| Tome 1- Partie 1- Ch- 4-B- 6 à 10
Le saint ayant accepté la croix, Dieu a continué en lui l'impression
de l'Image de son fils par l'infusion des dons du Saint Ésprit.
( attention comme ce chapitre est long je vais le séparer en 3 sections a-b-c-) |
V6- Les desseins de Dieu rendent nécessaire à saint François un don de force éminent. Pour en devenir digne, il doit d'abord être persuadé de sa propre faiblesse; il la montre, en effet, en fuyant la colère de son père ; reconnaissant sa faiblesse dans ce fait, il mérite d'être revêtu de force. |
Depuis que Dieu a réduit le jeune François sous le souverain domaine de son autorité, et l'a misen la main de son conseil pour qu'il ne plus que de sa conduite, il forme deux desseins sur lui. Il veut l'élever au plus haut degré de la grâce qui fait les saints, mais aussit, baisser au dernier degré de l'humiliation, et lui faire porter les privations les plus sensibles à Ia nature.
Dans les conditions des enfants d'Adam, netr nouveau converti ne peut ni l'un ni l'autre; il une extrême aversion pour tout ce qui Inutiii l'esprit, et ne peut goûter ce qui afflige le sens. Néanmoins, tel est le conseil de Dieu sur lui dès le premier âge de sa conversion : il le veut rendre un objet de confusion devant les hommes et le dépouiller de tous les sentiments hurnafiu les plus tendres. François a donc besoin d'êtr revêtu d'une force d'en haut, et il faut que le secours lui vienne des montagnes saintes.
Tel est l'ordre que la grâce garde en la sanctification des justes : elle abaisse avant d'élever; détruit pour édifier; elle mortifie pour vivifier. Avant qu'ils soient prévenus de sa force, elle la fait ressentir leur propre impuissance, parce qua la grâce ne s'élève que sur les abaissements de la nature ; elle ne vit qu'en sa mort ; elle n'édifie qu'en son anéantissement, et jamais Dieu ne magnifie plus hautemen t ceux qu'il aime que lorsque sa main les a plus humiliés.
François est tout résolu d'aller où Dieu l'attire, de se rendre où il le mène, et de passer où il le conduit. Le Ciel lui inspire de réparer des églises que la longueur des siècles avait ruinées ; il n'en a pas plus tôt reçu le commandement, qu'il en vient à execution. Il vend tout ce qu'il possède; il fait argent d'une pièce de drap. Mais, comme les pensées des hommes sont éloignées de celles Dieu, et combattent toujours les desseins de la grâce, son père, à la première nouvelle qu'il reçoit des profusions de son fils, s'offense : ce qui le devait édifier le scandalise ; il traite de dissipation une inspiration du Ciel, et, d'une action de piété, il prend motif pour commettre un acte inouï d'inhumanité.
Le feu de l'avarice qui brûle cette âme vénale, embrase son coeur ; il s'aigrit ; il s'irrite; il court au lieu où il pense que son fils s'est retiré ; il entre tout brûlant de colère dans la chambre d'un bon prêtre, où il espère le trouver et sauver de ses mains l'argent qu'il croit être perdu.
Au bruit de la venue de son père, François, nouveau soldat, peu dressé des armes de la milice chrétienne, où l'on combat en souffrant, s'épouvante et se retire dans la chambre de ce bon ecclésiastique. Le père le suit tout furieux. Ne pouvant plus éviter sa rencontre , François se cache le mieux qu'il peut, s'applique et se presse contre la muraille. Plus sensible que son propre père, par un effort de la droite du Tout-Puissant auquel toutes choses obéissent, elle lui ouvre ses entrailles, et, au milieu de son sein lui forme un asile. Ne découvrant point son fils, le père va pour le chercher ailleurs, tandis que François se retire dans une autre chambre, où il demeure l'espace d'un mois, assisté d'un sien ami.
Dans cette retraite, il prie, il conjure le Ciel, avec larmes de le délivrer de la main de ceux affligent son âme. Ah ! que Dieu est admirable en ses saints, et que sa conduite sur ceux qui veut sanctifier est incompréhensible ! Si les âmes, des justes sont en la main de son conseil, et si tout ce qui se passe en eux est dispensé de l'Esprit les dirige, la crainte de François est plus divine qu'humaine, cette pusillanimité est plus surnaturelle que naturelle, plus ordonnée de l'esprit de la grâce qu'émanée de la nature.
Dans les premières ardeurs de la grâce, où la charité détrempait le coeur du jeune François de ses suavités délicieuses, il pensait pouvoir tout faire, tout souffrir, tout entreprendre : rien ne semblait difficile aux excès de son zèle. Parmi les ferveurs de ce vin nouveau du saint amour, était à craindre qu'il ne s'oubliât soi-même, et que l'amour-propre, qui se glisse partout, ne salit son coeur, et qu'il ne s'appuyât trop sur ces expériences délicieuses.
La grâce le prévient de peur qu'il ne s'égare: elle le veut instruire de ce qu'il peut par soi-même, et de ce qu'il peut en Dieu ; elle veut lui montrer que, de son fond, il n'a que le néant, l'ignorance et la. faiblesse. Quoiqu'elle soit au milieu de son coeur, elle le prive d'une assistance sensible ; le laissant à sa propre activité, elle lui fait ressentir ses propres impuissances ; il tremble, il s'effraye et il a peur de la vue de son père. C'est il en ceci que la grâce est admirable : elle abat François pour le relever; elle le mortifie pour le vivifier ; elle lui apprend par ses propres expériences qu'il doit se glorifier en Dieu seul, parce ue Dieu seul est sa lumière et sa force. Dans le fond de cette cachette, je regarde François comme un or que le creuset affine, et que le saint amour purifie de toute l'écume de la nature; il est ce grain de froment de l'Évangile, qui laisse son écorce, et qui meurt sous la terre ; mais sur cette faiblesse Dieu élève les magnificences de ses grâces; en cette mort il jette les semences d'une vie toute divine.
François est donc plus redevable au creux de ce rocher qu'au sein de sa mère. En ce dernier, il a reçu la vie humaine, en l'autre, il reçoit une existence divine dans les flancs de sa mère, il a été fait enfant d'un père criminel, héritier du péché, des faiblesses et de l'ignorance paternels ; dans le sein de cette muraille, il est devenu enfant de la grâce, ou de Jésus crucifié. Il y est entré craintif, et il en sort avec assurance. Il a tremblé aux approches de son père ; maintenant il cherche sa rencontre. Ce changement si admirable est-il un effet de la nature ou de la grâce? Sans doute, c'est un ouvrage de la droite du Très-Haut, qui les hommes peut changerla faiblesse en force, et, par la puissante faiblesse de la croix, rendre généreux les hommes les plus timides.
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V7- Les inclinations vicieuses de l'homme le portent à s'approprier la liberté, la gloire et les richesses qui n'appatiennent qu'à Dieu. Jésus-Christ oppose à ce mal les remèdes de l'humilité, de l'obéissance et de la pauvreté, prive de la force chrétienne. Armé de cette force, saint François recherche les humiliations; il est méprisé, battu, emprisonné; il se dépouille de tout ce qu'il tient de son père. |
La naissance qui nous fait hommes imprime et nos coeurs une puissante inclination pour trois objets : l'honneur, la liberté et les commoditésde la vie. Elle est commune à tous les hommes, et se rencontre dans les petits comme dans les grands; il n'y a personne qui n'ait l'appétit de la gloire, le désir de l'indépendance, la passion des richesses.
Dieu seul est digne de l'honneur, mérite l'indépendance, et possède toutes les richesses. Souverain du monde, il a le droit de demander que toutes les créatures l'honorent : « Si je suis le Seigneur maître de l'univers, où est l'honneur qui m'est légitimement dû (1) ? » Son infinité l'élevant au-dessus de tous les êtres, il est indépendant de leur secours , appuyé seulement sur sa propre plénitude; et néanmoins toute la terre lui appartient, parce qu'il en est le créateur.
L'homme, de son fond, n'a point droit à l'honneur, qui est un fruit de la vertu et un témoingnage de quelqeu sexcellence : de soi-même il n'a que le néant et le péché, Il ne peut pretender à l'indépendance: tout ce qu'il possède, c'est par emprunt. Les commondités de la vie ne le lui appartiennet point il n'en est pas le seigneur.
Mais Dieu ne possède rien qu'il n'ait voulu partager avec cet homme. Pour lui donner un droit légitime à ses privilèges, il lui communiqua les deux insignes qualités de souverain et de fils. Par la création, il le forma à son image et ressemblance, et, comme à son lieutenant en terre, il lui donna une souveraineté sur toutes les créatures ;mais par la grâce il le rendit son fils et son héritier, et le fit entrer dans tous ses légitimes droits.
Ébloui de ses propres grandeurs, abusant de ces avantages, l'homme se rendit criminel. Rebelle à son Souverain, et désobéissant à cet amoureux Père, il déchut de toutes ses franchises: pécheur, il ne mérita plus d'honneur, et devint digne de confusion ; serf volontaire du péché et du démon par son crime, il eut pour partage la servitude; ingrat et prodigue des richesses de son Père, il n'eut plus droit à ce que toutes les créatures lui fournissent les commodités de la vie.
Néanmoins, le péché, en le dépouillant de la qualité glorieuse d'enfant de Dieu, n'effaça point en son âme les traits de l'image de son Souverain. Dans sa misère, l'homme se ressent encore de son ancienne noblesse ; il conserve toujours au fond de son coeur un secret appétit de l'hople et un désir de l'indépendance. Dans l'état de justice originelle, cette inclination était innocente; régie par une raison soumise à Dieu, elle ne désirait l'honneur que pour la plus grande gloire son Créateur; mais dans la corruption de la, ture, cet appétit est devenu extrêmement déréglé, parce que l'homme pécheur ne désire plus, l'honneur, la liberté et les commodités de la vie pour lui-même, sans les référer à la gloire Souverain.
Ce dérèglement a commencé en Adam, le chef de tous les criminels, le premier orgueilleux ait voulu s'élever, et qui ait désiré l'honneur peur lui-même, le premier qui ait entrepris de se rendre, indépendant des lois de son Souverain, et le premier qui ait convoité les biens pour ses proppe intérêts.
Un si malheureux père ne pouvait engendre que des enfants aussi infortunés ; tous les hommes qui sortent de lui, en recevant l'être et la coulpe, héritent de ses désordres. La superbe, la désobéissance et la convoitise sont leur héritage, et monde misérable, ennemi de Dieu, n'est compose que de rebelles (2)
Jésus-Christ, plein de miséricorde, ne peut laisser sans secours l'homme tombé; il descend en notre terre afin de le relever de sa misère.
Pour un si miséricordieux dessein, il emploie pour moyens dignes de sa dilection, la grâce et la pénitence. La grâce rend à l'homme sa première dignité d'enfant de Dieu ; la pénitence laborieuse châtie sa désobéissance. A cet effet, le Fils de Dieu établit le monde de la grâce sur l'humiliation qui abaisse, la soumission qui assujettit, et ta pauvreté qui dépouille. Pour gloire, il promet à ceux qui le veulent suivre les ignominies « Ils vous mépriseront comme ils m'ont méprisé. » Pour empire il leur promet la servitude : « Vous serez livrés comme des captifs ; » et pour richesses il leur promet la pauvreté ; enfin il les assure que leurs propres pères seront les premiers à les persécuter.
Quoique cette pénitence soit très justement imposée à l'homme pécheur, elle lui est très amère. Il a une aversion naturelle de tout ce qui humilie l'esprit et afflige le corps. Jésus-Christ, qui sait bien sa faiblesse, veut le secourir par sa suave miséricorde; il s'est fait sa sagesse en l'instruisant du haut de la croix; il veut encore être sa force. « Nous prêchons, » dit saint Paul , « Jésus crucifié, qui est notre lumière et notre force (3). » Et afin que les hommes ne refusent point d'user des remèdes que sa sagesse a jugés nécessaires à leur guérison, il les anime par son exemple, consacrant ces remèdes par l'emploi qu'il en fait tout le premier en sa divine personne. Il veut donc dans la pensée des hommes passer pour un insensé ; il lui plaît d'être rassasié d'opprobres, (4) quoiqu'il soit égal à son Père et souverain hommes, il se rend serf de l'un, et captif des autres (5); il est livré entre leurs mains ; il se prive tous ses biens, et veut même porter en la croix l'abandon de son Père céleste, et l'éloignernentcil sa Mère temporelle.
C'est donc en la croix que Jésus-Christ a établi notre espérance. En la folie de ce bois abject, il caché les trésors de la sagesse qui sert à notre conduite; il a renfermé en sa faiblesse le principe, de la vertu qui nous fortifie (6). Selon ce haut secret du Calvaire, que saint Paul nous découvre, ce que les hommes estiment folie en Dieu, c'estle grand mystère de sa sagesse; ce qu'ils jugent être faiblesse, c'est le principe de sa force. Ainsi, pas une conduite qui étonne toute la sagesse humaine, la faiblesse de la croix fonde en la loi nouvelle le principe de la force chrétienne, qui consiste plus à pâtir qu'à agir, plus à soutenir qu'à entreprendre : c'est en la vertu de la croix que les saints ont été rendus tout-puissants à porter les humiliations qui abaissent, les servitudes qui captivent, le défaut des biens et le dépouillement des richesses.
Si donc vous êtes en peine de savoir quel principe opère un changement si admirable dans le jeune François, d'abord timide, puis généreux, saint Paul vous en découvre le mystère : « La croix dit cet apôtre, « est une folie à ceux qui prérissent, mais à ceux que Dieu sanctifie elle est un principe de force (7)
Le Fils de Dieu, grand astre du ciel de l'Église; levé en croix , ayant par les ardeurs de son amour attiré François dans le creux de ce mur comme dans un sein que sa grâce lui avait préparé, l'y a dépouillé de tous les restes du vieil homme. Anéantissant en son coeur tout ce qui était de l'héritage d'un père criminel, il l'a délivré de la crainte des souffrances, l'a guéri de son aversion pour les ignominies, et lui a donné l'être des enfants du Calvaire. S'imprimant en son coeur, il fait de lui un homme nouveau, créé en sainteté de vérité et de justice. Comme à un enfant de la croix, il lui fait part de sa vertu, et le revêt de sa force ; et, comme à un disciple de cette sainte école, il lui apprend à tout souffrir et à tout endurer. Aussi François ne sort-il du fond de sa cachette que comme une nouvelle créature; il n'est plus dans l'esprit de son premier père criminel, qui fuit ce qui humilie, et craint ce qui mortifie ; il est rempli de l'Esprit de son Père crucifié, qui aime ce qui abaisse, et embrasse ce qui afflige.
La force du Calvaire a pour objet des choses difficiles et amères à la nature, que la Loi Dieu nous impose comme à des justes qu'il éprouver, ou comme à des pécheurs qu'il veut punir. Pour être parfaite, cette force a deux compagnes, dit saint Thomas , la magnanimité pour tout souffrir, la magnificence pour tout donner.
François, nouveau soldat reçu par la grâce dans la milice chrétienne, a de puissants ennemis à combattre ; mais sa force est aussi généreuse, pour tout endurer, que libérale pour tout donner. Au sortir de sa cachette, trois objets se présent à son coeur, et tout d'un coup viennent fondre sur lui, capables d'étonner un esprit qui serait encore dans les habitudes du vieil Adam. Il n'est pas plus tôt entré dans Assise, lieu de sa naissance, que ses concitoyens, qui l'avaient autrefois élu le chef de leurs divertissements, lui voyant la face pâle et défaite, l'estiment insensé, font de lui l'objet de leurs moqueries, de leurs clameurs et de leurs risées ; et, comme un fou, ils le chargent de boue, de fange et de pierres (8). François reçoit ces coups sans s'étonner, et ces injures sans s'émouvoir. Ah ! que Dieu est admirable dans ses saints, et que la grâce est puissante dans des coeurs que la nature a faits de chair. François, par inclination naturelle, avait de l'aversion pour les humiliations ; néanmoins il les reçoit avec joie. Qu'est- ce donc qui le rend si magnanime? Ah ! il tire son courage du Calvaire ; la crox est en son coeur, et son coeur en la croix. Voilà le mutuel et perpétuel rapport qui s'est établi entre Jésus et François : Jésus est en son coeur par la grâce qui le fortifie; et François par amour et par envisagement, est en la croix qui l'anime. A la vue de son Maître qui a été fait l'opprobre des hommes et le mépris du menu peuple, la confusion lui est agréable, et il s'estime heureux de communiquer aux humiliations de celui qu'il aime.
Son père, ayant appris qu'il paraissait au milieu de la ville, et que le peuple le traitait comme un fou, accourut furieux, non pour le délivrer, mais pour le perdre. François ne fuit plus ; il vint à sa rencontre, et, comme un doux agneau animé de la force de la croix, il se jeta entre ses mains; fortifié de l'esprit principal, animé d'une confiance digne du Calvaire, il s'écria « qu'il ne craignait ni les coups ni les injures, qu'il n'appréhendait ni les chaînes ni les prisons, et qu'il se faisait gloire de souffrir pour Jésus-Christ. (9) » Ce père, ayant déposé tout ce que la nature avait imprimé de tendresse en son coeur, le saisit, le traîna en sa maison, l'accabla d'imprécations, le roua de coups, le chargea de liens , et enfin i dans une étroite prison qui se voit encore aujourd'hui.
Mais Dieu n'abandonna pas François dans liens. Le principe qui l'avait fortifié contre injures de toute une ville, l'anima dans la captivité. Du fond de ce sombre cachot, chargé chaînes, il jeta les yeux sur son Maître, considéra humilié sur la croix, et si glorieux à droite de Dieu tout-puissant. Le premier spectacle lui montra comment il devait souffrir; le tond lui apprit ce qu'il devait espérer.
Il comment il aurait à combattre sur la terre et comment il triompherait dans le ciel. Sous encouragement, son coeur demeura immobile, sa bouche prononça ces divines paroles: « Bienheureux ceux qui endurent persécution, parce que le royaume des cieux leur appartient! »
Mais ce père, toujours cruel, désespérant de fléchir tant de courage, fit appeler son fils devant les consuls de la ville, pour le faire renoncer aus biens que sa naissance lui avait acquis. François; élevé par la grâce au-dessus des jugements et de intérêts du monde, récusa ces juges comme incompétents; il en appela au tribunal de l'évêque. Là, son coeur, magnanime pour tout souffrir, devient magnifique pour tout quitter ; il renonçai tous les intérêts que la naissance lui avait donnés, et, par une magnificence qui ne s'est jamais vue, il dépouilla ses habits et ne voulut rien retenir de la terre. Son coeur, tout fondu d'amour. ces admirables paroles, qui ravirent les anges « puisque je n'ai plus de père en terre, c'est mainteant que je puisse dire avec vérité: Mon Père qui êtes aux cieux (10). »
Ce gran saint avoua plus tard que, de tous les combats, le plus rude à sa tendresse naturelle avait été cette renonciation à son père. « Mais, » dit-il avec saint Paul , «. Nous triomphons de tous les sentiments par l'amour de Celui qui nous a aimés ». (11).
Si les exemples et les vertus des saints sont notre instruction, la conduite de saint François : nous doit révéler un des plus importants secrets du Christianisme, la nécessité de souffrir. Il est vrai que l'homme a trop de faiblesse pour porter a trop d'aversion pour accepter des peines qu'il n'aime pas, et la privation de plaisirs qui le passionnent. Il ne peut sans une force surhumaine satisfaire aux ordres du Ciel et acquérir la perfection du Christianisme, qui est pleine des rigueurs de la pénitence ; mais nous avons ce bonheur, commun avec les saints, que le principe qui les anime est celui qui nous fortifie ; la croix qui a été leur force est notre vertu ; il ne nous reste plus que d'être fidèles à faire ce qu'ils ont pratiqué, c'est-à-dire à retenir la croix en notre coeur et notre coeur sur la croix.
Les pécheurs doivent donc s'étonner de lâcheté : obligés par leurs crimes à la rigueur d'une pénitence laborieuse, ils s'effrayent de seul nom. Les chrétiens doivent rougir de trouver amères les souffrances, et de les repousser eux qui sont obligés d'être conformes à un chef soufrant. Mais ceux qui se glorifient du titre d'enfants de saint François doivent ressentir eux-mêmes une secrète confusion, s'ils font les délicats, après avoir élu de suivre les traces d'un Père qui a commencé sa première vie de grâce par les humiliations, et sa conversion par les souffrances. S'ils veulent se dispenser des rigueurs de la pénitence ; si les humiliations les attristent, si une petite parole mal dite les offense ; si la mission leur est insupportable ; si les austérités leur semblent difficiles, c'est la preuve qu'ils ont encore l'esprit des enfants d'Adam, et que jamais ils ne montent au Calvaire, et ne contemplent ce que le Fils de Dieu y souffre pour notre amour et pour notre exemple. Les souffrances sont nécessaires : Dieu nous les ordonne ; il est souverain. La gravité de nos offenses les eigex pour satisfaire à sa justice ; notre qualité de chrétiens nous les impose pour que nous soyons conformes à notre Chef ; la gloire que nous espérons les mérite, donc, pour nous les rendre supportables, il faut, comme saint François, placer la croix en notre coeur et notre coeur sur la croix.
Cela se fait premièrement par la pensée, qui attire la croix en notre esprit, et forme en notre intérieure un petit Calvaire : « Jésus demeure en nos coeurs par la foi dit saint Paul ; secondement par la grâce, qui a la force d'imprimer la croix en nos coeurs, et d'y « placer Jésus crucifié» dit le même saint Paul (12) ; troisièmement, par amour, qui transforme l'âme en l'objet quelle aime. A cet effet, Jésus-Christ a conservé ses divines plaies comme autant d'amoureuses pour y recevoir nos coeurs ; il les veut enter sur le sein comme des greffes d'un olivier sauvage sur un olivier doux, dit le même saint Paul, et nous crucifier avec lui. Mettons donc nos coeurs entre Jésus crucifié Jésus glorieux : en la croix , il nous montre comme il faut cobattre, et en la gloire comme il faut triompher. Son sang nous anime aux souffrances, et sa gloire à la conquête des couronnes qu'il nous prépare. Entre ces deux objets, il n'y a faiblesse qui ne devienne puissante, lâcheté qui ne s'anime à tout souffrir avec allégresse.
Mais, puisque l'abandon que François a fait de son père est une de ses plus illustres actions, que par elle il a causé plus de plaisir au Seigneur, mieux ravi les anges, étonné le monde, édifié la piété des fidèles, arrêtons notre attention pour adorer les desseins de Dieu en cette action si rare et si extraordinaire.
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V8 -Le Fils de Dieu est devenu par son incarnation creature et serviteur de son Père ; malgré son innocence personnelle il est encore victime de la justice de ce Père, parce notre chair, qu'il a revêtue, est pécheresse. |
De tous les mystères que l'Évangile nous propose, un des plus incompréhensibles à la pensée humaine est la conduite du Père sur son Fils. Elle a été si sévère, que Jésus-Christ lui-même n'en parle qu'avec extase. La seule vue qu'il en a porte son coeur à de célestes ravissements, et sa bouche prononce ces hautes paroles : «Ah! voilà l'excès de la charité de Dieu envers le monde il livre son Fils unique pour le racheter (13)! »
En vérité, la Sagesse incarnée, sujet de rigueurs paternelles, pouvait seule nous découvrir ce secret : que celui qui dans les cieux est son Père, est le même qui le livre en terre, Avant que les Juifs l'eussent condamné, il l'avait jugé ; il avait prononcé l'arrêt de sa mort dès Ie moment de sa naissance (14). Jamais les hommes ne l'eussent attaché à la croix, si son Père ne l'a abandonné entre leurs mains : « Le Fils va à la mort, selon l'arrêt définitif de son Père : dit le saint Évangile (15) .
Cette sévérité, si éloignée de la douceur d'un père, étonnel'esprit humain. Il semble que ce père cesse d'aimer ce Fils , ou que ce Fils a quelque chose en lui qui n'agrée pas à ce Père. Pour nous dévoiler ce mystère, aussi profond qu'il est plein d'amour, la Foi nous enseigne que le Verbe a deux naissances : l'une éternelle avant le temps, l'autre temporelle. En la première, qui est toute céleste, il ne reçoit que des qualités divines, hautes et glorieuses ; mais par sa naissance temporelle, qui est humaine, il porte les deux qualités, très basses, et humiliantes, de serviteur et de victime du péché.
Toute naissance étant pour donner un nouvel être, la naissance temporelle du Fils l'a revêtu de deux nouvelles formes. Ç'a été d'abord la forme humaine, qui l'a fait serviteur de son Père, parce que tout être créé est en état de servitude au regard de Dieu, qui est son créateur (16) . Cette première forme est donc humiliante. Mais la seconde est même honteuse ; car elle consiste dans « la ressemblance de la chair du péché (17) » comme dit saint Paul ; elle le rend sujet à la loi de la mortalité, qui est le caractère et le fruit de ce péché.
Or, c'est une merveille que celui qui, dans cieux, est Père de son Fils, acquiert sur ce et par son Incarnation, des titres qu'il pas; car il devient son souverain et son Il est son souverain : Dieu , conservant toujours un droit de souveraineté sur tout ce qui reçu de lui l'être créé, est devenu le Dieu de son Fils. Il est aussi son juge, parce que ce Fils recouvert de la ressemblance de l'homme pécheur, qui est sujet de la justice divine. Ces qualités si nouvelles du Père sur son Fils, et de son Fils au regard de son Père, fondent des relation aussi toutes nouvelles, et portent ce Père à commencer sur ce Fils une conduite que le ciel jamais vue, et qui étonne les hommes et les anges.
Comme Père, il n'a pour lui que des pensée, de douceur et de complaisance ; il voit et aime en lui l'image de ses grandeurs et la figure de se substance(18) aussi ce divin Fils est-il séant en l'unité d'un même trône, régnant en égalité la puissance, vivant en société de gloire. Mais comme souverain, le Père n'a sur son Fils que des pensées d'abaissement ; il veut qu'il l'adore ; et le Fils, devenu serviteur, s'anéantit devant ce Père Enfin, comme juge, le Père n'a que des pensée, de rigueur, et ne forme que des desseins sanglants parce que son Fils est sa victime.
Cette conduite, si pleine de sévérité, ne provient point de ce que le Père cesse d'aimer son Fils ou commence à l'avoir en aversion. Elle procède d 'un grand fonds d'amour du Père et du Fils pour les hommes, et d'un mutuel et profond conseil qu'ils ont pris sur la rédemption du monde. Car, l'homme étant devenu criminel par une désobéissance, Dieu a assez de miséricorde pour le sauver ; mais il faut que sa justice soit satisfaite. Cet homme ne pouvant ni mériter les grâces qu'il a perdues, ni satisfaire à la justice divine qu'il a offensée, le Verbe divin, par une condescendance qui étonne le ciel et la terre, s'est chargé de ses dettes, et s'est obligé de porter les peines que mérite son crime. En cette vue, le Père est devenu le juge de son Fils, et il a droit de l'affliger et de le condamner aux souffrances.
Mais, d'autant que, s'il paraissait aux yeux de ce souverain juge seulement avec la qualité de Dieu qui les rend égaux l'un à l'autre, ce Fils ne pourrait jamais être puni ou châtié, son amour, toujours riche en inventions, a été ici divinement ingénieux. Ne pouvant prendre en soi- même le péché, qui est trop indigne de sa sainteté, il s'est revêtu de sa ressemblance. Il se présente sous cette honteuse figure aux yeux de son Père, afin que celui-ci ait droit, comme juge, de le condamner au supplice et de le livrer à la mort ; et c'est dès 'e moment, bien précieux pour nous, mais bien sévère pour le Fils, que le Père change sa douceur en rigueur, sa miséricorde en justice, complaisances en supplices; que la bouche qui se n'a que des paroles de vie dans le ciel, pronoce les arrêts de sa mort ; que les mains qui lui ont donné l'être, lui impriment des plaies : « Je l'ai frappé pour les péchés de mon peuple, en l'excès de ma fureur, » dit un prophètes. (19)
C'est donc par l'effet d'une mutuelle convertion en faveur de l'homme pécheur, que le Fils s'arrache du sein de son Père, et que le Père livre et abandonne son Fils, qui, victime du péché, commece à en porter la triple peine, savoir : les plaies, la captivité et le bannissement.
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V9- La vie mortelle du Verbe incarné commence et finit par des plaies; elle s'écoule dans l'exil et le bannissement. Les chrétiens doivent en prendre motif de haïr le péché même véniel. |
Le péché, parce qu'il est injurieux à la Majesté suprême de Dieu en lui ravissant sa gloire, mérite des peines infinies. La justice divine a ordonné qu'il ne serait jamais remis sans effusion de sang (20). Or, le sang ne coule que par les plaies; le Fils s'expose donc aux hommes pour plains recevoir, et il se présente à son Père comme une 'victime toute couverte de blessures. Cet état a commencé en la Circoncision , et a été consommé sur croix. Le Verbe incarné a commencé et fini sa vie par les plaies ; et, ce qui est adorable, les premières qui lui ont été imprimées, il les a reçues en la maison de son Père, c'est-à-dire dans le temple; elles lui ont été infligées par les mains de deusx mères: l'une légale, la Synagogue; l'autre naturelle, c'est à savoir Marie, qui exécutait les ordonnances du Père éternel.
Le pécheur est si insolent, qu'il entreprend de se soulever contre son souverain, et de secouer le joug de son obéissance ; cette rébellion ne mérite que les fers, les chaînes, la captivité et la servitude. Jésus-Christ présente ce sacrifice de servitude, et la première peine qu'il porte, en entrant au monde, c'est la captivité. Sa prison, formée par son Père, préparée par le Saint-Esprit, et fermée sur lui par son amour, a été le sein de sa Mère, où son Père l'a fait descendre, en attendant que les hommes lui en préparassent une plus cruelle en Jérusalem, une toute sanglante, où il devrait expirer comme un captif, les pieds et les mains attachés de clous, entre les épines et les fers.
Le pécheur est un ingrat, qui abuse des biens que son Père lui donne avec tant de largesse ; cette ingratitude demande qu'il soit privé de toutes les grâces qui lui étaient accordées, et que, comme un méchant, il soit banni et exil l'héritage de son Père. La première peine d'Adam le désobéissant, a été le bannissement ; de tous, les châtiments de son péché, le plus grand a été d'être séparé de son Dieu, source et objet de se félicité. Cet exil eût été perpétuel, si Jésus-Crist n'en eût voulu porter la sévérité ; il offre floc',` en la crèche un sacrifice de pauvreté, et en croix un sacrifice d'exil et de bannissement, qu'il y est abandonné de son Père.
Sans doute, il n'a jamais cessé d'être présent son Père par la présence de dépendance essentielle à tout être créé, par la présence d'union qui résulte de leur consubstantialité, par la présence de grâce qui le fait toujours adhérer à son Père par amour et par contemplation ; mais la présence d'assistance lui a été retirée. Car, bien que le Père fût en Jésus-Christ se réconciliant monde, il suspendait les effets de la Divinité en cette humanité ; il arrêtait les effusions de la gloire en la partie inférieure de l'âme de son qui souffrait des tristesses extrêmes. Ainsi, il n'ya jamais eu personne d'aussi abandonné que Jésus en croix, et sa pauvreté intérieure était encore bien plus extrême que l'extérieure : celle-ci ne le privait que de ses vêtements ; l'autre le dépouillait de quelques communications divines.
Certes, il est bien vrai que Jésus-Christ ne nous peut oublier, puisqu'il pense à nous jusqu'au milieu de ses souffrances. L'homme, par son péché, est tombé dans trois profonds abîme la misère, la captivité et le bannissement ; Jésus le veut suivre pas à pas, et passer par tous ses états, afin que le pécheur trouve en sa misère un Sauveur qui le guérisse, en sa captivité un Rédempteur qui le délivre, en son bannissement une main qui le reconduise à sa patrie, et le fasse rentrer dans son héritage.
O mon Dieu, que vous êtes admirable en vos inventions, et adorable en vos amours! Adorons cet amour qui l'abaisse ; admirons cette charité qui le captive ; aimons cette infinie dilection qui le dépouille pour nous.
Cette conduite si sévère d'un Père envers le Fils bien-aimé de son coeur nous montre hautement la haine que Dieu porte au péché, et l'horreur que nous en devons concevoir ; et saint Paul nous découvre un grand mystère quand il nous assure que Dieu, voulant donner une démonstration sensible des sévérités de sa justice, a choisi son Fils unique pour cet effet : les plaies imprimées en sa chair sont autant de bouches qui publient ces divines rigueurs, et autant de caractères de sang qui les attestent.
Il faut donc conclure que la malice du péché est bien injurieuse à la Majesté divine, puisqu'elle l'oblige à se faire le juge de son Fils, alors que ce Fils porte seulement la figure de ce péché ; il faut que sa tache soit bien honteuse, pour que ce Fils la doive laver par un fleuve de « Ah ! pécheur, » dit saint Bernard, « si jaimais tu ne l'as bien conçue, lis dans la profondeur des plaies de Jésus la gravité de tes offenses. Si elles n'étaient mortelles, un Dieu voudrait mourir, et porter sur lui toutes les rigueurs de la justice divine ? »
Or, la raison pour laquelle le Père a été si sé vère envers son Fils est que la ressemblance du péché met entre eux une étrange dissimilitude Dieu ne porte point en son divin entendement l'idée d'une forme si honteuse. Dans le ciel, Fils est l'image de la sainteté du Père : c'est raison de l'amour que le Père lui porte. Mais sut la terre, la ressemblance du péché, revêtue par le Fils, est la cause pour laquelle le Père le frappe en sa colère, et ne le peut regarder qu'avec indignation ; cette fureur a duré jusqu'au moulut où la mort de Jésus en croix a effacé en lui cette honteuse ressemblance.
A la vue de tant de coups et de plaies que Jésus porte pour nos offenses , nous devons produire deux mouvements au sujet du péché : d'abord une haine, une aversion et une horreur proportionnées à l'infinité de sa malice ; puisqu'l est injurieux à un Dieu infini qu'il offense, désagréable à une bonté souveraine qu'il outrage, et odieux à une justice toute-puissante dont il attire sur nous la colère. Si le Père a été sévère envers son Fils, qui portait seulement la ressemblance du péché, sera-t-il plus doux envers les hommes. qui en ont la réalité ? S'il n'a pas pardonné au Chef, sera-t-il indulgent aux membres ? Certes, il y a sujet de s'étonner que les hommes commetent si facilement le péché. Sans doute, ils en ignorent la malice ; ils ne savent pas qu'en l'admettant dans leur coeur, ils deviennent aussitôt roebjet de l'indignation de Dieu.
Le second mouvement est de se résoudre à quatre choses : En premier lieu, détruire le péché mortel s'il est en nous : cela se fait par les larmes, en offrant avec Jésus le sacrifice d'un coeur contrit, qui verse son sang par les yeux. En second lieu, empêcher qu'il entre en nous s'il n'y est pas, fermant par une étroite mortification tous les sens qui lui donnent entrée. En troisième lieu, détruire le péché véniel , qui ne laisse pas d'être désagréable à Dieu , et dissemblable à la sainteté divine ; il a eu assez de malice pour se mêler avec le péché mortel, et jeter ses étincelles dans le coeur du Père, pour augmenter sa colère contre son Fils, qui est aussi bien mort pour le péché véniel que pour le mortel. Enfin , détruire tout ce qui a quelque liaison avec le péché, comme les habitudes, inclinations, facilités, et la concupiscence qui demeure après le péché remis. Et comme il a été nécessaire que la ressemblance du pécheur, bien que non criminelle en Jésus, fût détruite sur la croix par ses plaies et consumée en son sang ; et comme jamais il n'eût été capable de régner en la gloire de son Père sous cette honteuse figure ; ainsi, quoique ces malheureux restes de nos offenses ne soient point péché , ils en sont néanmoins une déplorable suite, et il faut tout détruire, afin qu'il ne reste rien du corps du péché. Donnez -nous, ô mon Dieu, le feu de votre amour pour consumer ce monstre, les eaux do la pénitence pour en laver les taches, et le zèle votre justice pour en détruire tous les infortués restes.
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V10-Jésus-Christ reproduit son sacrifice en saint François abandonné de son père, battu et devenu pauvre. |
La vertu a tant de beauté, qu'on ne la peutl voir sans l'aimer ; cette beauté est si pleine de majesté, qu'on se sent obligé de lui rendre autant de respect que d'amour. Elle n'a rien de terrestre. divine en sa naissance, elle a Dieu pour principe. En sa formation, elle est un admirable compose de deux de ses perfections, la beauté et la sainteté. Dieu est aimable par sa beauté, et adorable par sa sainteté : c'est ce qui fait que la vertu est digne d'amour et de respect.
Chose étrange ! elle produit pourtant dans la plupart des hommes un effet tout contraire : sa beauté au lieu d'être aimée, est persécutée ; les hommes changent leur respect en mépris, et leur amour en haine. Ainsi, ce qui devait édifier les habitants d'Assise, en François, les offensa ; ce qui était capable de ravir son père, l'irrita.
Le fléché du premier homme a fait couler dans nos coeurs une secrète haine contre la vertu, parce que la vertu est une lumière qui découvre nos désordres, une voix qui les accuse , un censeur qui les condamne: et c'est ce que les hommes n'aiment pas. "
Ceux qui jugent les choses de Dieu avec des eux de chair s'étonnent de voir François persécuté aussitôt qu'il est saint, et méprisé aussitôt dil est digne de vénération ; mais les esprits qui contemplent la conduite de Dieu sur ses saints avec la lumière du ciel, en adorent le conseil.
Les saints ont avec le Verbe incarné deux secrètes liaisons qui les engagent dans les humiliations. D'abord, ayant une chair pécheresse, ils communiquent avec lui en ce que, portant la ressemblance de la chair de péché, il a été affligé par les hommes, et abandonné par son Père. François, participant à cet état de victime du péché, a dû être de même affligé par les hommes, et abandonné par son père.
En second lieu, la grâce qui sanctifie Jésus, sanctifie les saints ; cette grâce de Chef, qui l'a obligé à souffrir et à s'humilier, coulant de lui comme de sa source, opère humiliations et souffrances dans les membres.
Si donc vous voyez François, quoique saint, dans les mépris, les confusions et les persécutions, ne croyez pas que ce fût autrement que par une dispensation toute divine. C'était la grâce du Chef qui faisait ses impressions dans l'un de ses membres, et qui rendait celui-ci conforme , son exemplaire, pour offrir trois sacrifices:
Le premier a consisté dans les coups et les souffrances infligés par les mains de son propre père. Les martyrs ont été immolés par des mains étrangères; mais François a été sacrifié par celles de son propre père, comme Jésus-Christ, qui reçu ses premières plaies en la Circoncision, dans la maison de son Père, et qui a terminé sa vis par les plaies sur le Calvaire. Ainsi François commence-t-il sa vie de grâce par les coups qu'il reçoit en la maison de son père, et la terminera-t -il par des plaies sur la montagne d'Alverne.
Le second sacrifice de François a été celui de la servitude, pour imiter la divine captivité de Jésus-Christ. Ayant autrefois été serf du péché, il s'en est affranchi par la pénitence; il s'est rendu volontairement serf de la grâce et de la justice, comme parle saint Paul (21).
Mais le plus important de tous ses sacrifices est celui de la pauvreté ; c'est là un parfait holocauste, et le plus solennel de tous, tant à cause du sacrificateur qui l'offre, que de la victime immolée, et de celui auquel elle est offerte.
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RÉFÉRENCES |
— (1) Si ego Dominus, ubi est honor meus? Domini est terri et plenitudo ejus. (Psalm. xxiii)
— (2) Quod est in mundo concupiscentia oculorum, concucentia carnis, superbia vites. (I Joann., 11,16.)
— (3) Pralicamus Christum crucifixum… gentibus stultitiam, ipsis auteum vocatis… Dei vurtyten et sapientiam. (I Cor., 1, 23, etc.)
— (4) Saturabitur opprobriis. (Thren., tu, 3.)
— (5) Formam servi accipiens. (Philipp., u, 7.) Tradetur, fiagellabitur. (Luc., xvm, 32.)
— (6) Quod stultum est Dei, sapientius est hominibus, et quod infirmum est Dei, fortius est hominibus. (I Cor., 1, 25.)
— (7) Verbum crucis pereuntibus quidem stultitia , his autem qui salvi fiunt virtus. (I Cor., i, 18.)
— (8) Constanter post aggreditur in publicum prodire; squalenti vultu cernitur ; putatur insanire. Luto, saxis impetitur, sed patiens via nititur ut surdus pertransire. (Bonav.)
— (9) Clamans se voluntarie pro Christo mala pati.
— (10). Usque nunc te vocavi, patrem super terram, amodo ecure dicere possum : Pater noster qui es in coelis. (Wading)
— (11). Sed in his omnibus superamus propter eum qui dilexit nos.( Rom, viii,37)
— (12) Christus in vobis crucitixus. (Gal., III, 1.)
— (13) Sic Deus dilexit mundum, ut Filium suum unigenn. daret. (Joann., III, 16.)
— (14) In capite libri scriptum est de me, ut faciam voiuniat luam. (Psalm. xxxix, 8 et 9; Hebr., x, 7.)— (15) Secundum quod definitum est, Filius hominis vadit. Luc., xxu, 22.)
— (16) In similitudinem hominum factus, formam servi accipiens. (Philip., u, 17.)
— (17) In similitudinem Garnis peccati. ( Rom. , vin, 3.)I. --- 5
— (18) Qui cum sit splemlor gloria et figura substantif (Hebr., i, 3.)
— (19) Propter scelus populi mei percussi eum. Osa., LII,8)
— (20) Sine sanguinis effusione non fit remissio. ( Hebr,ix,22)
— (21) Liberati a peccato servi facti estis justiœ. ( Rom. , vi,18.)
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