Ermite franciscaine laïque consacrée par voeux public

mère et grand mère,

ma consécration est pour les prêtres du monde.

© + Sr Denise Ermite

Série 3- Le combat spirituel Pierre Miquel osb.
Collectanean Cisterciensia 50 ( 1988) 268-278

Le combat spirituel est aussi rude que la bataille d’hommes, ( Arthur Rimbaud )

Tout vie comporte une lutte :
_ La vie biologique est un combat contre les forces de mort qui l’agressent :
_ La vie économique est une concurrence violente ou sournoise pour conquérir des marchés ;
_ La vie politique es un affrontement permanent pour conquérir ou conserver le pouvoir.

Il est donc normal que la vie spirituelle, en tant qu’elle est une vie, soit par là même un combat pour progresser.

En ce domaine, d’ailleurs il s’agit moins de vaincre que de ne pas abandonner la lutte par dépit ou par découragement.

1- Les Trois combats archétypes

Il est bien remarquable que la Révélation judéo-chrétienne présente l’histoire du monde comme une lutte. Du premier verset de la Bible jusqu’au dernier livre de la Bible, s’affrontent deux forces antagonistes, sans toutefois tomber dans le dualisme que professent d’autres religions.

1- Le combat de la création

L’auteur de la Genèse présente la création du monde comme une victoire du Créateur sur le chaos primitif, le «tohu-bohu» (1) !

La création du monde est une victoire où l’ordre domine le désordre archaïque indifférencié, une victoire de la lumière sur le s ténèbres : «Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre» ( Gn.1,1). Une théologie de type métaphysique peut critiquer cette interprétation exégétique, comme en témoigne une conférence du cardinal Journet : «Au commencement, Dieu créa le ciel et de la terre».

Si vous mettiez en face de Dieu une réalité quelconque qui ne soit pas sortie du néant par la force de Dieu, il y aurait des réalités ; il y aurait Dieu et éternellement devant lui, il y aurait quelque chose, une sorte d’être indéterminé, sur laquelle Dieu agirait. Et Dieu ne serait que l’organisateur de cette réalité préexistante. Il serait un démiurge, un organisateur. Il ne serait pas créateur à partir du néant. A ce moment-là, il ne serait plus Dieu, il y aurait quelque chose d’indépendant de lui, sur qui il agirait.

(…) Alors au début, il y avait Dieu, mais il y avait le multiple indéfini, multiple tellement divisé que ce n’était presque rien, mais c’était quand même quelques chose : et Dieu va agir sur le multiple pour le ressembler. On substitue à l’ idée de création ex nihilo l’idée de rassemblement, d’action que quelque chose de préexistant, de mortifications (2)

2- Tentation du Christ
Les Évangiles synoptiques racontent la scène de la tentation du Christ au désert comme un affrontement du Verbe incarné avec le «Prince de ce monde» : qu’il s’agisse de la narration laconique de Marc :

Et aussitôt, l’Esprit le poussa au désert.Et il était dans le désert durant quarante jours, tenté par Satan. Et il était avec les bêtes sauvages, «et les anges le servaient.» Mc. 1,12-13

Ou qu’il s’agisse de la joute oratoire «rabbinique» rapportée par Matthieu :

Alors Jésus fut emmené a désert par l’Esprit pour être tentée par le diable, il jeûna durant quarante jours et quarante nuits, après quoi il eut faim. Et, s’approchant, le tentateur lui dit : «Si tu es le Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains». Mais il répondit : «Il est écrit : ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sorte de la bouche de Dieu».

Alors le diable le prend avec lui dans la Ville Sainte, et il le plaça sur le pinacle du Temple et lui dit : «Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et sur leurs mains ils te porteront, de peur que tu ne heurtes du pied quelque pierre». Jésus lui dit : «Il est écrit : tu ne tentera pas le Seigneur ton Dieu.»

De nouveau le diable le prend avec lui sur une très haute montagne, lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire et lui dit : «Toute cela je te le donnerai si, te prosternant, tu me rends hommages». Alors Jésus lui dit : Retire-toi, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et à lui seul tu rendra un culte».

Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent et ils le servaient ( Math. 4, 1-11)

On est en présence d’une crise de conscience de Jésus, qui se situe entre le baptême qu’il vient de recevoir et le ministère de prédication, sa «vie publique» qu’il va inaugurer.

La scène se déroule au désert, sans témoin, et les protagoniste luttent dans un tête-à-tête impressionnant, comme en un premier «rond» dont la «finale» sera le récit de la Passion ; Après l’avoir tenté de toutes manières, le diable s’éloigne de lui pour revenir au temps marqué (Lc. 4, 13).

3- La lutte escahtologique
L’Apocalypse décrit par deux fois une lutte sans merci de l’armé angélique contre le diable et ses troupes. Ainsi l’histoire du monde s’achève comme elle avait commencé, par une lutte en un triomphe de Die sur les forces du Mal.

Alors il y eu une bataille dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta, avec ses «anges, mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel. On le jeta donc, l’énorme Dragon, l’antique Serpent, le Diable ou le «Satan», comme on l’appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses Anges furent jetés avec lui. Et j’entendis une voix clamer dans le ciel ; désormais la victoire, la puissance et la royauté sont acquis en à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu’on a jeté bas l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant Dieu, (12, 7-10).

Alors je vis le ciel ouvert, et voici un cheval blanc; celui qui le monte s’appelle «Fidèle» et «Vrai», il juge et fait la guerre avec justice. Ses yeux ? une flamme ardente ; sur sa tête, plusieurs diadèmes; inscrit sur lui, un nom qu’il est seul à connaître; le manteau qu l’enveloppe est trempé de sang; et son nom ? est Verbe de Dieu.

Les armées du ciel le suivaient sur des chevaux blancs, vêtus de lin d’une blancheur parfaite. De sa bouche sort une épée acérée pour en frapper les païens ; c’est lui qui les mènera avec un sceptre de fer.

C’est lui qui foule dans la cuve le vin de l’ardente colère de Dieu, le Maître-de-tout. Un nom est inscrit sur son manteau et sur sa cuisse : roi de rois et Seigneur des seigneur (…)

Je vis alors la Bête, avec les rois de la terre et leurs armées, rassemblés pour engager le combat contre le Cavalier et son armée. Mais la Bête fut capturée, avec le faux prophète, celui qui accomplit au service de la Bête des prodiges par lesquels il fourvoyait les gens ayant reçu la marque de la Bête et les adorateurs de son image - ; on les jeta tous deux, vivants, dans l’étang de feu, de soufre embrasé ( 19,11-20 ).

II- Les trois combats spirituels
On peut distinguer trois types de combat don l’esprit humaine est le champ clos :
- le combat «psychologique», contre soi-même ;
- le combat «ascétique», contre le démon ;
- le combat «mystique», contre Dieu.

Mais il faut préciser aussitôt que ces distinctions ne sont que «logiques», pour la clarté du discours, et que ces trois nouveaux interfèrent dans l’existence.

1- La lutte contre soi-même ( le combat psychologique )
A) Les deux volontés

Saint Paul décrit admirablement ce combat dans une véritable autobiographie au chapitre 7, de l’Épître aux Romains :

En effet, nous savoir que la Loi est spirituelle : mais moi je suis un être de chair, vendu au pouvoir du péché. Vraiment, ce que je fais je ne le comprends pas ; car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais. Or, si je fais ce que je ne veux pas, je reconnais d’accord avec la Loi qu’elle st bonne ; en réalité ce n’est plus moi qui a accomplie l’action, mais le péché qui habite en moi. Car je sais que nul bien habite en moi, je veux dire da ma chair ; en effet vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir : puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. Or si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui accomplie l’action, mais le péché qui habite en moi.

Je découvre donc cette loi : quand je veux faire le bien, c’est le mal qui se présente à moi, car je me complais dans la loi de Dieu au point de vue de l’homme intérieur ; mais j’aperçois une autre loi dans mes membres qui lutte contre la loi de ma raison et m’enchaîne à la loi du péché qui est dans mes membres.

Malheureux hommes que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qu me voue à la mort ? Grâces soient à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur ! C’est donc bien moi qui par la raison sers une loi de Dieu et par la chair une loi de péché (7, 14-25 ).

Ce combat intérieur n’a pas épargné le Christ lui-même : l’«agonie» de Gethsémani décrit en termes pathétiques cette lutte intérieur : Étant allé un peu plus loin, il tomba la face contre terre en faisant cette prière : «Mon Père, s’il est possible, que cette couper passe loin de moi ! Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux» ( Mathieu 26,39).

A nouveau, pour la troisième fois, il s’en alla prier : «Mon Père, dit-il, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite !» ( Math, 26, 42 ).

B- La conquête de soi

La lutte intérieure peut se doubler d’un recours à des techniques de mortifications pour mater «la chair» et «libérer » l’esprit» (pénitences corporelles, abstinences alimentaires et sexuelles, coups et blessures volontaires sur soi), et acquérir ainsi le gouvernement de soi-même.

C- La guerre sainte
Cependant cette recherche de la maîtrise de soi peut être positive, l’un des «piliers de l’Islam» est la guerre sainte. Dès les origines de l’Islam, elle a été interprété non seulement comme une guerre contre les infidèles, mais comme une guerre contre l’infidélité que porte en soi chaque homme-fût-il musulman.

Une anecdote concernant Mahomet et le témoignage d’un mystique musulman l’indiquent clairement :

«Nous sommes revenus de la petite guerre sainte à la grande Guerre Sainte», dit Mahomet au retour d’une bataille contre les infidèles. «Qu’est-ce que la grande Guerre Sainte ?» lui dit demandent ses compagnons. «La Guerre contre l’âme» répondit-il (3)

Quelqu’un demanda à notre shaykh : «Qu’est ce que la victoire suprême ?» Le shaykh répondit : «Il y a deux ennemis : l’un se trouve au-dedans de ta chemise, l’autre en-dehors de ta chemise. Chaque fois que Dieu t’aide à l’emporter sur l’ennemi se trouvant hors de ta chemise, on appel cela : conquête victorieuse. Mais chaque fois que Dieu t’aide à vaincre l’ennemi qui se trouve au-dedans de ta chemise, on appelle cela : la victoire suprême » (4)

2- La lutte contre le démon ( le combat ascétique )

La tradition chrétienne est unanime à présenter l’histoire du salut de chaque homme et l’histoire du salut de l’humanité sous la forme d’un combat entre adversaires irréconciliables. Ce thème, inspiré particulièrement du quatrième Évangile, se développe depuis saint Augustin (avec l’opposition des Deux Cités) jusqu’à saint Ignace de Loyola (avec l’opposition des Deux Étendards) (5)

On se limitera ici à présenter brièvement les phases du combat spirituel telles que les ont discernée trois témoins de la tradition monastique : Origène, Marc le Monde, et Jean Climaque

Origène ( III siècle )
Origène consacre une section du Péri Archôn à traiter es étapes de la tentation lors du combat spirituel, on peut résumer ainsi son propos (6)
 A- L'origine des péchés est en l'homme :
La faim et la soif, le désir sexuel sont inscrits dans la nature humaine et ne sont pas des péchés. Ils ne le deviennent que si l’on se laisser dominer par ces instincts qui aboutissent à la gourmandise,`a l’ivrognerie, `a la luxure ( III2,2,P.159).
B- Les démons trouvent en nous uen certaine complicité :
(Alors) nous nous y complaisons plus qu’il ne faut si nous ne résistons pas aux premiers mouvements d’intempérance; alors la puissance ennemis, prenant occasion de ce premier manquement, nous excite et nous presse, s’efforçant de toute manière de multiplier à profusion les péchés. C’est nous, les hommes, qui fournissons les occasions et les débuts des péchés, mais ce sont les puissances ennemies qui les propagent ( III 2,2,p.161 )

C- Le diable nous souille et nous blesse :

Dès que nos laissons grandir en nous cette complicité, le diable en profite pour souiller notre cœur et nous infliger des blessures plus ou moins profondes :

Certaines actions et une certaine négligence spirituelle donne de la place au diable qu’une fois entré dans notre cœur, nous possède ou du moins souille notre âme s’il ne peut la posséder complètement, en lançant en nous ses traits enflammées ; par là, tantôt il nous blesse d’une blessure qui descend dans nos profondeurs, tantôt seulement il nous enflamment ( III 2, 4. P. 173 ).

D- Le vice s'installe peu à peu dans l'homme :
On tombe dans l’avarice parce que d’abord on désire un peu d’argent, pour avec l’accroissement du vice la cupidité augmente. En même ensuite, lorsque la passion a produit l’aveuglement de l’intelligence, sous la suggestion et la pression des puissances ennemies, on ne se contente pas de désirer l’argent, mais on le vole, on l’acquiers par la violence, et même en répandant le sang humaine ( III2,2,p.163). Il y a des manquements que nous commettons sous la pression des puissances malignes, et d’autres sous leur instigation quand elles nous poussent à certains excès et manque de mesure ( III2,3,p. 169 ).
E- Chacun est tenté à la mesure de ses forces :
Comme dans les combats athlétiques on fait lutter des hommes de même taille et de même poids, de même dans le combat spirituel l’homme lutte contre un adversaire dont la force ne dépasse pas la sienne : «Chacun est tenté selon son degré ou ses possibilités de vertus» (III 2,3,p.165)
F- Dieu ne nous donne pas de vaincre, mais de pouvoir vaincre :
La victoire ne nous est pas assurée, elle dépend de nous :

Si tout nous était donnée pour l’emporter de toute façon, c’est-à-dire pour n’être vaincu en aucune manière, resterait-il une raison de combattre à celui qui ne peut être vaincu ? La palme a-t-elle quelque mérite quand on a ôté à l’Adversaire la faculté de vaincre ? (III2,3,p.167)
 
Marc Le Moine ( début du VI siècle )
Cet auteur développe dans ses Traités spirituels et théologiques ce que l’on pourrait appeler la dialectique du péché, depuis la suggestion initiale jusqu’à l’esclavage de la passion (7)

1-La suggestion. C’est l’incitation initiale au mal par provocation extérieure.

2-La pensée. C’est la suggestion s’accompagnée d’un début de consentement intérieur et de compromission avec l’ennemi.

3-La conversation. C’est s’entretenir avec l’ennemi par la pensée dans une délectation morose.

4-La relation. Littéralement : la liaison, ou l’accouplement. C’est la complicité trouble, la connivence et l’acceptation du jeu.

5-Le consentement. C’est l’intention de pécher ; la résolution peccamineuse, l’assentiment qui n’attend que l’occasion pour se réaliser et passer à la acte.

6-La prédisposition. C’est la réminiscence involontaire des péchés antérieurs et l’inclination, ou péché d’habitude, qui rend plus vulnérable.

7-La passion. C’est la domination du péché qui devient un esclavage invétéré dû au consentement antérieur librement décidé.

Jean Climaque ( VII siècle )
Lui aussi décrit les phases de la tentation, véritable combat spirituel où l’on discerne la tactique du diable.

Les Pères doués de discernement ont différencié les uns des autres l’attaque, la liaison, le consentement, la captivité, le combat et ce qu’on appelle passion de l’âme. Ces hommes bienheureux définissent l’attaque comme la prière apparition dans le cœur de la simple pensée ou de l’image d’un objet que se présente.

La liaison est une conversation avec ce qui vient de se manifester ainsi, accompagnée ou non de passion.

Le consentement est l’acquiescement de l’âme, accompagné de délectation l'âme qui se proposé.

La captivité est une entraînement violent et involontaire du cœur ; ou encore, une attache que permanente à l’objet en question qui détruit l’excellent état de notre âme.

Le combat se définit comme une conformation , à l’égalité de force, avec l’adversaire où l’âme, selon le choix de sa volonté, rempote la victoire ou subit une défaite.

Ils disent que la passion au sens propre, est un mal qui depuis longtemps affectait secrètement l’âme et qui, désormais, lui a fait contracter une liaison intime avec lui, et l’a établie comme dans une disposition habituelle, en vertu de laquelle elle s’y porte d’elle-même, spontanément et par affinité. De tous ces mouvements, le premier est sans péché ; le second ne l’est pas toujours ; quand au troisième, il est coupable ou non selon l’était intérieur du combattant. Le combat est l’occasion qui procure couronne ou châtiment. La captivité doit être jugée différemment selon qu’elle se manifeste au temps de la prière ou à d’autres moments. ( L’Échelle sainte, XV, degré; PG88, 896 D- 897 ) A.

Cette perspective de combat ascétique est également connue des Pères latins ; on en veut pour preuve le texte suivant de saint Jérôme :

Entre pathos et propatheia, c’est-à-dire entre «passion» être «pro-passion», il y a cette différence que la «passion» est considéré comme un vice, tandis que la «pro-passion», bien qu’elle contienne la faute en germe, n’est cependant pas retenue comme chef d’accusation. C’est ainsi que celui a vue une femme et qui en a eu l’âme chatouillés ( Mt, 5, 28) a été ébranlé par une «pro passion». Mais qu’il soit venue à y consentir, et qu’il ait fait de ce qui était une pensée un désir… le voilà passé de la «pro-passion» à la «passion», ce qui lui manque, ce n’est pas la volonté de pécher, c’est l’occasion. (7)

3- La lutte contre Dieu ( le combat mystique )
Elle peut revêtir deux formes opposées :
A- La résistance à la grâce allant jusqu'au refus de Dieu
C’est là une forme du péché contre le Saint-Esprit. On perçoit l’appel intérieur à un progrès spirituel, et l’on s’y soustrait volontairement, lâchement. Ou bien, ne comptait plus sur Dieu seul pour sortir de l’épreuve, on met sa confiance en des puissances occultes ( spiritisme, magie, sorcellerie, satanisme ).

Le recours à ces forces obscures est une véritable idolâtrie de la part du baptisé ; il renie par là-même son engagement chrétienne et se livre aux faux dieux ; il rompt l’Alliance, ce qui peut aller jusqu’à passer un pacte avec le démon.

B- La persévérance obstinée dans la recherche de Dieu
C’est la forme tout opposées de la lutte contre Dieu. Non pas un jeu de cache-cache amoureux tel que le décrivent parfois des mystiques suaves, mais un corps à corps poignant et une empoignade comme le combat nocturne de Jacob avec l’ange de Yahvé a gué de Yabboq, telle que nous la rencontre le livre de la Genèse;

Cette même nuit, il (Jacob) se leva, prêt ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants et passa le gué de Yabboq. Il les prit et leur fit passer le torrent, et il le fit passer aussi tout ce qu’il possédait. Et Jacob resta seul. Et quelqu’un lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore. Voyant qu’il ne le maîtrisait pas, il le frappe à l’emboîture de la hanche, et la hanche de Jacob se démit pendant qu’il luttait avec lui. Il dit : Lâche-moi, car l’aurore est levée,» mais Jacob répondit : «Je ne te lâcherai pas, que tu ne m’aies béni». Il lui demanda : «Quelle est ton nom ?» - «Jacob», répondit-il. Il reprit : «On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu, et contre les hommes tu l’emporteras ». Jacob fit cette demande : «Révèle-moi ton nom, je te prie !» Mais il répondit : «Et pourquoi me demandes-tu mon nom?» Et, là même, il le bénit.

Jacob donna à cet endroit le nom de Penuel, «car, dit-il, j’ai vue Dieu face à face, et j’ai eu la vie sauve». Au lever du soleil, il avait passé Penuel et il boitait de la hanche. C’est pourquoi, jusqu’à ce jour, les Israélites ne mangent pas le nerf sciatique qui est à l’emboîture de la hanche, par qu’il avait frapper Jacob à l’emboîture de la hanche, au nerf statique ( Gn. 32, 23-33).

Jacob ne force pas Dieu à lui révéler son nom, mais il l’oblige, pour, pour ainsi dire, à le bénir, lui et sa race. Cette lutte au cœur de la nuit laisse Jacob blessé, handicapé, boiteux pour la vie. La tradition patristique a interprété cette scène mystérieuse comme l’archétype de la lutte spirituelle et de l’efficacité d’une prière instante.

Il faut remarquer sur la fresque d’Eugène Delacroix, dans la chapelle des Anges à Saint-Sulpice de Paris, que le peinture a bien rendu ce corps à corps de l’homme avec Dieu : les armes (bouclier, javelot, carquois et flèches) sont déposées à terre ; elles deviennent inutiles dans le combat spirituel…

Touts vie spirituelle sérieuse connaît à un moment de son itinéraire cette douloureuse et bénéfique rencontre. Louis Massignon le confiait à l’un de ses amis : «Dieu m’a provoqué à lutte dans la nuit contre lui…» (8) , dans une lettre à une amie spirituelle : «Je n’ose plus prétendre vaincre Dieu, mais je lui demande, être vaincu par sa rahma (miséricorde)» (9)

Le chrétien qui s’est ainsi battu avec Dieu dans la nuit reste blessé pour la vie. Il en dit s’en glorifier, ni s’en trouver humilié : c’est la conséquence de nos expériences, on raconte que Philippe II de Macédoine, le père d’Alexandre le Grand, blessé à la jambe lors de sa victoire, était resté claudicant, ce qui était particulièrement humiliant pour un prince grec dont l’idéal était l’équilibre en la beauté. Comme il se plaignait de boiter, quelqu’un, lui dit : «Réjouis-toi plutôt de ce que cette claudication te rappelle ta victoire ! »

III. Les Trois Dangers de la Vie spirituelle
1- Danger de la lutte contre soi-même
a- Le combat peut dégénérer en masochisme : on recherche alors la souffrance pour elle-même, on en jouit de manière perverse au lieu de la vivre comme un moyen de purification : «Tout sarment qui porte du fruit, o Père l’émonde pour qu’en porte davantage» (Jean 15,2) La mortification ne relève pas de l’instant de mort, mais d’une technique d’épanouissement de la vitalité spirituelle.

b- Le combat peut aussi conduire à un dédoublement de la personnalité : un sur-même oppressant un écrasé.

c- le combat contre les passions, connu des païens, permet d’acquérir la maîtrise de soi et peut subtilement abouti à l’orgueil de se donner : l’ apatheisa stoicienne et la sérénité bouddhique, sans référence à Dieu, n’est sont pas toujours exemptes. Homme pouvait seul par des techniques éprouvées, acquérir pouvoir sur soi-même.

d- L’attrait exercé par musiques d’Extrême-Orient a développé en Europe ces techniques pour triompher du mal en soi ( pulsions d’agressivité ou de sensualité ) ; conjuguées avec certaine thérapeutiques «réductrices» de la psychologie des profondeurs, ces deux tendances ont pu faire oublier la lutte avec Dieu et la lutte contre le démon.

Cette lutte contre soi-même peut conduite soit à l’orgueil de se posséder, soit au suicide par désespoir de ne pouvoir se dominer soi-même. Le Père de Lubac avait intitulé jadis un des ses ouvrages La drame de l’humanisme athée ; on pourrait parler ici de la tragédie de la mystique athée.

2- Danger de la lutte contre le démon
A- La dualisme
On met alors le démon sur le même pied que Dieu ; or la tradition chrétienne a toujours su éviter ce danger. Le personnage angélique de saint Michel «Prince de la Milice céleste s’opposer au diable » Prince du Monde des ténèbres »; la transcendance de Dieu est ainsi sauvegardé. Ce n’est pas Dieu ( Principe du mal ), mais un Archange ( Michel ) contre un Ange déchu ( Lucifer ).
B- L'obsession diabolique
La tactique du démon est double : soit de faire oublier son existence : «la plus belle ruse du démon est de faire croire qu’il n’existe pas» ( Baudelaire ) ; soit de centrer tout la vie spirituelle sur cette existence illusoire : les démons n’attendent qu’une chose, spécialement en théologie, c’est qu’on les trouve passionnément intéressants et qu’un les prenne au sérieux, systématique si possible » ( K, Barth, Dogmatique III,2,p. 236 ).
3- Danger de la lutte contre Dieu
Ici le risque est de projeter dans un univers « mythique », et non plus mystiques , les épreuves physiques ou morales. L’humour est le meilleur remède à cette tentation : il écrite de confondre une bonne migraine avec « la nuit obscure » !

Trop d’intérêt porté à son « cinéma intérieur » peut amener à faire soi-même du cinéma…

Attention : Tous les mots en grec ou dans les autres caractères je n'ai pas peu les mettre car mon clavier ne me le permet pas.

Abbaye Saint-Martin de Liguré F-86240 Ligugé

Les références

1- Paul Beauchamp, Création et séparation ; étude exégétique du chapitre premier de la Genèse ; aubier, Cerf, Delachaux et Niestlé. DDB, « Bibli. de Sc. Relig. », 1969
2- Cardinal Journet, Commentaire de la 1ère Lettre de Saint Jean et de ses récits sur la Résurrection, p. 12-13 ; Conférence au Centre universitaire catholique de Genève, 1 er. Nov. 1969, Éd. Fondation du cardinal Journet ).
3-( cité par Martin Lings, Qu’est que la soufisme ? Éd. du Seul, Paris 1977 p. 34).
4-( Les étapes mystiques du shaykh Abu Sa’id ( 967-1049), DDB1974, p.311).
5- Au sujet du combat ascétique de saint Antoine, de saint Martin et de saint Benoît, voir P. Miquel. » Le diable dans les Vies des saints moines », dans Collectanea Cisterciensia 49 (1987). P. 246-289,
6- cf Traités Principes, tome III, Sources Chrétiennes no 268, Paris, Cerf 1980
7-( Jérôme, Commentaire sur Matthieu ,IV ; « Sources Chrétiennes » n 259, Paris 1979, P. 252 ).
8- Lettre à Yva Kemeid, 2 juillet 1944, dans l’Hospitalité sacrée. Nouvelle Cité, Paris 1987, pm 215),
9- Lettre à Mary Kahil, 7 avril 1938, Ibidem p.,207)

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