+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
L'Esprit de Saint François d'Assise
Titre de la page:

Tome 1
Notice, Voeux, Préface

Nom de l'auteur:
P. Bernardin de Paris o.f.m.
NOTICE

Le R. P. Bernardin de Paris eut pour père le roi Henri IV, et pour mère une femme de condition probablement peu élevée, mais à qui sa beauté avait créé une grande notoriété, ou célébrité, dans la capitale. Le caractère de cette origine a empêché nos ancêtres de nous transmettre des détails circonstanciés sur les jeunes années de ce bâtard royal. Ils se sont contentés de nous dire que ses traits et sa personne reproduisaient avec une exactitude frappante ceux de son père, et que les mérites extraordinaires dont le R. P. Bernardin a fait preuve dans la religion, ont jeté un grand relief sur sa naissance.

Le P. Bernardin revêtit la bure du capucin au couvent du faubourg Saint-Jacques, à Paris , le 24 mars 1622. Il donna dès lors tous les indices d'une très rare vertu; et comme il possédait déjà les dons les plus merveilleux de la nature, on ne pouvait le voir sans admiration. Sa prédestination semblait être écrite sur sou front; son visage exprimait la candeur et la pureté d'un ange ; sa douceur était ravissante, et son humeur si agréable, qu'elle lui gagnait tous les coeurs.

La religion cultiva soigneusement un sujet de grandes espérances. Accueilli par le vénérable Hono de Champigny, alors Ministre Provincial des Capuci de la province de Paris, il passa de ses mains entre celles du P. Martial d'Étampes, maître des novices a couvent du faubourg Saint-Jacques, théologien docte et disert, qui était venu en religion pour cacher le mérite le plus insigne, et avait obtenu de ses supérieurs la faveur de n'être employé que dans l'intérieur obscur du cloître. Sous un maître si recommandable, le P. Bernardin devint un religieux accompli, et fut admis à pronon cer ses voeux solennels le 25 mars 1623. Il suivit ensuite le cours ordinaire des années de cléricature d'études théologiques, après lequel il fut élevé au sa cerdoce.

Le premier ministère auquel on l'appliqua fut la visite des prisonniers. Sa persuasive bonté produisi parmi ces infortunés les plus grands biens; il obtenait d'eux tout ce qu'il voulait, tant il savait leur monter d'intérêt, et tant sa vertu exerçait de charmes sur le êtres même les plus dégradés.

Après quelques années de cet humble labeur, les supérieurs crurent le moment venu de tirer un parti plus avantageux de ses talents, et ils l'élevèrent aux fon tions de gardien, qu'il exerça successivement dans le couvents d'Étampes (1640-42) , de Pontoise (1642-43), de Sens (1645) , d'Amiens (1649), de Beauvais (1650), de Calais (1655). Il fut ensuite maître des novices au couvent du faubourg Saint-Jacques. Après deux années passées dans cette charge (1656-1658), on lui confia la direction des Capucines de Paris. Enfin, il fut nommé une seconde fois gardien du couvent du faubourg Saint-Jacques (1660-63) , et successivement de ceux de Soissons (1663-64) et de Meudon (1666-1671).

A tous ces emplois, le P. Bernardin joignait les travaux extérieurs de la prédication, et pendant ses longs séjours à Paris et à Meudon, il fut chargé de la direction d'un grand nombre de religieuses de la capitale, où ses nobles qualités et ses vertus extraordinaires lui fournirent le moyen d'opérer les plus grands fruits, et lui acquirent une réputation et une estime des plus grandes.

Mais sa gloire la plus insigne, comme la plus éclatante preuve de sa haute piété, subsiste dans ses ouvrages. Ils montrent en lui un théologien profond et érudit, un esprit de la plus remarquable élévation, et surtout un homme d'oraison, dont l'esprit et le coeur étaient pénétrés des mystères de notre sainte religion. Nous ne donnerons pas ici la bibliographie de ses oeuvres; nous dirons seulement, à la louange de ce grand homme, qu'il les composa surtout dans les dernières années de sa vie, tandis qu'il était supérieur des couvents du faubourg Saint-Jacques et de Meudon. Il consacrait à ces pieux écrits tous les instants que n'occupaient point ses fonctions et sa persévérante assiduité aux exercices communs en usage de jour et de nuit dans l'intérieur de nos maisons. C'est à ce tem que se rapporte le témoignage suivant, laissé sur lui par un de nos Pères.

« J'ai eu l'honneur de le voir et d'être secouru par lui , dans l'état misérable où j'étais tombé depuis vingt ans. Il eut la bonté de me retirer d'un bourbier affreux ou plutôt de l'enfer, que j'avais si dignement et si justement mérité. Par la miséricorde de Dieu et les couse de ce digne Père, je sortis de ce périlleux état en prena l'habit de capucin, en 1679, moi, Frère Maurice d' Epernay, qui suis heureux de le dire à la gloire de grand et très saint religieux. « Les exemples de piété, de sagesse et de mortification qu'il nous donnait; sa douceur et la tendres qu'il manifestait à tous les novices, et particuliè ment à moi, nous ont fait vivement regretter sa perte.

« Il n'a pas été moins pleuré par une infinité de ligieuses, qu'il avait conduites dans la voie de la vérité dont elles auraient pu s'égarer. ( Par ces mots, P. Maurice d'Épernay nous apprend que le P. Bernay din a combattu avec succès le jansénisme, dont les tentatives triomphèrent d'une façon si déplorable de piété de beaucoup de monastères de la capitale. Net couvent du faubourg Saint-Jacques avait pour vois le plus rapproché celui des religieuses de Port-Royal l'obstination de ces pauvres filles dans leur rébellion contre l'Église devait singulièrement exciter le zèle d P. Bernardin à préserver du même malheur toutes les maisons dans lesquelles il avait accès.)

« Ses livres, » dit en terminant le P. Maurice d'Épenay, nous restent pour notre consolation. Il mourut le 6 août 1685, au couvent du faubourg Saint-Jacques, après soixante-trois ans de religion ; ou plutôt il alla vivre éternellement avec le Seigneur des vierges , dont il avait toujours gardé la pureté. »

Celui des ouvrages du P. Bernardin que nous rééditions aujourd'hui est, sans aucun doute, un des monuments les plus remarquables que la piété de nos ancêtres du xvie siècle nous ait laissés. Pour le goûter comme il le mérite, le lecteur ne devra pas le parcourir rapidement, mais l'étudier et le méditer. Alors il jouira, en les admirant, des vues si claires que possédait l'auteur sur tous les mystères de notre sainte religion, et spécialement sur l'économie et l'action de la grâce divine dans le monde des saints, et plus particulièrement dans la personne de notre séraphique Père. Le lecteur s'étonnera que la foi et la piété chrétiennes aient la vertu d'élever la pensée humaine à des hauteurs aussi inaccessibles que celles où le P. Bernardin marche librement, comme dans un domaine qui lui est propre. Il sera surpris de ne le voir jamais en descendre, tellement l'âme de ce grand religieux était pénétrée des lumières et des ardeurs divines. Bien plus, il sera merveilleusement édifié de ce que, pour nous faire comprendre les vertus de saint François d'Assise, et nous montrer leur origine, leur source et leur caractère, l'auteur a dû faire un véritable traité du Sacré Coeur ; et pourtant son livre est bien antérieur aux révelations qui ont rendu cette dévotion si populaire. En ces derniers temps, nous devons regarder les faveurs que Dieu nous a faites par l'intermédiaire de la bienheureuse Marguerite-Marie, comme un de ses plus signalés bien faits à notre pays et à l'Église; mais quiconque li l'Esprit de saint François d'Assise conclura que vie, la stigmatisation et même le nom de ce gra Patriarche ont été le précédent de cette immense grâce elle semble n'avoir été accordée au monde que par mouvement de miséricorde surabondante, afin d'attire sur le Sacré Coeur les regards , l'espérance et l'amen de beaucoup de fidèles qui ne l'avaient point encore aperçu , quoique saint François eût été envoyé pour leur faire connaître et aimer. Les fils de ce grand saint vivaient dès longtemps dans une atmosphère religieuse toute parfumée de cette dévotion.

Un mot, maintenant, sur les soins que nous avons dû donner à cet admirable livre, avant de le présent au public. Ces soins ont consisté dans la réforme d défauts justement reprochés au langage de l'auteur : ce sont des répétitions sans fin, des incorrections multipliées, l'absence presque totale de ponctuation , et une telle inégalité dans le style, que, après une observation attentive, nous sommes resté persuadé que le P. Bernardin ne s'était jamais relu, pas même en épreuves, et que beaucoup de passages de son livre avaient été écrits par des auditeurs moins lettrés que lui, à la suite de conférences dans lesquelles il avait exposé ses merveilleuses doctrines, probablement lors qu'il était maître des novices. Dans ce désordre, sa pensée perdait parfois de sa grâce et de sa fraîcheur, ou même ne restait intelligible que pour le lecteur patient qui aurait consenti à la chercher comme la solution d'une énigme.

Nous avons dû, en conséquence, relire cet ouvrage avec une extrême lenteur. Nous mettant au lieu et place du P. Bernardin, nous nous sommes imposé la loi de ne pas exécuter d'autres corrections que celles dont nous devrions supposer qu'il aurait lui-même reconnu la nécessité, s'il avait pris la précaution de se relire. Nous n'avons donc prétendu ni changer, ni rajeunir son style : ce labeur de mauvais goût nous eût été odieux comme une profanation. Toutefois il nous a paru indispensable de créer une nouvelle table des matières, la précédente étant absolument impropre à introduire et guider le lecteur dans la voie d'une doctrine aussi profonde et élevée que celle du P. Bernardin de Paris.

Il nous reste maintenant à souhaiter que ce livre procure au Sacré Coeur de notre divin Maître, au Coeur Immaculé de Marie, à notre séraphique Père saint François, et à tous les saints, la gloire que son auteur avait en vue, et qui forme aussi l'unique objet de nos désirs.

F. APOLLINAIRE DE VALENCE, capucin.

Voeux

Le plus humble des saints, le plus pauvre des hommes, époux de la très haute Pauvreté, patriarche des Pauvres évangéliques, le plus favorisé des justes dans les souffrances, hostie de la Croix, victime du Calvaire, holocauste d'amour, crucifié avec Jésus- Christ, marqué des signes du salut, porte-enseigne de la Passion, légat de Jésus-Christ, garde des sceaux de la Rédemption, table du Saint-Esprit écrite de son doigt, imprimé des mains du Fils, image du Rédempteur en ses plaies, professeur de l'Évangile, imitateur des Apôtres, homme apostolique, réparateur de la maison de Dieu , soutien de l'Église , esprit céleste, ange terrestre, séraphin en un corps humain, ange entre les hommes, le domicile de la grâce, la merveille de la loi nouvelle, le plus grand miracle de l'amour, l'admiration des anges, l'étonnement des hommes, vaisseau incomparable, formé du Saint-Esprit en la fournaise d sa charité I

0 grand saint très hautement élevé par votre humilité profonde.

Ravi de vos grandeurs, touché de vos bienfaits, puisque la grâce m'a fait naître un des moindres de vos enfants, je vous dois les témoignages de mon amour et de mon obéissance. Ce petit ouvrage sort de mon coeur pour fondre à vos pieds par les mouvemen d'une gratitude toute filiale ; il vous est dû, et je vo l'offre comme un acte de vénération rendu à un des plu grands saints de l'Église; de reconnaissance à plus signalé bienfaiteur, et comme le fruit d'un fils vers son amoureux Père. Il a été commencé pour vous et il retourne à vous. Vous êtes le sujet qui le remplit et Ie terme où il se rapporte. L'amour l'a conçu pour votre honneur, et l'amour vous le présente pour vous hnorer.

Je n'ai rien qui ne vous appartienne. Les qualités que je porte, et qui me sont glorieuses, je les tiens de vous si j'ai la gloire d'être enfant de la très haute Pauvreté , vous êtes le Père qui m'a donné l'être. Si je suie Jésus-Christ, vos exemples m'y ont conduit, votre Règle m'en a montré les voies, et votre profession m'y lie.

Recevez ce petit présent, qui renferme aussi moncoeur, comme un acquit de tous mes très humbles devoirs, et une protestation de mes reconnaissances ; si elles sont moindres que mes obligations , et inférieures a vos bienfaits, ne regardez pas le don en sa petitesse, mais la main qui vous le dédie, le coeur qui vous le voue, et l'amour qui vous le consacre.

De vos pieds où il est prosterné, que vos mains sacrées, marquées des plaies de notre salut, le relèvent et le présentent à Jésus-Christ comme à la source d'où tout don parfait découle ; il doit remonter à Lui comme à son principal auteur. Je l'ai commencé en ses lumières, continué en son assistance et achevé par ses grâces. Déposez-le avec mon coeur en ses plaies, pour être consumé d'un même feu avec le vôtre. Après que, comme votre humble disciple, je vous aurai honoré en terre par ce petit écrit, obtenez-moi de sa bonté la grâce que mes actions imitent vos vertus, et que celui qui est le plus petit de vos enfants vous suive dans le ciel, pour participer à la félicité de votre gloire.

PRÉFACE

LÉglise de la terre a deux principaux objets qui l'occupent, et qu'elle honore d'une révérence religieuse, Jésus-Christ et les saints.

Elle regarde le premier comme son chef, dont elle est le corps, et de qui elle reçoit la vie qui l'anime, l'esprit qui la vivifie, les grâces qui la sanctifient, et les lumières qui l'instruisent. Elle l'aime comme son Époux, le suit comme sa voie, l'écoute comme son précepteur, l'honore comme son Seigneur, l'adore comme son Dieu, se réfère à Lui comme à la vie qu'elle cherche, et à la fin où elle tend.

Après ces premiers et suprêmes respects, qui ne sont dus qu'à sa souveraineté, elle envisage les saints comme les célestes membres de son divin chef, animés de son esprit, vivifiés de ses grâces , et qui lui sont unis par le double lien de la foi et de la charité. Elle les aime comme les enfants de son Époux, qui sont aussi les siens , et qu'elle lui a engendrés par la fécondité de son sang; elle les honore comme les images de son chef, les chérit comme ses amis et les plus nobles parties de son divin corps.

C'est la grandeur de l' être divin, et notre bonheur que Dieu ne peut rien faire hors de lui-même, pa qu'il est immense. Sa puissance ne nous a pas plus donné l'être , que sa bonté nous reçoit en son sein, son amour nous embrasse, sa grâce nous unit à lui, et son immensité nous environne de sa présence, nou pénètre intimement de son essence, et, comme un charitable père, il nous porte amoureusement entre se bras. Mais l'homme, toujours ennemi de soi-même, trouvé l'invention de sortir de Dieu, non pas selon la distance des lieux, mais de coeur et d'affection, par malice du péché qui le sépare de son Souverain. Cet homme, qui a pu sortir de Dieu, ne peut plus, par ignorance et par faiblesse, y retourner ; il n'a ni assez dI lumières pour connaître les voies qui l'y peuvent conduire, ni assez de forces pour y rentrer.

Dieu, toujours riche en bonté, profond en ses conseils, admirable dans les inventions de sa divine sagesse sur le salut du monde, pour retirer l'homme des égarements, a créé en la terre l'Église, qui est maison, où il veut de derechef recueillir en son se par sa clémence, ceux qui en sont sortis par le propre malice. Pour un si amoureux dessein, il établ trois puissants moyens : les sacrements, la prédication et les exemples des saints.

Dans les sacrements, notre chef, descendant de s justice en sa miséricorde, s'approche de nous pou nous rapprocher de lui, et, se rendant présent au milie de nos églises comme en un trône d'amour, il nous appelle, nous convien, nous attend, nous donne des grâces pour retourner à lui; puis, par l'efficacité de son sang, il nous réconcilie, et nous fait rentrer en lui-même d'une manière plus haute que la première.

La prédication de sa parole nous instruit des voies qui conduisent à Dieu, et les saints, par leurs exemples, marquent les vertus qu'il faut pratiquer. Ils réduisent en actes les enseignements de l'Évangile, et font une démonstration sensible d'une théorie que le ministère de la parole se contente d'enseigner.

La création des saints en l'Église est de même institution divine que les sacrements et l'Évangile. Jésus-Christ, par la même puissance qui a fondé les sacrements et établi les ministres de son Évangile, crée les saints en ces mémorables paroles : « Que la sainteté de vos actions éclate devant les hommes comme autant de belles lumières, afin qu'à la vue de l'innocence de votre vie, ils glorifient le Père qui est aux cieux, et qu'ainsi ils retournent à lui en suivant vos exemples. »

Les saints sortent d'une même source que les sacrements et l'Évangile. La grâce et la vérité sont nées dans les plaies du Fils de Dieu; les saints y sont aussi conçus. La grâce et la vérité font la sainteté intérieure de l'Église; l'intégrité des saints fait sa sainteté extérieure, et la rend sans tache aux yeux de son divin Époux. Comme l'Église sera éternelle en ses mystères et en la prédication de l'Évangile, elle ne se sera jamais privée de la présence des saints. Par l'accord continuel de ces moyens, les hommes ont tous les secours nécessaires pour retourner à Dieu. Dans les sacrements, ils trouvent Dieu qui les reçoit, et les grâces qui les conduisent à lui; dans la prédication, la qui les instruit; et dans les saints, les exemples leur montrent ce qu'il faut faire, et leur donnent règles infaillibles pour la conduite des moeurs.

C'est pourquoi l'Église, bien instruite des intentions de son céleste chef, suivant avec une profonde soumission et une respectueuse fidélité toutes les institutions émanées de lui, a toujours pensé, dès sa première naissance, qu'elle ne pouvait proposer un objet plus agréable à Jésus-Christ son Époux, plus utile à ses enfants, plus capable de les édifier saintement, de l'instruire religieusement, de les toucher puissamme de les attirer avec plus d'efficacité à la suite du Souveur, que la vie des saints. Ils instruisent les simples confondent les lâches, condamnent les méchants, ment les bons, et montrent en leur personne que vertu n'est pas impossible. Ils publient que Dieu le juste à récompenser ceux qui le servent, puissant à lever les humbles, et riche à couronner ceux qui sou frent pour sa gloire.

Quoique ce privilège soit commun à tous les saints il est néanmoins singulier en ceux que le Fils de Dieu a choisis pour les rendre plus conformes à ses actions plus illustres en vertus, plus éclatants en miracles, plus remplis de son esprit et de ses grâces. Après qu'il les a élus comme les principaux organes de sa sages et de ses desseins, ce qu'il opère par eux contribue plus efficacement à confirmer la foi, à édifier les fidèles, et à diriger leur vie et leurs moeurs.

« L'admirable douceur de la divine piété sur nous, d'un grand pape, et l'inestimable dilection de sa harité, en l'excès de laquelle le Fils a été livré pour acheter l'esclave, n'abandonnent jamais son Église aussi, en un temps où l'iniquité abondait et était montée à son comble; alors que la charité, comme morte, paraissait tout éteinte aux yeux des hommes, la puissance de sa droite a suscité François, son serviteur, homme selon son coeur, et l'a fait lever sur son Église omme un soleil éclatant, pour conduire les humbles par les lumières de ses exemples dans les voies de la grâce, retirer les méchants des sentiers de l'iniquité, et confondre les lâches s'ils refusent de le suivre (1.)

Selon le sentiment que ces paroles expriment, la misson de saint François est très haute et toute divine. Elle appartient au même conseil que la mission de Jésus-Christ. Le Père, après nous avoir envoyé son Fils pour nous instruire par lui-même, l'ayant retiré au ciel pour le consommer en sa gloire, envoie son serviteur François, qui est rempli de l'esprit de son Fils, et qui le représente comme son image.

« La grâce de Dieu notre Sauveur, qui est aussi bien cachée en son Coeur que son esprit est renfermé au sein de la Divinité, est apparue dans ces derniers jours, » dit saint Bonaventure, « en son serviteur François, à tous les les vrais humbles de coeur, et aux amateurs de la sainte pauvreté (2); » lesquels, considérant avec respect les suréminentes miséricordes dont Dieu l'a prévenu, sont instruits par son exemple à priser tous les désirs de la terre, et, se conforma la vie de grâce de Jésus-Christ, à ne soupirer plus pour l'éternité. Dieu très haut, tout occupé en la vu ses propres grandeurs, a daigné le regarder, quo très pauvre, avec une condescendance si pleine de ceur, que non seulement il le retire de la pousse d'une conversation mondaine, mais il le propose com le professeur de son Évangile, le donne comme une lumière aux fidèles pour les conduire dans les voies la grâce. Entre les profonds nuages qui couvrent terre, il s'élève au-dessus de l'Église comme un céle arc-en-ciel, qui annonce le salut et la paix au monde et, comme l'ange de la vraie paix, il montre en s plaies les assurances de la réconciliation de Dieu avec les hommes.

Le bien-aimé saint Jean a vu un ange marqué sceau du Dieu vivant, qui s'élevait avec le soleil côté de l'Orient. « Sans doute, » dit saint Bonventure« c'est le serviteur de Dieu François, qui est digne d'être aimé de Jésus, admiré du monde et imité d fidèles. »

Si l'on considère l'éminence de la sainteté par l'efficacité de laquelle, dans une chaire mortelle, il a imitateur de la pureté angélique, on voit que, étant homme selon la nature, il était un ange selon grâce.

Telle est, aussi, la fin de sa mission dans l'Église d'appeler les hommes aux pleurs, aux larmes et aux gémissements de la pénitence; et c'est son office de marquer du signe du Tau ceux qui pleurent et qui gémissent, puisque lui-même a mérité d'être marqué du sceau du Dieu vivant, c'est-à-dire de Jésus crucifié, par l'impression des cinq plaies produite en sa chair non par les forces de la nature ni les inventions de l'art, mais par l'admirable puissance de l'Esprit du Dieu vivant, dit le même saint Bonaventure.

Quoique je sois le plus petit des disciples d'un si grand saint, et le plus indigne de ses enfants, ayant contemplé les richesses immenses des miséricordes divines qui éclatent en lui; ayant honoré avec un profond respect les dons éminents d'une grâce extraordinaire en cet homme né du Ciel; ayant admiré avec un haut sentiment les miracles que la charité opère en son cœur et en sa chair ; touché de ces grandeurs, ravi de ces merveilles, j'ai toujours ressenti un puissant mouvement de les raconter aux âmes qui se plaisent à voir et à honorer dans les saints les miracles de la grâce et de l'amour.

Deux raisons ont longtemps arrêté mon esprit : la dignité du sujet et mon insuffisance. Ayant porté mes pensées sur l'étendue des perfections de cet incomparable saint, il s'est présenté à mon esprit comme fait à mes yeux le soleil, que je ne puis envisager parce qu'il a trop de lumière. L'éclat de ses vertus m'a ébloui, et mon esprit est devenu confus entre tant de splendeurs. Tout m'a paru éminent, et rien ne m'a paru petit ou médiocre en lui. Comme assure le dévot Grenade, en saint François tout est grand, souverain, rare et admirable. Toutes les vertus chrétiennes sont chez lui dans le plus haut point de leur perfection : l'humilité y paraît dans sa profondeur, la charité en son arde la patience en sa force, les souffrances en leur rigue la pauvreté en son étendue.

A l'aspect de tant d'éclat, de lumières et de splendeurs qui fondent sur moi, ne dois-je point abaisser vue, arrêter mon entreprise, et adorer en silence avec un profond respect, les hautes opérations de grâce en son serviteur? car la bouche et la plume d hommes ne les peuvent pas dignement expliquer.

Je puis bien dire avec saint Bernard : Peut-être jugera-t-on présomptueux ou superflu ; c'est allumé une petite chandelle en présence du soleil, qu'entreprendre d'exprimer, avec une plume taillée de d'homme, les merveilles de la grâce, que le Saint- Esprit a gravées de son doigt au coeur de son serviteur en caractères de lumière et de feu, et que le Fils a imprimées en son corps en lettres d'amour et sang. Ces stigmates sacrés publient les magnificence de la charité bien plus hautement que toutes (3) langues humaines ; et il est impossible de recueil dans l'espace de quelques feuilles de papier un ouvrage éternel commencé de toute éternité dans le conseil divin, pour n'être consommé que dans la même éternité. Comment ma bassesse parlera-t-elle de choses si hautes?

« O mon Dieu! » disait saint Augustin en un suj presque semblable, « quel homme peut dire à l'homme quel ange peut dire à l'ange, et quel ange peut expliquer à l'homme ce que votre Esprit opère en secret coeur de vos saints? Seul il en pénètre le fond, seul il ce peut découvrir. Il faut donc vous le demander, le trouver en vous, et frapper chez vous; ainsi ce secret sera ouvert à ceux qui le cherchent humblement (4). »

Après toutes ces considérations, l'amour l'emporte sur la crainte, et, avec un humble aveu de mon insuffisance et de mon indignité, appuyé seulement sur la grâce de celui qui secourt les faibles et qui m'en inspire la pensée, je m'élève au-dessus de moi-même. Trois motifs me portent à un si haut dessein : la gloire de Dieu, l'honneur du saint, qui est mon Père, et l'utilité de ceux qui sont ses enfants, et qui sont aussi mes frères.

S'il est glorieux à Dieu de publier les richesses immenses de miséricorde dont il prévient les saints , et l'abondance des grâces qu'il répand en leurs coeurs, dire que François est élevé à un très haut degré de sainteté, n'est-ce pas honorer la bonté divine? Qui en est le principe? vous, ô mon Dieu, qui êtes la gloire et la splendeur des saints!

Entre les grâces insignes que j'ai reçues de la piété de Celui qui regarde les petits; après le baptême qui m'a fait chrétien, qui m'unit à Jésus-Christ comme à mon Chef, et me rend héritier de sa gloire ; celle de la vocation qui m'appelle à la vie de l'Évangile, qui m'a fait enfant de saint François, et par lui de Jésus- Christ, étant la plus grande et la plus précieuse, ne dois-je pas, par un mouvement de gratitude, exposer les pensées qui peuvent honorer celui qui en est le  Principal organe, celui qui m'a acquis à Dieu par sa règle et par ses exemples ? Mon dessein, dans ce petit virage, est de m'acquitter envers lui. Si ce n'est par selon la grandeur des bienfaits signalés que j'ai reçu par son ministère, c'est du moins autant que je puis.

Après avoir satisfait à ce double devoir de respect envers Dieu et envers les saints, de glorifier Jésus-Christ en François comme en son ouvrage, et d'honorer François en Jésus-Christ comme en son principe il m'en reste un autre à remplir. La grâce m'a lié ceux qui sont les disciples et les enfants de ce grand saint, et la profession religieuse m'a rendu leur frère. J'ai cru que ma pauvreté ne pouvait pas leur offrir objet plus utile à la conduite de leurs moeurs et peu agréable à leur piété, que de leur parler de celui q honorent comme leur Maître, qu'ils aiment com leur Père, et qu'ils ont choisi comme leur modèle. Ils verront en lui ce qu'ils doivent faire et ce qu'ils vent imiter. Mais je les supplie de croire que je n'e treprends pas ce dessein pour les instruire en maître c'est un enfant qui expose à ses frères les mouvements que le Ciel a inspirés à son coeur pour leur Père commun ; et, parlant avec un grand saint, je dis : « 0 m Dieu, ils sont vos serviteurs, et en cette qualité sont mes frères (5). Vous avez voulu qu'ils fussent enfants; en cette qualité ils sont mes maîtres, et vous m'avez ordonné de les servir, si je veux vivre de vous et avec vous. » Et, dans les humbles sentiments de saint Paul , je proteste hautement que, étant le moindre de ceux que la grâce a faits saints, je reçois une pure faveur dans cette grâce plus particulière de vous annoncer les inestimables richesses de Jésus-Christ en Saint-François, et vous manifester la dispensation du mystère caché en son coeur par l'amour, et en son corps par les plaies.

Je me suis facilement persuadé que vous regarderiez ce petit ouvrage avec les mêmes complaisances, que les enfants bien nés contemplent les tableaux de leurs ancêtres, et lisent dans les historiens les actions glorieuses de leurs pères. Je trace ici les traits de l'esprit de notre Père ; je tâche de faire son portrait. S'il n'a pas toute la ressemblance qu'il mérite, je m'efforce de l'en rapprocher autant que possible. Je tire du fond de son coeur ce que son humilité a tenu caché. Selon la petite lumière qui m'est donnée d'en haut, je mets au jour les secrètes opérations que la grâce y a produites, et les divines communications que la charité y a versées. Sans doute, ses enfants se plairont avec moi à lire les miracles de l'amour en la chair et au coeur de notre Père commun.

Si tous les saints sont dignes de nos respects, parce que leur sainteté est une image de la sainteté divine, ceux qui nous touchent et qui nous appartiennent méritent une vénération singulière. La divine Providence approprie saint François à l'Italie selon ce qu'il a d'humain; mais la grâce l'approprie à la France selon ce qu'il a de divin. Le Saint-Esprit, qui dirige la conduite des saints, inspire à son Église de lui donner le nom de François au baptême , heureux présage po France ! Et il lui imprime au cœur un tel mouve de piété pour ce royaume, que le saint le choisit son partage. Il y veut passer, pour l'éclairer de se mières , l'édifier de ses exemples, l'échauffer du dont il brûle, et communiquer aux Français une pa cipation de son esprit. Comme un de ses moindres enfants, j'achève ce que son zèle a voulu entreprendre.

Si l'Italie renferme son corps, son esprit, qui est effusion de celui de Jésus-Christ, tient de l'immensité; il le répand partout. Si je ne vous présente pas son corps, je vous offre son esprit : don d'autant plus précieux, que l'un n'est vénérable que par l'autre, et que nous honorons son corps seulement parce qu'il a l'organe de son esprit ; et c'est cet esprit que nous devons suivre comme ses disciples, et dont nous devons nous remplir comme ses célestes enfants.

Dans les discours que nous entreprenons au sujet d saints, nous ne devons pas suivre nos propres lumière mais l'ordre de la grâce, et la conduite que le Sain Esprit garde en leur sanctification. Or elle a été te sur saint François : il l'a revêtu si divinement l'homme nouveau, que Jésus-Christ seul apparaissa en lui. Me conformant à une si céleste conduite, l'ordre que je tiens dans tout cet ouvrage est de toujou contempler Jésus-Christ en François, comme en un image vivante qui le représente, et comme en une copie qui l'exprime, et de considérer François en Jésus Christ comme en son exemplaire. Ainsi, d'une même vue vous verrez deux objets, l'un divin, l'autre qui passe l'humain. Et de même que le Père, invisible soi-même, s'est fait voir en son Fils comme en larme de sa substance et l'image de ses grandeurs, le Fils de Dieu, invisible par la disposition de ses mystères, se rend en quelque sorte derechef visible en saint François comme en une glace qui le représente sa bassesse ne pouvait pas former une plus haute idée e ce grand saint, que de ne le point regarder en lui-même, mais dans la ressemblance toute divine qu'il avec ce céleste original des élus. C'est de cette source que je fais couler les grâces qui le sanctifient, le feu qui embrase et l'esprit qui l'anime : dessein, à la vérité, au-dessus de mes forces ! Et je puis dire avec un grand saint, et avec plus de vérité que lui : Je suis homme, n'ai rien que d'humain , et j'entreprends de traiter des choses divines; je suis charnel et lié à une chair qui m'appesantit, et je m'élève à publier des opérations toutes célestes et spirituelles ; je suis mortel et sujet aux lois de la mortalité, et je me porte à manifester un miracle éternel. » Entrant donc dans les humbles sentiments de saint Augustin, qui m'a fourni toutes ces paroles (6), je m'élève avec lui et frappe à la porte de la sagesse incarnée, qui est la source de tous les saints; lui demande sa lumière et sa conduite.

Il y  va de votre intérêt, ô Jésus, Fils de Dieu, qui êtes la gloire et la splendeur des saints! J'entreprends les louanges d'un saint qui est un ouvrage de votre puissance. Manifester ses grâces, c'est honorer vos dons ; vous en êtes le principe. Publier les miracles que l'amour a opérés en son coeur et dans sa chair, c'est publier que vous êtes admirable dans vos saints. Faites que ma faiblesse parle de choses forte, ma bassesse de choses grandes ; et ma fragilité de choses solides. Y a-t-il rien de plus fort que ce que votre puissance opère en François, qui surpasse les activités la nature et les forces de la grâce ordinaire ? rien de plus grand que les effets que votre bonté produit en lui? Elle l'élève entre les plus grands saints de l'Église, au-dessus des anges du ciel , l'approche de Jésus-Christ, et le rend la merveille de la grâce et le mir de l'amour divin.

« 0 mon Dieu, mon Seigneur, » disait un d grands serviteurs, dont je partage les humbles sentiments , « mon unique espérance, exaucez-moi ; je chercher votre face , et la veux chercher toujours demment. Devant vos yeux sont présentes ma fort ma faiblesse; conservez celle-là et fortifiez celle Devant vos yeux sont présentes ma connaissant mon ignorance, mes lumières et mes ténèbres. vous m'avez ouvert la porte, recevez-moi. Où il vous a plu me la fermer, daignez l'ouvrir. 0 Seigneur Dieu! ce que je dirai de vous et de votre serviteur, prouvez-le, vous et les vôtres. Et si en ces discours a quelque chose qui soit de moi et non pas de excusez-le, vous et les vôtres (7). » Si je publie quelle chose qui honore saint François et qui édifie ses enfants, u'ils l'attribuent à votre grâce. Si mes louanges sont férieures à ses grandeurs, qu'ils le pardonnent à ma fai blesse.

10047. — Tours , impr. Mame.

L'ESPRIT  DE SAINT FRANÇOIS D'ASSISE

APPROBATION DES DOCTEURS

Nous, soussignés, docteurs en théologie de la Faculté Paris, certifions avoir lu et diligemment examiné un lir intitulé: L'Esprit de saint François formé sur celui de Jét Christ, composé par le B. P. F. Bernardin, de Paris, F dicateur capucin, dans lequel non seulement nous n'avi rien trouvé de contraire à la foi de l'Église catholique, ap tolique et romaine, ni aux bonnes moeurs, mais de plu: avons remarqué un sujet d'une exemplaire et solide déi tion, enrichi de plusieurs maximes dignes d'une vie profession tout à fait évangéliques, à raison de quoi ni l'avons jugé fort utile au public.

Ce 16° jour d'août 1660. C. PATU  PEAUCELLIER.

RÉFÉRENCES
-I - Miranda clrca nos divinre pietatis dIgnatio. (Greg. IX in bulla canon. S. Franc.) Franciscus sicut sol in Ecclesia fulgens ut humiles attraheret ad gratiam, et protervos a noxiis retraheret excessibus.
-2- Bon. in prolog. leg. S. Franc.
-3- Francisons anus refulgens inter nebulas gloriee. (Bon., in p log. leg. S. Franc.)
-4-Et hoc intelligere quis hominum dabit homini ? Quis angelus angelo ? a te petatur, in te qumratur, apud te pulsetUr ; sic accipletur, sic invenietur, sic aperietur. (Aug., L ult. Conf., cap. ult.)
-5- Aug., I. X Couf., c. IV
-6- Suscepit tractanda divina, homo; spiritalia, camails; mterna, orteils; ubi aperitur, pascor vobiscum; ubi clauditur, pulso vobisum. Aug., tract. 18, c. 5, in Toan.)
-7- Domine Deus meus, una spes mea, exaudi me, cormitas et inflrmitas mea: illam serva, istam sana ; coram t scientia, et ignorantia mea. DM aperuisti, suscipe intrantete; claudisti, aperi pulsanti. Domine Deus, quœcumque dicam do agnoscant et tui, si quai de meo, et tu ignosce, et tui. (Aug., de Trinit.)
Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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