+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
L'Esprit de Saint François d'Assise
Titre de la page:

Tome 1- Partie 1- Ch-1
L'ESPRIT DE SAINT FRANÇOIS D'ASSISE FORME SUR CELUI DE JÉSUS -CHRIST

Nom de l'auteur:
P. Bernardin de Paris o.f.m.

PREMIÈRE PARTIE-1- Chapitre 1

LES PREMIERS TRAITS DE L'IMAGE DU VERBE INCARNÉ PRODUITS
EN SAINT FRANÇOIS  PAR L'INFUSION DES DONS DU SAINT-ESPRIT

CHAPITRE I-
I,ES SAINTS EN GÉNÉRAL, ET SAINT FRANÇOIS EN PARTICULIER,  ONT ÉTÉ DONNÉS AU MONDE
POUR Y ÊTRE  UNE CONSTANTE MANIFESTATION DE LA SAINTETÉ DE DIEU

La production des saints est le but de la création du monde. Les trois divines personnes travaillent de concert à leur élection et à leur sanctification. Elles élisent saint François; il reconnaît tenir de leur munificence tout ce qu'il est.

La sainteté qui fait les saints en la terre, est une grâce qui tire l'homme des bassesses de la nature et de la corruption du péché. L'élevant au-dessus de lui-même, elle l'établit dans un ordre divin et dans un état surnaturel, et le porte en une si haute région, qu'elle le fait très étroitement participer à la sainteté de Dieu.

L'esprit humain, éclairé des lumières de la Foi, ne contemple en Dieu rien de plus adorable que sa sainteté. C'est l'attribut qui ravit le plus les anges ; et, entre les hommes, nos pensées ne découvrent point d'objet plus admirable qu'un saint. Dans le ciel, où tout est pur, les esprits bienheureux qui font leur vie du saint amour, et que l'on nomme Séraphins, regardent la sainteté éternelle comme l'objet singulier de leurs adorations. Jamais ils ne se lassent d'en publier les excellences, dans ce concert éternel dont nous parle l'Écriture (1) Et en la terre, où tout est impur, la sainteté d'un homme est l'objet qui touche le plus nos esprits ; nous le regardons comme le plus digne sujet de nos louanges.

Quoique la sainteté qui s'exerce en la terre se retrouve en des hommes comme nous, et qu'ils portent ce trésor caché en des vaisseaux fragiles, elle est si divine en son extraction, qu'on ne saurait découvrir parmi les choses humaines les causes de son existence. La nature est trop pauvre pour une production si céleste ; elle est trop faible pour porter l'homme à un degré qui est au-dessus d'elle-même ; et l'esprit humain a trop peu de lumières pour former le dessein d'une vie qu'il ne peut comprendre.

Elle a donc cette gloire, et c'est son privilège spécial, qu'elle n'a point d'autre principe que Dieu. Elle coule de son sein comme de sa source; elle en est une émanation singulière. Dieu seul crée les saints par sa puissance, et les sanctifie par ses grâces.

L'homme a deux impuissances : à l'être et à la sainteté. De son fonds il n'a que le néant, et de sa malice que le péché. Le premier le rend vide de tout être; le second le fait criminel. Comme il ne peut se faire homme et se mettre au rang des choses existantes, moins peut-il se faire juste et entrer dans le nombre des saints. Sa sanctification est du ressort d'une souveraine puissance, seule capable de sanctifier ce qui est immonde (2). C'est un effet, ô Dieu très saint, que l'on ne peut espérer que de votre droite ; seule votre sainteté peut sanctifier nos souillures, et votre divine pUreté purifier nos immondices.

Dieu est souverainement heureux en la solitude de son être divin ; il est infiniment satisfait en la vue de ses propres grandeurs. De toute éternité il est à lui-même le séjour où il habite, le lieu où il repose, le trône où il règne, et le seul siège digne de sa majesté. Là il est heureusement vivant dans le repos de son essence, dans l'abîme de ses grandeurs, dans l'unité de son amour, dans la splendeur de sa gloire, et dans l'entretien divin de son Verbe, dit Tertullien (3).

Quoiqu'il n'ait pas besoin de sortir de sa solitude incompréhensible, il veut opérer hors de lui-même une ombre de son être, une image de sa vie et, ce qui est plus excellent, une expression de son amour et une émanation de sa sainteté éternelle. D'une même puissance il produit deux mondes : l'un de la nature, qui comprend toutes les créatures; l'autre de la grâce, que les justes composent, bien qu'ils soient différents en condition. Si, dans l'ordre de la divine Providence, les moindres choses sont pour le service des plus grandes, selon la pensée de saint Paul , le monde matériel n'est créé que pour l'usage des saints, et tout ce qui possède l'être est référé à leur service. « Tout est à vous, » dit ce divin Apôtre, « soit le monde, soit la vie,. soit les choses présentes , soit les futures (4). »

Ayant ordonné que les saints seraient, non pas de la condition des anges, mais de la nôtre, et qu'ils vivraient sur la terre avec les hommes, dans son premier dessein Dieu a créé l'univers singulièrement pour leur servir de demeure. Si la terre s'affermit sous leurs pieds, c'est pour les soutenir; si elle donne ses fruits dans leur saison, c'est pour entretenir leur vie ; si le ciel s'étend au-dessus de leurs têtes, c'est pour les couvrir ; si le soleil éclate à leurs yeux, c'est pour éclairer leurs pas. Ainsi, tout est à eux et pour eux, parce qu'ils sont à Jésus ; et le monde , si ravissant en beauté, si admirable en l'union de ses parties, n'a l'existence qu'à cause des saints ; et tout ce qu'il renferme de rare, au ciel et en la terre, est singulièrement créé pour eux.

Les pensées que Dieu a eues de toute éternité sur les saints, sont d'une telle suavité, que l'on n'y peut réfléchir sans fondre de douceur. Et si avec respect nous recherchons quels ont été les entretiens de Dieu (5)dans ces longs espaces qui font l'éternité, nous serons ravis de voir qu'après les éternelles réflexions sur ses propres grandeurs, le plus digne objet de son attention était les saints.

Saint Paul nous découvre ce profond mystère. « Avant que sa main puissante, » dit cet incomparable Apôtre, « eût jeté les premiers fondements du monde, Dieu pensait aux saints. Ils n'étaient pas nés qu'Il les regardait et les portait dans son coeur et en sa pensée (6) »

Durant toute l'éternité, les perfections divines ont été d'une même intelligence pour concourir à la sanctification des saints. Dès ce moment qui devance les siècles, la science, qui pénètre le futur, les envisage ; la souveraineté les choisit e les sépare de la masse des autres ; l'amour les aime ; la charité les embrasse ; la sainteté les marque de son sceau; la bonté les veut sanctifier; la miséricorde prépare les grâces ; la sagesse en ordonne les moyens, et la puissance les doit employer dans le cours des temps.

Dieu disposait en son divin conseil de créer en la terre un composé tout nouveau, dont le Verbe incarné serait le chef, et les hommes les membres. Comme ceux-ci ne méritaient point d'être unis à un chef si saint, le Père, pour les en rendre dignes, les marqua de son image ; le Fils se disposa à les racheter par son sang ; le Saint-Esprit à les sanctifier par ses grâces. Ils ne furent pas plus tôt nés en la terre , que le Père se les appropria par son autorité comme ses enfants ; le Fils les reçut comme ses frères, se les unit comme ses membres, par son sang ; et le Saint-Esprit les consacra comme ses temples par ses grâces.

La sanctification des saints est donc un ouvrage préparé de toute éternité en Dieu, commencé dans le temps, et achevé en la gloire. Il a sa source en la science de Dieu, qui les voit; en sa charité, qui les aime; dans le Père, qui les adopte, dans le Fils, qui leur mérite cette adoption R, et dans le Saint-Esprit, qui consomme leur perfection.

J'entreprends de parler de François, que la nature a rendu homme, le péché d'origine criminel , mais que l'élection a choisi pour le faire entrer dans le nombre des plus grands saints de l'Église. Sa sainteté n'est pas un effet de son industrie : c'est un don de la grâce, qui descend du Père des lumières. Il n'a rien qu'il n'ait reçu ; sa sainteté est un écoulement de la sainteté divine en son âme. Entre tant de grâces qui l'ont si hautement élevé, parmi tant de rares privilèges qui l'ont rendu si admirable à tous les siècles, ce saint, aussi humble qu'il est grand en mérites, n'a jamais perdu de vue sa dépendance au regard de Dieu. Il en fait un public aveu ; il veut que toute la postérité la sache; et, afin que personne ne l'ignore, il la couche dans ses dernières volontés. Il proteste qu'il expire dans ces humbles sentiments, et qu'il n'a point de grâce qu'il n'ait reçue des misérations divines : « Quand j'étais dans les péchés , » dit en son testament ce plus humble des saints, marqué du sceau de notre Rédemption, orné des plaies de son Maître, rempli de son esprit, comblé de ses grâces, « quand j'étais dans les péchés, il m'a fait miséricorde. »

Toutes les lumières qu'il a reçues du Ciel durant le cours de sa vie lui ont découvert deux abîmes : l'un de sa misère, l'autre de la miséricorde divine ; ce qu'il avait de soi-même, ce qu'il recevait de Dieu ; combien de son fonds il était pauvre, et combien Dieu était riche pour le combler de ses dons.

La sainteté de François est donc , de son aveu, un des plus illustres effets de la grâce, et un des plus admirables ouvrages des miséricordes éternelles ; et il a bien sujet de s'élever dans ces humbles sentiments de saint Paul : « 0 Dieu du ciel, Père de Jésus mon Seigneur, que mon coeur loue éternellement vos divines bontés qui m'ont si amoureusement prévenu de vos grâces ! Mais que j'adore votre Fils : c'est en ses mérites que je suis sanctifié, et c'est de son amour que je confesse avoir reçu tous les dons comme de leur principe !(9)

v2-Dieu, principe de la sainteté, en est aussi l'exemplaire; elle a pour siège son essence, son intelligence et son amour. Par l'incarnation du Verbe, elle s'est étendue jusqu'à notre chair; elle s'est plus spécialement imprimée en la personne de saint François.

Dieu, qui est infiniment sage, envisage dans toutes ses entreprises une fin digne de lui-même. Le dessein de l'ouvrier est de revêtir le sujet sur lequel il travaille de la forme qui lui est convenable. Il faut donc qu'il la connaisse. Pour la connaître , il est nécessaire qu'il en conçoive en son esprit une idée qui lui serve de règle. Avant que le peintre expose à nos yeux son tableau, il en a formé un vivant ; tous les traits que vous voyez couchés sur sa toile ont été premièrement tracés en sa pensée. Avant que l'architecte élève son édifice, il a dressé une maison intelligible en son entendement , avec toute sa symétrie ; la maison matérielle n'est qu'une copie de cette première idée, et sa perfection est d'être conforme à cet original intellectuel.

Dieu est un agent infiniment plus parfait que tous ceux de la terre. Comme il est souverainement bon , il agit par les mouvements de cette bonté, suprême dans tous ses effets. Le dessein de son amour est de leur communiquer quelque participation de lui-même. Il n'a pas besoin de sortir de son essence pour chercher un exemplaire de ses ouvrages : cela supposerait en Dieu de la pauvreté, ou de l'ignorance. Étant le principe qui les produit, il porte en son divin entendement les raisons originaires des choses ; et tout ce qui possède l'être est une copie tirée sur cet original primitif et divin.

Après l'incarnation du Verbe, la sainteté des saints est la plus précieuse production de l'amour divin. Telle est la grandeur de Dieu, et tel le bonheur des saints, que Dieu leur est tout en toute chose. Il est non seulement le principe qui les produit , la source des grâces qui les sanctifient, l'origine des dons qu'il leur élargit ; il est aussi l'exemplaire sur lequel il forme l'éminence de leur vie et la dignité de leur état.

S'il est vrai que rien ne se fait dans le temps qui n'ait en l'éternité son type et son exemplaire, Dieu observe cette conduite d'une manière bien plus suave dans le monde des saints que dans celui de la nature. Tous les degrés différents de grâce que nous admirons dans les saints, se trouvent recueillis en la sainteté divine comme en leur principe, qui possède autant de fécondité que de sagesse : par sa fécondité, elle produit les saints ; par sa sagesse, elle les forme sur elle-même : « Soyez saints ainsi que je suis saint(10)

C'est en ceci que la sainteté des saints est toute divine, soit par le principe d'où elle coule, soit par l'exemplaire qu'elle imite. La terre est non seulement trop pauvre pour produire les saints ; mais elle est aussi trop impure pour renfermer un sujet qui en soit l'idée. La sainteté s'élève au-dessus du monde, et, se portant jusqu'à Dieu, elle envisage son original au sein de la Divinité, et elle a cette gloire, qu'au milieu des impuretés de la terre elle est une copie de la sainteté divine. Or, celle-ci qu'est-elle ?

La sainteté de Dieu a cette propriété commune à toutes les perfections de la Divinité, qu'étant in­finie elle est incompréhensible à la pensée hu­maine; aussi je n'entreprends pas de dire ce qui en est, mais ce que j'en sais , non pas selon la grandeur du sujet, mais selon la faiblesse qui est naturelle à l'homme. Suivant le sentiment d'un illustre Père, la sainteté est une parfaite et totale pureté, souverainement libre et éloignée de toute souillure (11); aussi la sainteté divine consiste-t-elle dans une très intime union que Dieu a avec soi- même, et une séparation de tout ce qui n'est pas Dieu.

Parlant selon nos petites lumières, nous ado­rons en Dieu trois unités, d'essence, d'intelligence et d'amour.

En son essence, il est uni à sa divinité ; en son intelligence, il est uni à lui-même comme à une souveraine vérité ; en son amour, comme à une infinie bonté. Ces trois unités fondent en Dieu trois saintetés.

En l'unité de son essence, il est saint d'une sainteté essentielle : élevé dans une très haute et incompréhensible solitude, où aucune créature n'est admise, il est séparé et souverainement éloigné de toutes les faiblesses de la matière, telles que sont la mortalité, la mutabilité, la corruptibilité. La mort ne peut se glisser en la divinité, qui est très simple ; elle ne divise que les choses composées. La corruption ne peut trouver de lieu en Dieu, où tout est très pur. La sainteté divine est donc la raison pour laquelle Dieu est immor tel en sa vie, incorruptible en son être, immuable en sa divinité.

En l'unité de son intelligence, il est très saint par son divin entendement, où l'idée du péché ne peut même trouver place. Il est vrai que Dieu connaît le péché avec toutes ses difformités ; mais cette connaissance est bien différente de celle par laquelle il porte en sa divine pensée l'idée de tous les autres êtres. Les idées ne sont que de choses existantes ; le péché étant une privation d'existence, Dieu n'en peut pas concevoir l'idée : ce monstre n'a point place en son esprit parmi ses belles idées de tous les êtres. Ainsi, l'entendement divin est très épuré et très libre des moindres images de l'iniquité.

En l'unité de son amour il est très saint, en ce qu'il aime et en ce qu'il opère, soit en lui-même, soit hors de lui-même. Dans le ciel, s'il aime et s'il produit, cet Esprit que l'on nomme Saint en est le terme. S'il opère en la terre, ses amours et ses productions sont très saintes (12), parce qu'elles sont toujours très conformes à la rectitude de la loi éternelle, et que Dieu ne peut aimer que ce qui est digne d'amour.

La sainteté divine est aussi la raison de l'im­peccabilité de Dieu; car, le péché n'étant qu'un détour de la règle que l'on doit suivre, et une privation de la rectitude que l'on doit garder, et Dieu ne pouvant s'éloigner de cette droiture don't il est la règle, il ne peut pas être déréglé en ses amours et en ses œuvres.

La sainteté de Dieu porte une telle opposition au péché, qu'il lui est impossible de le commettre, parce qu'il lui est impossible d'aimer ce monstre, où il ne voit rien de lui-même ni de sa vie, le péché étant la mort ; ni de sa bonté, le péché étant la malice ; ni de sa sagesse, le péché étant les ténèbres. Mais plutôt, comme Dieu nécessaire­ment s'aime soi-même, étant la souveraine bonté, il a une haine nécessaire pour le péché, à cause de sa dissimilitude avec lui. Il ne peut pas le produire, parce que sa bonté ne peut pas donner l'être à la malice, ni sa sagesse créer les ténèbres. Il ne peut pas davantage être le sujet du péché, ni en son essence, où tout est sainteté ; ni en sa pensée, où tout est vérité, ni en sa volonté, où tout est la règle de toute rectitude.

La sainteté de la Divinité a cette excellence incomparable, qu'elle est éternelle. Elle n'est pas de la condition des choses qui naissent et qui meurent, qui commencent et qui finissent. Étant une même chose que l'essence divine, qui a l'éternité pour son étendue, elle tient de sa durée. Comme elle n'a point de commencement, elle est sans fin ; Dieu ne peut perdre une sainteté qui lui est essentielle, ni cesser d'être saint, parce qu'il ne peut ni s'éloigner de soi-même, ni se perdre de vue, ni cesser de s'aimer, ou interrompre l'amour qu'il a pour sa divine beauté.

Telles sont donc les grandeurs de la sainteté de Dieu. En son essence, il est saint ; en sa connaissance, très pur; en sa volonté, très éloigné du péché. S'il existe, ce n'est que sainteté ; s'il contemple, ce n'est que vérité; s'il aime, ce n'est que pureté : sainteté qui, en son essence, est divine ; en sa durée, éternelle ; en son état, incompréhensible.

C'est donc sur ce grand exemplaire que Dieu forme toutes les saintetés du ciel et de la terre, des anges et des hommes. Et, quoique la terre soit impure par les péchés qui la souillent, il plaît à Dieu, et c'est son dessein, que parmi notre impureté ces trois divines saintetés aient des images qui les imitent, et des copies qui les représentent.

Sa sainteté essentielle a créé en l'univers deux mystères. En l'un, Dieu est fait chair; en l'autre, il est notre aliment.

Par le premier, à la production duquel la nature humaine contribue, l'humanité est sanctifiée d'une sainteté non seulement créée, mais substantielle et divine. La personne du Verbe sanctifie cette chair en se l'unissant si intimement , qu'il ne fait plus qu'un divin subsistant avec elle.

En l'Eucharistie, il sanctifie notre âme d'une sainteté de grâce; par une magnificence d'amour, il porte une sainteté substantielle en notre corps, puisqu'il unit sa divine chair à la nôtre, d'une union qui approche de la substantielle.

Sa sainteté de connaissance répand en nos es­prits une effusion de lumière par la foi, qui les purifie de l'erreur et de l'ignorance — (13) Aussi elle nous fait entrer dans le partage des saints, qui est la lumière, comme dit l'Apôtre — (14).

Sa sainteté d'amour forme en nos coeurs une sainteté de moeurs qui nous éloigne de la contagion du péché, nous unit à Dieu par les liens d'une sainte charité, nous faisant passer dans le royaume de la dilection de son bien -aimé Fils— (15)

De tout ce discours, il est facile de recueillir ce que c'est qu'être saint. La sanctification ne dépend ni des opérations miraculeuses où la nature se trouve dispensée de ses lois par une puissance non commune, ni des actions éclatantes qui rendent la personne recommandable. La sainteté des saints consiste dans une très intime union à Dieu et une entière séparation de la créature.

C'est donc en vérité que François mérite la qualité de saint, et qu'il est digne de passer au nombre des plus grands, puisqu'il est un de ceux qui ont été le plus hautement unis à Dieu par amour et contemplation, et qu'il a porté plus entière la séparation de tout ce qui est créature. Il est une très vive image en terre de la sainteté divine; et Dieu, en le créant, s'est regardé lui- même, et s'est exprimé en son coeur comme en une glace bien polie.

v3 Dieu a sa propre gloire pour fin en toutes ses oeuvres intérieures et extérieures, surtout dans la sanctification des saints, plus singulièrement en celle de saint François.

La théologie de la terre, instruite par les lumières de la Foi, nous enseigne que Dieu, agent souverainement intelligible, renferme dans les trésors de sa science infinie les raisons originaires des choses. Dans tous les ouvrages que sa puissance opère, il se propose une fin digne de lui. Jamais il ne s'y porte ni par une nécessité qui le force, ni par une erreur qui le surprend, ni par la violence d'une passion qui l'aveugle. Tout ce qu'il entreprend, il le veut avec conseil, le conduit avec ordre, l'achève avec autant de sagesse que de liberté.

L'immensité, qui comprend tout, et où la divinité est ineffablement comprise, ne permet pas que Dieu, dans ses oeuvres, puisse envisager d'autre fin que lui-même. Il a créé l'homme et toutes les créatures en son propre sein. Comme il est immense, il ne peut rien produire hors de lui; « en lui nous vivons ; par lui nous nous mouvons ; par lui nous sommes,» dit le grand Apôtre (16) Étant le principe des choses, il les porte toujours comme entre ses bras, et, par une heureuse nécessité, il les fait remonter à soi comme à leur fin dernière. Pour achever ce grand et amoureux cercle des créatures, dont parle l'illuminé saint Denis, les choses étant écoulées du sein de la bonté, elles y remontent, et toutes les créatures dans leurs mouvements retournent à Dieu comme au terme qu'elles recherchent.

Nous savons assez que Dieu est infiniment parfait, qu'il possède dans un souverain degré tout ce qui suffit à la plénitude de sa béatitude. Il trouve en soi, et en l'unité de son essence, sa gloire, sa félicité et une parfaite suffisance de toute chose. S'il produit les êtres, ce n'est pas pour en tirer de l'utilité ni du plaisir, car il y aurait en lui de l'indigence ou de la misère ; c'est purement pour sa gloire, dit saint Paul , et pour manifester aux hommes l'infinité de ses perfections.

Nous distinguons, en effet, et adorons deux gloires en Dieu. Il possède la première de toute éternité en lui-même, car dès ces longs et éternels espaces qui devancent tous les siècles, il se glorifie, dans la très haute et incompréhensible solitude de son être divin, d'une gloire intérieure qui n'est qu'en lui-même et pour lui-même; il la trouve en la génération de son Verbe, qui est, dit saint Paul, — (17) la splendeur de la gloire du Père, et en la production du Saint-Esprit. Ainsi, il se manifeste soi-même à soi-même, par ses émanations divines et éternelles, qui vont l'honorant et le glorifiant d'une gloire infinie, proportionnée à l'infinité de ses grandeurs.

Dieu a une autre gloire, extérieure, qui a commencé dans le temps, en la naissance des siècles, où, quoique retiré en lui-même, faisant son séjour en des lumières inaccessibles, il déploya ses richesses, manifesta ses perfections et publia les divines beautés de son être.

Par les ordres de sa sagesse, toutes les créatures surgirent et furent employées à l'accomplissement d'un si glorieux dessein. Elles s'élevèrent du sein de la divinité comme autant de rayons qui manifestaient les richesses de leur auteur. Les grandes, comme les petites, contribuent depuis lors en leur manière à l'oeuvre de sa gloire. Les cieux, tout éclatants de lumières, annoncent sa puissance ; les étoiles, enchâssées comme autant de saphirs dans le corps du firmament, publient sa magnificence ; l'harmonie admirable de tous ces globes célestes, si bien concertée, nous dit qu'elle est un effet de sa sagesse ; les plus petites créatures qui se traînent sur la terre nous découvrent la suave conduite de sa divine Providence; et toutes, par un doux accord, forment un admirable concert à l'honneur de leur souverain Créateur.

La sanctification des justes et la création des saints est, après l'Incarnation du Verbe, le plus haut dessein de la sagesse éternelle, le plus divin ouvrage de son amour, le plus illustre effort de sa droite, le plus noble effet de sa charité, la plus sainte production de sa croix, le plus précieux prix de son sang ; parce qu'elle est en son principe un pur effet de sa grâce, en son progrès une continuation de ses miséricordes , en sa consommation une participation de sa béatitude. Entre tous les ouvrages sortis de ces mains qui ont donné l'être aux choses, c'est donc dans les saints que Dieu publie le plus hautement que sa bonté est admirable(18) les saints étant des trônes de la gloire de Dieu (19)

En la sanctification de l'humble François , Dieu a singulièrement regardé sa propre gloire ; et, par un effet de sa puissance, il l'a créé pour l'admettre en la communication de l'état des saints, qui honorent Dieu en leur grâce, le regardant comme la source de toute leur sainteté.

Si donc avec respect nous élevons nos pensées jusqu'à la première origine des saints ; c'est-à-dire, si nous osons pénétrer dans le secret du conseil de Dieu, où se forment les incompréhensibles décrets sur leur prédestination éternelle, où Dieu a fait le premier envisagement de François et le premier décret de son élection à la grâce, nous serons ravis de voir que, en cette première élection, il a purement envisagé la gloire de sa divinité, et que, si sa bonté l'a élu entre les justes, c'est pour se glorifier en lui comme en un sujet qu'il s'est du tout approprié, dans le but d'élever sur lui les magnificences de son amour.

Les oeuvres de la grâce sont nommées par saint Denis « les splendeurs et illustrations divines (20) », parce que Dieu, en elles, découvre bien plus hautement sa gloire et sa grandeur que dans celles de la nature ; car c'est le propre de la grâce de manifester tout ce qu'il y a de plus saint en lui. La sainteté de François étant donc un ouvrage de cette grâce, nous pouvons le regarder comme une glace que la bonté divine se prépare, pour y faire éclater toutes les perfections de sa divinité.

C'est en lui qu'il déploie les richesses incompréhensibles de ses miséricordes, et montre combien il est suave pour ceux qu'il aime, l'ayant si amoureusement prévenu par ses illustrations , si suavement touché par ses motions, si puissamment appelé par sa parole, si efficacement conduit à soi par sa grâce. François est un de ces vases d'honneur et de miséricordes dont parle saint Paul, que Dieu façonne pour sa gloire, et dans lesquels il a versé tout ce qu'il y a de douceur au sein de sa suavité (21)

La main qui a formé l'univers a couché en l'âme de François les vifs traits de cette perfection qui ravit le plus les anges, et que les séraphins adorent sans relâche, dans de perpétuelles extases, par ce doux concert qui publie que Dieu est saint. Il l'a choisi pour le rendre une image vivante de sa sainteté, et comme un portrait au naturel, qu'il expose aux yeux du monde.

Dieu, admirable en ses saints, l'est singulièrement en François. Il le fait entrer en participation de cette puissance que la théologie nomme « extraordinaire », qui soumet la nature à la volonté des saints par les merveilles des miracles. En lui Dieu manifeste aussi les plus grands pouvoirs de la grâce ; car, bien que François fût homme comme nous, sujet aux mêmes faiblesses, il l'a rendu victorieux de tous les ennemis du salut, qui triomphent presque de tous les autres : la vie de François est un continuel effort sur ces ennemis de la grâce ; il n'est puissant qu'en la vertu de Dieu, et n'est vainqueur que par elle.

La conduite de Dieu sur les justes est du ressort de la sagesse nouvelle publiée sur le Calvaire entre les fers et les épines, sagesse dont les voies étaient cachées aux sages du siècle. Les mondains l'ont osé condamner de folie ; c'est néanmoins par ses secrets sentiers que le Fils de Dieu a si glorieusement élevé François à la hauteur où nous l'admirons ; et, entre tous les saints, c'est en lui qu'il a le plus admirablement fait éclater les inventions de cette sagesse inconnue aux hommes. Suivant en cela un profond conseil, il l'a conduit à la béatitude par des voies toutes contraires auxvues de l'esprit humain, lui faisant trouver la vie en la mort, les richesses en la pauvreté, les douceurs dans les amertumes, et la gloire en l'ignominie.

L'amour divin, aussi libéral qu'inventif pour obliger ceux qu'il aime, a choisi le coeur et le corps de François pour faire voir en l'un les richesses de la dilection , en l'autre les inventions de l'amour. Il embrase le premier de son feu, et imprime dans le second ses blessures. Et, pour publier à tout l'univers combien il est magnifique envers ceux qui le servent, n'ayant comme Dieu que l'amour, et comme homme que les plaies, il communique tous les deux au bien- aimé François.

Enfin, pour comprendre beaucoup en peu de mots, toutes les perfections de la divinité qui font les saints, et qui concourent à leur sainteté, éclatent d'un lustre singulier en la sanctification de François. La charité y paraît en son ardeur, les dons qu'elle lui communique avec tant d'abondance; la sagesse, en sa profondeur, qui le mène à Dieu par des voies si cachées; la miséricorde, en sa douceur, qui le prévient, le suit et l'accompagne si amoureusement; la bonté, en ses largesses, qui le comblent de tant de privilèges ; la grâce, en son efficacité, qui le sanctifie si admirablement; la puissance, en son effort, qui le porte à un si haut degré de perfection. Et tous ceux qui regardent François de l'oeil de l'esprit, et avec la lumière de la Foi, confessent que Dieu, en sa sanctification , est aussi aimable ès graces qu'il lui élargit, qu'admirable ès privilèges où sa droite l'élève, et que François est ce serviteur élu, auquel Dieu propose de le glorifier en l'assemblée des saints d'une gloire toute miracuLeuse. (22)

Telle est donc la grandeur de l'humble François. L'esprit humain ne saurait concevoir de ses excellences une plus digne pensée que de le regarder comme un sujet tout référé à l'honneur de son souverain ; et Dieu, en l'effort de sa puis­sance , ne peut pas le créer pour une plus haute fin que sa gloire; car Dieu n'a rien de meilleur et de plus parfait que soi-même.

V4-Dans ses oeuvres, Dieu unit nos intérêts à ceux de sa gloire. Ainsi, il se fait connaître aux hommes par les objets qui le glorifient, savoir : la création matérielle, l'incarnation du Verbe, enfin la substitution des saints à la place de ce Verbe incarné. De la sorte, saint François se trouve être une des plus hautes manifestations que la Divinité ait faites de soi-même.

Dieu est si amoureusement suave dans les voies qu'il garde sur les hommes, qu'après les vues de sa propre gloire, il ne respire que celles de notre salut. On dirait qu'il n'a de bonté et de puissance que pour nous faire du bien ; il mêle tellement les intérêts de son honneur avec ceux de notre profit, que ce qui lui est glorieux nous est utile.

Cette conduite, si pleine de douceur et si digne de son amour, est une des grâces dont l'Incarnation a enrichi le monde. Depuis que, par ce grand sacrement de piété, qui est un mystère d'alliance, le Fils de Dieu s'est fait un avec nous, (23) et que, de souverain, il s'est rendu notre frère, il nous regarde d'un même oeil que lui-même; car nous lui appartenons par un lien si étroit, qu'il est notre chef et nous sommes ses membres; il a établi un tel commerce avec nous, qu'il n'a rien qui ne soit aux hommes, et tous les sujets que sa puissance crée pour son honneur, naissent aussi pour notre profit.

En la sanctification des saints, il pense à nous; sa douceur regarde notre pauvreté pour la se courir. De toutes les oeuvres sorties de ses mains il veut que les saints soient les plus utiles a monde.

Si nous considérons les desseins de Dieu en la création de l'homme, il est facile de les comprendre. Il ne lui a donné l'être que pour lui conférer la grâce en cette vie , et la gloire en l'autre. Ainsi, nous ayant créés par sa puissance, il nous attire à lui par sa bonté, et veut nous réunir à soi comme à notre fin dernière. C'est l'illuminé saint Paul qui nous découvre cet amoureux conseil du Dieu des cieux sur les enfants des hommes. „ Rendons grâce, » dit-il , « à celui qui n'est pas moins notre Dieu que notre Père : il nous a donné par sa puissance l'être qui nous met au rang des créatures, et son amour nous honore de l'adoption filiale, pour nous faire participer à ses félicités et nous rendre héritiers de sa gloire. (24) »

Ce dessein, si digne de Dieu et si avantageux pour nous, est néanmoins inconcevable à notre ignorance. Nous ne pouvons pas connaître Dieu comme notre fin dernière et surnaturelle par nos propres lumières ; car l'homme, en sa faiblesse, a des vues trop courtes pour apercevoir un terme infini. Il faut donc que la lumière lui soit envoyée des montagnes saintes, et, si Dieu veut sauver l'homme qu'il a créé , il est nécessaire qu'il se manifeste à lui.

L'Apôtre des nations, enseignant les voies du ciel, nous découvre le secret du salut, et nous apprend ce qu'il faut connaître de Dieu pour être digne d'aller à lui. « Il est impossible d'être agréable à ses yeux, sans les lumières de la Foi,» dit ce maître des fidèles; « il faut donc que celui qui entreprend de tendre à Dieu comme à sa fin dernière, connaisse que Dieu est, et qu'il se plaît à récompenser ceux qui sont fidèles à son service. (25) » Donc, pour être capable du salut, il faut avoir la créance de l'existence de Dieu et de sa justice, et il est nécessaire de savoir non seulement qu'il est le terme où nous devons tendre, mais aussi la justice qui recueille ceux qui l'ont cherché, et couronne leur fidélité.

Puisque nous sommes trop faibles pour connaître ces deux divines perfections, l'existence de Dieu et sa justice, et pour les apercevoir dans leur sujet, qui est la divinité même, Dieu, par une conduite pleine de douceur, s'accommode à notre condition, et rend ses perfections en quelque manière visibles à nos sens.

Saint Paul veut que nous écoutions toutes les créatures comme autant de voix qui nous font une courte mais très haute théologie de Dieu, ou que nous les regardions comme des glaces dans lesquelles sa bonté est exprimée si naïvement, qu'elles la représentent comme au naturel. « Tous les êtres , » dit ce grand Apôtre (26), « sortis des mains de Dieu, portent les traits de la divinité de leur Créateur.On voit les inventions de sa sagesse éclater en leur ordre, les efforts de sa puissance paraître en leur création, avec des caractères si lumineux, que le simple, aussi bien que le sage, peut apprendre en leur lecture la science de Dieu. Toutes les perfections divines, qui sont incompréhensibles à nos pensées, se rendent si sensibles à nos yeux, que toutes les nations sont sans excuse quand elles demeurent dans l'ignorance de la vérité d'un Dieu, après la longue et familière leçon que toutes les créatures leur font de la divinité de leur auteur. »

Mais Dieu perfectionne toujours ses ouvrages ; il veut informer le monde de la connaissance de soi-même plus hautement que par la vue des créatures inanimées ou sans raison. Il crée les saints, dans lesquels il se représente plus divinement, comme le soleil imprime sa face avec plus de majesté sur un cristal bien poli. Ils sont comme autant de rayons qui nous découvrent le grand astre de la Divinité, ou comme autant de portraits tirés le plus au naturel, qui nous repré­sentent en quelque façon ce qui nous est invi­sible de Dieu, afin de nous consoler durant l'exil de cette vie, en attendant qu'il nous soit permis de le voir à découvert dans le grand jour de l'éternité.

Mais depuis ce malheureux moment, qui fut le premier de nos misères, où le péché se glissa en notre premier père, toutes les créatures, recueillies en lui comme dans un abrégé du monde, se trouvèrent infectées du même venin. Pourtant elles ont ce défaut, que leurs beautés, en contentant les yeux et flattant les sens, divertissent souvent le coeur du sentiment de la Divinité. On ne peut lire sans larmes les désordres qu'elles ont ainsi causés dans le monde, comme nous le décrit saint Paul : « Les hommes , » dit cet Apôtre, « ont quitté le Créateur pour adorer la créature ; ils ont déféré des honneurs divins aux effet: et ont déshonoré le principe. Par une illusion étrange, se laissant surprendre les yeux et ca tiver le coeur à la beauté de la copie, ils ont d daigné les excellences de l'original ; et, comme s'ils se plaisaient à se tromper eux-mêmes, a lieu du Dieu véritable qui devait être le légiti objet de leurs respects, ils s'en sont formé d" maginaires. Par un aveuglement déplorable, ont substitué des simulacres de bêtes sujettes à la pourriture, à la place du Dieu immortel, qui mérite les adorations de tous les siècles. (27) »

Or Dieu, toujours riche en bonté et profond dans les inventions de sa sagesse, nous envoi son Fils , qui se rend visible à nos yeux pour nous conduire à son Père. Ce Dieu fait homme com mente à nous instruire en nous montrant soi humanité créée, sans crainte de nous divertir la pensée de Dieu. Il est la voie et la vérité ; c'e en lui qu'il sanctifie les créatures corrompues par le premier homme. Tous les saints, renfermés en lui comme en leur chef, participent à sa sainteté; et il les substitue à sa place pour continuer ce qu'il a commencé, c'est-à-dire pour instruire les hommes de la foi en Dieu au moyen d'actes sensibles. puisque le séraphique François est au nombre des plus grands saints, le très haut conseil de Dieu sur lui est de se manifester au monde par la sainteté des actions de cet homme extraordinaire. Et il est vrai que la piété des exemples de saint François a donné des connaissances de la Divinité plus pures, plus infaillibles et plus étendues, que toutes les raretés de l'univers.

Les beautés des créatures ont rendu les hommes impies ou impudiques; la sainteté de François a fait des hommes unis à Dieu par la religion, et chastes en leurs moeurs. Les unes, par leurs charmes, ont diverti le coeur des hommes de l'amour qu'ils doivent à leur Créateur; la piété des exemples de François, par son efficacité, a détaché des coeurs innombrables de l'affection des choses extérieures, et les a engagés à la dilection de leur auteur. « Il est, » dit un savant prélat, « ce soleil éclatant de trois rayons dont parle le Sage, qui brûle les montagnes, et porte partout la lumière et le feu ; il instruit les simples par sa doctrine, échauffe la lâcheté des tièdes par les ardeurs de ses exemples, et amollit par la puissance de ses miracles la résistance des rebelles aux mouvements du ciel. (28) »

RÉFÉRENCES
— (I) Seraphim... clamabant alter ad alterum et dicebant Sanctus, Sanctus, Sanctus Dominus. (Ica., vt, 3. )
— (2) Quis potest facere mundum de immundo conceptum semine? Nonne tu qui solus es? (Job, xiv, 4.)
— (3) Ante omnia Deus erat solus ipse sibi et mundus, et locus, et omnia ; ne tune quidem solus habebat enim secum quam habebat in semetipso, rationem suam scilicet. (Tertull., Contra Praxeam, 17.)
— (4) Omnia vestra sunt, sive mundus, sive vita, sive prœsen­lia , sive futura. (I Cor., in, 22.)
— (5) Vos autem Christi. (I Cor., in, 22.)
— (6) Elegit nos in Christo ante mundi constitutionem , ut essemus sancti et Immaculati. (Ephes., i, 4. )
— (7) Sicut ergo preedestinatus est ille unus ut caput nostrum esset; ita multi prœdestinati sunt ut membra ejus essemus. (Aug., L De predest. sanct.)
— (8) Prœdestinavit nos in adoptionem filiorum per Jesum Christum. (Ephes., 5.)
— (9) Benedictus Deus et Pater Domini Jesu Christi, qui be­nedixit nos in omni benedictione spirituali in Christo. (Ephes. i, 3.)
— (10) Sancti estote quia ego sanctus sum. (Levit., xi, 44.)
— (11) Sanctitas est ab omni scelere libera et omnino perfecta, et ex omni parte immaculata puritas. (Dionys.)
— (12) Et sanctus in operibus suis. (Psalm. cxmv, 13.)

— (13) Fide purificans corda. (Act. xv, 9.)
— (14) Dignos nos fecit in partem sortis sanctorum in lumine. (Coloss., i , 12.)
— (15) Et transtulit nos in regnum Filii dilectionis suœ. (Ibid., 13.)
— (16) In ipso vivimus, movemur et sumus. (Act., xvii, 28.)
— (17) Ut simus in laudem gloriae. (Ephes., i, 12.)
— (18) Mirabilis Deus in sanctis suis. (Psalm. Lxvii, 36).
— (19) Tecum principium... in splendoribus sanctorum. (Psalm. cix,
— (20) Illustrationes divine. (Dion.)
— (21) Ut ostenderet divitias gloriœ suœ in vasa misericordiœquœ prœparavit in gloriam. ( Rom. , ix, 23.)

— (22) Servus meus es tu, in te gloriabor. (Isa., aulx, 3.)
— (23) Manifeste magnum est pietatis sacramentum quod man festatum est in carne. (I Tim., m, 16.)
— (24) Coloss., i, 12, 13, etc.
— (25) Sine Fide impossibile est placere Deo. Credere enim oportet accedentem ad Deum quia est, et quia requirentibus se remunerator sit. (liebr., xi, 6.)
— (26) Quod notum est Dei, manifestum est illis. Deus enim illis revelavit. Invisibilia enim ipsius, a creatura mundi, per ea quas facta sunt , intellecta conspiciuntur, sempiterna quoque ejus virtus et divinitas , ita ut sint inexcusabiles. ( Rom. , 1, '19 et seqq.)
— (27) Coluerunt et servierunt creaturm potius quam Creato qui est benedictus in sœcula. ( Rom. , 1, 25.)
— (28 Tripliciter sol exurens montes, radios igneos exsufflans. (Eccli., xmii, 4.) Franciscus radio doctrines fugavit igno­rantiam , radio exemplorum in tepidis negligentiam , radio miraculorum duritiam. (Henricus de Urumaria.)

Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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