+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Mes Cloitres dans la tempête
Titre de la page:

1V- La petite guerre
V- Fioretti

Nom de l'auteur:
Frère Martial  Lekeux franciscain
1V
La p'tite gueguerre

Anvers , août 19146

Au fort de Zwyndrecht, où je viens d'arriver. La scène se passe au bureau de la batterie.

Le lieutenant Vermeulen, qui commande l'ou­vrage, disparaît entre deux piles de papiers. Des scribes évoluent autour de la table, maniant les liasses, qui passent, disparaissent et repassent ens fiuerui, le perpétuel devenir. Deux autres grattent à une autre table. Je fume ma pipe, tout en examinant d'un oeil distrait le cahier « Défense du fort ». Dans le coin un homme de corvée racle une crasse presque séculaire

VERMEULEN. •-•" Don.:ex-moi le dossier e Réquisitions », farde C.

PREMIER SCRIBE. Voilà, Lieutenant. (Il s'engouffre dans une armoire, où il reste englouti. Bruit violent de papiers remués.)
VERMEULEN. - Dossier « Mobilisation », article « Flanquement s, le carton jaune avec une croix.

DEUXIÈME SCRIBE. - Bien, Lieutenant. (Il plonge dans une autre armoire et disparaît. Bruit de paperasses.)

Mol. — On dirait qu'il y a des rats, ici. Pas de réponse.
VERMEULEN (nerveux). — Eh bien 1! cette farde C ?
PREMIER SCRIBE. - Oui, Lieutenant... voilà. (Il sort de son armoire, chargé d'un ballot menaçant.)
VERMEULEN. - Ah ! voyons... Mais non, mon ami, c'est C"' que vous me donnez là !
PREMIER SCRIBE. - Ah !... Oh !... je croyais...
VERMEULEN. — Il ne faut pas croire. (Le scribe rentre dans son armoire.)

DEUXIÈME SCRIBE (s'extrayant de la sienne, les mains vides).

— Mon Lieutenant, ce sont les dernières instructions qu'il vous faut?
VERMEULEN. - Mais oui, la note du commandant de secteur, d'avant-hier.

DEUXIÈME SCRIBE. - C'est que, depuis, il en a paru deux autres.

VERMEULEN. - De plus autres encore?

DEUXIÈME SCRIBE. - Oui.

VERMEULEN. - Eh bien ! donnez-les donc 1 DEUXIÈME SCRIBE. - C'est que... le Major les a emportées.

VERMEULEN (frappant du poing sur la table). — Encore une fois ! Je vous avais cependant dit... — et —

DEUXIÈME SCRIBE. - Mon Lieutenant... Mol. — Qui est-ce, ton major? (1).

VERMEULEN. - Le Major Frèmeuse. Tu connais? Moi. — Non. De quelle faune est-il, celui-là?
VERMEULEN. - Un homme charmant... Il n'a qu'un défaut : c'est de ne plus avoir vu un canon de près depuis vingt ans : un pensionné rengagé.

Moi. — Zut, alors... (Je pense au chapeau buse de Liège.)

VERMEULEN. - Plein de zèle d'ailleurs : il vient tous les jours au fort, pour s'instruire. Tu le verras tout à l'heure. Ne t'étonne pas s'il t'appelle Lenduit ou Van Steenkist : il n'a pas la mémoire des nems.

Un coup discret à la porte .

VERMEULEN. - Entrez.

Un képi à trois galons apparaît. Tout le monde se lève. Le Major s'introduit timidement. Un homme sans âge : figure passée, ancien régime, allongée vers le bas, aux traits moelleux, les cheveux teints. Corps onctueux, ondoyant, qui fait le beau dans l'uniforme flambant neuf. L'air singulièrement emprunté dans cet accoutrement militaire.

Il enlève son képi avant de refermer la porte ; salue, avec un sourire, l'homme de corvée, puis les gratte-papiers, puis les scribes, en leur faisant signe de se rasseoir.

— Ah I Bonjour, Vermeulen, Comment allez- vous? Asseyez-vous donc., je vous prie... je ne viens pas pour vous ennuyer, notez bien, je viens pour m'instruire... (M'apercevant.) Ah ! Ah ! commandant — ou plutôt lieutenant?...

VERMEULEN. — Lieutenant Lekeux, mon Major, commandant du détachement de renfort.

LE MAJOR. — Ah 1! charmé... mais enchanté, mon cher lieutenant... euh... comment dites-vous?

Moi. Lekeux, mon Major.

LE MAJOR. — Ah ! oui, c'est cela... Eh bien, men cher Lecreux, vous venez donc de Namur avec vos braves?

Moi. — De Liége, mon Major.

LE MAJOR. -- Oui, de Liége, c'est ce que je voulais dire... Eh bien ! c'est bien, cela, c'est très bien, voyez-vous ; et j'aime à croire que nos rapports... Eh ! mais, à propos, est-ce que vous êtes sous mon commandement, Lecru?

Moi. — Je vous poserai la question, môn Major.

LE MAJOR. — Ah ! tiens, oui, c'est une question, en effet... Et vous pensez que c'est à moi à décider?...

Moi. — A mon avis, mon Major, c'est plutôt vous que moi...

LE MAJOR. — Mais vous avez peut-être bien raison, mon cher... Eh bien! j'y penserai — je vais m'informer, voyez-vous. Je vais en tenir bonne note, de votre question, Lecu...

Moi. — Ceux, mon Major, s'il vous plaît.

LE MAJOR. —Ah! oui, Laqueue, c'est cela tire un carnet de dame à tranche dorée et, inscrit, Dieu sait quoi.)

(Se tournant vers Vermeulen). — Vous permettez, mon cher... euh... lieutenant? J'ai des affaires urgentes à traiter avec Vermeulen, voyez-vous.

Moi. — Oh I je vous en prie, mon Major.

LE MAJOR. — Eh bien ! mon cher Vermeulen... Notez bien que je ne viens que pour m'instruire, Vandermeulen : Si vous avez du travail...

VERMEULEN (poli). — Oh ! mon Major...

LE MAJOR. — Mais que vous voilà occupé I Que de papiers ! II ne faut pas vous tuer, mon cher. U faut prendre de la récréation.

VERMEULEN (très correct)... (Un silence.)

LE MAJOR (cherchant quelque chose à dire) : Verkeux...

VERMEULEN et Moi (ensemble). — ?...

LE MAJOR (consultant son carnet à la dérobée). — Je veux dire Vermeulen... (Je m'efface.) Dites- moi, quel est donc ce grand calque que vous avez là?... Notez bien, ce n'est pas pour vous ennuyer...

VERMEULEN. Ceci, mon Major? C'est le croquis des batteries d'intervalles.

LE MAJOR. — Ah I tenez donc Mais, voyons, est-ce que ce ne sont pas mes batteries, cela, les batteries d'intervalles?

VERMEULEN. — Précisément, mon Major.

LE MAJOR. — Mais ! mais !... Vous permettez? (Il s'arme d'un binocle à monture d'or).., Et ces petits signes-là, comme des parenthèses?

VERMEULEN. — Ce sont les batteries, mon Major.
MAJOR (de plus en plus intéressé). — Ah !  Ah !... Ce sont donc mes batteries L. Mais savez-vous bien, Vanmeule, que c'est très intéressant ce que vous avez là?

VERMEULEN (aimable). — Évidemment, mon Major : ce croquis vient de vous.
LE MAJOR. — De moi?

VERMEULEN. — OUI, il est signé de votre main.
LE MAJOR (rajustant son binocle). — En effet !  Ventrebleu ! Mais comment ! C'est donc moi qui aurais fait cela? Ah 1 mais, voyons, en effet en effet ! je vois... je me rappelle très bien, voyez- vous : c'est cela même : les petits losanges, là, ce sont bien les batteries, et les parenthèses, les redoutes, et....

VERMEULEN. — C'est-à-dire l'inverse.
LE MAJOR. — Oui, l'inverse, évidemment : les parenthèses, les redoutes et... Écoutez, Vermeule, je le trouve très intéressant, ce croquis : si vous le permettez, je vais l'emporter, et j'étudierai...

VERMEULEN (subitement en garde). — Hem L.
Mon Major, j'aurai besoin... Je vous le ferai copier, plutôt.

LE MAJOR. — Ah ! Très bien !... Et merci d'avance. Ne vous pressez pas d'ailleurs. Quand ce sera fait, j'irai voir ces batteries : il faut bien, n'est-ce pas, que je fasse leur connaissance un jour ou l'autre...

VERMEULEN. — Cela peut toujours venir à point.
LE MAJOR. — Ou plutôt nous irons ensemble :à deux on voit toujours mieux qu'à un, ne trouvez- vous pas, Demeule?

VERMEULEN (réprimant une grimace). — Hem L. Oh ! avec plaisir, mon Major.
LE MAJOR (ne parvenant pas à détacher ses yeux du croquis). — Mais tenez donc ! Mes batteries !... Et moi qui n'en savais rien ! Il faudra que je dise à mon secrétaire qu'il doit avoir plus d'ordre. (Tout en inscrivant.) Ces sous-officiers, cela... (Il se reprend aussitôt et se tourne vers les scribes.) Ce n'est pas une allusion, mes amis, os n'est pas pour

VOUAI : VOUS....

VERMEULEN (agressif). — A propos, mon Major, n'auriez-vous pas chez vous la dernière note du secteur concernant le flanquement?
LE MAJOR (geste de protestation). — Moi? L'efflanquement?...

VERMEULEN (sec). — Flanquement.
LE MAJOR (troublé). — Oui, c'est-à-dire non, mon cher — à moins que... seraient-ce par hasard ces papiers que j'ai emportés hier pour les étudier?...

LE DEUXIÈME SCRIBE (attaque de flanc). — Oui, mon Major.

LE MAJOR (confondu). — Oh I mes excuses, mon cher Vandermeuble. Vous en avez été privé? Toutes mes excuses, voyez-vous : je vais vous les faire parvenir par un courrier spécial. (Il annote.) Tiens ! c'était déjà annoté... C'est curieux !... Soyez tranquille : j'y cours de ce pas (Shake-hands.) Verkeux,... Lemeulen, à demain !

Dans son trouble il présente la main aux scribes, qui la touchent en s'inclinant avec respect, au planton, et enfin l'homme de corvée qui, ahuri, exhibe une paume d'un noir de houille

LE MAJOR (paternel). — Ahl on travaille? C'est très bien, mon ami... (Il sort à reculons.) (Dans le couloir.) C'est très bien...

VERMEULEN (après l'avoir reconduit). — Comment le trouves-tu? Moi. — Savoureux ! Très... opérette !...

VERMEULEN. — C'est admirable, hein, de reprendre du service dans ces conditionsl

Moi. — Héroïque I Somme toute, cet homme n'en peut rien s'il est du modèle 1889.

VERMEULEN (se rasseyant). — Eh bien ! cette farde C?

PREMIER SCRIBE (empressé). — Far... C... Voici ! Voici, mon Lieutenant !

Les papiers évoluent, papillonnent, s'entassent, se mélangent celui dont on a besoin est toujours le dernier, évidemment. Vermeulen s'éponge.

Moi (très calme). — IL parait que les Allemande marchent sur Anvers .

II

Quelques jours plus tard. Même décor.

Nous venons d'avoir la visite d'un major d'infanterie, ce qui a mis tout le monde en galté.

VEIIMBULUN. — Non, mais figurez-vous que ce piotte ne savait pas comment l'on charge un canon !

LE Miaou FRÙMEUSE (amusé : il est de l'artillerie, lui). — Elle est bien bonnet Ne trouves-vous pas, Vermeulen, c'est incroyable, l'ignorance de ces fantassins !

Moi. — Au lieu de s'instkmirc

LE MAJOR. — Mais oui, mais oui !... C'est incroyable!

Un quart d'heure après, je circule sur les talus pour vérifier le dégagement du champ de tir. Comme je pointe mon alidade sur lin canon de 12' je vois soudain, entre les herbes, mie chose extraordinaire. Sur le terre-plein solitaire, le Major Frèmeuse est en lutte avec l'appareil de fermeture du canon, faisant de vains efforts pour Ouvrir la culasse. Il secoue gauchement, de toute ses forces, la poignée revêche, les mains jaunes qe graisse embarrassées dans ses belles manchettes touillées.

— C'est curieux... murmure_t.il.

Alors, il s'éponge, sort son binocle, examine le canon, par en haut, par en bas, comme un nègre ferait d'un phonographe, Puis reprend la poignée qu'il tourne et secoue de niveau à pleines mains, avec une colère d'enfant. Et j'entende même ce galant homme se permettre un juron :

— Nom d'un petit bonhomme ! Veux-tu t'ouvrir, maraud !

En ce moment l'ajusteur apparalt. Le Major, surpris, essuie ses mains dans son mouchoir, répare le désordre de sa toilette et prend un air digne et dégagé.

-- Mon brave, savez-volis bien qu'ils sont très intéressants, ces canons?

L'ajusteur, noir comme lin bouilleur, passe l'index BOUS son net et l'essuie à son derrière.
— Peuh mon Major, et sont de vieilles buses, ceux-ci.
— Mais ! Mais ! tels qu'ils sont, je les trouve très..

Ainsi, cette fermeture à poignée... Mais prenez donc un cigare, mon brave! Il lui présente un magnifique étui garni de havanes, l'ajusteur en prend deux.

— Cette fermeture... c'est vraiment un mécanisme très commode. Tenez, voulez-vous bien ouvrir le canon? Je crains de salir ma vareuse.

L'ajusteur, d'un tour de main, fait sauter le coin de culasse.

Le major, l'oeil brillant, se penche et examine longuement l'intérieur.
— Voyez-vous comme cela est bien conçu. Cette vis...

L'AJUSTEUR (mécaniquement). — Vis pour le mouvement rapide.
— Oui, le mouvement rapide... C'est très intéressant. Savez-vous que les États-Unis ont placé à Panama des canons qui tirent à cinquante kilomètres?
— Ah!
— Voulez-vous refermer le canon?

Il examine attentivement le mouvement de l'ajusteur, puis saisissant la poignée :
— Ce mécanisme est vraiment très com... très... Il s'y est mal pris : le coin résiste.

L'AJUSTEUR. — Pas comme ça, mon major. Il fait tourner le coin.

LE MAJOR. — Ah I oui, en effet. Il ferme et rouvre plusieurs fois de suite le canon avec un sourire satisfait, en répétant :
— Très commode, très commode... et simple surtout!

Puis il tape sur l'épaule de l'ajusteur.
— Mon ami, je suis très content de vous. Vous êtes bien au courant de votre matériel, je m'en souviendrai. Prenez donc encore un cigare.

Le type saisit trois nouveaux havanes, en casse un et fourre le morceau en bouche, en guise de chique. Le reste passe dans sa poche.
— C'est très bien, très bien, dit le Major en s'éloignant... Et excusez-moi si je vous ai pris votre temps, mon brave.

Le lendemain, au bureau. Le Major a un discret accès de fou rire.
— Non, mais, elle était vraiment bien bonne, l'histoire de ce major fantassin ! Savez-vous bien, Vermeunen, que je n'en reviens pas encore ! J'en ai parlé à ma femme, et elle en a fait des gorges chaudes. Ne pas savoir ouvrir un canon, pour un major I

Moi. — Un mécanisme si commode... et si simple I

LE MAJOR. — N'est-ce pas, Lebleu?... Vraiment, c'est trop fort I

Références

(1) Le grade de major, dans l'armée belge, correspond à celui de commandant de groupe ou de bataillon,

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Martial-Lekeux-o.f.m.-L-agonie-de-Liege.html

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