, et, en lui ôtant le péché, la rend toute sainte et digne d'être unie à son Chef. »
Mais Jésus veut que sa Mère soit présente à ce divin sacrifice, et qu'elle y coopère avec lui. La Vierge a donc concourir à la formation de l'Église, d'abord de l'Incarnation , par son sang, qui a formé la chair de notre Chef, puis sur le Clavaire par ses prières, par ses larmes, et qui étaient le sans de son cśur, et même par le sang de son Fils, qui, dans l'Origine, est son propre sang, selon saint Augustin (3) tous les fidèles doivent regarder ces deux mystères comme les sources de leurs grâces, et ils sont une très haute obligation à Jésus et à Marie.
|
V4- L'ordre de Saint-François a été formé au sein de la Vierge et en l'efficacité du sacrifice de l'autel |
Les yeux du Seigneur sont toujours amouresement occupés des justes (4); c'est-à-dire, son divin conseil ordonne aussi efficacement qu'ailloli" reusement toutes les voies qui servent à les c01, duire à Dieu, et tout ce qui se passe à leur sujet émane de sa volonté.
Ce n'est donc pas sans un dessein de Dieu que François a conçu le premier esprit de la pauvreté évangélique, et a donné naissance à son ordre dans un lieu dédié à la Vierge sainte, et pendant la célébration du très auguste sacrifice des autels. En effet, de graves auteurs rapportent que la Vierge est née dans Jérusalem, en une maison qui lui appartenait du côté de ses parents, et qui était proche de la piscine probatique. Ils ajoutent que dans cette maison est le Cénacle où le Sauveur du monde célébra la Cène avec ses Apôtres. et où ceux-ci attendirent la venue du Saint-Esprit, en la compagnie de la sacrée Vierge : cette pieuse Mère avait retenu chez elle ceux que la grâce avait donnés pour enfants (5). Ainsi, la Vierge été présente à la naissance de l'Église, formé en son sein, et à la sanctification de cette Église sur le Calvaire ; puis, par une dispensation singulière, il a plu à Jésus-Christ que son Église fût encore remplie de son Esprit en un lieu du domaine de Marie.
Une en son Chef, l'Église est plusieurs en la des membres qui la composent. Chacun d'eux a sa grâce, différente de celles des autres: tous n'ont pas les mêmes privilèges; Dieu les dispense comme il lui plâit. La famille des Pauvres évangéliques étant une des plus nobles parties de cette Église, elle entre en communauté de faveurs avec son Chef : elle reçoit le premier être en un lieu qui est sous l'empire de Marie. La pauvreté étant fille de la grâce, la terre était trop impure pour qu'elle y prît naissance ; mais il y avait un lieu choisi, dédié à la pureté de Marie, honoré de sa présence, sanctifié par sa grâce ; la pauvreté s'y trouvait admirablement unie avec les lis de la virginité. C'est en ce lieu, c'est-à- dire dans le sein de la pureté virginale, que la famille des Pauvres prend naissance : privilège à la vérité rare, et source d'une seconde faveur aussi estimable. Par cette naissance, Marie devient mère des Pauvres séraphiques ; ils sont ses enfants ; elle les reçoit en son sein, les admet sous son domaine, les adopte et se les approprie;et, pour les honorer, elle associe aux anges ciel ces Pauvres volontaires, qui sont les anges de la terre.
L'institution des ordres n'est pas une investi de l'esprit humain ; il a trop peu de lumière pour former le dessein d'une vie qui est au-dessus de la nature. C'est un fruit du sang de Jésus par l'efficacité du sacrifice du Calvaire, il a demandé à son Père un peuple saint, qui fît son étude principale de la vertu.
Ce n'est pas aux mérites de François que nous devons attribuer l'établissement de son ordre; il a un principe bien plus divin : il le faut trouver en la source universelle de toutes les grâces, le sacrifice de la croix. Par un incomparable honneur, le Fils de Dieu a renouvelé spécialemet pour François et pour ses enfants ce qu'il avait opéré pour tout le monde. Du Calvaire , il est descendu dans la petite chapelle de la Portioncule ; il y a reproduit le sacrifice de la croix. Pontife et hostie, il a traité en secret avec son Père et lui a demandé, par la dignité de sa divine personne et l'efficacité de son sacrifice, pour François et pour ses enfants, la grâce, le don et l'esprit de la pauvreté apostolique. Si vous voyer François venir si promptement à l'exécution de paroles de l'Évangile, c'est le fruit du divin sacrifice, et l'effet de la prière du Fils de Dieu.
Par un si rare privilège, les professeurs de la très haute pauvreté peuvent comprendre ce qu'ils ont à espérer de Jésus et de Marie, et cequ'ils doivent. Le Fils de Dieu , père commun de les chrétiens, veut l'être plus singulièrement de François et de ses disciples ; il associe Marie à cette aimable qualité ; elle devient la mère des Pauvres: l l'un et l'autre regardent cet ordre comme leur production, le fruit de leurs prières, il l'ont toujours honoré de leur bienveillance spéciale.
Puisque les Pauvres évangéliques sont adoptés Jésus et de Marie, ils leur doivent un amour de tendresse. Aussi, en cette sainte chapelle, François a-t-il conçu un amour si tendre pour Jésus et Marie que, sur tous les lieux du monde, il chérissait celui-ci, l'chérisant pour sa demeure, et le recommandait au respect de ses disciples. En effet, s'ils sont en peine de savoir quel fut le lieu de leur naissance et quelle fut l'origine des Pauvres évangéliques, cette chapelle leur dira qu'ils ont la gloire d'avoir été conçus au sein de la Vierge, d'être nés du sang de Jésus, et d'avoir été nourris du lait de Marie.
|
V5- Le Fils de Dieu a fondé son Église sur la base d'une très haute pauvreté; il garde la même conduite pour l'Ordre de Saint-François. |
Le Verbe incarné, descendant en terre pour y fonder son Église, a reçu du Père céleste une puissance infinie, jointe à une souveraine liberté. Par sa puissance, il peut tout ; par sa liberté, il emploie sans contrainte les moyens que sagesse sait être les plus convenables aux fins qu'il se propose : s'ils paraissent faibles aux yeux des hommes, c'est par dessein et non par nécessité.
La lumière de la théologie, saint Thomi son admirable « Traité du Gouvernernent des Princes, » prouve solidement que les rois terre, ayant pour fin en leur régence la félicité temporelle de leurs peuples, doivent à ce dessein munir leur royaume de fortes places pour la sécurité des sujets; le pourvoir d'une abondance de vivres pour leur nourriture ; avoir des chaimps pour le labourage, des forêts pour le chauffage de grands ménages de troupeaux pour fournir au vivre et au vêtir ; faire un grand fonds de denier: pour subvenir aux nécessités de l'État (6).
Le Verbe incarné garde une conduite bien contraire. Quoique par la dignité de sa divine personne il soit le Roi des rois, le Seigneur de tous ceux qui règnent (7) ; quoiqu'il soit venu en terre pour y fonder un empire plus noble, plus durable, plus étendu, plus puissant que toutes les monarchies du monde, il en jette les fondements sur une très profonde humilité et sur une très haute pauvreté. Il veut que les premiers qui composent son état quittent tout, abandonnent
Leur maison, laissent leurs richesses et possessions, laient ni or ni argent. Il proteste que quiconque reculera devant cet abandon absolu ne sera point digne d'être son sujet, et ne sera jamais admis au nombre de ses disciples. Il leur défend d'avoir aucun souci de leurs aliments ou de leurs vêtements, de penser au lendemain, et il leur ordonne simplement de se reposer sur les soins de la divine Providence .
Comme un bon prince qui veut se réduire à la même condition que ses sujets, afin de ne pas régner pour son utilité, il pratique le premier ce qu'il ordonne, et passe sa vie dans l'exercice d'une très haute pauvreté. Cette monarchie, si nouvelle et si éloignée des maximes des politiques, a commencé, selon l'Ange de l'École, dans la grotte de Bethléem (8) Là, le trône était une crèche; le palais, une pauvre étable ; le Roi, un petit enfant ; le vêtement royal , de vils drapeaux ; la compagnie d'ordonnance, deux animaux.
Si nous recherchons pourquoi le Verbe incarné fonde son État et commence sa famille avec des dispositions si viles et si pauvres, nous découvrons, avec saint Thomas (9), que le Fils de Dieu a dû faire profession de la pauvreté pour accomplir les desseins qu'il avait sur le monde. Or, c'était de conduire les hommes à Dieu comme à leur fin dernière. Il eût donc été contraire aux règles de la sagesse de les attirer par des moyens qui éloignent de lui, par exemple, en leur proposant des grandeurs qui enflent, des honneurs qui rendent superbes, des richesses qui flamment la cupidité : le ciel n'est pas pour les orgueilleux, Dieu leur résiste ; ni pour les avare, en est trop petite. La pauvreté était donc très convenable à son office de prédicateur et docteur.
Il a dû aussi se rendre pauvre pour faire d'au tant plus éclater sa puissance qu'il paraîtrait plus: vil aux yeux des hommes (10), en sorte que l'or, connût manifestement que le monde avait étè converti par la seule vertu de la Divinité. pour cet effet, il a voulu naître d'une mère pauvre sortir du plus pauvre pays, être sans argente; sans richesse : le pauvre équipage de la crèche publie hautement cette vérité.
Si donc le Fils de Dieu fonde son Église sur le pauvreté ; s'il persuade cette vertu à ses disciples, et s'il la pratique lui-même, ce n'est ni par impuissance ni par ignorance, mais par un très profond conseil, digne de sa sagesse. Et c'est en ceci que la religion chrétienne paraît d'autant plus pure et plus divine, qu'elle est moins appuyée sur l'éclat extérieur des royaumes terrestres elle se fait estimer par elle- même; elle est recommandable par sa seule vertu.
Dès que le Fils de Dieu se fut approprié la famille des pauvres volontaires, et qu'il l'eut obtenue de son Père par la dignité de son divin sacrifice, voulant la faire naître au monde, et la regardant déjà comme une très noble partie de son corps, il lui plut que la même sagesse qui présidé à la formation de son Église, assistât à la naissance de celle-là, y gardât la même conduite, et observât les mêmes formes.
Pour faire de cet ordre des Pauvres un état où les hommes, riches des biens de l'esprit et non de la fortune, posséderaient des trésors de grâces et non des richesses périssables, seraient rois du ciel et non de la terre, il le fonda, non sur la sûreté des places fortes, ni sur l'épargne d'immenses trésors, ni sur l'assurance de grandes provisions, ni sur la propriété d'insignes revenus. Il l'établit sur le même fondement que l'Église, qui est la pauvreté, et, par la disposition de la reine sagesse, il employa les mêmes paroles : «Ne possédez ni or ni argent. »
Ici, les enfants du pauvre François peuvent recueillir la dignité de leur état, et la sainteté de la profession où Dieu les appelle.
Jamais la grâce ne paraît plus puissante que là où la nature est plus faible ; les choses ne sont jamais plus divines que là où l'esprit humain a moins de part. De tous ceux de ses ouvrages que Dieu nous a manifestés, l'Incarnation est celui où sa grâce et sa divinité éclatent le plus, parce que la personne du Verbe s'est associé l'humanité en excluant la personne humaine. L'Église, qui est le corps de Jésus-Christ, est aussi divine et rayonnante de la grâce, parce que son Maître, en établissant ses fondements, qui sont les Apôtres, les a privés de tout appui humain: il leur a commandé de n'avoir ni or ni argent, et de ne s'appuyer que sur lui.
La famille des Pauvres évangéliques est ce même privilège, une excellente expression de Jésus-Christ en son Incarnation et en son Église; elle entre en communauté de grâce avec lui . elle est toute divine, parce que, en son institution elle est très pauvre, très dénuée de tout secours de la nature et de la sagesse humaines. Le Fils de Dieu, en la profondeur du même conseil qui a formé l'Église, veut que cet Ordre ne soit fondé que sur lui. Il en veut être le soutien et l'appel en son germe et en son progrès. Il veut fin éclater en ses membres sa puissance, s'ils suivent fidèlement ses maximes, et s'ils croient à ces saintes paroles : « Ne possédez ni or ni argent: je peux vous soutenir sans cet appui de boue et de terre. Ne faites point de grandes provisions dans vos caves et dans vos greniers ; ma Sagesse a bien d'autres inventions pour vous entretenir et faire subsister. N'ayez ni souliers à vos pieds. ni bâton à vos mains; ne vous fiez point si fort sur l'industrie de l'esprit humain ; ma providence est bien plus industrieuse et bien plus assurée, (11)
La formation de la famille des Pauvres évangéligues est donc un ouvrage de la pure grâce; la nature ne s'y trouve point mêlée, et tous ces secours terrestres de richesses et de trésors, qui font la force des empires du monde, n'y sont point le admis. Sa naissance est toute divine ; le conseil de la sages humaine inspire n'y est point écouté: celle de Dieu en inspire le dessein ; sa puissance l'achève, et sa providence la soutient.
Tous les enfants de cette famille peuvent se consoler avec Abraham : « Ce père des croyants, » dit saint Paul , « méprisant les palais, se contenta de faire son séjour sous des tentes et des pavillons, parce que la foi montrait à ses regards la seule cite qui ait des fondements solides , Dieu étant l'architecte qui en a formé le dessin, et pourier qui l'a bâtie (12) »
L'ordre des Pauvres volontaires est donc une cité céleste, et ils en doivent être les anges, d'autant que Jésus et Marie, dans la Portioncule, les ont associés à ceux du ciel. Cité glorieuse ! Fondements admirables ! Dieu en est le maître et le créateur; il en a dressé le plan par sa sagesse ; il fa exécuté par sa bonté, et il n'a pas jugé indigne de sa grandeur de se nommer le Dieu et le Père des pauvres
|
|
|
— (11) |
RÉFÉRENCES |
— (1) Et Jesus proficiebat sapientia et astate et gratia apud Deum et homines. (Luc., II, 52.)
— (2) Dabo tibi gentes in hśreditatem tuam. (Psalm.
— (3) Caro Christi, earo Mariś. (Aug.)
— (4) Oculi Domini super justos. (Psalm. xxxin , 16.)
— (5) Adrichom. in Descript. Hierus., lib. II, cap. xv; Jacob. Vitriac., lib. II, cap. min ; Cupernś in Vila Anne.
— (6) D. Thom., de Regimine Princip., lib. II.
— (7) Rex regum, et Dominus dominantium. (Ibid., lib. cap. mn .)
— (8) Thom., de Regimine Princ., lib. III, cap. xiv.
— (9) Id. , 3. p., g. 40, a . 3.
— (10) Paupera et vilia elegit omnia mediocria , et plurie obscura, ut Divinitas cognosceretur orbem transformasse ter rarum. (In ser. quodam Ephes. Cone. )
— (11) Abraham fide demoratus in terra repromissionis , in ca:11is babitando , expectabat enim fundamenta habentem civi]ers, cujus artifex et conditor Deus. (Hebr., xi , 9 et 10.)
— (12) Ides non confunditur Deus vocari eorum Deus, paravit Kim illis civitatem. (Ibid., al, 16.) |
|