+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
Mes Cloitres dans la tempête
Titre de la page:

V- Fioretti

Nom de l'auteur:
Frère Martial  Lekeux franciscain
V
Fioretti

Comme une hirondelle, mon vélo file parmi les parfums du matin. Je m'en vais, selon ma coutume, entendre la Messe au village. Tous les arbres gazouillent, les haies sourient, les yeux pleins de rosée... et mon âme chante elle aussi.

Quelqu'un marche devant moi : un brancardier. La piste est étroite : je sonne. Il n'entend pas. Nouveau signal ; peine perdue, mon type est sourd ou rêve. Je sonne une troisième foie, en écoutant un merle... Trop tard : me voilà dans le fossé, et lui dans la haie, et son bréviaire par terre.

Je vais m'excuser, quand je vois, à dix métres un groupe d'artilleurs que cela parait amuser beaucoup.

Eh là ! le prestige ! Je change de registre :
— Mon ami, dis-je, sec, il faudra apprendre à ouvrir vos oreilles.
—Pardon, mon lieutenant... j'étais distrait : je lisais mon bréviaire...
— Il ne faut pas étre distrait.

Je repars : les artilleurs saluent.

A l'église de Zwyndrecht. J'ai abstrait mon esprit des horreurs bariolées qui hurlent sur les murs et de la musique asthmatique du sacristain : je prie.

Un prêtre sort de la sacristie : ;non brancardier de tout à l'heure. Il jette dans l'église un regard circulaire, hésite un instant, puis vient à moi :

— Mon lieutenant, pardon, je n'ai personne pour servir ma Messe, et je dois être rentré pour sept heures.

— Bon, j'y vais, Monsieur l'Abbé.

Et je fais l'enfant de choeur... Et je songe aux séraphins qui me regardent, jaloux.

Et après le sacrifice, la main auguste du Prêtre dépose sur ma lèvre le Pain des Anges... et je m'in­cline très fort quand cette main me bénit, au nom de Dieu.

II

Midi. A l'entrée du fort, c'est un tohu-bohu. Les parents viennent voir leurs fieux ; et le parloir est sur la route, l'accès de l'ouvrage étant interdit aux civils. On s'écrase à la grille : le brigadier prend les noms. Les paysans en veston de dimanche, les mamans inquiètes, le précieux paquet à la main, se pressent pour être plus vite écoutés.

J'appelle : Chef de poste!
— Mon lieutenant?
— Faites circuler ce monde et dégager le passage. Défense d'approcher à moins de dix mètres et de stationner au milieu de la route.

Cris, plaintes, pleurs... Rien n'y fait. L'ordre s'exécute.

Je me promène sur la chaussée. Le cabaret d'en face est grouillant. Des groupes intimes se sont formés sur les accotements ; une vieille maman, qui a mis sa belle robe, assise dans le fossé poudreux, a déballé devant son gars les gâteaux qu'elle a faits pour lui : et lui, le pauvre, à l'air tout marri de la recevoir si mal, dans ce fossé, avec sa belle robe.

J'ai pitié de ces gens. Mais pour bien montrer qu'il s'agit d'obéir, je promène parmi eux mon regard le plus noir.

Je suis à peine rentré qu'un homme de garde m'appelle :
— Lieutenant, il y a quelqu'un pour vous.
— Qui ça?
— Un... un trappiste, je crois.

Je vais voir. Ah ça A travers la grille de la poterne, j'aperçois la haute stature du Père Provincial. Je ne l'ai plus vu depuis le départ. Une bouffée de sang me frappe les tempes. O saint François I O mon couvent ! la paix bienheureuse du cloître I C'est toute ma vie, toute ma joie sacrifiée, tout un pur idéal que je revois devant moi dans l'habit brun du poverello... Je cours à lui, et, spontanément, devant mes hommes, je tombe à genoux, dans la poussière, à ses pieds.

Il me bénit, et nous nous embrassons.

Et tout d'abord je ne sais rien lui dire, tant il passe de rêves en mon âme, rien qu'à le voir.

Puis, tout à coup, une question se pose. Vais-je, lui aussi, le recevoir sur la route? Voyons : l'officier a des droits que... Une lutte m'agite, un instant. Mais je vais, dans le fossé, la pauvre robe de dimanche toute souillée de poussière, et, à côté, le feux qui me regarde... Ces braves gens m'aimeront moins si je me traite mieux qu'eux-mêmes et j'ai besoin qu'ils m'aiment. Eh bien ! non : le Provincial n'entrera pas non plus.
— Père, je regrette... je ne puis vous introduire dans le fort.
— Oh ! ce n'est pas pour le fort que je viens ; c'est pour vous.
— Vous n'avez pas mangé?
— Non, mais il n'importe.

Que faire? Je l'entralne dans le cabaret, et là, dans la salle poisseuse aux relents d'alcool, dans l'entassement bruyant des paysans et des soldats, je lui offre une tartine au fromage avec un verre de bière.

Et c'est ainsi, ô Père Provincial, que, pour le bien du service, vous fûtes reçu par le frère Martial dans une infâme guinguette. Mais saint. François a dû sourire d'aise à nous voir partager, comme autrefois Egide et Léon, un morceau de fromage sec au coin d'une méchante table.

Il me bénit encore avant de prendre congé, et me quitte en disant :
— Surtout, ne revenez que vainqueur.
— Comptez-y, Père Provincial.

III

Sois béni, mon Seigneur, pour nos douces soeurs les fleurs, qui ont l'Aine si claire et Te chantent, ô mon Dieu!

O mon très cher Seigneur ! Pourquoi Ta main très sage fait-elle crottre les fleurs à côté des canons? Vois celles-ci : dans l'herbe du parapet, elles ont fait un bouquet, de leurs blanches corolles, autour de la gueule noire. Quelle est mette harmonie nouvelle que forme leur innocence avec la menace bourrue du monstre accroupi? Ces choses vont donc ensemble, puisque Tu le veux ainsi?

Que telle .soit mon âme, dans l'harmonie du monde : qu'elle soit .?acier et de bronze puisqu'il me faut combattre — mais que parmi les violences de son métier barbare, elle soit toujours pour Toi, mon Amour, une fleur qui sourie, et, humblement, T'adore.

Et sois béni, mon Dieu, pour nos frères aussi, les noirs canons, qui sont puissants et sonores, et Te chantent en grondant.

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Martial-Lekeux-o.f.m.-L-agonie-de-Liege.html

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