| L’auteur
de la Genèse présente la création du monde
comme une victoire du Créateur sur le chaos primitif,
le «tohu-bohu» (1) !
La
création du monde est une victoire où l’ordre
domine le désordre archaïque indifférencié,
une victoire de la lumière sur le s ténèbres
: «Au
commencement, Dieu créa le ciel et la terre» (
Gn.1,1). Une théologie de type métaphysique peut
critiquer cette interprétation exégétique,
comme en témoigne une conférence du cardinal Journet
: «Au commencement, Dieu créa le ciel et de la
terre».
Si vous mettiez en face de Dieu une réalité quelconque
qui ne soit pas sortie du néant par la force de Dieu,
il y aurait des réalités ; il y aurait Dieu et
éternellement devant lui, il y aurait quelque chose,
une sorte d’être indéterminé, sur
laquelle Dieu agirait. Et Dieu ne serait que l’organisateur
de cette réalité préexistante. Il serait
un démiurge, un organisateur. Il ne serait pas créateur
à partir du néant. A ce moment-là, il ne
serait plus Dieu, il y aurait quelque chose d’indépendant
de lui, sur qui il agirait.
(…)
Alors au début, il y avait Dieu, mais il y avait le multiple
indéfini, multiple tellement divisé que ce n’était
presque rien, mais c’était quand même quelques
chose : et Dieu va agir sur le multiple pour le ressembler.
On substitue à l’ idée de création
ex nihilo l’idée de rassemblement, d’action
que quelque chose de préexistant, de mortifications (2) |
2-
Tentation du Christ |
| Les
Évangiles synoptiques racontent la scène de la tentation
du Christ au désert comme un affrontement du Verbe incarné
avec le «Prince de ce monde» : qu’il s’agisse
de la narration laconique de Marc : Et
aussitôt, l’Esprit le poussa au désert.Et
il était dans le désert durant quarante jours,
tenté par Satan. Et il était avec les bêtes
sauvages, «et
les anges le servaient.» Mc. 1,12-13
Ou
qu’il s’agisse de la joute oratoire «rabbinique»
rapportée par Matthieu :
Alors
Jésus fut emmené a désert par l’Esprit
pour être tentée par le diable, il jeûna
durant quarante jours et quarante nuits, après quoi il
eut faim. Et, s’approchant, le tentateur lui dit : «Si
tu es le Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains».
Mais il répondit : «Il est écrit : ce n’est
pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole
qui sorte de la bouche de Dieu».
Alors
le diable le prend avec lui dans la Ville Sainte, et il le plaça
sur le pinacle du Temple et lui dit : «Si
tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas car il est écrit
: Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et sur
leurs mains ils te porteront, de peur que tu ne heurtes du pied
quelque pierre». Jésus lui dit : «Il est
écrit : tu ne tentera pas le Seigneur ton Dieu.»
De
nouveau le diable le prend avec lui sur une très haute
montagne, lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire
et lui dit : «Toute
cela je te le donnerai si, te prosternant, tu me rends hommages».
Alors Jésus lui dit : Retire-toi, Satan ! car il est
écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras,
et à lui seul tu rendra un culte».
Alors
le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent
et ils le servaient ( Math. 4, 1-11)
On
est en présence d’une crise de conscience de Jésus,
qui se situe entre le baptême qu’il vient de recevoir
et le ministère de prédication, sa «vie
publique» qu’il va inaugurer.
La
scène se déroule au désert, sans témoin,
et les protagoniste luttent dans un tête-à-tête
impressionnant, comme en un premier «rond» dont
la «finale» sera le récit de la Passion ;
Après l’avoir tenté de toutes manières,
le diable s’éloigne de lui pour revenir au temps
marqué (Lc. 4, 13). |
3-
La lutte escahtologique |
| L’Apocalypse
décrit par deux fois une lutte sans merci de l’armé
angélique contre le diable et ses troupes. Ainsi l’histoire
du monde s’achève comme elle avait commencé,
par une lutte en un triomphe de Die sur les forces du Mal.
Alors
il y eu une bataille dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent
le Dragon. Et le Dragon riposta, avec ses «anges, mais
ils eurent le dessous et furent chassés du ciel. On le
jeta donc, l’énorme Dragon, l’antique Serpent,
le Diable ou le «Satan», comme on l’appelle,
le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre
et ses Anges furent jetés avec lui. Et j’entendis
une voix clamer dans le ciel ; désormais la victoire,
la puissance et la royauté sont acquis en à notre
Dieu, et la domination à son Christ, puisqu’on
a jeté bas l’accusateur de nos frères, celui
qui les accusait jour et nuit devant Dieu, (12, 7-10).
Alors
je vis le ciel ouvert, et voici un cheval blanc; celui qui le
monte s’appelle «Fidèle» et «Vrai»,
il juge et fait la guerre avec justice. Ses yeux ? une flamme
ardente ; sur sa tête, plusieurs diadèmes; inscrit
sur lui, un nom qu’il est seul à connaître;
le manteau qu l’enveloppe est trempé de sang; et
son nom ? est Verbe de Dieu.
Les
armées du ciel le suivaient sur des chevaux blancs, vêtus
de lin d’une blancheur parfaite. De sa bouche sort une
épée acérée pour en frapper les
païens ; c’est lui qui les mènera avec un
sceptre de fer.
C’est
lui qui foule dans la cuve le vin de l’ardente colère
de Dieu, le Maître-de-tout. Un nom est inscrit sur son
manteau et sur sa cuisse : roi de rois et Seigneur des seigneur
(…)
Je vis alors la Bête, avec les rois de la terre et leurs
armées, rassemblés pour engager le combat contre
le Cavalier et son armée. Mais la Bête fut capturée,
avec le faux prophète, celui qui accomplit au service
de la Bête des prodiges par lesquels il fourvoyait les
gens ayant reçu la marque de la Bête et les adorateurs
de son image - ; on les jeta tous deux, vivants, dans l’étang
de feu, de soufre embrasé ( 19,11-20 ). |
II-
Les trois combats spirituels |
On
peut distinguer trois types de combat don l’esprit humaine
est le champ clos :
- le combat «psychologique», contre soi-même
;
- le combat «ascétique», contre le démon
;
- le combat «mystique», contre Dieu.
Mais
il faut préciser aussitôt que ces distinctions
ne sont que «logiques», pour la clarté du
discours, et que ces trois nouveaux interfèrent dans
l’existence.
|
1-
La lutte contre soi-même ( le combat psychologique ) |
A)
Les deux volontés |
Saint
Paul décrit admirablement ce combat dans une véritable
autobiographie au chapitre 7, de l’Épître
aux Romains :
En
effet, nous savoir que la Loi est spirituelle : mais moi je
suis un être de chair, vendu au pouvoir du péché.
Vraiment, ce que je fais je ne le comprends pas ; car je ne
fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais. Or,
si je fais ce que je ne veux pas, je reconnais d’accord
avec la Loi qu’elle st bonne ; en réalité
ce n’est plus moi qui a accomplie l’action, mais
le péché qui habite en moi. Car je sais que
nul bien habite en moi, je veux dire da ma chair ; en effet
vouloir le bien est à ma portée, mais non pas
l’accomplir : puisque je ne fais pas le bien que je
veux et commets le mal que je ne veux pas. Or si je fais ce
que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui accomplie
l’action, mais le péché qui habite en
moi.
Je
découvre donc cette loi : quand je veux faire le bien,
c’est le mal qui se présente à moi, car
je me complais dans la loi de Dieu au point de vue de l’homme
intérieur ; mais j’aperçois une autre
loi dans mes membres qui lutte contre la loi de ma raison
et m’enchaîne à la loi du péché
qui est dans mes membres.
Malheureux
hommes que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qu
me voue à la mort ? Grâces soient à Dieu
par Jésus-Christ notre Seigneur ! C’est donc
bien moi qui par la raison sers une loi de Dieu et par la
chair une loi de péché (7, 14-25 ).
Ce
combat intérieur n’a pas épargné
le Christ lui-même : l’«agonie» de
Gethsémani décrit en termes pathétiques
cette lutte intérieur : Étant allé un
peu plus loin, il tomba la face contre terre en faisant cette
prière : «Mon Père, s’il est possible,
que cette couper passe loin de moi ! Cependant, non pas ce
que je veux, mais ce que tu veux» ( Mathieu 26,39).
A
nouveau, pour la troisième fois, il s’en alla
prier : «Mon Père, dit-il, si cette coupe ne
peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit
faite !» ( Math, 26, 42 ).
|
B-
La conquête de soi |
La
lutte intérieure peut se doubler d’un recours
à des techniques de mortifications pour mater «la
chair» et «libérer
» l’esprit» (pénitences corporelles,
abstinences alimentaires et sexuelles, coups et blessures
volontaires sur soi), et acquérir ainsi le gouvernement
de soi-même.
|
C-
La guerre sainte |
| Cependant
cette recherche de la maîtrise de soi peut être positive,
l’un des «piliers de l’Islam» est la guerre
sainte. Dès les origines de l’Islam, elle a été
interprété non seulement comme une guerre contre
les infidèles, mais comme une guerre contre l’infidélité
que porte en soi chaque homme-fût-il musulman.
Une
anecdote concernant Mahomet et le témoignage d’un
mystique musulman l’indiquent clairement :
«Nous
sommes revenus de la petite guerre sainte à la grande
Guerre Sainte», dit Mahomet au retour d’une bataille
contre les infidèles. «Qu’est-ce que la grande
Guerre Sainte ?» lui dit demandent ses compagnons. «La
Guerre contre l’âme» répondit-il (3)
Quelqu’un demanda à notre shaykh : «Qu’est
ce que la victoire suprême ?» Le shaykh répondit
: «Il y a deux ennemis :
l’un se trouve au-dedans de ta chemise, l’autre
en-dehors de ta chemise. Chaque fois que Dieu t’aide à
l’emporter sur l’ennemi se trouvant hors de ta chemise,
on appel cela : conquête victorieuse. Mais chaque fois
que Dieu t’aide à vaincre l’ennemi qui se
trouve au-dedans de ta chemise, on appelle cela : la victoire
suprême »
(4) |
2-
La lutte contre le démon ( le combat ascétique
) |
| La
tradition chrétienne est unanime à présenter
l’histoire du salut de chaque homme et l’histoire
du salut de l’humanité sous la forme d’un
combat entre adversaires irréconciliables. Ce thème,
inspiré particulièrement du quatrième Évangile,
se développe depuis saint Augustin (avec l’opposition
des Deux Cités) jusqu’à saint Ignace de
Loyola (avec l’opposition des Deux Étendards)
(5)
On
se limitera ici à présenter brièvement
les phases du combat spirituel telles que les ont discernée
trois témoins de la tradition monastique : Origène,
Marc le Monde, et Jean Climaque
|
Origène
( III siècle ) |
| Origène
consacre une section du Péri Archôn à traiter
es étapes de la tentation lors du combat spirituel, on
peut résumer ainsi son propos (6) |
A-
L'origine des péchés est en l'homme : |
| La
faim et la soif, le désir sexuel sont inscrits dans la
nature humaine et ne sont pas des péchés. Ils ne
le deviennent que si l’on se laisser dominer par ces instincts
qui aboutissent à la gourmandise,`a l’ivrognerie,
`a la luxure ( III2,2,P.159). |
B-
Les démons trouvent en nous uen certaine complicité
: |
| (Alors)
nous nous y complaisons plus qu’il ne faut si nous ne
résistons pas aux premiers mouvements d’intempérance;
alors la puissance ennemis, prenant occasion de ce premier manquement,
nous excite et nous presse, s’efforçant de toute
manière de multiplier à profusion les péchés.
C’est nous, les hommes, qui fournissons les occasions
et les débuts des péchés, mais ce sont
les puissances ennemies qui les propagent ( III 2,2,p.161 ) |
| C-
Le diable nous souille et nous blesse : |
| Dès
que nos laissons grandir en nous cette complicité, le diable
en profite pour souiller notre cœur et nous infliger des
blessures plus ou moins profondes : Certaines
actions et une certaine négligence spirituelle donne
de la place au diable qu’une fois entré dans notre
cœur, nous possède ou du moins souille notre âme
s’il ne peut la posséder complètement, en
lançant en nous ses traits enflammées ; par là,
tantôt il nous blesse d’une blessure qui descend
dans nos profondeurs, tantôt seulement il nous enflamment
( III 2, 4. P. 173 ).
|
D-
Le vice s'installe peu à peu dans l'homme : |
| On
tombe dans l’avarice parce que d’abord on désire
un peu d’argent, pour avec l’accroissement du vice
la cupidité augmente. En même ensuite, lorsque la
passion a produit l’aveuglement de l’intelligence,
sous la suggestion et la pression des puissances ennemies, on
ne se contente pas de désirer l’argent, mais on le
vole, on l’acquiers par la violence, et même en répandant
le sang humaine ( III2,2,p.163). Il y a des manquements que nous
commettons sous la pression des puissances malignes, et d’autres
sous leur instigation quand elles nous poussent à certains
excès et manque de mesure ( III2,3,p. 169 ).
|
E-
Chacun est tenté à la mesure de ses forces : |
| Comme
dans les combats athlétiques on fait lutter des hommes
de même taille et de même poids, de même dans
le combat spirituel l’homme lutte contre un adversaire dont
la force ne dépasse pas la sienne : «Chacun est tenté
selon son degré ou ses possibilités de vertus»
(III 2,3,p.165) |
F-
Dieu ne nous donne pas de vaincre, mais de pouvoir vaincre : |
La
victoire ne nous est pas assurée, elle dépend de
nous :
Si tout nous était donnée pour l’emporter
de toute façon, c’est-à-dire pour n’être
vaincu en aucune manière, resterait-il une raison de combattre
à celui qui ne peut être vaincu ? La palme a-t-elle
quelque mérite quand on a ôté à l’Adversaire
la faculté de vaincre ? (III2,3,p.167) |
Marc
Le Moine ( début du VI siècle ) |
| Cet
auteur développe dans ses Traités spirituels et
théologiques ce que l’on pourrait appeler la dialectique
du péché, depuis la suggestion initiale jusqu’à
l’esclavage de la passion (7) 1-La
suggestion. C’est l’incitation initiale au mal par
provocation extérieure.
2-La pensée. C’est la suggestion s’accompagnée
d’un début de consentement intérieur et
de compromission avec l’ennemi.
3-La conversation. C’est s’entretenir avec l’ennemi
par la pensée dans une délectation morose.
4-La relation. Littéralement : la liaison, ou l’accouplement.
C’est la complicité trouble, la connivence et l’acceptation
du jeu.
5-Le consentement. C’est l’intention de pécher
; la résolution peccamineuse, l’assentiment qui
n’attend que l’occasion pour se réaliser
et passer à la acte.
6-La prédisposition. C’est la réminiscence
involontaire des péchés antérieurs et l’inclination,
ou péché d’habitude, qui rend plus vulnérable.
7-La passion. C’est la domination du péché
qui devient un esclavage invétéré dû
au consentement antérieur librement décidé.
|
Jean
Climaque ( VII siècle ) |
| Lui
aussi décrit les phases de la tentation, véritable
combat spirituel où l’on discerne la tactique du
diable.
Les Pères doués de discernement ont différencié
les uns des autres l’attaque, la liaison, le consentement,
la captivité, le combat et ce qu’on appelle
passion de l’âme. Ces hommes bienheureux
définissent l’attaque comme la prière apparition
dans le cœur de la simple pensée ou de l’image
d’un objet que se présente.
La liaison est une conversation avec ce qui
vient de se manifester ainsi, accompagnée ou non de passion.
Le consentement est l’acquiescement de
l’âme, accompagné de délectation l'âme
qui se proposé.
La captivité est une entraînement
violent et involontaire du cœur ; ou encore, une attache
que permanente à l’objet en question qui détruit
l’excellent état de notre âme.
Le combat se définit comme une conformation
, à l’égalité de force, avec l’adversaire
où l’âme, selon le choix de sa volonté,
rempote la victoire ou subit une défaite.
Ils
disent que la passion au sens propre, est un mal qui
depuis longtemps affectait secrètement l’âme
et qui, désormais, lui a fait contracter une liaison
intime avec lui, et l’a établie comme dans une
disposition habituelle, en vertu de laquelle elle s’y
porte d’elle-même, spontanément et par affinité.
De tous ces mouvements, le premier est sans
péché ; le second ne l’est
pas toujours ; quand au troisième, il
est coupable ou non selon l’était intérieur
du combattant. Le combat est l’occasion
qui procure couronne ou châtiment. La captivité
doit être jugée différemment selon qu’elle
se manifeste au temps de la prière ou à d’autres
moments. ( L’Échelle sainte, XV, degré;
PG88, 896 D- 897 ) A.
Cette
perspective de combat ascétique est également
connue des Pères latins ; on en veut pour preuve le texte
suivant de saint Jérôme :
Entre
pathos et propatheia, c’est-à-dire entre «passion»
être «pro-passion», il y a cette différence
que la «passion» est considéré comme
un vice, tandis que la «pro-passion», bien qu’elle
contienne la faute en germe, n’est cependant pas retenue
comme chef d’accusation. C’est ainsi que celui a
vue une femme et qui en a eu l’âme chatouillés
( Mt, 5, 28) a été ébranlé par une
«pro passion». Mais qu’il soit venue à
y consentir, et qu’il ait fait de ce qui était
une pensée un désir… le voilà passé
de la «pro-passion» à la «passion»,
ce qui lui manque, ce n’est pas la volonté de pécher,
c’est l’occasion. (7) |
3-
La lutte contre Dieu ( le combat mystique ) |
| Elle
peut revêtir deux formes opposées : |
A-
La résistance à la grâce allant jusqu'au
refus de Dieu |
| C’est
là une forme du péché contre le Saint-Esprit.
On perçoit l’appel intérieur à un progrès
spirituel, et l’on s’y soustrait volontairement, lâchement.
Ou bien, ne comptait plus sur Dieu seul pour sortir de l’épreuve,
on met sa confiance en des puissances occultes ( spiritisme, magie,
sorcellerie, satanisme ). Le
recours à ces forces obscures est une véritable
idolâtrie de la part du baptisé ; il renie par
là-même son engagement chrétienne et se
livre aux faux dieux ; il rompt l’Alliance, ce qui peut
aller jusqu’à passer un pacte avec le démon.
|
B-
La persévérance obstinée dans la recherche
de Dieu |
| C’est
la forme tout opposées de la lutte contre Dieu. Non pas
un jeu de cache-cache amoureux tel que le décrivent parfois
des mystiques suaves, mais un corps à corps poignant et
une empoignade comme le combat nocturne de Jacob avec l’ange
de Yahvé a gué de Yabboq, telle que nous la rencontre
le livre de la Genèse; Cette
même nuit, il (Jacob) se leva, prêt ses deux femmes,
ses deux servantes, ses onze enfants et passa le gué
de Yabboq. Il les prit et leur fit passer le torrent, et il
le fit passer aussi tout ce qu’il possédait. Et
Jacob resta seul. Et quelqu’un lutta avec lui jusqu’au
lever de l’aurore. Voyant qu’il ne le maîtrisait
pas, il le frappe à l’emboîture de la hanche,
et la hanche de Jacob se démit pendant qu’il luttait
avec lui. Il dit : Lâche-moi, car l’aurore est levée,»
mais Jacob répondit : «Je ne te lâcherai
pas, que tu ne m’aies béni». Il lui demanda
: «Quelle est ton nom ?» - «Jacob»,
répondit-il. Il reprit : «On
ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as
été fort contre Dieu, et contre les hommes tu
l’emporteras ». Jacob
fit cette demande : «Révèle-moi ton nom,
je te prie !» Mais il répondit : «Et pourquoi
me demandes-tu mon nom?» Et, là même, il
le bénit.
Jacob
donna à cet endroit le nom de Penuel, «car, dit-il,
j’ai vue Dieu face à face, et j’ai eu la
vie sauve». Au lever du soleil, il avait passé
Penuel et il boitait de la hanche. C’est pourquoi, jusqu’à
ce jour, les Israélites ne mangent pas le nerf
sciatique qui est à l’emboîture
de la hanche, par qu’il avait frapper Jacob à l’emboîture
de la hanche, au nerf statique ( Gn. 32, 23-33).
Jacob
ne force pas Dieu à lui révéler son nom,
mais il l’oblige, pour, pour ainsi dire, à le bénir,
lui et sa race. Cette lutte au cœur de la nuit laisse Jacob
blessé, handicapé, boiteux pour la vie. La
tradition patristique a interprété cette scène
mystérieuse comme l’archétype de la lutte
spirituelle et de l’efficacité d’une prière
instante.
Il faut remarquer sur la fresque d’Eugène Delacroix,
dans la chapelle des Anges à Saint-Sulpice de Paris,
que le peinture a bien rendu ce corps à corps de l’homme
avec Dieu : les armes (bouclier, javelot, carquois et
flèches) sont déposées à terre ;
elles deviennent inutiles dans le combat spirituel…
Touts
vie spirituelle sérieuse connaît à un moment
de son itinéraire cette douloureuse et bénéfique
rencontre. Louis Massignon le confiait à l’un de
ses amis : «Dieu m’a provoqué à lutte
dans la nuit contre lui…» (8) , dans une lettre
à une amie spirituelle : «Je n’ose plus prétendre
vaincre Dieu, mais je lui demande, être vaincu par sa
rahma (miséricorde)» (9)
Le
chrétien qui s’est ainsi battu avec Dieu dans la
nuit reste blessé pour la vie. Il en dit s’en
glorifier, ni s’en trouver humilié : c’est
la conséquence de nos expériences, on raconte
que Philippe II de Macédoine, le père d’Alexandre
le Grand, blessé à la jambe lors de sa victoire,
était resté claudicant, ce qui était particulièrement
humiliant pour un prince grec dont l’idéal était
l’équilibre en la beauté. Comme il se plaignait
de boiter, quelqu’un, lui dit : «Réjouis-toi
plutôt de ce que cette claudication te rappelle ta victoire
! »
|
III.
Les Trois Dangers de la Vie spirituelle |
1-
Danger de la lutte contre soi-même |
| a-
Le combat peut dégénérer en masochisme
: on recherche alors la souffrance pour elle-même,
on en jouit de manière perverse au lieu de la vivre comme
un moyen de purification : «Tout sarment qui porte du fruit,
o Père l’émonde pour qu’en porte davantage»
(Jean 15,2) La mortification ne relève
pas de l’instant de mort, mais d’une technique d’épanouissement
de la vitalité spirituelle.
b-
Le combat peut aussi conduire à un dédoublement
de la personnalité : un sur-même oppressant
un écrasé.
c-
le combat contre les passions, connu des païens, permet
d’acquérir la maîtrise de soi et peut subtilement
abouti à l’orgueil de se donner
: l’ apatheisa stoicienne et la sérénité
bouddhique, sans référence à Dieu, n’est
sont pas toujours exemptes. Homme pouvait seul par des techniques
éprouvées, acquérir pouvoir sur soi-même.
d-
L’attrait exercé par musiques d’Extrême-Orient
a développé en Europe ces techniques pour triompher
du mal en soi ( pulsions d’agressivité
ou de sensualité ) ; conjuguées avec
certaine thérapeutiques «réductrices»
de la psychologie des profondeurs, ces deux tendances ont pu
faire oublier la lutte avec Dieu et la lutte contre le démon.
Cette
lutte contre soi-même peut conduite soit à l’orgueil
de se posséder, soit au suicide par
désespoir de ne pouvoir se dominer soi-même. Le
Père de Lubac avait intitulé jadis un des ses
ouvrages La drame de l’humanisme athée
; on pourrait parler ici de la tragédie de la
mystique athée. |
2-
Danger de la lutte contre le démon |
A-
La dualisme |
| On
met alors le démon sur le même pied que Dieu
; or la tradition chrétienne a toujours su éviter
ce danger. Le personnage angélique de saint Michel «Prince
de la Milice céleste s’opposer au diable »
Prince du Monde des ténèbres »; la transcendance
de Dieu est ainsi sauvegardé. Ce n’est pas Dieu (
Principe du mal ), mais un Archange ( Michel ) contre un Ange
déchu ( Lucifer ). |
B-
L'obsession diabolique |
| La
tactique du démon est double : soit de faire oublier
son existence : «la plus belle ruse du démon est
de faire croire qu’il n’existe pas» ( Baudelaire
) ; soit de centrer tout la vie spirituelle sur cette existence
illusoire : les démons n’attendent qu’une chose,
spécialement en théologie, c’est qu’on
les trouve passionnément intéressants et qu’un
les prenne au sérieux, systématique si possible
» ( K, Barth, Dogmatique III,2,p. 236 ). |
3-
Danger de la lutte contre Dieu |
| Ici
le risque est de projeter dans un univers « mythique
», et non plus mystiques , les épreuves
physiques ou morales. L’humour
est le meilleur remède à cette tentation : il écrite
de confondre une bonne migraine avec « la nuit obscure »
! Trop
d’intérêt porté à son
« cinéma
intérieur » peut amener à faire soi-même
du cinéma…
|
Attention
: Tous les mots en grec ou dans les autres caractères
je n'ai pas peu les mettre car mon clavier ne me le permet pas.
Abbaye
Saint-Martin de Liguré F-86240 Ligugé
Les
références
1-
Paul Beauchamp, Création et séparation ; étude
exégétique du chapitre premier de la Genèse
; aubier, Cerf, Delachaux et Niestlé. DDB, « Bibli.
de Sc. Relig. », 1969
2- Cardinal Journet, Commentaire de la 1ère Lettre de
Saint Jean et de ses récits sur la Résurrection,
p. 12-13 ; Conférence au Centre universitaire catholique
de Genève, 1 er. Nov. 1969, Éd. Fondation du cardinal
Journet ).
3-( cité par Martin Lings, Qu’est que la soufisme
? Éd. du Seul, Paris 1977 p. 34).
4-( Les étapes mystiques du shaykh Abu Sa’id (
967-1049), DDB1974, p.311).
5- Au sujet du combat ascétique de saint Antoine, de
saint Martin et de saint Benoît, voir P. Miquel. »
Le diable dans les Vies des saints moines », dans Collectanea
Cisterciensia 49 (1987). P. 246-289,
6- cf Traités Principes, tome III, Sources Chrétiennes
no 268, Paris, Cerf 1980
7-( Jérôme, Commentaire sur Matthieu ,IV ; «
Sources Chrétiennes » n 259, Paris 1979, P. 252
).
8- Lettre à Yva Kemeid, 2 juillet 1944, dans l’Hospitalité
sacrée. Nouvelle Cité, Paris 1987, pm 215),
9- Lettre à Mary Kahil, 7 avril 1938, Ibidem p.,207)
|
|