+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Mes Cloitres dans la tempête
Titre de la page:

XV-La Paix du Christ

Nom de l'auteur:
Frère Martial  Lekeux franciscain
XV
La Paix du Christ

Juin 1915. — Toujours à Oud-Stuyvekenskerke.

— Mon capitaine, dit Hanquet, s'interrompant de fourbir son pistolet, i's'passe quéqu'chose de drôle ici.
— Quoi donc, Hanquet?
— Pourquoi que les Boches i' ne savent pas démolir la bicoque? C'est toujours sur elle qu'ils marmitent : et voici qu'ils ont esquinté tout le patelin, qu'est plat comme une figue à c't'heure, et la casba reste debout sur ses quilles, à s'foute d'eux. Elle n'a même pas reçu un pruneau depuis que j'suis ici. J'dis qu'c'est drôle, ça.

Le maréchal des logis Hanquet est mon nouvel aide depuis le départ de Liénart, désigné pour le C. I. S. L. A : un jeune Liégeois débrouillard, qui ne s'en fait pas et accompagne les obus en sifflant; âme droite et joyeuse qui blague son héroïsme. Son père est volontaire et brigadier à la cavalerie : et rien n'est beau comme de voir le vieux brigadier se mettre en position devant son fils et le saluer militairement avant de l'embrasser.

Quant à moi, je suis heureux. J'ai réalisé mon rêve : quand on arrive au poste, après avoir pataugé dans la vase, buté dans les décombres, fait le gros dos sous les balles, quand, après s'être cogné le front dans l'escalier ruineux qui mène à l'étage, on pousse la grosse porte de madriers, on trouve... une chapelle ! Ici I... Une vraie chapelle, pieuse, paisible, pleine de cette pénombre recueillie des cryptes ; un sanctuaire brillant de soies, d'ors et de passementeries ; un autel tout mignon dans sa toilette de dentelles, de fleurs et de nappes blanches ; des tapis, des tentures, des arceaux dorés. Tout cela si propre, si pieux, si tendre!

Et ceci est merveilleux : les obus ont tellement trituré le village qu'il en est devenu un lieu vague où l'on aurait déchargé pêle-mêle de gros tas de démolitions. Plus un mur n'est debout, les briques sont mélangées aux poutres et les tuiles aux matelas. Et au milieu, une chose reste debout, une seule, à l'endroit même où le feu se concentre : ma chapelle à l'étage de la maison qui me sert d'observatoire !

Ma chapelle ! Avec quel amour je l'ai arrangée et ornée, dans cette même chambre où était mort Snytaers ! J'en avais tant besoin ! J'avais si soif surtout de la Messe et de l'Eucharistie !

Maintenant, je bénis Dieu : j'ai mon sanctuaire, où, chaque nuit, s'il fait calme, un aumônier vient célébrer ; j'ai mon oratoire, où je passe de longues heures de béatitude. Elle est si douce, ma chapelle, et si éloquente ! Sa prière silencieuse m'avertit qu'une seule chose importe et traverse les remous du temps ; près de moi un clocheton achève dans l'ombre son long rêve aérien, tout heureux, lui aussi, d'entendre de nouveau les réponds des mystères ; aux murs, des inscriptions invitent à se souvenir de ceux qui sont tombés ici pour le grand rachat, unis au Christ qui montre ses blessures sur la croix. Et au milieu de l'autel, dans un massif de roses, à cette même place où l'obus lui a fait un socle dans le mur, Notre-Dame des Victoires sourit avec des yeux magiques qui posent sur toutes ces choses une égide céleste.

Et dans le charme de ce sourire on comprend le miracle, et l'on trouve naturel que les obus hésitent et s'en aillent ailleurs pour ne point contrister Marie.

Hanquet a pris l'habitude de venir à la Messe avec moi : je suis enfant de choeur, lui assistant. Mais il ne communie pas, quelque chose le retient. Et parfois il a de subites tristesses, qu'il ne sait chasser qu'en sifflant très fort un cramignon.

Atijourd'hui il est en veine de confidences.
— Mon capitaine... dit-il après une longue pause.
— Quoi, Hanquet?
— ...Je voudrais être comme vous.
—  Ah !... Et qu'est-ce donc que vous seriez alors?  Vous communiez tous les jours, vous, et vous êtes heureux, ça se voit... Et tenez ! à mon idée, c'est peut-être bien cela qui fait dévier les marmites.
— Mon cher Hanquet, il ne tient qu'à vous...
— C'est que... Est-ce que je peux vous dire ce qui me chipote?... Voici : quand on se confesse, faut promettre qu'on ne recommencera pas, parait.

Or, c'est pas chic, n'est-ce pas, de promettre ça quand on est sûr qu'on ne tiendra pas sa parole?

Il m'a dit cela en hésitant, comme une chose préparée depuis longtemps et qui a eu de la peine à sortir. Sûrement, il attache une grande importance à la solution de sa question.

— Voyez-vous, poursuit-il, j'voudrais bien, moi, mais dès que je r'suis avec les copains ça me reprend, et je redeviens le même type qu'avant. Alors j'aime mieux ne rien promettre du tout.

— O homme de peu de foi !.- Croyez-vous que notre Père céleste ne sait pas comme nous sommes délabrés? Ne savez-vous pas qu'Il est infiniment bon et intelligent ? Dieu, Hanquet, ne demande que le possible. Vous voulez tout de même bien faire votre possible, hein?
— Ça, oui.
— Eh bien ! allez donc au bon Dieu, dites-lui simplement : « Mon Père, je veux faire mon possible : aidez-moi à faire le reste, Vous qui pouvez tout. » Et pensez-vous qu'Il vous laissera en plan? Allons donc!
— Alors, vous croyez que je pourrai.-?
— Je ne crois pas ; je suis sûr.
— Ah !... Ah !...

La tête dans ses mains, il réfléchit profondément. Une débâcle se produit dans la croûte de ses idées. Son regard s'éclaire.
— Je me confesserai ce soir, dit-il brusquement. Et aussitôt :
— C'est que, voyez-vous, j'vais vous dire : j'suis fiancé, et elle, c'est une bonne fille qui remplit bien ses devoirs. Et ma mère était une brave femme aussi. Minuit. Hanquet s'est confessé à l'aumônier. Il va communier. Son regard me dit la fête de son coeur.

Nous montons pour la Messe. Pour illuminer le renouveau de cette âme, j'allume tout ce que j'ai des cierges et de bougies. Les ors scintillent, toute la chapelle rayonne. L'aumônier, silencieux, revêt l'aube. Il a gratté la boue de ses godillots pour ne pas salir les tapis.

La Messe commence :

« Je m'approcherai de l'autel de Dieu, du Dieu qui réjouit ma jeunesse.
« Pourquoi es-tu triste, mon âme? pourquoi te troubles-tu? Espère en Dieu ; n'est-il point, Lui, ta force et ton salut? »

Et les prières se suivent, prières d'espoir, prières de confiance, divinement adaptées aux besoins de toute âme.

« Gloire à Dieu dans les hauteurs des cieux, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté I

O mon Seigneur, penche-Toi sur cette âme sincère, sois le Père du prodigue — il était si heureux de pouvoir lui pardonner, à son pauvre fieux ! — Penche-Toi sur nos âmes, Père, sur nos pauvres âmes qui reviennent en pleurant, sur nos bonnes volontés ouvertes devant Toi !

Une batterie se met à tirer : la cérémonie est interrompue. Je sors. Dans la nuit, on s'assassina pendant quelques minutes. Je téléphone des directions. Puis le Saint Sacrifice reprend, paisible comme les étoiles : et seule la voix du Prêtre morcelle le silence. Et un grand souffle nous emporte très loin de nos misères.

Clac ! Une balle crève la cloison, et, traversant la salle, va se ficher dans le mur. Personne n'y prend garde.

« Ceci est mon Corps... Ceci est mon Sang répandu pour vous, pour la rémission de vos fautes. »

Le Sauveur Le voici : Je Le vois, sous les liliales apparences : la blanche Hostie sur la nappe de neige, si près que je pourrais entendre les battements de son Coeur... O Jésus !... Oh ! comme elle est touchante, ta douce, ton humble Hostie, où Tu as voulu, ô Amour, encore une fois devenir semblable à nous, prendre nos langueurs sur Toi et souffrir avec nous pour que nous souffrions moins ! Oh! voir que Tu as voulu venir jusqu'en ces lieux de tempêtes pour Te donner à nous !

Agneau de Dieu, très doux Agneau de Dieu, prends-nous en pitié, Toi qui nous aimes ; et donne-nous ta Paix, ô très aimant Agneau!

La Communion... Un viatique : elle l'est toutes les nuits, car chaque fois il redevient probable que ce sera la dernière.

« Que le corps du Christ garde ton âme pour la vie éternelle...

Mes bras se ferment sur le baiser du Christ. Et derrière moi, Hanquet sanglote tout haut.

Au loin, la bataille d'Ypres mugit comme de grandes orgues.

A l'aube de cette nuit qui avait changé pour lui la saveur de la vie, Hanquet me regarda d'un regard gonflé de bonheur.
— Il me semble que je ne suis plus le même, dit-il. Et tout le jour, il chanta comme un pinson. Et il répétait :
— La vie est belle
— La vie est belle ! Tenez, mon capitaine, je serais content de mourir aujourd'hui.

Il communie encore la nuit suivante. Et depuis il est resté mon fidèle compagnon à la Table Sainte.

Et peu à peu, son âme s'ouvrait comme un lys au soleil. Nous parlions de Dieu et de la religion : et il m'avouait ingénument qu'il n'avait jamais connu ces choses. Ce qui l'émerveillait surtout c'était de savoir que Jésus était son Frère ; et il ne se lassait pas de lire dans mon évangile l'histoire de ce Frère divin. Je lui expliquai un jour comment ceux qui tombaient pour la justice recevaient la même palme que les martyrs de la foi.

— C'est beau, ça, dit-il, c'est mourir pour Lui, somme toute... Il est bien mort pour nous, Lui !... Je voudrais bien mourir comme ça pour Lui...

Cela fit de lui un martyr pour le ciel.

Car un jour de juillet 1916, devant Dixmude, une balle le frappa à la tête. Comme on le transportait, je m'approchai et lui serrai la main. Il ouvrit les yeux, et murmura
— Commandant... je... je suis content... Au revoir.

Il mourut le jour même.

Je déposai sur sa tombe une carte où j'avais écrit ces deux vers de Péguy que nous avions souvent récitée ensemble :

Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre.
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.

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